IV
Inflammation et fièvre.
Lorsque la cachexie cancéreuse est confirmée, il est ordinaire, comme je l’ai observé, qu’il se développe des phlegmasies secondaires dans des séreuses éloignées ou voisines de la partie malade. Ces phénomènes , ainsi que la fièvre qui s’y joint parfois, sont les avant-coureurs de l’agonie, quelque vigueur, quelqu’embonpoint que paraisse conserver le malade jusque là. J’ai vu ces phlegmasies et ces fièvres secondaires annoncer la mort de personnes qui avaient au sein des tumeurs cancéreuses non-ulcérées très -volumineuses, et conservaient encore tous les attributs extérieurs de la force, avec un grand embonpoint. Elles pouvaient encore sortir et se promener , mais avec un sentiment profond de faiblesse} leur teint était jaunâtre et plombé*, il y avait quelque disposition au dévoiement} les douleurs étaient lancinantes, avec insomnie} enfin, arrivait une époque oh la dyspnée commençait ou augmemtait, avec quelque douleur fixe dans le thorax et
plus ou moins de fièvre (voyez la 4° note). Dans des cas semblables rien n’a pu enrayer les accidens , et en très-peu de jours les forces se sont éteintes.
Cessation spontanée ou artificielle de la cachexie cancéreuse .
La cachexie cancéreuse ne rétrograde point dans sa marche \ car , alors meme qu’on croit l’attaquer en détruisant ses foyers générateurs, on ne fait le plus souvent que lui donner une impulsion nouvelle et accélérer le développement de l’affection carcinomateuse consécutive des organes essentiels à la vie. Malgré une loi aussi constante, la diminution et même la suspension des accidens de la cachexie cancéreuse par un traitement purement local, chez les sujets des et ^5e faits de la Ire partie., a été assez remarquable et assez soutenue pour prouver en même temps que le point de départ de la cachexie était dans les organes malades , et que les changemens avantageux obtenus ne pouvaient être attribués qu’à l’emploi des moyens topiques.
Cette rétrogradation des accidens de la ca-
chexie cancéreuse à une période aussi avancée de la maladie, ce succès, quelque peu durable qu’il ait été, me semble un fait important et qui appelle les réflexions des hommes de l’art, afin d’examiner s’il ne serait pas possible d’obtenir un résultat plus solide par d’autres moyens que ceux que j’ai employés.
Après la destruction de maladies cancéreuses locales, on a vu cesser des symptômes cachectiques qu’on regardait comme appartenant à la cachexie cancéreuse, d’oii l’on a conclu qu’il n’était pas toujours possible de décider l’époque où commence l’incurabilité de la cachexie cancéreuse. Ceci demande une explication j les personnes chez lesquelles surviennent des engorgemens, des tumeurs ou des ulcères cancéreux , peuvent se trouver dans des dispositions et dans des circonstances très-différentes.
Soit donné un sujet scrophuleux dont la constitution soit profondément altérée par l’habitation des rues étroites et humides ou des ateliers malsains d’une grande ville et par un mauvais régime*, s’il existe chez lui un engorgement, une tumeur ou un bouton cancéreux encore indolent ou meme déjà devenu douloureux, faudra-t-il y chercher la cause de l’état cachectique général dont je parle? On voit bien que cela ne se peut pas,
car, avant qu’on ait détruit la maladie cancéreuse, l'étal du malade s’améliore par le changement seul des conditions défavorables dans lesquelles il se trouvait.
Une personne éprouve de violens chagrins qui la jettent dans un état cachectique, avant lequel il étaitsurvenu,ou pendant lequel il se développe une affection cancéreuse locale: faut-il confondre cet état général, qui a même précédé le cancer, avec la cachexie cancéreuse, et refuser de secourir le malade? Je ne le crois point j car, même avant l’ablation de l’affection locale, on voit, dans ces sortes de cas, lorsque les circonstances dans lesquelles se trouve le malade éprouvent des changemens avantageux ^ la constitution prendre le dessus, les symptômes cachectiques disparoître pour ne se montrer de nouveau avec des caractères cancéreux incontestables, qu’à une époque bien plus avancée de la maladie carcinomateuse.
Une personne habitant un lieu sain s'embarque pour un voyage de long cours , ou se trouve
placée sous des influences d habitation , de vête-
mens et de régime qui développent la cachexie scorbutique : les symptômes de cet état général de l’économie se prononcent plus ou moins nettement : on reconnaît, en examinant le malade, une affection cancéreuse locale qui existait ou
n’existait pas auparavant, mais à laquelle on ne peut attribuer des symptômes generaux qui se dissipent par le changement de régime, de vêtemens, ou même seulement d’habitation.
Si une personne portant un cancer est soumise à un mauvais régime alimentaire, sa constitution peut se détériorer par cette cause avant que l’organe cancéreux produise la cachexie cancéreuse. Dans ce cas , un régime plus convenable rend des forces , de meilleures couleurs , et même de l’embonpoint *, mais plus tard les phénomènes propres de la cachexie cancéreuse se développent par les progrès de l'affection locale , et alors le régime n’a plus le pouvoir d’améliorer la situation des malades, car les fonctions de l’appareil digestif s’altèrent de plus en plus, la constitution éprouve de jour en jour davantage l’influence malfaisante de l’organe malade sans pouvoir être défendue par aucun régime , comme dans le cas dont j’ai parlé d’abord, et dont on trouvera un exemple remarquable dans les Recherches de M. Rouzet, article Cancer chronique .
Ces exemples suffisent pour faire voir par quel mécanisme on peut distinguer la cachexie cancéreuse des altérations générales de l’économie qui peuvent la simuler.
On enlève un engorgement cancéreux chez un