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son essence, on ne peut le saisir; et ses principes matériels constitutifs échappent d’autant mieux, qu’on les recherche à l’aide de réactifs plus énergiques. Faut-il nier la matière d’un corps parce qu’on n’en peut saisir les élémens? Non, sans doute, car la matière qui constitue les corps se manifeste en les faisant exister , les uns pour les autres et pour les sens, par ses phénomènes physiques : comme le principe vital qui vivifie les organes se révèle en les faisant exister les uns pour les autres et pour les corps , par les phénomènes physiologiques.
Les corps inorganiques sont soumis à des lois de configurations spéciales qui ne varient que d’après d’autres lois, lesquelles, comme les premières, sont déterminées pour un grand nombre d’entre eux, dans la cryslallographie et l’histoire naturelle ; les lois des configurations spèciales des diverses espèces de corps organiques sont aussi étudiées dans la botanique et l’anatomie, et ne varient également qu’à de certaines conditions.
2\ Les corps inorganiques présentent des lois de coordonnation réciproque dans leurs configurations qui se conviennent, si leurs surfaces s’adaptent réciproquement , soit qu’elles soient planes ou qu’elles offrent des éminences et des cavités correspondantes ; mais qui ne se conviennent pas, si des saillies répondent à des saillies, et des enfoncemens à des enfoncemens, etc. La même loi se retrouve entre les diverses parties anatomiques des corps organisés.
En physique , les lois de l’attraction , de la répulsion ,
et de la saturation réciproque et spéciale des corps, sont certaines et déjà très-connues; en physiologie, les lois des appétences , des répugnances et des satiétés organiques sont également certaines ; car les associations, dissociations et saturations vitales révèlent aussi clairement la sensibilité vitale, c’est-à-dire les capacités ou propriétés physiologiques spéciales des organes, ou les forces de la vie par lesquelles elles existent, que les associations, dissociations et saturations physiques manifestent la susceptibilité matérielle , c’est-à-dire les capacités ou propriétés physiques également spéciales des corps, ou les forces physiques par lesquelles elles existent.
5°. Les lois de la statique et des mouvemens physiques ont été reconnues et calculées; elles se retrouvent dans la statique et les mouvemens physiologiques si différens dans leur mécanisme. Un corps en mouvement représente l’impulsion qu’il a reçue , comme le degré du mouvement représente l’inlensité de cette impulsion et la capacité du corps pour être mis en mouvement : voilà la loi physique. Le coeur en mouvement représente ^impulsion vitale qu’il reçoit 3 comme le degré de ses mouvemens donne la mesure de l’énergie de la stimulation , et de la capacité de l’organe pour se mouvoir : telle est la loi physiologique du premier des organes locomoteurs de la mécanique animale 5 elle est la même dans tous les autres. •
4°. Les corps physiques, dans leurs combinaisons , s’assimilent les uns aux autres, le plus réfractaire s'assimilant ceux qui le sont moins; voilà la loi des assimilations physiques. Les organes vivans s’assimilent les substances qui se trouvent en contact avec eux, ou sont
assimilés par elles : telle est la loi îles assimilations vitales depuis la digestion et l’hématose , jusqu’à la nutrition qui donne l’existence physiologique à des substances qui ne l’avaient pas auparavant.
5°. Les corps physiques sont susceptibles d’éprouver dans leur volume des additions qui l’augmentent , et des soustractions qui le diminuent ; la même loi s’observe dans les corps vivans qui opèrent en eux-mêmes des additions et des soustractions par les sécrétions afférentes ou les intus-susceptions, et par les sécrétions efférentes ou les défécations, depuis celles qu’on remarque dans les fonctions de l’appareil digestif, jusqu’à celles qui développent les parenchymes dans le premier âge, les entretiennent pendant toute la vie, les altèrent dans les maladies, les réparent après leurs altérations et les atrophient dans la décrépitude.
6°. La température physique des corps règle tous les autres phénomènes qu’ils offrent, car on peut déterminer à prffîri ceux que présentera l’expansibilité de chaque corps à tel ou tel degré du thermomètre; voilà la loi physique. La chaleur organique des corps vivans règle également tous les phénomènes physiologiques qu'ils présentent, depuis le premier degré de la température vitale jusqu’à la combustion spontanée du corps vivant; telle est la loi vitale. (Indépendamment des faits consignés dans le r^émoire de Lecat, sur les incendies spontanés de l’économie animale , dans les thèses et les journaux , je tiens , de M . le docteur Colson de Beauvais , un fait dans lequel Y incendie spontané du $orps paraît incontestable )
Le mouvement physique ou le frottement élève la
température des corps jusqu’à la combustion, comme la chaleur y développe des mouvemens physiques ; d’autre part, les mouvemens physiologiques augmentent la température organique jusqu’aux effets typhoïdes dans les animaux et les hommes surfatigués, comme la chaleur vitale détermine les mouvemens physiologiques dans le germe.
7°. Les phénomènes physiques sont tous soumis à des lois pour commencer, durer, s’altérer, se réparer et finir; la combustion, par exemple. Les phénomènes
physiologiques, pour leur génération, leur durée, leurs altérations, leurs réparations et leur cessation , sont-ils soumis à des lois moins rigoureuses que les phénomènes physiques correspondans , quoique d’une nature si différente ?
En physique , les couleurs d’un corps s’altèrent par l’action de la lumière qui le colore; les configurations, les odeurs, les saveurs, les sons, les mouvemens, les températures et les combinaisons chimiques sont modifiés par les agens qui les produisent. En est-il autrement en physiologie, où l’on voit s’éteindre la vision, le toucher, Todorat, le goût, l’ouïe, 3a contractilité, le tact général commun, et le sentiment latent que les animaux tiennent du principe de la vie, et qu’ils perdent par les vices de son action?
Dans tous les rapprochemens des faits physiques et physiologiques, ce ne sont donc pas des phénomènes d’une nature si opposée qu’il s’agit de comparer entre eux, mais leurs lois si semblables dans les deux séries, La comparaison des phénomènes conduit nécessaire-
ment à l’erreur, comme <m peut s’en convaincre par l’examen des théories médicales physico-chimiques; la comparaison des lois promet, au contraire, des vérités et des découvertes nombreuses et importantes par leurs applications thérapeutiques en partie pressenties par les Anciens.
J’ai pris pour exemple d’application dans cette note l’étude des forces ou capacités vitales, objet de doute pour quelques physiologistes qui ne les ont pas trouvées dans leurs dissections , tandis que leur existence ressort naturellement de l’analyse comparative des lois physiques et physiologiques. Un phénomène suppose un agent de même nature que lui ; un agent suppose des capacités de même nature que lui.; et, enfin , ces capacités supposent un stimulus également de même nature qu’elles, sans quoi altération et cessation du phénomène.
j'ai démontré l’existence de cette loi dans le premier phénomène physique que j’ai choisi pour exemple, la coloration des corps; son évidence n'est pas devenue moins sensible lorsque je l’ai étudiée dans l’analyse de la vision , de laquelle résulte , en physiologie , l’existence des capacités ou forces vitales et du principe de la vie, aussi clairement qu’en physique, celle des capacités ou forces de coloration et de la lumière ressort de l’analyse de la coloration.
Les forces ou la puissance vitale étant donc l’une des conditions d’existence des phénomènes physiologiques, j’ai dû examiner si elles étaient mensurabSes. Si on interroge la physique, elle répond que les modilicalions
de la coloration des corps annoncent celles de leurs propriétés ou celles de la lumière, et les mesurent, depuis le blanc jusqu’au noir ; si on interroge la physiologie, elle montre les altérations des fonctions organiques, comme devant indiquer celles des facultés physiologiques des organes et du principe vital qui les vivifie , et dont elle donne la mesure avec tant de justesse , depuis la plus grande énergie de la vision jusqu’à son extinction amaurosique.
L’étude des forces physiologiques n’a pas un but simplement théorique, car elle est la base de la pratique , et elle a paru , dans tous les temps , d’une grande nécessité pour déterminer le degré , l’ordre et la durée de la résistance , i°. de la dynamie physiologique des organes dans l’état de santé ; 2°. de la dynamie vitale des organes dans l'état de maladie.
La recherche et la détermination des phénomènes de ces deux dynamies, de leur influence et des indications qui en naissent, ont fait l’objet des réflexions d'un grand nombre de médecins anciens et modernes. Il y a eu bien des méprises, bien des confusions, beaucoup d’exagérations , et par conséquent d’erreurs. Cesinconvéniens sont graves, sans doute, mais ils ne dispenseront cependant jamais aucun médecin, quelque théorie qu’il adopte ou repousse, d’appliquer toute sa sagacité à reconnaître la violence ou la langueur, la coordonnation ou l’incohérence, et la résistance forte ou faible des phénomènes de l’état de maladie, ainsi qu’à apprécier l’énergie , la langueur, la coordonnation et la débilité ou la ténacité des phénomènes de l’état de santé. Sans cela
5e ne vois point de médication rationnelle possible, et il faut abandonner l’exercice de la médecine aux empiriques des carrefours.
Les phénomènes de la santé et des maladies qui reposent sur la manière d’être des fonctions ont été connus des anciens , dont l'hygiène a formé les hommes les plus robustes et de la plus grande longévité, et dont la thérapeutique a triomphé des maladies sporadiques et épidémiques les plus graves. Le caractère anatomique des organes dans l’état de santé, et surtout dans l’état de maladie, a été assez mal connu des anciens* quant aux modernes, les plus grands zélateurs de l’anatomie physiologique et pathologique commencent à s’apercevoir qu’ils ont souvent pris des effets pour des causes; et ils ne proposent pas d’attendre qu’ils soient d’accord sur le caractère anatomique du tétanos, del’hydrophobie , de rhypocondrie, de l’hydropîsie, de l’épilepsie, des fièvres intermittentes pernicieuses , des choléramorbus , etc., c’est-à-dire des maladies les plus fâcheuses , pour s’occuper de leur traitement. D’autre part, ceux qui observent ont reconnu que l’identité du caractère anatomique de plusieurs maladies, chez divers sujets ou chez le même, de pleurésies ou pneumonies , par exemple , mais dans des années différentes, n’emporte pas l’idée de la convenance du même mode de traitement dans tous les cas -, d’où il est résulté que Dehaen , Strack , Triller, etc. , ont saigné avec succès, tandis que Finck , Stoll, Tissot, etc. , ont employé les émétiques avec plus d’avantages que la saignée, qu’ils n’onl cependant pas négligée.
An lit du malade, on est promptement d’accord sur la coordonnation des phénomènes qui caractérisent une hystérie, une épilepsie , une fièvre synoque ou inflammatoire, une fièvre pernicieuse, un choléra, etc.; s’agit-il d’en fixer le caractère anatomique pour déterminer le traitement , là commencent des dissidences interminables. Se rend - on dans un amphithéâtre; veut-on, d’après les lésions anatomiques apparentes, déterminer les phénomènes qui ont existé pendant la. vie des malades , on tombe dans une foule d’erreurs : tantôt les troubles le§ plus violons pendant la vie n’ont point de caractères anatomiques constans ou évîdens après la mort; tantôt les traces des méningites, des pleurésies, des pneumonies , des péritonites , et même * des gastrites les plus considérables , n’ont point eu de phénomènes caractéristiques du vivant des malades.
En physiologie, un œil voyant cesse de voir, tantôt par suite de lésions physiques évidentes, et tantôt par simple privation du principe de la vie ou de la lumière vitale; comme, en physique, un corps coloré devient noir ou cesse d’être coloré, parce qu’il a éprouvé des changemens physiques , ou parce qu’il est privé de lumière. Que conclure de tout cela? Que l’observation des phénomènes incontestables des maladies étant commune aux anciens et aux modernes, elle doit servir de base à la conduite du médecin pour lequel les caractères anatomiques ne peuvent être qu’un complément de diagnostic après la mort des malades qu’il n’a pu sauver; qu’il faut traiter les maladies qui ont un carac-
tèrc anatomique connu comme celles qui n’en ont pas, d’après leurs phénomènes constans pendant la vie. Si on abandonne le témoignage certain des phénomènes évidens sur l’état présent des fonctions et de la dynamie vitale, on tombe dans l’arbitraire des suppositions anatomiques de chaque esprit particulier ; alors l’anatomie pathologique dégénère en un véritable anatomisme, ou en monomanie anatomique , dont il faudrait aussi chercher le caractère anatomique.
Je n’aurais eu garde d’insister sur les rapprochemens qui précèdent pour établir une distinction aussi simple que celle que je viens de faire entre les conditions des phénomènes physiques et physiologiques, si on n’entendait répéter, et si on n’écrivait tous les jours qu’il n’y a dans l’organisme que des organes et des fonctions. On
tombe ainsi en physiologie dans le même inconvénient
où l’on tomberait en physique, si dans l’étude du phénomène de la coloration on se bornait à étudier les corps et leurs couleurs, sans tenir compte de leurs propriétés ni de la lumière; ou si, dans l’étude des phénomènes de l’aiguille aimantée, on ne tenait compte que de l’aiguille et de sa direction vers le nord, sans s’embarrasser du choix du métal le plus convenable pour la faire, ni du principe magnétique ou électrique invisible , il est vrai, mais très-sensible par les propriétés qu’il communique a l’aiguille à laquelle on l’ajoute ou l’enlève à volonté : ce que serait en physique un levier sans puissance d’impulsion, un organe
sans puissance vitale le serait en physiologie.
Le scepticisme peut méconnaître les forces vitales in*
visibles qui donuent au corps vivant la puissance de ses fonctions physiologiques, lesquelles cessent par les extinctions lipothymiques ou séniles de la vie , lors même que le corps mort conserve l’intégrité anatomique sensible qu’il avait pendant la vie, comme les corps qui deviennent noirs , en passant de la lumière à l’obscurité, perdent leur coloration , en gardant le même arrangement dans leurs parties. Dans ces cas et dans une foule d’autres , on ne peut pas plus montrer les altérations des tissus qui perdent leurs couleurs dans l’obscurité , que les modifications organiques qui rendent actuellement impossible l’état de vie qui existait un moment auparavant; et il faut reconnaître que l’organisme reçoit avec la vie et perd par la mort des puissances, des facultés, des capacités ou des forces vitales , sans qu’il nous soit donné de saisir leur principe sur d’autres conducteurs que les germes et les organes vivans auxquels il prête la couleur de la vie, comme la lumière rayonnante prête aux corps des couleurs qu’ils perdent dans l’obscurité.
L’analyse rigoureuse des lois de la coloration et de la combinaison dans les corps physiques conduit à celle des lois de la vision et de l’assimilation dans les corps physiologiques, et il en ressort clairement l’impossibilité de l’existence d’aucun phénomène physiologique ou physique sans trois conditions de même nature que lui. Il résulte de là que la clarté des lois des puissances ou forces physiques des corps inorganiques dissipe l’obscurité des lois des puissances ou forces physiologiques ou vitales des corps organiques ; en sorte que