‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrileChapitre 37 sur 66 · GS · texte numérisé non relu

GS

l’observation qui conduisit Newton à reconnaître la lumière rayonnante comme principe du phénomène de la coloration des corps, devient une démonstration de l’existence de la lumière vitale , comme principe de la vie dans tous les corps vivans.

DEUXIÈME NOTE

(Tome II , page 6.)

Recherches sur la dynamétrie des fonctions

physiologiques .

La dynamétrie vitale ou la mesure de l’énergie, de la faiblesse, de la coordonnation ou de l’ataxie, et de l’état réfractaire des fonctions normales et anormales, c’està-dire des forces vitales sur lesquelles elles reposent , est de la plus haute importance dans l’étude des maladies : elle suit les mêmes lois dans des fonctions différentes et même opposées que ce rapport dynamétrique ne permet cependant pas de confondre. Je crois devoir entrer à cet égard dans quelques développemens.

i°. L’inflammation est sthénique s c’est-à-dire avec grande énergie vitale et activité de l’état inflammatoire, comme dans l’érysipèle rutilant, l’angine, la pleurésie, le phlegmon aigu, dans les plaies ou les surfaces traumatiques qui tendent rapidement à une cicatrisation solide, etc.

20. Elle est asthénique % c’est-à-dire avec langueur vitale et peu d’activité de l’état inflammatoire, comme dans les érysipèles blafards, les phlegmons ou dépôts froids, les angines séreuses avec infiltration, les pleurésies latentes , et dans les plaies blafardes qui ont besoin de modificateurs toniques ou stimulans pour marcher à la cicatrisation.

5°. Lorsqu’il y a faiblesse considérable de la résis-

tance vitale, quelque aspect, sthénique ou asthénique 4 que présentent les phénomènes de la phlegmasie , elle est ataxique , c'est-à-dire avec désordre des forces physiologiques et propension à l'extinction de la vie : comme dans les érysipèles gangréneux, les phlegmons gangréneux, les anthrax, les angines, les pneumonies gangréneuses, les ulcères gangréneux ou les pourritures d’hôpital, qui frappent de mort la partie affectée. (J’ai fait voir à la clinique de l’Hôtel-Dîeu le sphacèle des piliers du voile du palais, sans le concours d’aucune fausse membrane; dans l’année qui vient de s’écouler, on y a observé trois cas de pneumonie avec gangrène pulmonaire.)

4°. En raison de son opiniâtreté ou de sa ténacité, l’inflammation, quelles que soient ses apparences sthéniques, asthéniques ou même ataxiques, est souvent réfractaire, c’est-à-dire résistant au pouvoir bienfaisant et réparateur des forces vitales, et à celui des moyens de l’art : cela est sensible dans les dartres érysipélateuses et pustuleuses, qui sont à la peau ce que sont à tous les autres tissus leurs phlegmasies chroniques ; dans les phlegmons chroniques, scrophuleux, syphilitiques, cancéreux, etc. ; dans les ophthalmies, les angines, les gastrites, les entérites, les pleurésies, les péritonites, les pneumonies chroniques; et, enfin, dans les phleginasies des surfaces des ulcères dartreux , scrophuleux, scorbutiques, syphilitiques, et dans tous les tissus congéniaux extraordinaires ou les naevus, ainsi que dans les tissus ou organes accidentels, dans lesquels on observe des productions diffuses ou circonscrites d’un parenchyme extraordinaire, tels que les carcinomes.

Il n’est pas de mon objet de traiter en ce moment les rapports primitifs et consécutifs de l'état des appareils généraux, c’est-à-dire de l’état général de l’organisme avec les divers modes d’inflammation que je viens d’énumérer; ce serait m’engager dans la discussion de la nature de l’état inflammatoire et de l’état fébrile, qui fait le sujet d’un autre travail ( voy . la 4* note). Je me contenterai de faire remarquer que , plus ou moins prononcée j la couleur rouge ou rose pâle de l’inflammation est uniforme dans tous les tissus normaux et même anormaux, tandis que la couleur des productions carcinomateuses présente des différences considérables.

Tl ne s’agit pas de comparer avec les cancers les produits pseudo-membraneux, calleux, fongueux, ulcéreux ou gangréneux de l’inflammation des tissus normaux et anormaux , mais leur inflammation ellemême. Si, d’une part, on rapproche les naevus entre eux, on observe de grandes différences d’organisation dans ces jeux de la nutrition congéniale, ainsi qu’entre les productions organiques extraordinaires ou accidentelles dont on trouve à peine deux parfaitement semblables. Si on compare entre eux les organes ordinaires ou normaux, on trouve le même résultat ; aucun d’eux ne ressemble à l’autre. Si, d’autre part, on examine l’inflammation dans tous les tissus, on trouve que la surstimulation ou la chaleur, la rongeur ou l’hématose, le malaise ou la douleur, l’épaississement ou l’hypertrophie inflammatoires , la suppuration, produi! spécial de l’inflammation si elle est portée assez loin, sont des phénomènes constans, ainsi que les adhérences, les bourgeons et les cicatrices des surfaces traumatiques ;

ce qui rend plus ou moins analogue l’aspect de toutes les parties enflammées. Cependant, si on étudie l’inflammation dans les ulcères qui se développent spontanément chez les sujets scrophuleux, scorbutiques et dans les tissus extraordinaires congéniaux ou accidentels , on voit les bourgeons remplacés par des fongosités ou des fongus, les cicatrisations par des érosions, et la suppuration crémeuse et douce des tissus ordinaires par un produit visqueux ou séreux, sanieux , ichoreux et irritant, tout-à-fait relatif à l’état des tissus sur lesquels repose l’ulcère. L'inflammation produisant des effets si différens dans le môme organe, selon qu’il appartient à un sujet scrophuleux ou scorbutique, et dans les tissus extraordinaires, comme les nævus qui sont irrités et les squirrhes indolens qui s’enflamment, il faut bien que ces différences ne dépendent pas toutes de l’inflammation , mais de la nature des organes qui en sont le siège. Cependant, dans les cas cités, celte différence d’état des organes ne peut dépendre d’une inflammation antécédente , car il n’en existait pas chez le strumeux ni chez le scorbutique; et comment la supposer dans tous les nævus et dans tous les squirrhes les plus denses avant l’époque où elle s’}r manifeste par les phénomènes qui lui sont propres ? Les phénomènes qui caractérisent l’état inflammatoire n’existant pas dans le squirrlie pendant ses premières périodes, n’esl-il pas évident que leur apparition annonce son inflammation comme celle de tous les autres organes? Dira-t-on qu’il s’agit dans ce cas de la conversion d’une phlegmasic chronique et latente en aiguë? mais la phlegmasie évidente du squirrlie n’a rien d’aigu , et est au contraire

essentiellement chronique. Quant à l’action organique latente qui développe le squirrhe sans caractères phlegmasiques jusqu’à une époque déterminée, sa nature inflammatoire n’est pas plus démontrée pour moi que celle des nævus.

Ce que j’ai dit sur les formes sthéniques, asthéniques, et sur le caractère ataxique et réfractaire des inflammations et des productions cancéreuses, s’applique à toutes les autres maladies : en effet i°. les phénomènes pathologiques, quels qu’ils soient, se présentent à l’observateur avec les caractères sthéniques , asthéniques, ataxiques ou réfractaires. Ainsi, dans les névroses, on observe les exaltations, les débilités, les désordres mortels et les états réfractaires des fonctions nerveuses , du sentiment, du consensus et de la locomotion; la même chose arrive aux assimilations , comme on peut en juger dans les surcroîts d’activité, les débilités, les désordres et les vices chroniques des digestions. Qui ne connaît , dans la nutrition , les hypertrophies et les atrophies sans changement de tissu , les ataxies gangréneuses de celte fonction et les vices chroniques qu'elle présente dans les organes intérieurs , comme à la peau , qui , sans inflammation et par les seules variations de sa nutrition, présente de si grandes modifications dans les différens âges ? enfin qui n’a point observé les vices sthéniques, asthéniques, ataxiques et réfractaires des sécrétions, par exemple : les sueurs chaudes et soulageantes , ou sthéniques ; les sueurs froides et débilitai! tes, ou asthéniques ; les sueurs chaudes ou froides , mais menaçant immédiatement la vie, ou les suettes ; et les sueurs chroniques, réfractaires, générales ou

locales , des pieds et des aisselles , etc. ; les flux bilieux , urinaires, lactés, sanguins, etc., soulageans et sthéniques; les flux bilieux, urinaires, lactés., sanguins, etc., débililans et asthéniques; les flux bilieux, foudroyans et ataxiques ou les clioléra-morbus ; les flux lactés excessifs, les hémorrhagies spontanées foudroyantes , et enfin les flux bilieux chroniques , les flux urinaires diabétiques , les galactyrrhées et les hémorrhagies chroniques?

2°. Les phénomènes physiologiques ou de santé de la constitution générale et locale du corps sont précisément dans le même cas que les phénomènes morbides , et se présentent comme eux avec les caractères sthéniques , asthéniques, ataxiques ou réfractaires. Chez les sujets dont la constitution est sthénique, les fonctions sont vigoureuses; elles sont troublées régulièrement et vivement par des causes proportionnées aux effets , et se rétablissent de même. Chez les sujets asthéniques, les fonctions sont lentes, troublées régulièrement et successivement, et ne se rétablissent qu’avec lenteur. Chez les sujets dont la constitution est ataxique ou peu vivace , les fonctions sont bouleversées d’une manière incohérente, et ne se rétablissent qu’avec difficulté ou point du tout. Enfin chez les personnes à constitution réfractaire, les fonctions résistent aux causes de trouble les plus violentes; mais une fois troublées, elles ne se rétablissent qu’avec plus ou moins de difficulté. Il faut rapporter à la constitution sthénique ce que les anciens ont écrit sur le tempérament sanguin ; à la constitution asthénique, ce qu’ils ont dit du tempérament lymphatique; à la constitution ataxique, ce qu’ils ont observé du

tempérament nerveux; mais on y rattachera les considérations relatives à la résistance vitale. Enfin , il faut appliquer à la constitution réfractaire ce qu’ils ont prêté au tempérament bilieux.

Si je fais bien entendre ma pensée, on voit que chez toute personne malade, il faut considérer sa constitution physiologique ou de santé, et sa constitution pathologique ou de maladie lesquelles peuvent êire en harmonie, comme lorsqu’une maladie sthénique arrive à un sujet d’une constitution sthénique , etc. , ou en désaccord comme lorsqu’une maladie ataxique , une fièvre pernicieuse, une pustule maligne , etc. » affectent une personne d’une constitution sthénique , ou asthénique ou réfractaire. J’ai fait remarquer que dans les affections ataxiques on rencontrait indifféremment la forme sthénique et asthénique des phénomènes, comme lorsqu’on observe des fièvres pernicieuses, ardentes ou algides, des suettes chaudes ou froides, sans que cette différence de forme change rien au caractère ataxique de ces affections; je conclus en faisant observer que, dans les maladies chroniques en général et dans les cancers en particulier , on trouve indifféremment les apparences sthéniques, asthéniques et ataxiques, sans que ces affections cessent d’être réfractaires et chroniques. C’est tout ce que je voulais établir pour le moment.

J’ai cru ces rapprochemens physiologiques nécessaires pour faire sentir de prime-abord que les lois de la dynamétrie vitale sont communes à toutes les fonctions, et que , par là même , on doit les trouver dans les vices de la nutrition aréolaire, comme dans ceux de la circulation capillaire , sans que cela prouve l’identité

de ces phénomènes, qui tantôt se précèdent, et tantôt se suivent , selon les circonstances dans lesquelles on les observe.

Un érysipèle venant à se répéter sur un point de la peau, il en résulte enfin des altérations dans la nutrition ; un nœvus ou un porreau , simples jeux de la nutrition , ne sont pas des affections phlegmasiques, mais ils peuvent devenir le siège d’une inflammation consécutive ; et la même chose paraît arriver à un engorge- • ment cancéreux qui n'a pas commencé par être inflammatoire.

o.nn

TROISIÈME NOTE ( Tom. Il , pag. 83. )

Recherches physiologiques sur les rapports de l'inflammation et des lésions de la nutrition.

La congestion capillaire inflammatoire a tellement préoccupé certains esprits depuis quelques années , qu’ils y ont successivement rattaché presque tous les phénomènes pathologiques de l’organisme.

Qu’il me soit permis de rappeler quelques faits qui ont rapport à cet objet , et d’en étudier les lois.

i°. On applique à la surface de la peau des substances irritantes : la peau rougit , son épiderme se soulève peu-à-peu , et forme une phlyclène ; la môme chose arrive dans les érysipèles spontanés. Une piqûre est suivie d’un panaris qui suppure, comme un phlegmon spontané, ou une pneumonie survenue sans cause connue.

Dans cette première série de faits, il est évident que la congestion ou le mouvement fluxionnaire a eu lieu dans les capillaires qui sont en rapport direct avec les adhérences de l'épiderme à la peau, ou avec le tissu cellulaire dont la simple exhalation a été changée en sécrétion purulente, ou enfin avec les parenchymes dont la nutrition a été modifiée.

a°. Si on couvre le corps de vêtemens chauds , l’épiderme ne se soulève pas, mais le corps est inondé de sueur, et la môme chose arrive lorsqu'on se livre à des

Exercices forcés , même par un temps froid ; d’ailleurs On voit, chez des femmes de quarante à cinquante ans, la peau rougir spontanément, se couvrir soudainement de sueur, ou même de sang pur sortant de ses pores sans solution de continuité, comme dans l’hématopédésis ; la même chose arrive à la membrane pituitaire , et à tous les organes sécréteurs qui deviennent le siège de flux ou d’hémorrhagies spontanées; enfin on observe des épanchemens séreux et sanguins survenant d'une manière accidentelle ou spontanée , mais toujours soudaine, dans les cavités séreuses, les aréoles cellulaires ou les cellules adipeuses et parenchymateuses , comme dans les plèvres , les poumons, le cerveau, etc.

Dans cette seconde série de faits, il est évident que la congestion a lieu dans les vaisseaux qui ont un rapport direct avec les sécrétions cutanées, muqueuses, séreuses, cellulaires, etc. ; car, dans tous ces cas , on ne voit pas de décollemens de l'épiderme , de formations de fausses membranes , de suppurations , de bourgeons ni de changemens de nutrition, mais de simples modifications des sécrétions qui forment des flux ou de celles qui forment des épanchemens.

3°. La surface d’une plaie présente un degré d’inflammation modéré ; la suppuration et la cicatrisation s'y opèrent régulièrement : voilà l’inflammation traumatique. La même plaie, au lieu de pus, fournit du sang à l’époque menstruelle : ce phénomène hémorrhagique des plaies appartient-il à leur inflammation ?

4°. La peau enflammée reste sèche, et dès que la sueur s'y rétablit l’inflammation diminue et se dissipe ; si une membrane muqueuse qui est le siège d’une hémor*

rhagie vient à s’enflammer, 1 hémorfhagie cesse aussitôt. L'inflammation du tissu cellulaire ou des parenchymes ne produit point l’hémorrhagie cellulaire ni parenchymateuse, qui de son côté ne développe point l'état inflammatoire; car un phlegmon ne produit pas plus une ecchymose ni une vibice que celles-ci ne causent un phlegmon. C’est pourquoi une inflammation aiguë de la pulpe cérébrale avec les vaisseaux rouges, les produits puruleus et l’état fébrile qui lui sont propres n’est pas l’hémorrhagie cérébrale dont la production et la résorption s’opèrent sans fièvre et sans inflammation.

5°. Le fluide qui séjourne dans les cavités des menabranes séreuses, dans celles des synoviales et dans les aréoles communicantes du tissu cellulaire séreux , n’est plus dans les capillaires , quoiqu’il en sorte, et qu’il doive y rentrer.

6°. Le fluide graisseux qui remplit les cellules non communicantes du tissu cellulaire adipeux, n’est pas non plus dans les capillaires qui font fourni , ni dans ceux qui doivent le reprendre.

7*. Le fluide nutritif des parenchymes , dont il remplit les cellules qui s’affaissent dans le marasme, n’est pas plus dans les vaisseaux qui l’apportent que dans ceux qui le remportent.

8°. On voit les séreuses, les synoviales et les tissus cellulaires séreux et adipeux se remplir d’un fluide varié dans les hydropisies et dans les kystes de nouvelle formation, sans qu’on puisse constater d’inflammation antécédente, quoiqu’elle y survienne parfois avec des effets divers; comme on observe les mêmes épanchemens séreux ou synoviaux, les infiltrations cellulaire^

et les kystes accidentels à la suite de l’état phlegmasique de ces membranes et de ces tissus ; mais l’un de ces cas ne ressemble pas plus à l’autre que le flux des larmes, suivi d’opbthalmie, ne ressemble au larmoiement qui dépend de l’inflammation de la conjonctive.

Gela posé, les choses peuvent-elles se passer dans les cellules parenchymateuses autrement que dans les réservoirs séreux, synoviaux et cellulaires, qui, comme des microscopes naturels, dévoilent les phénomènes de la nutrition des parenchymes dont les cellules ne sont que les réceptacles du fluide nutritif, comme les cellules adipeuses sont celui du fluide graisseux? La même loi qui s’observe dans les fonctions des grands réservoirs organiques devant se reproduire dans les réceptacles des parenchymes , il est dans la nature qu’il y ail des modifications 'primitives et consécutives de la nutrition des organes. D’une part , on rencontre dans les parenchymes des changemens qu’il est impossible d’attribuer à aucune inflammation antécédente, comme les nævus, certaines hypertrophies ou atrophies, diverses altérations de densité , les squirrhes indolens , etc. , qui ne se lient pas plus à l’état phlegmasique que les changemens qu’amènent dans les organes les progrès de l’âge; d’autre part, on observe dans les tissus organiques des modifications liées manifestement à une inflammation antécédente qui en paraît la cause.

9®. Lorsque, par une cause quelconque, ou seulement par les progrès de l’âge, il est survenu dans les tissus organiques des altérations physiques plus ou moins considérables , leur inflammation ne se comporte pas comme avant ces changemens.

Il résulte de ces observations , que les altérations de nutrition tantôt précèdent et tantôt suivent l'inflammation des parties où elles arrivent , avec une circonstance sur laquelle je crois devoir appeler l’attention. Lorsqu’une phlegmasie est la cause de l’altération de la nutrition parenchymateuse dans un organe, le tissu cellulaire adipeux semble une barrière qui circonscrit la maladie dans l’organe où elle a pris naissance, comme dans toutes les phlegmasies chroniques j tandis que , quand c’est une lésion de nutrition qui est la cause de la phlegmasie, comme dans les affections carcinomateuses, il est remarquable que c'est dans le tissu cellulaire adipeux que la maladie s’étend le plus facilement en tous sens; en sorte qu’au lieu de lui opposer une barrière, comme dans les inflamma-

tions chroniques, le tissu adipeux semble le conducteur qui a le plus de capacité pour propager fort au loin les maladies cancéreuses. Serait-ce par le mécanisme de l’inflammation ? je ne le pense pas; car le plus grand nombre des anatomistes n’a pas regardé comme inflammatoire le changement de couleur et ensuite de densité qui arrive au tissu adipeux à mesure qu’il prend part à l’état cancéreux.

En entrant dans le mécanisme même de l’inflammation , on trouve d’autres faits qui ne me semblent pas moins importuns à observer que ceux dont je viens de parler.

io°. Lorsque la synoviale ténue, ou plutôt le tissu cellulaire subjacent qui l’unit au cartilage diarthrodial , s’enflamme , elle est épaissie au point enflammé ; il s’y forme des gerbes de vaisseaux sanguins rouges, sans aucune

communication avec les vaisseaux sanguins du voisinage qui en sont totalement séparés par la partie de la synoviale et du cartilage restée à l’état normal , c’est-à-dire totalement privée de vaisseaux rouges.

1 1“. Lorsqu’une séreyse, ou plutôt le tissu cellulaire subjacent qui l’unit aux parties voisines , s’enflamme , il est remarquable que les vaisseaux rouges du point enflammé ne se continuent pas avec les grands vaisseaux sanguins des environs , de manière que l’injection en parte évidemment. Le mouvement fluxionnaire et la congestion sanguine convergent vers un centre hors de l'atmosphère duquel les vaisseaux capillaires sanguins sont entourés de tissu cellulaire sain, sans qu’on puisse suivre la progression de l’injection au large ; car, dominant au centre de la phlegmasie, elle diminue et se perd à la circonférence , de manière que le centre d’une in. flammation semble le foyer d’une hématose particulière, isolée de la grande circulation sanguine du sujet.

12°. Lorsqu'une fausse membrane, adhérente à une séreuse par une de ses surfaces seulement, vient à s’enflammer par sa surface libre, il se développe des vais, seaux sanguins dans sa substance qui s’organise; et ces vaisseaux sanguins rouges ressemblent, par leur forme, au système de la veine porte, un vaisseau principal se terminant en ramifications par chacune de ses extrémités dans la fausse membrane, sans communiquer directement avec les vaisseaux sanguins du voisinage, la fausse membrane ne prenant part à la vie générale que par l’absorption de fluides blancs.

io°. Si on forme un lambeau angulaire qu’on rapproche de manière à en procurer le recollement, et

qu’ensuile on forme un second lambeau , également angulaire, dont la base se confonde avec celle du premier, et qu’on le rapproche, la réunion s’en opérera également, et ces deux lambeaux, formant ensemble un losange, ne tiendront au corps que par leur cicatrice» Les cicatrices ne permettent plus le passage direct des vaisseaux sanguins , mais seulement l’absorption , comme dans les fausses membranes parmi lesquelles se classent naturellement les cicatrices. Le lambeau dont je viens de parler continuera donc de vivre, comme une fausse membrane, par absorption, sans communication directe avec la grande circulation. Si on l'irrite , il s’enflammera ; il s’y développera des capillaires sanguins et une sécrétion purulente, comme dans une fausse membrane; mais ces vaisseaux sanguins n’auront, et ne pourront avoir aucune communication directe avec la grande circulation du sujet; et, cependant il s’y formera du sang de toutes pièces , comme dans le cartilage et la fausse membrane, ou , si l’on veut, dans le fœtus des mammifères et des vipères, qui ne reçoit pas plus de sang de sa mère, que le lambeau et la fausse membrane n’en reçoivent des organes auxquels ils adhèrent.

Ceci nous conduirait à étudier les lois de l’héinatose sous des points de vue nouveaux dans la grande circulation et dans la circulation capillaire particulière de chaque organe , dans l'état normal et dans l’état anormal, inflammatoire par exemple , qui fait du sang de toutes pièces là où il n'en parvient point de la circulation commune. Mais cet objet appartient à un autre travail dans lequel il sera développé; il me suffit

en ce moment d’avoir montré qu’on s'est probablement trop pressé de tout expliquer par l’inflammation, avant même d’en avoir saisi les .phénomènes fondamentaux accessibles et de les avoir distingués des phénomènes aréolaires ou parenchymateux qui peuvent les précéder ou les suivre. Les phénomènes cellulaires ne sont pas d’une moindre importance que les phénomènes vasculaires , car les parois des derniers vaisseaux n’ont pas de vaisseaux pour eux-mêmes. D’ailleurs , si l’anatomie comparée nous montre des animaux parenchymateux sans vaisseaux, ainsi que des animaux vasculaires et parenchymateux , l’anatomie spéciale nous fait voir des parenchymes sans vaisseaux comme des parenchymes vasculaires et cellulaires.

Ce que j’ai dit jusqu’ici suffit pour prouver que l’inflammation ne consiste pas plus dans une simple injection sanguine des capillaires blancs, par une impulsion partant du grand appareil circulatoire , que dans une erreur de lieu du sang dans le sens de Boerhaave ; mais que son phénomène fondamental consiste dans une modification spéciale de l’hématose dans la partie enflammée, et même, souvent, dans la création d’une hématose locale nouvelle et tout-à-fait indépendante de celle de la grande circulation , avec laquelle souvent ne communique pas , même immédiatement , le réseau vasculaire nouveau , qui est le caractère anatomique de toute inflammation actuellement existante.

si l

QUATRIÈME NOTE

( Tom. II , pag. 84- )

Recherches physiologiques sur V état fébrile .

La fièvre a beaucoup occupé les médecins anciens et modernes : les uns ont vu, dans cette modification de l’organisme vivant, une affection générale, et les autres le simple effet d’une affection locale. Les premiers en ont cherché les caractères anatomiques dans l’ensemble des solides et des fluides animaux, et les derniers dans un organe en particulier. Si on examine la fièvre dans sa marche, on la voit tantôt devancer les symptômes des affections locales, tantôt les suivre, et tantôt les accompagner, sans qu’on puisse dire positivement si elle a précédé ou suivi. Dans certains cas la nécropsie découvre de profondes lésions physiques, et dans d’autres n’en fait rencontrer aucune évidente ; cependant tout le monde parle de la fièvre, tout le monde croit la connaître, et néanmoins on n’est pas plus d’accord sur sa nature et ses causes que sur ses caractères anatomiques.

Les anciens les plus sages ont déterminé les phénomènes généraux et locaux auxquels on reconnaît l’existence, les différens caractères et les indications de la fièvre, dans laquelle quelque» modernes ne voient, dans tous les cas , qu’un symptôme ou un effet des affections locales que l’anatomie pathologique démontre après la mort, à quelque époque de la maladie que se

développent leurs phénomènes spéciaux. Il survient souvent, en effet, dans le cours des fièvres, des affections locales extérieures ou intérieures dont il est nécessaire de tenir compte comme crise ou élémens de perturbation physiologique ; mais souvent aussi on n’observe rien de semblable, et il est impossible de voir une cause constante dans des phénomènes variables et simplement accidentels. Les symptômes généraux qui appartiennent à l’état fébrile ne sont pas les affections locales dont ils dépendent quelquefois; et ces maladies locales ne peuvent être la même chose que les phénomènes fébriles généraux après lesquels on les voit survenir, ou qui cessent même quand elles paraissent. D’après cela est-il certain que sur un objet aussi important on ait repris la question d’assez haut, et qu’on ait tiré tout le parti possible du rapprochement des lois physiques et physiologiques? La divergence des idées autorise à en douter, et commande à chacun de proposer ses vues : c’est ee que je vais faire en peu de mots, après quelques considérations générales.

Considérations générales sur les phénomènes

organiques .

L’homme , comme être physiologique , présente , dans «on état normal , d’une part, des fonctions évidentes spéciales et commune *s pour ses rapports avec les objets extérieurs qui doivent agir sur lui , et sur lesquels il doit réagir par ses sens distincts ; d’autre part il est doué de fonctions latentes ou vitales , également spéciales et

communes, pour présider aux assimilations digestives, circulatoires, respiratoires, sécrétoires, trophiques, locomotrices et génératrices , par ses sens confus (1). La puissance d’exercice de ces fonctions constitue Tétât de

(1) Malgré les bornes que je me suis prescrites, ces recherches sur l’état fébrile devant avoir une certaine étendue , à cause de l’importance du sujet qui se lie à toutes les modifications générales de l’organisme , je donne ici une classification naturelle des fonctions ou phénomènes physiologiques , en étendant à tous le nom de sens , afin de rendre plus intelligibles les développemens dans lesquels je suis obligé d’entrer.

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