CONSÉQUENCES
i\ Certains organes , tels que les seins, les testicules et divers naevus, présentent constamment en incubation une susceptibilité cancéreuse, en vertu de laquelle personne ne peut se flatter d’être à l’abri d’un cancer, qui peut se développer par des causes accidentelles ou même par le seul progrès de l’âge.
2°. S’il y a un vice cancéreux primitif, général ou constitutionnel, il est donc universel, puisque personne n’est exempt de cette affreuse susceptibilité en plus ou en moins.
5°. S’il y a un vice cancéreux primitif, il est donc un âge ou il commence } mais l’expérience montre la susceptibilité cancéreuse à tous les âges, et prouve qu’à toute époque de la vie, avant la dégénérescence cancéreuse, il n’y a point de vice cancéreux , puisqu’après l’extirpation des mamelles, des testicules sains et des nævus, qui avaient la susceptibilité cancéreuse, il ne sur¬
vient cependant aucun cancer.
4°o L’état cancéreux parait
dépendre
d’une susceptibilité locale des organes , innée dans les tissus extraordinaires, ou les nævus, et dans les mamelles et les testicules , fréquente dans l’utérus, le tube digestif, les lèvres et le nez, et possible dans toutes les parties du corps, sur-tout secondairement à l’état cancéreux des organes auxquels appartient spécialement cette maladie comme primitive.
5°. Un organe devenu cancéreux devient un cen tre d actions nouvelles, et d’autant plus propres à développer le meme genre de maladie par absorption ou par consensus nerveux, que l’état inflammatoire est survenu et est plus avancé dans l'organe cancéreux (i).
(1) La susceptibilité variolique est très-générale; peu de personnes y échappent lorsqu’elles sont placées dans des conditions convenables. Faudrait-il dire avec le peuple que la petite-vérole est une dépuration? Avant l’infection, il est possible de la prévenir; après l’inoculation , il serait peut-être possible encore d’empêcher la maladie en extirpant la pustule génératrice ; mais une fois la constitution compromise, il faut subir la loi du vice général survenu. 11 faut appliquer à la syphilis ce que je viens de dire de la variole : avant les affections locales primitives il est facile de la prévenir ; pendant les affections locales primitives il serait probablement possible, dans quelques cas, d’empêcher l’infection générale; mais, cette infection générale survenue, il faut en subir la loi. L’ablation de toutes les affections locales secondaires qui s’y rattachent ne pourrait empêcher que d’autres ne remplaçassent celles qu’on détruirait par des moyens locaux, si on n’en avait d’autres appropriés pour combattre le vice général survenu accidentellement dans les
6°. D’après tout ce qui précédé, et lesrapprocliemens de la note ci-jointe , est— il étonnant que ce soit sur les organes cancéreux, qui deviennent des foyers propagateurs de la maladie ,
deux exemples que j’ai choisis , l’un parmi les affections aiguës , et F autre parmi les affections chroniques. Je prie de faire là-dessüs les réflexions suivantes :
i°. Les affections varioliques et syphilitiques locales primitives ne dépendent d’aucun vice antécédent de l’organisme, mais de sa susceptibilité pour l’action de ces virus, qu’on peut inoculer localement, comme une contusion.
3°. Les virus , comme la contusion , n’agissent certainement qu’en raison des susceptibilités locales ; car ils n’agissent pas d’une manière égale sur tous les tissus, ni sur tous les individus.
5°. Les affections locales déterminées par un virus, par une contusion ou par toute autre cause , deviennent des centres ou foyers d’actions nouvelles, et agissent sur le reste de l’organisme par consensus ou par absorption.
4°. Le mode d’action des affections locales sur les autres organe* par consensus et par absorption est relatif à la nature des affections locales : ce qui donne la raison pour laquelle une pustule variolique inoculée et un chancre syphilitique primitif n’agissent pas de la même manière sur l’organisme.
5°. Il est clair que , considéré dans ses rapports avec les affections locales développées par inoculation, le vice générai qui suit constitue une cachexie ou un vice constitutionnel , qui n’existait pas avant l’affection locale primitive ; et il ne l’est pas moins que les affections locales consécutives seront liées au vice général développé par les affections locales primitives, dont on ne peut trouver la cause dans un vice qui n’existait pas dans l’organisme avant l’inoculation qui a produit la maladie locale primitive. ■
6°. Une légère contusion développe la dégénérescence cancéreuse d’un sein ou d’un testicule; on se demande ce que c’est que ce nouvel état? Il est clair qu’il y a dans la partie qui devient ean-
que les moyens locaux aient le plus d’action?
7". Quelques succès de Fextirpation prouvent que la maladie peut ctre locale*, mais la
céreuse , formation d’un tissu accidentel nouveau et insolite , comme le nævus est un tissu congénial également insolite.
-°. Les tissus accidentels et congéniaux insolites venant à s’enflammer à une période quelconque de leur durée , il est impossible que leur état inflammatoire ne soit pas abnormal comme eux , et que 1-es produits de l’état inflammatoire des tissus extraordinaires ne soient pas différens de ceux de l’inflammation des tissus ordinaires,
8°. L’inflammation survenant dans les tissus abnormaux cancéreux augmente leur action sur le reste de l’organisme , et amène leur dégénérescence avec des effets correspondans à leur nature.
90. L’inflammation produite par une cause quelconque dans un tissu extraordinaire a pour caractère spécial la dégénérescence cancéreuse avec tous les effets qui lui sont propres , et cela sans autre condition que la susceptibilité de ces tissus pour la dégénérescence dont il s’agit.
io°. Les tissus extraordinaires enflammés deviennent des foyers générateurs ou des pustules génératrices spontanées , d’où se propage le vice qui infecte ensuite tout l’organisme ; mais il n’est pas plus possible de leur trouver une cause dans un vice général antécédent , qu’à la pustule variolique génératrice ou au chancre syphilitique primitif.
ii°. Qui pourra s’étonner du succès des moyens locaux convenables dans tous les cas d’affections locales génératrices?
12°. Dans la variole, la susceptibilité est générale ; il paraît qu’après la maladie cette susceptibilité se perd dans le plus grand nombre des cas, et même par la vaccine.
i3°. La susceptibilité à la dégénérescence cancéreuse ne peut-elle pas être éteinte comme la susceptibilité pour d’autres maladies? Il faut attendre et observer ce que deviendra , dans les différons Ages, le pouvoir de la compression bien dirigée , sur la susceptibilité can^ céreuse locale.
fréquence des récidives démontre que ce procédé n’est pas le plus sùr.
8°. Les végétations repullulént moins fréquemment apres la ligature qu’après l’excision.
9°. La ligature n’est qu’un mode de compression inapplicable à la plupart des cas.
io°. La compression oppose à une maladie successive une action successive qui modifie la susceptibilité locale , change le mode de nutrition de l’organe, et paraît pouvoir lui faire perdre la tendance à la dégénérescence cancéreuse.
ii°. La compression n agit point en atrophiant^ car elle réussit sur des organes atrophiés, racornis , qui, sous elle, reprennent leur aspect et leur volume, comme les mamelons rentrés des seins ressortent par son moyen.
Telles sont les raisons qui m’ont amené à ne voir dans les préludes de l’état cancéreux qu’une susceptibilité locale , capable de se développer sous diverses influences physiques et morales, et a laquelle il ne m’a plus paru déraisonnable d’opposer un moyen local capable de la maîtriser, et sans lequel il n’est pas possible de toucher avec sûreté aux organes devenus cancéreux avant et sur- tout après que l’état inflammatoire
y est survenu ( i ). Venons à l’examen des résultats.
Je reviens maintenant à l’opinion de MM. les professeurs Boyer , Delpech , etc. , sur le vice cancéreux constitutionnel (Voyez le Traité de M. Delpech, partie iv, chap. m, § v). « On ne connaît, dit Fauteur, aucun traitement méthodique propre à combattre la diathèse cancéreuse, etc. » S’il est vrai que des engorgemens de nature a dégénérer en cancer se soient résous par la compression , Forgane malade récupérant son organisation primitive , M. Delpech sera obligé de convenir qu’elle fournit un moyen méthodique pour suspendre , et même pour éteindre soit l’aptitude, soit la disposition locale à la dégénérescence cancéreuse par la médiation des forces vitales. Lorsque la destruction d’une affection cancéreuse n’est pas suivie de récidive pendant plusieurs années, et même pendant le cours d’une longue vie, M. Delpech pense que cela permet de supposer qu il est des cas où la cause matérielle du cancer n est pas abondante :
(1) Il n’y a point de phlegmasie primitive comme cause des nævus ; je ne puis point en constater davantage dans les tissus qui deviennent squirrheux ; mais elle est évidente dans les nævus et les tissus cancéreux à une période de leur durée , et alors elle produit les effets qui lui sont propres.
mais ne suffit-il pas d’admettre que, dans ce cas, la diathèse cancéreuse n’est entrée en action que dans un seul organe, sans supposer une cause matérielle ou un vice qui n’est pas plus évident dans la disposition des organes a la dégénérescence cancéreuse, que dans l’aptitude de l’organisme à contracter la variole, qui se perd à des conditions dont les lois sont connues. La cessation d’une aptitude ou dune disposition physiologique, qui ne peut être considérée comme un vice humoral , éclaircit le mécanisme de toutes les autres cessations analogues, sans qu’il soit nécessaire d’admettre l’épuisement d’une cause matérielle tout- à -fait superflue pour la production des phénomènes organiques que je discute. Si la récidive d’un cancer dans le même lieu oii on l’a détruit, ne prouve pas un vice ou une cause matérielle qui répugne d’ailleurs à l’universalité de la disposition au cancer chez les sujets les plus sains , en est-il de même de la récidive dans un organe éloigné de celui qui était d’abord malade? Le développement d’un cancer secondaire éloigné pendant l’existence du premier , ou après sa destruction, ne démontre pas une cause matérielle, mais indique que la disposition n’était pas bornée au premier organe affecté, ou que celui-ci avait déjà imprimé à l’organisme
l'empreinte latente ou manifeste de la cachexie cancéreuse, qui constitue un vice secondaire, qu’il est impossible de confondre avec la disposition congcnialequi engendre les affections cancéreuses primitives, d’où naît la cachexie.
Celte courte discussion suffira pour montrer que le fait de la récidive des cancers, comme celui de leur génération, est susceptible de plusieurs explications, entre lesquelles chacun adoptera celle qui lui paraîtra la plus conforme aux lois générales de l’organisme.
Le fait de M. Parent, page io3^ prouve que la diathèse cancéreuse locale peut passer successivement d’un organe à l’autre, et rien de plus. Deux femmes , du même âge, reçoivent un coup au sein*, chez l’une se développe immédiatement un engorgement qui dégénère en cancer après un court espace de temps, tandis que, chez l’autre, il ne survient aucun accident local. Si on ne perd pas de vue la seconde , on verra quelques années plus tard se développer au sein frappé un engorgement qui suivra la même marche que celui de la première, mais avec plus de lenteur*, de manière que si la première succombe deux ou trois ans après le coup la seconde ne parviendra â la terminaison fatale de sa maladie qu’après vingtcinq ou trente ans.
Cette différence indique que la diathèse cancéreuse locale, trcs-prononcée chez la première , a produit immédiatement laffection cancéreuse, tandis qu’étant peu marquée chez la seconde , elle n’a développé les effets spéciaux qui lui sont propres qu’à une autre période de la vie , vers l’époque de la cessation des règles ou dans des circonstances nouvelles, comme à la suite d’une couche ou d’un allaitement, par exemple.
ARTICLE IL