‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrile (volume 2)Chapitre 90 sur 105 · RELATIFS A DES SUCCÈS INCOMPLETS · texte numérisé non relu

RELATIFS A DES SUCCÈS INCOMPLETS

Premier Fait, — Le 6 septembre 1828 , je fus mandé en consultation avec M. le professeur

Marjolin et M. le docteur Rallier, médecin de la Ciiarité, pour examiner la situation de madame d’Angouléme, âgée de quarante ans,

et bien réglée. Depuis quatre mois il s’est développé dans la partie externe et supérieure du sein droit deux engorgemens qui en occupent les trois cinquièmes; ils représentent, chacun, la moitié d’une orange de deux pouces et demi de diamètre ; l’engorgement interne est plus saillant et plus consistant que l’externe; ils ont encore tous deux de l’élasticité, et sont le siège d’élancemens spontanés qui causent de l’insomnie. La compression a été employée par M. le docteur Rullier, qui en a immédiatement et parfaitement exécuté le bandage pendant le mois de septembre et uoe partie d’octobre. Au départ de madame pour retourner â Angouléme, les tumeurs et surtout l’externe avaient beaucoup diminué ; mais le noyau restant était dur et s’isolait des parties voisines ; dès le commencement de la compression , les éiancemens ont cessé et le sommeil s’est rétabli. Le i6 février, M. le docteur Brun, d’Angouléme, faisait à M. le docteur Rullier le rapport suivant : « J’ai la satisfaction de vous apprendre que les conseils que vous ave^: donnés à madame et que j’ai suivis à la

lettre , sont jusqu’ici pleins de succès. Ses glandes

ne sont plus sensibles, elles sont remplacées par une substance comme fibro-cartilagineuse de l’épaisseur d’un écu de six francs. La compression se fait chaque jour d’une manière très-méthodique. y>

M. Brun , parlant d’un autre exemple de compression qui lui est particulier , s’exprime ainsi :

« Depuis environ un mois et demi , j’ai mis au meme mode de traitement une fille de quarante ans, qui portait au sein un squirrhe prêt à s’ulcérer. Vous ne sauriez vous faire une, idée de la rapidité avec laquelle il tend à la guérison : il y a une diminution des trois quarts dans le volume, et le mamelon qui était rentré d’un pouce sort aujourd’hui au moins de six lignes. »

Ces cas ne sont pas avantageux : car il ne faut pas se rassurer lorsque le noyau restant prend de la consistance au lieu d’en perdre, et s’isole des parties voisines.

Deuxième Fait, — Madame , âgée de soixante-huit ans, a été réglée abondamment depuis l’âge de vingt-deux ans, après une chlorose de longue durée. Mariée à trente-six ans, elle a eu des enfans bien portans, et a été sujette à des gastralgies qui ont diminué depuis qu’elle mange peu. Vers l’âge de quarante ans elle est devenue sujette à des douleurs rhumatiqucs qui ont di-

a com-

minuë depuis un an, époque à laquelle mencé à se développer dans le sein gauche une tumeur ovoïde qui , le 3o avril 1828, avait deux pouces trois quarts au moins dans son grand diamètre. Voici ce que m’écrivit , en me l’adressant, M. le docteur Bancel de Melun :

« L’engorgement de la glande a été combattu , I®. par des applications réitérées et suivies avec persévérance pendant six semaines , de cataplasmes de carottes râpées et de feuilles de ciguë hachées -, 2®. par des applications de sangsues renouvelées tous les trois ou quatre jours , et au nombre de deux , trois ou quatre au plus ; 3®. par un emplâtre de ciguë qui a été placé à demeure pendant près de deux mois *, par des frictions avec la pommade d’hydriodate de potasse. Le traitement interne a eu pour base de légers anti-scorbutiques et une décoction sudorifique indiquée par l’état rhumatismal de madame et la lenteur et la difficulté de ses digestions. A plusieurs reprises, la malade a été affectée de pétéchies scorbutiques : elles ont toujours cédé à un traitement avec le sirop antiscorbutique, aux amers et aux bains sulfureux, qui toujours ont été très-utiles. »

Je conseillai :

r. Une compression méthodique ;

^2®. Les bains sulfureux ou salins;

T)"", Un régime animal et végétal ;

4“. Un exutoire ;

5°. Des purgatifs de temps en temps.

Le 24 juillet, le grand diamètre de la tumeur* était réduit à un pouce neuf lignes, et on pouvait estimer la diminution à deux cinquièmes ; mais la tumeur formait un gâteau dur , isolé ét mobile postérieurement, mais adhérent à la peau. Je ne sais ce qui est arrivé depuis , mais voilà un des cas ou le succès définitif a paru impossible.

Troisième Fait. — Mademoiselle âgée de trente ans, d’une bonne santé , et cependant d’une constitution lymphatique et très-irritable. Bien réglée depuis l’âge de seize ans, elle a eu, à la suite d’un coup , un abcès au bras. Vers vingt-sept ans et demi il se développa à la partie supérieure et externe du sein gauche un engorgement indolent du volume d’une noisette : depuis lors , cet engorgement a fait des progrès successifs tels , qu’il formait le 5 février 1829 une tumeur ovoïde, bosselée et rénittente, de deux pouces trois quarts dans son grand diamètre, et d’un pouce trois quarts dans le petit. Cette tumeur saillante et mobile occupait toute la partie externe et supérieure du sein gauche, dans lequel on distinguait un autre engorgement du volume

d’une noisette vers le mamelon qui est très-sain ^ ainsi que la peau , qui n’adlière point à la tumeur, dont les progrès ont été sensibles depuis un an surtout ^ et dans laquelle la malade éprouve des élancemens spontanés surtout aux époques des règles. La compression a été commencée le 6 février ^ la tumeur a diminué rapidement en perdant de sa densité^ le i6 mai, il restait à peine le quart du volume primitif. Ce fait a été constaté par M. le professeur Landré-Bauvais, doyen de la Faculté de Médecine^ par M. le docteur Lucas, médecin de madame la Dauphine; par MM. les docteurs Ratheau et Castroverde , qui tous ont interrogé le malade. La tumeur, devenue très-mobile et de moins en moins consistante, a continué à diminuer, mais plus lentement. Je n’ai point encore appris que la résolution fût terminée.

Quatrième Fait. — Madame de de Nantes,

âgée de quarante-sept ans , est délicate et trèsimpressionnable; elle eut, il y a douze ans, pendant une grossesse, des douleurs rhumatismales à la tête, qui ont paru soulagées par l’usage de l’élixir américain. A quarante-cinq ans, madame de eut une fausse couche , depuis laquelle les règles avancent. ^

11 y a six mois le sein gauche se tuméfia sans

douleur, et cette tuméfaction spontanée disparut en peu de semaines.

Depuis quatre mois on a reconnu dans la partie supérieure du sein droit un engorgement qui , un mois plus tard , est devenu le siège de picotemens spontanés, lesquels ont été remplacés par des élancemens. MM. les docteurs Fourré et Lafond de Nantes ont inutilement employé la ciguë, la poudre de cloportes et la carotte pendant quatre mois. Aujourd’hui, 20 février 1829 , la tumeur, qui occupe la partie supérieure de la glande mammaire, forme un disque saillant , trèsconsistant et meme dur, de dix-huit lignes de diamètre*, il se continue inférieurement avec la mamelle , qui est saine , ainsi quelle mamelon et la peau , qui n’y adhère pas d’une '"manière intime; on ne distingue pas d’en gorgemens aux ganglions axillaires. L’état de madame fut constaté par M. le professeur Marjolin et par moi, et malgré la dureté de la tumeur, il fut résolu que la compression serait essayée avant de penser à l’ablation, qui ne pouvait être tentée avec quelque sécurité qu’en emportant la glande mammaire en entier , opération qui n’est pas sans une certaine gravité. Sous rinfluence de la compression les élancemens ont cessé, toute la périphérie de la tumeur s’est résoute^ et la tu-

nîcnr elle>meme a été réduite, en un mois, à un noyau isolé et très-^aplati , de dix ou douze lignes environ de diamètre. Ce premier succès coriitalé j>ar MM. Marjolin, Luc as^ Salmade, Ralheau, Andrieux et Grant, dans le courant du mois de mars, autorisa à continuer le traitement; mais ce noyau a résisté , et a meme repris plus de volume. Au mois de juin, j’ai trouvé à la partie interne de la tumeur une granulation sous -cutanée , puis une autre à sa partie externe. Enfin, dans un examen nouveau fait pendant le même mois avec M. Marjolin , nous avons reconnu plus de volume dans les ganglions de Faisselle droite que dans ceux de Faisselle gauche; du reste, ils étaient élasti€[ues et sans dureté. Nous ne pûmes nous déterminer à entreprendre aucune opération. C'est alors que furent commencées les embrocations avec l’huile animale chargée de belladone de M. Charpentier; on fit en même temps prendre les pilules avec la poudre de lézard, et continuer la compression, qui fut faite avec assez peu de soin. Il n’y a point eu de salivation^ et cependant l’engorgement axillaire a diminué ; mais la tumeur principale a encore augmenté et a même dépassé son premier volume. A la fin de juillet, on s’est abstenu de? embrocations; mais on a continué l’usage des

pilules, et on a repris la compression avec plus de soin et de force qu’auparavaiit : depuis lors, la tumeur a beaucoup diminue ; elle a cessé d’étre sensible au loucher, et paraît moins consistante.

Cinquième Fait, — Mademoiselle , âgée de trente-sept ans , d’une constitution délicate, hystérique et cependant bien réglée, commença à éprouver, il y a trois ans, et sans cause connue, des douleurs dans le sein gauche , â la partie externe duquel il s’est développé une tumeur ovoïde, bosselée, qui, le 12 mars 1829, présentait deux pouces dans son grand diamètre, et un pouce et demi dans le petit. Outre la tumeur principale, il y a d^autres engorgemens à la partie inférieure de la glande mammaire *, on trouve aussi dans l’aisseilc des ganglions lymphatiques tuméfiés, mais sans douleur. La malade a inutilement employé divers emplâtres pendant six mois. Cette tumeur a diminué des deux tiers au moins par la compression, et est devenue très-mobile^ quoique très-isolé des parties voisines, le noyau restant ne paraît pas squirrheux ; la partie inférieure du sein est dégagée, mais il reste encore de l’engorgement à l’aisselle. Cette personne a été examinée par M. Landré-Beauvais.

Siæième Fait, — Mademoiselle éminemment nerveuse, maigre et bien réglée, est âgée

de trente- quatre ans*, vers sa quinzième année elle eut trois fois la gale, qui, constamment traitée par les répercussifs , disparut en laissant un engorgement inflammatoire des deux mamelles.

tlystérique à vingt-deux ans, mademoiselle vers l’àge de trente ans, reeonnut la présence d’une tumeur dure , aplatie, de la grosseur d’une petite noix et développée dans le sein droit. Jusque-là cet engorgement était resté indolent^ mais peu de temps après, des douleurs spontanées très-vives s’y firent sentir. Quatre ans plus tard, en août i8e8, je fus mandé au^ près de la malade par M. le docteur Castroverde, son médecin ordinaire : la tumeur présentait alors douze ou quinze lignes dans son grand diamètre *, isolée et libre de toute adhérence , elle avait la foi me d’un ovoïde^ et continuait à être le siège d’élancemens douloureux*, de plus, l’examen du sein gauche y fit reconnaître, à la hauteur du mamelon , deux tubercules indolens , ayant à-peu-près le volume d’un noyau de cerise.

Le bandage compressif fut immédiatement appliqué : quinze jours après, les douleurs n’existaient plus, et les deux noyaux du sein gauche avaient complètement disparu. Au quarantième jour du traitement, la tumeur principale avait

jierdii la moitié de son volume j mais son excessive mobilité la soustrayant à l’action du l)andage, on fut obligé d’en extirper les restes quelque temps après. M. le docteur Castroverde avait déployé toute la dextérité iuiaginable pour éviter l’opération , qui fut faite par M. le professeur Marjolin.

Septième Fait. — La demoiselle domestique, âgée de quarante ans, encore bien réglée, me consulta au commencement de 1828. Elle portait à la partie externe du sein gauche un engorgement dur et inégal , de deux pouces et demi dans son grand diamètre. Il était mobilesur le thorax; mais il adhérait -à la peau, qui était altérée et brunie dans une étendue de quinze ou dix-huit lignes de long et un peu moins de large. Je n’espérai rien de la compression dans ce cas ^ cependant je consentis à ce qu’elle fut tentée. M. le docteur Berthelot en suivit les effets pendant quelque temps, puis M. Masson s’en chargea. 11 est remarquable que, comme dans le sujet du cinquième fait de la première partie^ la peau altérée reprit son aspect naturel

ft

et sa souplesse , sans rien perdre de ses adhérences avec la tumeur. Après cinq mois de compression, la tumeur n’ayant perdu qu’une petite partie de son volume, et l’état de la peau ayant

liesse de s’améliorer , la malade se déeida à l’ablation , qui fut faite très-soigneusement par M . Bi esebet , ehirurgien-adjoint de l’Hotel-Dieu ^ à la fin de 1828. Avant la fin de la cicatrisation il se développa un ganglion dans l’aisselle correspondante ; ce premier engorgement fut suivi de plusieurs autres, de manière que^ lorsque M. Masson la perdit de vue à son départ pour la province , toute l’aisselle était déjà remplie de ganglions engorgés.

Huitième Fait. — M: le docteur Beaussier , fils du médecin en chef de l’iiopital civil et militaire de Blois , me transmet les détails d’une observation dont voici le sommaire :

Une dame, âgée de quarante-neuf ans, ayant toujours joui d’une bonne santé, reçut, pendant la convalescence de sa troisième couche, à l’âge de trente-neuf ans, un coup sur Je sein gauche qui devint aussitôt douloureux *, sous l’influence des topiques émolliens les douleurs disparurent ; mais cinq ans plus tard ,* vers le temps de la cessation des règles, elles se montrèrent de nouveau, prirent le caractère lancinant, le sein se tuméfia, durcit et finit par s’ulcérer vers sa partie supérieure et latérale externe. Consulté alors, M. le docteur Beaussier père conseilla le suc de joubarbe pilée , dont l’application ne fut pas

sans avantage, sur ces cntrefuîtcs^ M. Beaussiee lils arrivant de Paris, oii il avait témoin des succès obtenus à la clinique de l’IIôtel-s-Dieu par la compression , et par la cautérisation à Taide du nitrate de mercure , dans le cas de cancers ulcérés proposa ces deux mo3^ens5 dont le succès paraît avoir été complet. Cç lait rappelle le onzième de la première partie.

Plusieurs observations recueillies par M. le professeur Lisfnpic démontrent le prompt succès de la compression exercée sur les engorgemens chroniques inflammatoires.

Une femme de quarante-six ans, une autre de douze, sont affectées, à la suite d’une violente contusion de la glande mammaire, de rinflammation de cette dernière: soit défaut de soins, soit mauvaise méthode, la phlcgmasie passe à l’état chronique et les malades se présentent a l’hospice de la Pitié. Traité d’abord par les sangsues et ensuite par les frictions d’hydriodate de potassa, l’engorgement persiste ^ et ^de en quelques jours à la compression méthodiquement exercée.

Je pourrais citer beaucoup de cas qui prouveraient que, quand dans les mammites on a combattu l’état inflammatoire trop vif par des saignées locales , la compression en termine rapiçlement la résolution.

En voici un exemple qui m’est coramunkiue par M. le docteur Berthelot : « Une petite fille de onze ans, non réglée j, se frappa le sein droit contre la clef d’une porte ; il survint de la douleur et du gonflement’, la douleur disparut, mais le gonflement persista. Lorsque je vis la petite malade , la tumeur du sein droit avait deux pouces de diamètre en tout sens, et à-peu-près trois quarts de pouce d’épaisseur, avec quelques douleurs que la malade comparait à celles qui résulteraient de l’action de pointes d’aiguilles. Cette tumeur était dure, rénittente et comme bosselée. J’exerçai la compression pendant quatre mois l’engorgement a diminué progressivement de volume et de densité, et a fini par disparaître complètement. » Ce fait rappelle le soixantedeuxième de la première partie.

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