‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrileChapitre 17 sur 66 · ANATOMIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

L’inflammation des divers tissus de l’économie

les modifie tous chacun selon leur structure particulière, sans les assimiler les uns aux autres; mais il n’en est pas ainsi du cancer, qui les change tous en un parenchyme plus ou moins homogène, ou les détruit indistinctement par ulcération ou érosion. Il agit sur les organes les plus durs aussi bien que sur les plus mous, pour les changer en carcinome ou pour les corroder. Je vais exposer rapidement les principaux résultats de l’examen anatomique des maladies cancéreuses , après quelques considérations générales sur leur siège.

i°. Les engorgemens diffus affectent évidemment le parenchyme propre des organes dans lequel ils se propagent de proche en proche, en

suivant également la continuité et la contiguité des tissus , à moins qu’une cloison osseuse ou fibreuse ne suspende momentanément leurs progrès vers les organes voisins du premier affecté. Le tissu cellulaire, et surtout celui qui contient la graisse , est le conducteur par lequel la maladie se propage le plus promptement et le plus loin : souvent il est déjà malade qu’on ne peut encore en juger par les modifications de sa couleur, et à peine par celles de sa densité.

2°. Dans les tumeurs carcinomateuses circonscrites, l’affection commence manifestement parle tissu cellulaire interlobulaire ou interfibrillaire de l’organe ou de son voisinage, ou par quelque rudiment de l’organe séparé de sa masse , comme par quelque lobule isolé de la glande mammaire, etc. Dans ce cas, si la tumeur est exactement enkystée, elle écarte les parties voisines, et peut rester pendant long - temps isolée dans son foyer; lorsqu’elle n’est pas cernée par un kyste, ou que celui-ci étant trop mince vient à se rompre par l’augmentation rapide du volume de son contenu , la maladie se propage aussitôt au tissu cellulaire adipeux , aux organes du voisinage, aux ganglions lymphatiques^ etc.

5°. Dans les ulcères cancéreux primitifs la maladie commence par la peau ou les muqueuses ;

les parties subjacentes n’y prennent part que quand ces membranes sont détruites dans toute leur épaisseur , ou lorsque l’affection de la peau se réunit à celle de la muqueuse la plus voisine ; alors l’examen de l’ulcère le fait voir dévorant tout ce qui se trouve au-dessous de lui*, les os paraissent détruits avec la même facilité que les parties molles ; on ne distingue pas à la vue la diversité de couleur des tissus qui forment le fond et les bords de l’uleère.

Les affections secondaires aux engorgemens, aux tumeurs et aux ulcères primitifs , sont d’aspect lardacé et encéphaloïde , et ont leur siège dans les organes voisins , dans les ganglions lymphatiques les plus pioches, dans les parties éloignées, et enfin dans tout l’organisme lorsque la cachexie cancéreuse s’est développée.

ARTICLE PREMIER

ENGORGEMENS SQUIRRHEUX DIFFUS PRIMITIFS.

L’examen du parenchyme accidentel des en»gorgemens squirrheux diffus en fait reconnaître plusieurs variétés : j’ai indiqué les principales, voici leurs caractères :

Engorgemens squirrheux , blanchâtres et semi-

diaphanes.

On rencontre des engorgemens squirrheux diffus qui augmentent peu- à-peu la densité du parenchyme des organes ou ils surviennent avant de le faire disparaître. En les disséquant dans cette première période , le toucher fait distinguer une consistance différente et l’état morbide là où la vue n’apprend rien encore; c’est là le temps de la résolution. J’appellerai volontiers ces engorgemens diffus chondroïdes, parce que dans la seconde période de leur durée les surfaces coupées sont légèrement demi - transparentes , présentent un aspect bleuâtre ou blanchâtre, comme cartilagineux, criant même sous le scalpel. A cette époque de la maladie , la densité est plus grande que celle du rein , et peut approcher de celle des cartilages ; les tissus chondroïdes se déchirent difficilement en petites lanières, leur couleur grisâtre est mélangée de stries ou de zones nacrées , ardoisées : plus tard , les squirrhes chondroïdes prennent un aspect lardacé, homogène ou analogue à celui du paren-

ehyme du fruit des cucurbitacées ; alors le tissu squirrheux devient comme feutré dans ses déchirures , commence à se ramollir et à dégénérer ctx un fluide plus ou moins visqueux ou gélatineux , d un gris sale , parfois semi-transparent et rarement troublé par du sang.

D’après ce qui précède, on voit qu’il est nécessaire, pour entendre parfaitement l’état anatomique des engorgemens squirrheux chondroïdes, d’y distinguer quatre périodes : celle d’augmentation de densité avant la dégénérescence; celle de l’état chondroïde, dans laquelle le parenchyme de l’organe a pris l’aspect cartilagineux ; celle de l’état couenneux , dans laquelle les tissus deviennent lardacés, comme semi-adipeux; et la période de ramollissement ou de fonte des tissus squirrheux.

Les engorgemens squirrheux diffus des organes parcourent assez rarement toutes leurs périodes , parce qu’auparavant ils amènent des épanchemens et la mort, comme toutes les affections organiques ; c’est dans les tumeurs squirrheuses qu on a plus d’occasion d’étudier l’état du parenchyme squirrheux dans les. différentes périodes de sa durée.

Engorgemens squirrheux blanchâtres et

opaques.

L’anatomie pathologique fait reconnaître des engorgemens squirrheux diffus primitifs, qui, comme ceux dont je viens de parler , présentent dans leur première période la simple augmentation de la densité ordinaire des parenchymes organiques *, dans une seconde période , le parenchyme normal de l’organe malade a disparu et se trouve remplacé par une production blanchâtre, opaque, que j’appelle solanoide ou néphroïde , parce qu’elle est analogue sur les surfaces coupées au parenchyme de la pomme de terre ou du rein. La substance des squirrhes solanoïdes présente dans ses déchirures un aspect lanugineux ou feutré \ plus tard l’engorgement néphroïde se ramollit inégalement et prend l’aspect et la friabilité de la substance cérébrale , ce qui l’a fait nommer, par Laennec et Bayle, encéphaloïde ; plus tard encore, il dégénère en une espèce de bouillie ou de matière pultacée , d’un blanc sale , souvent mêlée à du sang en forte proportion. Les productions solanoïdes ou né-

phroïdes sont d’abord plus consistantes et moins élastiques que le tissu des reins *, si on gratte avec la pointe d’un scalpel , ou si on déchire leur parenchyme, on découvre une multitude de fibrilles croisées en tous sens et formant des aréoles remplies d’un fluide qui devient d’autant plus lactiforme que l’engorgement squirrheux est plus ancien et approche davantage de l’époque de son ramollissement. La disposition aréolaire ou cellulaire des carcinomes devient sensible sans le secours du scalpel, à mesure que l’engorgement vieillit et se ramollit *, car alors les aréoles distendues mettent parfaitement à découvert la texture spongieuse dont je parle. Cette structure aréolaire est la cause pour laquelle les endroits ou l’on croit reconnaître de la fluctuation , dans les engorgemens cancéreux , ne contiennent pas de grandes collections, mais un fluide lactiforme renfermé dans une multitude d’aréoles , d’oii on l’exprime facilement. A mesure que ce fluide blanchâtre abonde davantage, le parenchyme squirrheux perd son aspect solaniforme, pour devenir encéphaloïde et aréolaire; il s’y creuse

des cellules non communiquantes et même des

cavernes par le déchirement du lacis ramolli des cloisons , qui , comme les parois vasculaires , s’amincissent et semblent disparaître ou se dis-

soutire à mesure que la maladie avance. Cette circonstance, en donnant lieu à des infiltrations ou à des épanchemens sanguins , modifie beaucoup la couleur des parenchymes carcinomateux.

La densité des engorgemens solaniformes n’est pas toujours la même; tantôt elle est comme fibreuse ^ lorsqu’il y a condensation du tissu , tantôt elle se rapproche de celle de l’utérus, du rein , du pancréas ou du foie ; mais elle présente moins d’élasticité et finit par devenir friable comme le tissu pulmonaire dans l’hépatisation grise. Dans cet état , l’engorgement se rapproche de l’aspect et de la densite cérébrale , et enfin il devient tout- à- fait pultacé à mesure que les aréoles se rompent par la surabondance du fluide laetiforme qui les distend. Les engorgemens squirrheux encéphaloïdes ne peuvent arriver à ce point, sans que les parois des veines très-développées de la partie malade n’éprouvent des ruptures ou même ne disparaissent, tant elles sont friables. Lorsqu’il y a eu de ces ruptures vasculaires dans les engorgemens squirrheux, la substance pultacée , au lieu d’être blanche , est colorée en rouge ou présente diverses teintes de noir.

Il est dans les engorgemens cancéreux une circonstance anatomique importante à remar-

quer : la substance de ces engorgemens reste plus ou moins homogène jusqu’à une époque variable. Alors on y trouve des gerbes de vaisseaux sanguins convergens, et aussi isolés des vaisseaux sanguins qui entourent l’engorgement , que ceux des fausses membranes organisées le sont des vaisseaux sanguins des séreuses auxquelles elles adhèrent. Le temps ou l’on trouve dans les engorgemens cancéreux , et surtout dans les tumeurs isolées de même nature, ces productions de vaisseaux sanguins isolés, est celui ou ils commencent à se ramollir \ de manière que dans le même organe oii il y a plusieurs centres d’engorgement, on ne trouve de ces productions vasculaires rouges que dans les endroits qui commencent à perdre de la dureté qu’ils avaient acquise et à se ramollir : mais à mesure qu’ils se ramollissent davantage, ces vaisseaux détruits donnent du sang et forment le réseau inflammatoire qui fournira l’ichor cancéreux , après l’ouverture spontanée ou artificielle de la tumeur ou de l’engorgement carcinomateux, si elle a lieu. C’est une chose remarquable que ce réseau vasculaire sanguin , qui donne un teinte rougeâtre à la superficie des ulcères carcinomateux oudesfongus, dont l’intérieur est d’un aspect solaniforme, avant de devenir encéphaloïde. Les

veines du voisinage cle l'engorgement sont dilatées, mais ces veines dilatées n’ont rien de commun avec la production vasculaire rouge et constamment capillaire dont je parle , et qui appartient manifestement à la période inflammatoire des engorgemens cancéreux.

M. le professeur Crtiveilhier , à qui j’ai fait voir une pièce dans laquelle la disposition dont je viens de parler était très-évidente., ma dit que dans un cancer du rectum en grappe il avait observé au centre des tumeurs pédicuiées et gélatiniformes dont sa masse était composée, le développement de vaisseaux sanguins parfaitement indépendants delà grande circulation.

Lorsque le tissu fibreux est en grande proportion dans les carcinomes , on le trouve en faisceaux ; l’engorgement, au lieu d’être solanoïde, est napiforme, et dans sa période de ramollissement présente des cellules comme les raves ou les navets devenus ligneux. Cette disposition n’avait point échappé à M. le professeur Delpech.

La couleur ordinaire des squirrhes solanoïdes est d’un blanc sale grisâtre, mais elle varie depuis le gris jusqu’au noir , et ne reste pas toujours uniforme dans tous les points des engorgemens. Elle conserve la couleur grisâtre dans les endroits les moins avancés vers le ramollissement *, mais

dans ceux où il est commencé ou avancé , elle devient dun gris plus clair ou même blanchâtre , à moins que des infiltrations sanguines ne la colorent.

Lorsque le même engorgement présente différentes nuances, elles ne sont pas disposées en stries, mais en ondulations. Cette disposition distingue les squirrhes solanoïdes que j’ai comparés aux tumeurs fibreuses napi formes , dans lesquelles la densité et les nuances différentes sont disposées en stries, comme dans le parenchyme des navets coupés sur leur longueur ou leur largeur. Les engorgemens solanoïdes diffus passent au ramollissement plus facilement que les squirrhes chondroïdes.

§. III

Productions mèlanosiques .

Ce que j’ai observé sur les productions mélanosiques est conforme à ce qu’en dit Laennec dans son article Anatomie pathologique , du Dictionnaire des Sciences médicales.

Les mélanoses présentent d’abord un parenchyme noir, un peu humide, et d’une consistance analogue à celle des glandes lymphatiques

ou du rein; à une période plus avancée, elles finissent par dégénérer en une bouillie noire et plus ou moins épaisse. D’après ce que j’ai pu observer des mélanoses, il est difficile d'en expliquer la couleur noire par la seule infiltration du sang. Ces productions , qui dans plusieurs cas sont, au moins en partie, composées de tissus cancéreux colorés en noir, ont été observées dans les organes intérieurs, ou je les ai vues spécialement dans les poumons, le foie et les muqueuses, auxquels elles communiquent une couleur ardoisée ou noire, qui est sans apparence de sang et ne ressemble point aux contusions ni à la gangrène : on en a aussi rencontré à la peau; car M. Jurine a communiqué à M. le professeur Alibert quatre observations, que cet auteur désigne sous le nom de cancers anthracines dans sa Nosologie naturelle . Je vais me borner à en analyser une seule, qui suffira pour mettre dans tout son jour la nature cancéreuse de l’affection dont il s’agit.

Il survient spontanément au-dessus du sein d’une demoiselle, âgée de cinquante-huit ans, une tache noire et indolente. Six mois après, l’ablation proposée par Jurine ayant été refusée, il couvrit la tache d’un vésicatoire. L’épiderme enlevé , le corps muqueux , noir comme chez un

nègre, laissait voir des tubercules brunâtres. Cependant (comme cela arrive à la surface des vésicatoires chez les nègres) la couleur noire pâlit, jaunit, surtout au centre de la tache, qui s’ulcéra, devint le siège de douleurs lancinantes , et produisit des fongosités , d’ou s’écoulait un fluide sanieux : plus tard, il survint des hémorrhagies , de l’engorgement aux ganglions lymphatiques axillaires et jugulaires du meme côté , de l’infiltration qui gagna les extrémités inférieures, et enfin une fièvre lente consomptive, et la malade mourut.

§. iv.

Eæemples d ei igo rgemens cancéreux diffus de divers organes internes .

J’ai rencontré plusieurs fois le cancer du cerveau avec l’aspect lardacé et non pas encéphaloïde. En voici des exemples:

M. N. fit plusieurs chutes de cheval \ devint sujet à une céphalalgie frontale violente , avec des paroxysmes , qui se renouvelèrent en se rapprochant pendant quatre ans, après lesquels il tomba dans un état d’affaissement dans lequel il mourut p â quarante-deux ans, en 1816. L’ou-

verture du cadavre montra le lobe antérieur de

l’hémisphère cérébral droit converti en une substance dense, lardacée et homogène.

M. V — , pharmacien, d’une constitution lymphatique , se donna un coup violent au vertex en se relevant , après s’ètre baissé dans un lieu bas d’étage. Il lui resta à l’endroit frappé une douleur , qui augmenta dans la suite avec des élancemens , à mesure que se développait au même lieu une tumeur, qui représentait un cône mousse , et avait plus de trois pouces de diamètre à sa base lorsque je fus consulté , en 1 82 1 . Les douleurs, qui finirent par être accompagnées dans leurs redoublemens d’étourdissemens et d’accidens épileptiformes , augmentèrent à tel point, que M. Dupuytren et moi, croyant pouvoir supposer le siège de l’engorgement dans les os exclusivement, nous décidâmes à tenter l’enlèvement de l’exostose par le trépan : l’opération ne fut point terminée, parce que l’incision des tégumens nous révéla en même temps la nature cancéreuse de la maladie, et après une courte tentative, l’impossibilité d’atteindre le but que nous nous proposions. Le malade mourut peu de temps après. Toute la partie des os du crâne qui formait la tumeur était changée en un parenchyme lardacé très-dense et chondroïde : la por-

Üon supérieure des deux hémisphères cérébraux était changée en une substance lardacée et ra-

moilie , dans une épaisseur et une largeur de dixhuit lignes et dans une longueur de plus de deux pouces.

j’ai observé plusieurs fois l’état cancéreux du cœur avec transformation de son tissu musculaire en un parenchyme lardacé homogène. Je me bornerai a rapporter le fait suivant , qui s’est présenté à moi à lHôtel-Dieu , en octobre i8o3. Ce fait, recueilli par M. le docteur Huilier, aujourd’hui médecin à la Charité, a été communiqué à la Société des professeurs de la Faculté le i3 mai 1 8 1 3 .

M. . . , âgé de trente-six ans , d’un tempérament lymphatique , éprouva , vers quatorze ans, une déviation de la colonne vertébrale , et depuis lors resta sujet à des catarrhes bronchiques continuels *, vers vingt-huit ans commença une dyspnée habituelle avec menace de suffocation lorsqu’il se livrait à des mouvemens un peu soutenus; en même temps, difficulté des digestions , éructations, flatuosités, constipation, augmentation de la. densité et du volume du ventre. > ers vingt-neuf ans , M. . . croit avoir éprouvé du coté gauche une inflammation de poitrine, dont il ne se rétablit que lentement et imparfaitement.

V ers trente-cinq ans et demi, l’augmentation de la dyspnée et de la douleur qui était restée à la suite de la maladie de poitrine, avec infiltration des membres inférieurs et grande faiblesse , obligea le malade à garder le lit. On appliqua sur le coté gauche du thorax un large vésicatoire qui procura quelque soulagement.

Cependant les forces diminuèrent chaque joui: par le défaut d’alimentation et par la diarrhée colliquative, qui avait remplacé la constipation * les fonctions des organes de la respiration et de la circulation s’altérèrent de plus en plus.,

Y ers trente-six ans., la face était entièrement décolorée , le pouls peu fréquent, mais d’une faiblesse extrême , les digestions nulles , le dévoiement con» tinuel , le marasme complet et dissimulé seulement par quelque bouffissure au visage , et par l’infiltration des membres inférieurs. Le ventre était tendu et le siège de vives douleurs à droite ; on y trouvait d’ailleurs une tumeur située profondément *, la respiration , pénible, courte et fréquente , était un peu moins gênée lorsque le malade était couché sur le coté gauche*, ce côté du thorax qui était le siège d’une douleur fixe ne rendait qu’un son mat par la percussion. La peau était sèche, la langue humide et blanchâtre*, la soif peu vive *, les urines étaient rares, l’infiltra^

tion générale dominait aux membres inférieurs. La chaleur était naturelle, la voix très-faible, la parole distincte , les facultés intellectuelles en bon état, les sens paresseux et les forces musculaires anéanties ] le malade succomba quatre jours après son entrée dans l’hôpital.

L’ouverture du cadavre présenta les résultats suivans :

i°. Il y avait un léger épanchement dans la plèvre gauche ;

2e. Les poumons étaient sains et libres de toute adhérence ;

5°. Le péricarde était sain *,

4°. Le cœur volumineux, relativement à la petite stature de M. . . , présentait une surface hérissée de bosselures aplaties et séparées , qui se confondaient par leur base en plusieurs endroits ; la couleur blanchâtre de ces éminences contrastait avec la couleur rougeâtre de la substance du cœur qui les séparait, ce qui donnait un aspect marbré aux parois des ventricules, dans les endroits où on les avait incisées. Les saillies et les sillons qu’on remarquait à l’extérieur du cœur ne se répétaient point dans les ventricules à sa surface interne , sur laquelle on ne distinguait , comme dans les sections , qu’un aspect marbré. L’organisation intérieure n’avait subi aucun

changement, si ce n’est peut-être que le ventricule gauche avait un peu plus d étendue que de coutume. La membrane interne du cœur et le péricarde étaient sains , transparens et permettaient de distinguer la différence de la couleur des diverses parties du cœur : toutes les bosselures étaient formées par un tissu blanchâtre, jaunâtre, homogène, couenneux et criant sous le scalpel. On peut facilement évaluer à dix ou onze douzièmes la proportion de ce parenchyme carcinomateux, car il ne restait pas un onzième ou un douzième de la substance ordinaire du cœur dans les parois des ventricules. Les oreillettes étaient dans l’état ordinaire. La substance couenneuse , pressée et ratissée avec un scalpel , laissait suinter un fluide blanchâtre \ elle n’était point enkystée, mais on la voyait se fondre insensiblement avec ce qui restait de la substance musculaire du cœur, dont elle avait perdu l’organisation.

Dans l’abdomen , l’épiploon était noirâtre,' flétri et dépourvu de graisse, l’estomac rétréci, mais sans altération dans ses parois *, le tiers droit du pancréas était tuméfié, dur etlardacé; les tuniques du duodénum qui environnaient la tumeur étaient plus épaisses et plus consistantes que dans l’état normal*, tout l’intestin grêle

qu’on désigne sous le nom de jéjunum et d’iléon était rétréci j ses parois, uniformément dures, blanchâtres et lardacées, avaient de quatre à cinq lignes d’épaisseur. On trouvait derrière le mésentère , vis-à-vis la colonne lombaire , une tumeur qui se confondait supérieurement avec la partie squirrheuse du pancréas. Cette tumeur présentait dans ses sections une masse homogène, blanchâtre, encéphaloïde, uniformément ramollie et fétide.

J’ai cru devoir donner ee fait avec quelques détails, parce que les observations de cancer du cœur ne sont pas encore en grand nombre. On peut comparer eelle-ci, dont il est parlé au tome IIIe des Bulletins de la Faculté , p. 35 y, avec celle de M. Trélat, consignée dans l’article Cancer du Dictionnaire en dix-huit volumes, par MM. Bréchet et Férus.

La description des dégénérescences squirrheuses observées chez ce sujet donnera d’ailleurs une idée juste de ee que j’entends par engorgement diffus.

Je possède un assez grand nombre d’observations d’engorgemens cancéreux du pancréas*, je me borne à donner l’analyse rapide de la suivante. Je fus mandé au commencement de 1823 pourvoir en consultation madame B...., âgée

de trente-huit ans environ , à laquelle M. le professeur Richerand donnait des soins habituels. Une toux parfois fatigante sans expectoration, une difficulté considérable des digestions , un état fébrile, une grande décoloration, une faiblesse sans cesse croissante et diverses infiltrations des membres formaient les traits principaux de la situation de cette malade, qui succomba le 2 4 avril suivant, après avoir présenté quelques symptômes pleurétiques à gauche. L’examen du cadavre , fait le lendemain en présence cie M. le docteur Marc et de M. Richerand, par MM. les docteurs Andrieux et Martinet, donna les résultats suivans.

i°. Un épanchement séreux d’une livre dans le côté gauche du thorax, avec des traces de pleurésie 5

2°. L’état sain du cœur et des deux poumons qui ne présentaient point de traces de tubercules •,

3°. La tuméfaction considérable du pancréas, formant une tumeur proéminente en avant, appliquée à la colonne vertébrale en arrière, et ayant plus de six pouces d’un côté à l’autre. Cette masse homogène était lardacée dans quelques points, et ailleurs dans un état de ramollissement déjà avancé *,

4°. L’engorgement et la suppuration de la plus grande partie des glandes mésentériques ;

5°. L’épaississement du péritoine, qui était opaque et d’un blanc laiteux, et cependant sans épanchement dans sa cavité ;

6°. L’état sain du foie, ainsi que des autres organes.

J’ai vu dans le foie la dégénérescence chondroïde et lardacée , avec les ramollissemens semigélatineux qui lui sont propres, ainsi que les productions solanoïdes et encéphaloïdes. J’ai trouvé les mêmes altérations dans les reins, dans l’estomac, dans les intestins, dans la vessie, etc. , etc.

J’ai observé des engorgemens squirrheux lardacés des poumons et des parois du thorax; j’en ai sous les yeux une observation recueillie dans mes salles, sur un soldat prussien, en i8i5, par M. le docteur Gosse, de Genève, auteur d’un travail intéressant sur les Maladies rhumatoïdes .

ARTICLE II

Page 1