‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrileChapitre 12 sur 66 · VI · texte numérisé non relu

VI

Résolution spontanée et artificielle des tumeurs

circonscrites .

De même qu’on a vu se résoudre spontanément des engorgemens diffus qu’on avait regardés comme cancéreux,, on a vu aussi disparaître sans secours étranger des tumeurs circonscrites qui semblaient de même nature, comme chez le sujet du 10e fait, et chez madame L.... de l’introduction *, ce fait étant bien constaté , on ne voit pas pourquoi la résorption des tumeurs squirrheuses non encore ramollies ne serait pas favorisée par différens moyens topiques, tels que ceux dont j’ai parlé à l’article Vêtemens , dans ie second chapitre de la troisième partie, ou analogues a ceux indiqués à l’ar ticle Traitement par le cura famis .

Parmi les moyens locaux propres à déterminer la résolution des tumeurs squirrheuses circonscrites, il faut placer une compression douce, égale et bien ménagée, sous l’influence de la-

quelle les tumeurs circonscrites se comportent de deux manières. i°. Elles perdent de leur volume et de leur consistance , et finissent par n avoir plus de limites distinctes; dans ce cas , elles disparaissent tou t-à- fait , comme chez les sujets des ier, 4% *5e, 16e , 19e faits, etc. 2°, Lorsqu’elles sont très- anciennes , elles perdent de leur volume; mais elles restent circonscrites, augmentent de dureté et deviennent semblables à un tissu semi -cartilagineux : c’est ce qui est arrivé chez les personnes des 2% 17e, 22% 27e, 37e et 47e faits. Il ne faut pas espérer, dans ce cas, une résolution totale par la compression.

ARTICLE III

ULCÈRES CANCEREUX PRIMITIFS*

En traitant des tumeurs et des engorgement cancéreux , j’ai parlé de leur ulcération ; mais les ulcères éventuels qui èn résultent sont nécessairement secondaires. Les ulcères cancéreux primitifs, au contraire, se développent sans engorgement squirrheux antécédent manifeste, si ce n’est lorsqu’ils sont précédés d’excroissances congéniales qui passent a l’état néphroide, encé-

phaloïde et ulcéreux avec des pullulations fongueuses. Dans la plupart des cas, un nævus souvent imperceptible devient , au visage surtout , le siège d’un prurit , qu’on apaise par le frottement*, on finit par y déterminer une excoriation ou une fissure , d’oii suinte un fluide plus ou moins visqueux , formant sur le petit ulcère une croûte, qui sera arrachée et suivie d’une seconde, laquelle sera enlevée et renouvelée à son tour. Tels sont les préludes de la plupart des ulcères cancéreux primitifs. On peut voir des exemples de cette espèce de cancers , chez les sujets des 2e , 3e et 4e faits de la seconde partie. Je vais parcourir rapidement l’histoire de ces ulcères dans le même ordre que celle des engorgemens et des tumeurs de même nature. J’ai observé quatre variétés principales d’ulcères cancéreux primitifs : elles sont relatives à l’aspect de ces maladies à leur début; car, plus tard, il n’est plus possible de les distinguer.

Ces variétés sont : les ulcères cancéreux secs et croûteux ; les ulcères cancéreux , humides et fongueux *, les boutons cancéreux et les ulcères cancéreux secondaires à d’autres ulcères.

Invasion.

i*. Ulcères cancéreux , secs et croût eux : ces ulcères commencent par un prurit dont un næyus souvent imperceptible est le siège. Le frottement détermine de la cuisson , de l’irritation , et enfin le suintement d’un liquide visqueux, qui, en se desséchant sur le petit nævus , lui donne l’aspect d’un porreau irrégulier , dont la croûte , sans cesse arrachée et renouvelée, finit, en tombant , par mettre à découvert un petit ulcère sec et de mauvaise nature. La surface en est rouge, et ne fournit qu’une petite quantité d’un fluide plus ou moins visqueux , qui en se desséchant adhère à la peau saine autour de l’endroit malade. La croûte, en tenant lieu d’épiderme, protège la surface ulcérée contre l’action des corps étrangers, et on voit souvent ces petits ulcères, si on ne les irrite pas , rester stationnaires , ou du moins ne faire que des progrès insensibles durant plusieurs années. Pendant cette période leur surface unie est rougeâtre , ou se recouvre d’une espèce de couenne grisâtre , qui contribue avec le fluide visqueux à former la croûte , dont la IL q

chu le spontanée et accidentelle arrive enfin , lorsque, par les additions successives qu’elle reçoit, elle est devenue assez saillante pour donner beaucoup de prise aux frottemens involontaires qui finissent par la détacher.

Les ulcères cancéreux primitifs secs et croûteux affectent surtout le nez, les lèvres, les joues et toutes les parties de la peau qui ne sont pas le siège de quelque sueur spéciale.

On a vu les croûtes des ulcères cancéreux primitifs assez dures pour simuler des végétations cornées adhérentes à la peau voisine, qui n’était altérée dans sa couleur que dans une étendue de deux ou trois lignes autour de l’ulcère. On peut voir à ce sujet les faits rassemblés par M. Rouzet , dans ses Recherches sur le Cancer. Il peut même arriver que ces croûtes dures soient évidées et recouvrent des mamelons rougeâtres et unis, qui étant mis à nu deviendront rapidement des ulcères cancéreux rongeans et douloureux.

Ces ulcères secs et croûteux représentent parmi les ulcères cancéreux primitifs les indurations atrophiques parmi les engorgemens cancéreux \ la marche stationnaire des uns a les plus grands rapports avec la longue durée des autres.

2°. Ulcères cancéreuse , humides et fongueux . Lorsque les nævus sont volumineux et d’un tissu

mou , il arrive une époque oii , soit à l’occasion d’une excoriation mécanique , soit sous l’influence d’une irritation chimique , lorsqu’ils sont situés aux aisselles , au-dessous du sein des personnes replètes , aux aines , entre le scrotum et les cuisses , au périnée ou aux pieds , endroits oii la sueur a parfois des propriétés très-irritantes, soit sans aucune de ces circonstances, ils se tuméfient , s’ulcèrent , deviennent fongueux , et fournissent en abondance un fluide séreux, irritant ou ichoreux , toujours fétide et souvent sanieux. Outre les nævus, il faut compter parmi les causes organiques des ulcères cancéreux , de petites tumeurs d’abord miliaires ou lenticulaires, qu’on peut ranger parmi celles que les Anglais ont désignées sous le nom de fongus hèmatode . Ces petites tumeurs se recouvrent parfois d’une vésicule remplie de sang, et dont l’ouverture donne lieu à des hémorrhagies fort opiniâtres; si on ne se décide à les détruire entièrement , il en résulte de petits ulcères cancéreux , qui deviennent douloureux , et dont les progrès vont en croissant de rapidité à mesure qu’ils gagnent en étendue : on découvre dans ces petits ulcères la substance encéphaJoïde mêlée au tissu vasculaire et au sang.

Les ulcères primitifs humides et fongueux sont aux ulcères cancéreux ce que les indurations hypertrophiques sont aux engorgemens cancéreux ; la marche de ces ulcères est moins stationnaire que celle de ceux qui sont secs et croûteux.

3°. Boutons cancéreux . Les ulcères cancéreux n’ont pas toujours pour principe un nævus ou un vice local qu’on puisse apprécier : ainsi à la peau semi -érectile et très -vasculaire des paupières, des joues, des lèvres et surtout du nez, exposée à des frottemens répétés , on les voit commencer par un petit bouton dont la rougeur foncée et la dureté annoncent le caractère fâcheux. Lorsque ces phénomènes sont joints à un prurit vif, ou si l’on veut à un picotement qui y appelle sans cesse la main pour l’apaiser, on gratte, on irrite, on excorie le bouton; la petite entamure qui en résulte se couvre de croûtes qui la masquent ; mais tandis qu’on les arrache et qu’elles se renouvellent, l’excoriation imperceptible d’abord dégénère en un véritable ulcère cancéreux, dont les progrès sont en raison de l’inflammation qui, dans ce cas, commence avec la maladie cancéreuse. On peut voir sur les ulcères cancéreux ou carcinomateux l’excellent article de M. le professeur Richerand , dans le Dictionnaire

des Sciences médicales . La maladie, durant cette période, a reçu les noms de bouton chancreuæ , chancre malin , noli me tangere , etc.

4°. Ulcères cancêreuæ secondaires à d’ autres ulcères. Une irritation permanente comme celle de la langue par des pointes de dents cariées ou brisées , celle des lèvres par des morsures répétées, celle du nez par les mains ou par l’application de substances irritantes, celle des aisselles, des aines, du scrotum, du périnée, de 1a marge de l’anus ou des pieds , par le séjour d’une transpiration fétide et irritante, l’action primitive ou consécutive du virus syphilitique , une dartre rongeante , etc. peuvent déterminer une ulcération inflammatoire, rebelle et rongeante, qui soit regardée comme cancéreuse ; mais la guérison par l’arrachement de la dent qui irrite la langue , les succès fréquens du traitement antiphlogistique local par les sangsues et les cataplasmes émolliens, les bons effets des soins de propreté, la cessation des accidens par les traitemens anti-syphilitiques , et enfin l’absence des phénomènes secondaires propres aux maladies cancéreuses prouvent, du reste, lors même que ces ulcères ont vieilli , qu’ils n’appartiennent point primitivement aux cancers. L’inflammation seule ne paraît pas pouvoir imprimer le ca-

ractère cancéreux aux ulcères qui lui doivent exclusivement leur existence, si ce n’est à ceux des lèvres, du nez, des joues, des mamelles, des testicules et des nævus.

Un homme très-âgé fut en proie â une névralgie si violente du nerf sous-orbitaire, qu’on se décida â établir sur ce nerf et à y entretenir un cautère qui dégénéra en cancer. Cette observation, comme les effets de toutes les irritations soutenues des diverses parties de la face, prouve qu’on ne pourrait peut-être sans danger établir d’exutoire permanent au visage : on reconnaît

qu’un ulcère prend les caractères cancéreux aux

douleurs lancinantes dont il devient le siège, â la dégénérescence lardacée de son fond et des ganglions lymphatiques du voisinage , au développement de productions encéphaloïdes dans divers organes, et plus tard aux accidens spéciaux de la cachexie cancéreuse. J’ai cru devoir ranger à part cette variété, qu’on voit assez souvent succéder , surtout à des ulcères vénériens et dartreux.

§• II

Progrès.

i°. Après être reste plus ou moins long-temps stationnaire, un ulcère cancéreux, sec et croùteux, sort de son inertie par le seul progrès de Page, ou à l’occasion de quelque irritation locale mécanique ou chimique : alors on le voit s’étendre en superficie sans donner encore lieu à un flux considérable. Mais ainsi que Pont bien observé Bayle et M. le professeur Cayol, dès qu’il a atteint les endroits où la peau se confond avec les muqueuses vers les yeux, les narines, la bouche, l’urèthre et Panus , il commence à s’étendre en profondeur comme en superficie, et à devenir le siège d’une suppuration d’autant plus irritante ou ichoreuse, qu’il affecte plus de tissus différons.

On voit ces ulcères dévorer la moitié du visage en respectant l’autre coté-, d’autres fois ils se développent sur la ligne médiane, et détruisent d’abord le nez et ensuite les parties latérales de la face.

L’aspect des ulcères cancéreux de cette sorte est fort analogue, ainsi que je l’ai déjà dit, aux pertes de substance que font les rats sur les sujets

dans les amphithéâtres d’anatomie. Les tissus corrodes ne semblent pas malades à deux ou trois lignes des bords de l’ulcère. Lorsque la maladie commence à gagner en profondeur , elle détruit tous les tissus indistinctement , comme les dégénérescences squirrheuses les assimilent, et alors le fluide quelle fournit commence à causer des douleurs cuisantes et lancinantes, qui deviennen t insupportables , et obligent à rapprocher les pansemens. Cependant la maladie se propage d’abord de proche en proche par la destruction ulcéreuse des parties. Les bords ne se renversent ni en dedans ni en dehors. Plus tard, à moins que le malade ne meure accidentellement, les ganglions voisins deviennent squirrheux , encéphaloïdes, et il se développe même des engorgemens semblables dans différens organes à mesure que la cachexie cancéreuse s’établit.

Les malades éprouvent ordinairement dans la partie une chaleur brûlante , continuelle et insupportable, entremêlée de douleurs lancinantes, qui font leur supplice. Dans d’autres circonstances, on voit toutes les parties molles du visage et même les os , l’utérus , le rectum , la vessie , l’estomac , etc. , détruits sans que les douleurs soient proportionnées au mal apparent.

On voit des malades qui ont la moitié de la

face détruite, et ne paraissent pas souffrir; on observe souvent la même chose chez des sujets dont l’estomac est entièrement désorganisé et ulcéré , ou dont l’utérus , la vessie et le rectum ne forment qu’un cloaque infect.

A mesure que l’érosion des parties s’opère par l’ âcreté de l’ichor ou par toute autre cause , les veines et les artères sont détruites, et il en résulte des hémorrhagies proportionnées à leur calibre : ces pertes de sang sont rarement funestes immédiatement ; mais elles accélèrent toujours les progrès des accidens consécutifs par la débilitation du sujet.

2°. Les excoriations des nævus dont le parenchyme est très -vasculaire ne restent pas aussi long - temps stationnaires que celles qui sont sèches : dès que l’irritation a déterminé de l’inflammation dans le nævus , il dégénère en squirrhe , se couvre de végétations lardaeées ou encéphaloïdes, et ses bords se renversent en dehors , en même temps que les parties subjacentes prennent le même caractère, et deviennent le siège de douleurs brûlantes et d’élancemens plus ou moins violens.

Plus tard , les ganglions voisins s’engorgent et se changent en masses squirrheuses lardaeées ou encéphaloïdes, et lorsque le malade ne succombe

pas de bonne heure à quelque autre alfection , il se montre des productions de même nature dans différens organes, tandis que la cachexie cancéreuse s’établit.

3°. L’ulcère qui dépend d’un bouton cancéreux présente des bords durs , rougeâtres et renversés avec les douleurs brûlantes et lancinantes dont j’ai parlé plus haut au sujet des ulcères cancéreux , secs et humides ; les parties voisines ne sont pas exemptes de dureté comme dans les ulcères secs, et ne présentent pas les fongosités de ceux qui sont humides *, cependant à mesure qu’il fait des progrès et que les parties environnantes passent à l’état squirrheux, cet ulcère détruit les parties , cause des hémorrhagies , et détermine des productions squirrheuses , encéphaloïdcs et la cachexie générale, ce qui annonce qu’il appartient à la même famille que les deux autres variétés , avec cette différence que son début inflammatoire semble rendre sa marche plus rapide.

4°. Les ulcères cancéreux consécutifs à d’autres ulcères syphilitiques, herpétiques, psoriques, etc. , d’abord différens de ceux des trois autres variétés, leur deviennent dans la suite tout-à-fait semblables lorsque leurs bords et leur fond passent à l’état squirrheux. Ils donnent lieu à des

hémorrhagies, et il' s’y développe des productions lardacées ou encéphaloïdes avec les douleurs brûlantes, les élancemens et les effets consécutifs caractéristiques de tous les ulcères cancéreux.

§• III

Inflammation et Fièvre des ulcères cancéreux.

Pendant leur état stationnaire , les ulcères cancéreux , secs et croùteux , qui ne sont encore que des crevasses, se comportent comme n’étant pas enflammés *, ils fournissent un fluide visqueux , qui ne ressemble point à un produit inflammatoire \ mais dès que ces entamures s’enflamment, elles se changent en de véritables ulcères } le fluide visqueux devient un ichor irritant et fétide, la chaleur prend un caractère d’âcreté caustique , et les picotemens celui de douleurs lancinantes. L’engorgement squirrheux du fond ulcéré se propage aux parties voisines, aux ganglions les plus proches et même à des organes éloignés, ordinairement sans fièvre lente, mais toujours avec les phénomènes de la cachexie cancéreuse.

L’inflammation de la surface des ulcères cancéreux , secs et humides, porte un caractère ré-

frac taire tout-à-fait spécifique. Lorsqu’ils sont secs , les parties que la maladie gagne tombent en escarres plus ou moins visqueuses ou friables^ qui se détachent à chaque pansement, sans qu’on s’en aperçoive autrement que par les progrès de la perte de substance qui en résulte, et qui est souvent très -considérable avant qu’ils se couvrent de fongosités. Lorsque ces ulcères sont humides et très -vasculaires , ils deviennent plus promptement fongueux et plus ou moins analogues aux ulcères cancéreux consécutifs à l’ouverture des tumeurs squirrheuses primitives.

Si on attaque ces ulcères par une cautérisation meme superficielle avec le nitrate de mercure, ils fournissent des bourgeons d’un bel aspect sur un fond squirrheux ; mais cette modification avantageuse de l’inflammation des ulcères cancéreux ne se soutient pas si on n’a dépassé de beaucoup les limites apparentes de l’engorgement qui s’y est joint. On peut inférer, je crois , de ce fait , que dans ces ulcères le caractère cancéreux dépend de la nature spéciale et réfractaire de l’inflammation dont ils sont le siège, puisqu’il suffit de la modifier pour changer leur apparence cancéreuse et les voir se couvrir de beaux bourgeons. Voyez , dans l’Introduction , l’histoire de la dame L. de la Barière. Lorsque les ulcères cancéreux

primitifs, soit secs, soit humides, ont fait des progrès considérables par le mode d’inflammation dont ils sont devenus le siège, la maladie se propage aux ganglions du voisinage et même à d’autres organes , tantôt avec et tantôt sans fièvre ; mais toujours en produisant le marasme et la cachexie cancéreuse.

Les boutons chancreux commençant par l’inflammation , ainsi que les ulcères cancéreux consécutifs à d’autres ulcères , ont une marche plus rapide que ceux dans lesquels elle ne s’établit que secondairement.

§. iv.

Production squirrheuse dans les ulcérés cancéreux primitifs.

Nous avons vu qu’à une époque de leur durée les tumeurs cancéreuses primitives s’ouvrent et dégénèrent en ulcères cancéreux consécutifs ; on observe dans les ulcères cancéreux primitifs un phénomène différent , mais parfaitement correspondant à celui de l’ulcération des tumeurs*, c’est-à-dire la conversion des ulcères cancéreux primitifs en squirrhes ulcérés consécutifs.

i°. On remarque à la surface des ulcères can-

cereux primi tifs un détritus visqueux d’abord , mais qui devient ensuite plus diffluent et plus abondant. Les bords et le fond de ces ulcères secs ou humides présentent au toucher une rénitence qui n’appartient point aux bourgeons des plaies de bel aspect. Peu-à-peu la rénitence se change en dureté à mesure que la dégénérescence squirrheuse gagne en épaisseur et envahit les parties voisines et subjacentes. Dès que le fond des ulcères cancéreux primitifs est devenu squirrheux^ ils rentrent dans la condition des squirrhes primitifs ulcérés , et commencent à servir de base à des fongosités néphroïdes et encéphaloïdes , qui forment meme quelquefois des fongus assez volumineux.

Cependant les ganglions lymphatiques du voisinage finissent par s’engorger et prendre le caractère néphroïde et encéphaloïde , ainsi que Font fait remarquer les premiers, Bayle et M. le professeur Cayol. Si les fongus et les engorgemens secondaires sont considérables , on voit les vaisseaux veineux se distendre et devenir variqueux ; si la maladie locale est très-étendue , d’autres organes que les ganglions s’affectent, le malade tombe dans le marasme ; il se développe parfois une fièvre lente , et enfin la scène se termine par les phénomènes propres de la cachexie cancéreuse.

2°. Lorsque la maladie débute par la dégénérescence d’un nævus volumineux , elle se trouve de prime-abord dans le cas des ulcères dont je viens de parler quand ils sont parvenus au point de produire des fongosités lardacées ou enccphaloïdes, et se termine comme eux en étendant ses ravages à la manière des squirrhes primitifs ulcérés. On peut voir un exemple de cette sorte chez le sujet du 4e fait de la deuxième partie, chez lequel le caractère encéphaloïde des fongosités et de l’engorgement ganglionaire était trèsévident. Si le nævus est peu volumineux, ou s il ne s’agit que d’un petit fongus hématode, la couche squirrheuse est si mince qu’on ne la distingue au toucher que lorsqu’elle a fait des progrès et devient le support de fongosités carcinomateuses consécutives.

3°. Dans les cas de boutons cancéreux , comme dans celui des ulcères cancéreux consécutifs à d’autres ulcères, la production du tissu squirrheux lardacé ou encéphaloïde dans leurs bords a lieu , comme dans les cas précédens, avec les memes effets consécutifs.

Destruction spontanée et artificielle.

On a observé la destruction spontanée par la gangrène des tumeurs cancéreuses; mais il n’en est pas ainsi des ulcères primitifs, ou du moins je n’en connais point d’exemple.

La destruction artificielle a été tentée et produite par divers moyens, entre lesquels il faut distinguer l’ablation et la cautérisation , auxquelles j’ai cru devoir ajouter la compression, comme on peut le voir dans l’histoire des sujets des 3e et 4e faits de la deuxième partie.

Pour que la destruction soit suivie d’un succès solide, il est nécessaire qu’elle soit faite fort au-delà de tout ce qui est malade, en prenant en considération que l’ablation a souvent besoin du secours d’une cautérisation subséquente, et celle-ci de celui d’une compression consécutive ; il faut absolument dépasser tous les prolongemens de la maladie pour prévenir son retour ; ou bien il faut la respecter comme un noli me tangere. Je renvoie au chapitre II de la IIIe partie , oii j’ai donné les raisons qui me semblent devoir faire préférer le nitrate de mer-

cure liquide ou une pommade arsenicale aux autres caustiques.

Je ne connais pas d’exemple de cicatrisation spontanée des ulcères cancéreux primitifs.

ARTICLE IV

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