‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrileChapitre 13 sur 66 · CACHEXIE CANCÉREUSE · texte numérisé non relu

CACHEXIE CANCÉREUSE

L altération générale et spéciale de la constitution , qui suit la dégénérescence cancéreuse d'un organe quelconque , a reçu le nom de cacheæie cancéreuse : pendant son développement on voit les phénomènes de la vie s’affaiblir, se dépraver et s’éteindre enfin,

§• Ier.

Caractères.

On reconnaît la cachexie cancéreuse aux symptômes suivans :

i°. A la teinte jaunâtre et livide ou plombée que prennent la peau et les muqueuses , à mesure que les malades tombent dans le marasme sans k fièvre lente nécessaire , mais avec une faiblesse qui finit par faire des progrès si rapides, qu elle i donne un caractère d’acuité à la marche delà

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maladie dans les dernières semaines delà vie;

2°. A la plus grande diffluence de tous les liquides, d’où les hémorrhagies qui ne donnent qu’un sang peu ou point coagulable;

3°. A la plus grande friabilité de tous les tissus et même des os , qui deviennent plus cassans que dans l’état ordinaire , d où la facilité des fractures chez les cancéreux. J’ai vérifié ce fait sur des os voisins et éloignés des affections locales. Voj. l’observation rapportée à la fin de ce paragraphe ;

4°. Aux évacuations colliquatives qui ont lieu par différens émonctoirs , ainsi par les ulcères , comme dans les cancers ulcérés des seins , de l’estomac ^ de l’utérus , du rectum ; ou par les sueurs et les diarrhées colliquatives, et même les hémorrhagies intestinales , surtout lorsqu’il y a une fièvre lente dont ces évacuations semblent dans le principe soulager les paroxysmes ;

5°. Aux collections séreuses dans les plèvres ou le péritoine, et aux infiltrations rénitentes des parties dont les veines ont des anastomoses avec celles qui reviennent des tumeurs ou des ulcères cancéreux. On voit ces accidens survenir sans fièvre , même après l’ablation des cancers qui n’a pas été suivie de récidive locale, comme chez le sujet du 21e fait de la première partie;

6°. Aux affections carcinomateuses secondaires

qui se développent simultanément dans des organes éloignés de celui qui est malade. La tuméfaction des ganglions lymphatiques ne donne pas la certitude de l'existence de la cachexie cancéreuse, parce que les ganglions peuvent s’engorger non seulement en devenant carcinomateux, mais encore en s’enflammant, comme on

en a un exemple dans le i fait de la première partie ;

70. Au caractère cancéreux des affections locales antécédentes, quelle que soit la forme d’engorgement, de tumeur ou d’ulcération qu’elles aient revêtue ,

8°. Aux douleurs lancinantes, brûlantes ou déchirantes qui accompagnent les maladies cancéreuses primitives et même consécutives*,

9°. A l’augmentation des phénomènes de la cachexie cancéreuse, même après la destruction de ses foyers.

La réunion de ces caractères en nombre suffisant est necessaire dans les cas où il peut y avoir du doute , comme dans certains cancers atrophiques. Qu’on relise, par exemple, l’histoire du 36e fait, on y verra l’absorption faire disparaître les tumeurs primitives et consécutives, et les tissus eux-mêmes*, mais les caractères de la cachexie cancéreuse générale n’ont point varié ; et lors

même qu on voudrait clouter cle la nature carcinomateuse des tubercules et des engorgemens, il suffirait, pour s’en convaincre, de faire attention à la lividité de la peau (qu’on a omis de noter dans l’observation), et de suivre les plie'nomènes de la consomption apyrétique de cette personne, chez qui la fièvre et le dévoiement ne sont survenus après la dyspnée, et peut-être même après la pleurésie , que comme les avant-coureurs de l’agonie et les effets du dernier degré de la cachexie cancéreuse. On peut revoir également le 33e fait de la première partie, ou., malgré les cicatrisations indiquées, la nature de la tumeur primitive, l’état squirrheux des tissus atrophiés et confondus, l’apyrexie et la teinte jaunâtre de la peau caractérisent la cachexie cancéreuse portée au plus haut point.

Les effets de la cachexie cancéreuse sur les os ayant été contestés par ceux qui ne les ont pas directement observés, je crois devoir rapporter ici le fait suivant, qui me semble décider la question d’une manière incontestable.

Madame S...., âgée de soixante ans, née de parens sains, et jouissant elle-même habituellement d’une bonne santé, fut réglée depuis l’âge de quatorze ans jusqu’à celui de cinquante. Mariée à vingt ans, elle devint mère de trois

enfans vivans et actuellement bien portans.

Madame S.... fut affectée d’hémorroïdes douloureuses et fluant deux ou trois fois par semaine, depuis sa première grossesse jusqu’à cinquante-neuf ans. A cette époque , elle commença à souffrir au coté gauche de la racine de la langue des douleurs lancinantes qui plus tard prirent le caractère névralgique et s’étendirent aux régions auriculaire, sous.- occipitale et maxillaire , avec augmentation de la gène de la déglutition ,. dont elle se plaignait depuis plus de vingt ans. Six mois après, en octobre 1827, il survint une hémorrhagie buccale considérable , qui finit cependant par cesser au moyen de gargarismes froids. L’examen me fit alors reconnaître l’engorgement squirrheux du bord gauche de la langue vers sa racine et des parties placées en dehors, telles que la base des piliers du voile du palais, les gencives et même l’os de la mâchoire inférieure. Entre la base du pilier antérieur gauche du voile du palais et celle de la langue on reconnaissait une espèce de rhagade ou crevasse , dont les bords étaient consistans : il n’y avait ni fièvre, ni inflammation dans la bouche} mais la difficulté de la déglutition et les douleurs névralgiques dont j’ai parlé continuaient. MM. les professeurs Boyer et Marjolin

ayant reconnu comme moi le caractère cancéreux de la maladie, on se borna à un traitement palliatif. Pendant les mois suivans l’affection locale fit des progrès ; la déglutition devint de plus en plus difficile , avec menace de suffocation*, les douleurs perdirent de leur intensité; la malade maigrit, et son teint devint jaune et livide ; en meme temps la joue gauche s’ouvrit dans le fond d’un sillon horizontal, qui s’était formé en arrière de la commissure gauche des lèvres, Cette perforation allongée, qu’on ne distinguait pas dans l’enfoncement dont je viens de parler , avait près d’un pouce de long, et suivait la direction de l’arcade alvéolaire ; ses bords étaient minces , sans rougeur delà peau, sans fongosités , et formaient le fond du sillon , par ou s’échappaient la salive de la malade et la plus grande partie des liquides qu’elle s’efforcait d’avaler , non sans danger de suffoquer.

La difficulté delà déglutition ayant continué d’augmenter, la malade finit par ne prendre presqu’ aucun aliment , tomba dans le marasme et une grande faiblesse, et cessa de vivre en s’éteignant en quelque sorte dans un état lipothymique , le 4 avril 1828.

A l’examen du cadavre, fait le 6 avril au matin,

1*. La peau était d’une teinte livide , jaunâ-

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tre, et le marasme considérable sans infiltration des membres.

2°. Les cotes étaient si fragiles qu elles se brisaient par une pression très-modérée faite sur les côtés du thorax avec l’extrémité des doigts, par M. le docteur Genest, comme par moi*, leur tissu spongieux conservait son organisation, mais il était friable et gorgé de sang. Toute la résistance de ces os résidait dans la lame osseuse qui forme leur extérieur, et qui se laissait ellemême facilement pénétrer par le bistouri. L’os ioïde était moins fragile que les côtes ; le radius et le cubitus avaient conservé beaucoup de résistance.

5°. Au fond du sillon horizontal dont j’ai parlé la joue gauche présentait la perforation décrite plus haut.

4°. Dans la bouche , le bord alvéolaire inférieur gauche, la partie interne de la joue elle tiers gauche de la langue étaient détruits par une sorte d’érosion *, le fond de cet ulcère était d’un gris sale, et la base de la langue dégénérée en matière solaniforme homogène et en partie encéphaloïde *, le tissu de cet organe était d’ailleurs sain à sa pointe et le long de son bord droit jusqu à deux ou trois lignes de l ulcération , qui avait aussi détruit de la même manière, par érosion,

la partie gauche du voile du palais, les piliers, l’amygdale et le tiers de l’épiglotte du même côté.

5°. Le tissu du pharynx et de l’œsophage était sain , et le dernier surtout resserré à son origine , de manière à permettre à peine le passage d’une plume à écrire, quoiqu’il n’y eût, je le répète, aucun engorgement dans les parois, qui ne présentaien t point de trace d’inflammation , non plus que toutes les autres parties de la muqueuse buccale, gutturale et laryngée.

6°. La branche de l’os maxillaire inférieur et son apophyse montante étaient converties en un tissu solanoïde, feutré, qui criait très-peu sous le scalpel dans la plus grande partie de son étendue, et offrait cependant, ainsi que celui de la base de la langue , des points encéplialoïdes d’où suintait par la pression un fluide blanchâtre lacti forme.

7° . Au-dessous de la tumeur solanoïde qui remplaçait la branche du maxillaire, il y avait un foyer purulent, contenant un pus blanc et assez bien lié. Ce foyer, de dix-huit lignes de long, avait sa paroi supérieure formée par la masse solanoïde dont je viens de parler, sa paroi inférieure par le muscle digastrique et ceux du voisinage, tous à l’état normal et recouverts par

une peau saine. Ce foyer a paru manifestement un effort local et incomplet cf élimination.

8°. Le cœur décoloré était extrêmement friable et ne contenait qu’un caillot de sang noir et mol, du volume de la moitié d’une noix dans chaque oreillette : il n y en avait point dans les ventricules*

9°. Les poumons étaient sains.

io°. Il n’y avait aucun ganglion lymphatique cervical, jugulaire ni maxillaire, engorgé.

Remarques .

i°. La cachexie cancéreuse s’est développée sans l’engorgement préliminaire d’aucun ganglion lymphatique, ni sans aucune infiltration.

2°. Le resserrement comme spasmodique de l'oesophage, outre la destruction du tiers gauche de l’épiglotte, explique l’impossibilité de la déglutition, et la mort de la malade par inanition.

3°. Le cœur, décoloré et friable, ressemblait tout-à-fait à ce que j’ai observé comme lésion principale, et même unique, dans diverses fièvres ataxiques.

4°. L’état de friabilité incontestable d’os trèséloignés du siège de la maladie locale (des cotes) constaté par M. le professeur Cruveilhier et par

MM. les docteurs Gros, Genest, Cabannes, demontre jusqu’à l’évidence que la friabilité osseuse peut être produite par la cachexie cancéreuse, mais que cet état général n’agit pas d’une manière égale sur tous les os. La friabilité a paru dominer dans les côtes chez le sujet dont il s’agit.

Invasion de la cachexie cancéreuse .

La cachexie cancéreuse , qui ne devance jamais les affections cancéreuses locales, ne se montre pas toujours à la même époque de leur durée. On Yoit ses symptômes paraître avant le ramollissement et l’ulcération des engorgemens et des tumeurs cancéreuses gastriques, hépatiques^ intestinales , rénales , utérines , etc. \ mais le plus souvent ils ne se montrent qu’après que ces engorgemens ou ces tumeurs ont commencé à se ramollir et à s’ulcérer. Les ulcères cancéreux primitifs n’impriment à la constitution l’empreinte de la cachexie cancéreuse qu’après que le fond des ulcères et les ganglions du voisinage ont déjà pris, le caractère carcinomateux.

§, ni.

Progrès de la cachexie cancéreuse,

La cachexie cancéreuse une fois établie ne rétrograde plus *, elle porte le caractère de ténacité des maladies locales qui Font produite, et tend constamment à altérer de plus en plus toutes les fonctions \ l’ablation meme de l’organe malade ne fait qu’en accélérer les progrès \ car, si avant l’ablation aucun organe éloigné n’avait été affecté d’engorgement carcinomateux secondaire, on voit bientôt les dégénérescences consécutives survenir et accélérer la mort, comme toutes les maladies organiques chroniques : dans ces maladies les tissus émaciés s’infiltrent plus ou moins, ainsi qu’on voit les séreuses thorachiques ou abdominales se remplir de sérosité , d’oii les accidens dyspnéiques, ascétiques, etc. Le degré de la cachexie cancéreuse n’est pas toujours en rapport avec les maladies locales qu’on voit portées trèsloin sans symptômes d’altération profonde de l’organisme, tandis que dans d’autres circonstances l’état cachectique est parvenu au dernier degré avant que les maladies locales aient fait de grands progrès.

A la manière dont se comportent les phénomènes de la cachexie cancéreuse, il est facile de juger que l’organe devenu cancéreux agit comme une pustule génératrice qui infecte l’organisme d’un vice consécutif , lequel engendre ensuite lui-même d’autres affections locales conformes à sa nature. Les affections locales secondaires à la cachexie cancéreuse survenant chez des sujets dont la constitution est déjà altérée , sont bien différentes, quanta leur origine, des primitives, qui se développent, comme nous l’avons vu, sans cause générale constante, et chez les personnes les plus saines en apparence.

L’un des effets les plus fâcheux de la cachexie cancéreuse est une faiblesse considérable dont les progrès sont si rapides , lorsque la maladie est très-avancée , que la mort des personnes cancéreuses est presque toujours imprévue, au milieu des accidens dispnéiques et lipothy iniques dont on s’occupe.

Je crois avoir établi que la cachexie cancéreuse, indépendamment de toute autre cause qu’on puisse apprécier , affecte les os en les rendant friables d’une manière inégale *, mais ce n’est pas seulement la cachexie cancéreuse qui agit sur le système osseux , les cachexies syphilitique, scorbutique et scrophuleuse exercent aussi sur ce

système une influence plus ou moins fâcheuse , ainsi que diverses maladies aiguës.

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