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dans les séreuses ou le tissu cellulaire, sont résorbés. Les fluides épanchés présentent des différences encore plus considérables en quelque manière que les fluides qui forment des flux; car non seulement leur couleur , leur odeur et leur saveur sont très-éloignées de celles de l’état normal, mais encore ils sont tantôt gazeux ou liquides, de différente nature, depuis l’aspect du sérum jusqu’à celui du sang pur; leur densité varie depuis celle des gaz et des liquides concrescibles jusqu’à celle des productions organiques pseudo- membraneuses ou pseudo-lamelleuses, et finalement cellulaires et vasculaires, qu’on observe dans les séreuses, les synoviales et le tissu cellulaire séreux , à la suite des fièvres générales et locales . Je dis locales , car, ainsi que je l’établirai bientôt, la fièvre générale est à l’organisme entier ce que l’inflammation est à chaque tissu en particulier, dont elle n’est que la / lèvre locale.
6°. Les appareils trophiques ou les parenchymes n’éprouvent pas dans leurs fonctions des lésions moins
certaines que celles des appareils dont j’ai parlé jus qu’ici. En effet, tandis que d’autres sécrétions augmentent, la nutrition des tissus, c’est-à-dire la sécrétion des fluides parenchymateux, diminue, ou sa résorption est plus active. Cette observation est facile à constater dans toute fièvre de quelque durée par la diminution de la fermeté des tissus et des parenchymes. L’embonpoint diminue, ce qui signifie que la sécrétion du fluide graisseux qui remplit les cellules du tissu cellulaire adipeux ne s’opère plus, et que sa résorption continue et augmente d’autant plus qu’on est forcé aune diète plus sévère et plus prolongée. Le tissu cellulaire adipeux, prototype de tous les parenchymes, présente manifestement, dans les modifications qu’il éprouve par l’état fébrile, l’image sensible de ce qui se passe d’une manière plus lente et plus obscure dans tous les autres parenchymes qui , les os exceptés, finissent par disparaître et revenir à l’état cellulaire dans toutes les fièvres, lorsqu’elles durent assez pour amener ce résultat. Ces fièvres ont reçu le nom de consomptives ou hectiques , parce qu'elles aboutissent à l 'atrophie générale des parenchymes organiques ou à la cachexie anomale , qui n’est que l’atrophie générale dissimulée par V anasarque , c’est-à-dire pari 'infiltration plus ou moins complète du tissu cellulaire séreux ou aréolaire, dont la tuméfaction leucophlegmalique remplace le volume que donnait la véritable nutrition aux organes dont les parenchymes ont disparu.
A la suite des fièvres, on voit parfois des sujets qui étaient maigres auparavant prendre un grand embonpoint; la fièvre alors n’a fait qu’amener plus tôt le
développement d'une disposition préexistante, comme dans d’autres circonstances elle est suivie de diverses lésions organiques qui font suite aux altérations qu’a éprouvées la nutrition, ainsi que toutes les autres fonctions, pendant la durée de l’état fébrile. Ces altérations consécutives sont relatives aux prédominances anfécédentes des susceptibilités organiques.
7°. L’appareil générateur ne reste pas étranger au trouble fébrile général. Cela est manifeste par l’impossibilité de remplir alors ses fonctions comme de coutume, par les effets fâcheux observés en pareil cas chez les masturbateurs, et par les avorlemens qui ont lieu assez souvent pendant la durée des fièvres.
8°, L’irritabilité inutile latente n’éprouve pas des modifications moins considérables que les autres sens confus dans l’état fébrile. Pendant le froid ou la sur-sédation, les capillaires se resserrent d’une manière soutenue , les fluides perdent de leur volume ordinaire et les tissus rouges pâlissent; pendant la chaleur ou la surstimulation, les capillaires au contraire se dilatent , les fluides entrent dans une sorte d’expansion vitaie thermométriçue , et les tissus pâles rougissent comme les parties froides se réchauffent. Les pâleurs ou les froids locaux coïncident avec les sur-sédations ou froids fébriles, et les chaleurs et rougeurs ou congestions locales avec les sur-stimulations, chaleurs ou paroxysmes fébriles.
Les pâleurs et les congestions fébriles locales sont tantôt les effets et tantôt les causes des paroxysmes, et se montrent dansles endroits oiï domine la susceptibilité du sujet ; ainsi à la peau, et surtout à celle du visage; aux
muqueuses, surtout aériennes et digestives; aux surfaces intérieures du cœur et des grands vaisseaux artériels ou veineux ; dans les nerfs cérébraux et ganglionnaires et dans le cerveau; dans les organes sécréteurs, glanduleux et enkystés; dans les parenchymes musculaires, dans les parenchymes osseux , cartilagineux et fibreux, et enfin dans le tissu cellulaire adipeux à cellules non communicantes et dans le tissu cellulaire séreux à cellules communicantes. Il n’est en effet aucun de ces tissus qui, dans les paroxysmes de l’état fébrile, n’ait été observé comme le siège de congestions simples ou hémorrhagiques ou inflammatoires.
Quant à l’expansion et à la concentration des fluides en ge'néral et du sang en particulier, pendant l’état fébrile, elle a été expliquée par le déplacement des fluides de la circonférence au centre et du centre à ia circonférence, au moyen du spasme des capillaires qui, depuis Frédéric Hoffmann , a été mis en scène de diverses manières, suivant les théories ; mais cette interprétation beaucoup trop mécanique paraîtra insuffisante si on fait attention :
a. Que des veines, qui dans le froid sont du calibre d’un fil, prennent le volume d’une plume à écrire dans la chaleur : il faudrait donc que dans ce dernier stade
tout le sang des vaisseaux intérieurs eût passé? dans les vaisseaux extérieurs, et alors il y aurait lipothymie, ce qui n’est pas;
b. Que dans les froids ou les concentrations , les hémorrhagies intérieures se suspendent ou recommencent comme les extérieures; et il en est de même des phlegr* masies;
c. Que dans l’expansion de la chaleur , les hémorrhagies intérieures se renouvellent comme celles des émonctoires extérieurs, et il en est de même des phlegmasies.
Ces faits me semblent suffire pour établir que l’expansion et la concentration du sang dans Tétât fébrile ne sont pas l’effet d’un simple changement de lieu du fluide sanguin, qui dans la sur-sédation vitale ou le froid fébrile, paraît susceptible de perdre de son volume, comme il paraît susceptible d’en prendre un plus considérable pendant la sur- stimulation vitale ou la chaleur. Il ne faut pas perdre de vue que le sang a la vie par contiguïté , au moins au même degré que les fausses membranes organisées adhérentes et surtout flottantes.
J’ai déjà fait remarquer qu’on peut, par une pression locale calculée, explorer l’état de la contractilité capillaire, comme on constate l’état de la grande circulation par l’examen des mouvemens du cœur et d’une artère, la radiale, par exemple.
Outre la lésion des fonctions des sens confus, l’état fébrile présente à étudier celle des fonctions des organes des sens distincts , dans la facilité ou la difficulté avec laquelle ils supportent l’action de leurs stimulus spéciaux, dans les modifications de leur consensus ou de leur coordonnation réciproque, et dans les altérations des produits de leur action. Ainsi :
i°. Les organes de la vue soutiennent mal la lumière et les couleurs vives, qu’ils fuyent, et recherchent la lumière et les couleurs douces; ils réagissent sur les autres organes d’une manière insolite, et ils ne donnent
pas le rapport des couleurs avec leur exactitude accoutumée.
2°. Les organes de l’ouïe supportent mal les sons vifs, qu’ils fuyent , et recherchent le repos et le silence ; ils réagissent sur les autres organes d’une manière insolite, et ils ne donnent pas le rapport des sons avec leur justesse accoutumée.
3°. Les organes du toucher supportent mal l’action des corps sur eux ; ils réagissent sur les autres organes plus que de coutume, et ils ne peuvent servir comme à l’ordinaire aux ouvrages des mains.
4°. Les organes de l’odorat sont impressionnés plus fortement que de coutume par les odeurs; ils réagissent sur les autres organes plus vivement , et ils donnent les odeurs avec moins de justesse qu’à l’ordinaire.
5°. Les organes du goût ne sont pas affectés par les saveurs à la manière accoutumée ; ils réagissent plus fortement sur les autres organes, et ils donnent mal les saveurs ou en fout éprouver de désagréables sans sujet.
6°. Le tact général qui supporte tous les autres sens distincts, et qui peut en être considéré comme la racine ou le générateur, ne fait pas éprouver l’impression ordinaire par l’air ou les objets extérieurs dont la température chaude ou froide agit plus vivement que de coutume sur la peau ou sur le canal digestif. Le consensus général des organes qui est sous la dépendance du tact général est plus énergique que dans l’état habituel ; les organes, en conséquence, réagissent plus ou moins les uns sur les autres lorsqu’ils sont impressionnés par la chaleur ou le froid fébrile , que le médecin peut constater. Le malade éprouve aussi l’impression de
chaleur ou de froid que l’observateur ne peut pas plus? apprécier que le sentiment contusif des membres et loules les douleurs lorsqu'il en existe.
7°. L^irritahiîité inotile évidente soumise et non soumise à la volonté soutient mal l’exercice de ses fonctions pour les mouvemens du corps et des membres , pour la mastication, la déglutition , la circulation gastro-intestinale , pour la grande circulation , pour la respiration et pour les grandes excrétions. Les organes musculaires réagissent plus fortement que de coutume sur les autres. L’appareil musculaire, dans la chaleur ou la sur-stimulation sthénique, fait éprouver le sentiment de légèreté et produit les mouvemens impétueux du corps et des membres , qu’il laisse au contraire dans l’immobilité eu même temps qu’il fait éprouver le sentiment de leur pesanteur et détermine des pandiculations spontanées, lorsqu’il est dans le froid ou la sédation, comme il donne le sentiment de la faiblesse lorsqu’il est dans le collapsus de l’atonie. La pesanteur du corps et de ses parties n’est pas changée , mais seulement l’irritabilité contractile distincte.
Les lésions de l’irritabilité musculaire distincte non soumise à la volonté produisent dans l’appareil digestif Jes difficultés de la déglutition , les pesanteurs d’estomac et les vomisseinens , les iléus et les invaginations* les constipations insurmontables et les déjections slereorales ou urinaires involontaires ; dans le grand appareil circulatoire, la fréquence des mouvemens du cœur et des artères, leur force et leur faiblesse; et enfin dans l’appareil respiratoire , les dyspnées et même les suffocations spasmodiques ou par collapsus f ainst
que les altérations et même les extinctions de la voix.
8°. Le sens interne commun soutient mal l’action des sens spéciaux qui le fatiguent ou même le troublent; les images ou les idées et les sentîmens s'y associent avec plus de difficulté et moins d’ordre que dans l'état ordinaire ; il réagit sur les autres organes et sur luimême plus vivement ou plus lentement que de coutume ou d’une manière incohérente : de là l'effervescence et l’activité ou la paresse et le collapsus ou même le trouble complet et le délire des fonctions intellectuelles , selon le degré et le mode de la sur-stimulation , de la sur-sédation , de la sur-tonification ou de l’atonie fébriles.
Outre les lésions coïncidentes que l’observation fait re connaître dans les fonctions physiologiques des sens confus et des sens distincts, comme constituant l’état fébrile par leur coordonnation à divers degrés , il est nécessaire de tenir compte des phénomènes physiques que présente la fièvre pour les sens distincts de l'observateur, et que j’ai déjà en partie indiqués comme caractéristiques des changemens survenus dans l’ensemble des fonctions physiologiques. Le médecin juge d’abord par les impressions du malade et ensuite par les siennes. En interrogeant ses sens, il acquiert des données d’autant plus précieuses qu’elles le rendent indépendant du rapport souvent si trompeur des malades et des assistans. Ainsi :
i°. La vue fait distinguer au médecin les altérations de couleur des aj pareils légumentaires extérieurs et intérieurs, et celles des fluides excrétés , comme leur opacité ou leur diaphanéité anormales; le mode de dé-
cubitus, l’aspect du visage, et l’harmonie ou le désaccord des traits du malade.
2°. L’ouïe apprend les changemens de la voix, et fait apprécier les sons qui existent ou se développent spontanément dans les cavités splanchniques, thoracique et abdominale , et la nature de ceux que peuvent produire la succussion et la percussion.
3°. Le toucher fait distinguer les différences de consistance, de rénitlence et de dureté et les fluctuations.
4°. L’odorat fait apprécier les changemens survenus dans l’odeur de l’organisme et de ses produits perspirés, expirés, expectorés ou rejetés par les selles, les voies urinaires , etc.
5°. Le goût peut apprendre la saveur de la transpiration. (J’ai constaté et fait constater à la clinique les différences de saveur de la transpiration par l’application de l’extrémité de la langue sur la peau des fiévreux.)
6°. Le tact général fait reconnaître la température du malade comparativement à celle de celui qui l’examine, et les impulsions ou pulsations organiques.
7°. La contractilité musculaire soumise à la volonté, par l’effort employé, fait apprécier la résistance des parties au mouvement et l'état spasmodique qui peut s’y opposer, comme elle indique le degré de la faiblesse par la flaccidité et la pesanteur des membres et du corps du malade.
8°. Les phénomènes de l'état fébrile ainsi examinés dans les vingt-trois séries que je viens de parcourir dans l’ordre que j’emploie à la clinique , constituent une sorte
«l'alphabet symptomatique plus ou moios fortement exprimé dans chaque fiévreux, et dont ta signification se lit dans chaque malade avec d’autant plus de facilité et de netteté qu’on s’est plus accoutumé à les épeler , en quelque manière, dans le même ordre. En effet, un homme qui a la fièvre a une valeur physiologique et pathologique qu’il faut déterminer. Cette valeur est nulle pour quiconque ne connaît pas les symptômes qui sont les lettres de ce langage mimique de l’organisme dans l’état fébrile.
La connaissance de ces symptômes, qui suffit pour faire distinguer au médecin l’existence d’une pyrexie quelconque , est insuffisante pour caractériser l’espèce de la fièvre et pour régler la conduite thérapeutique à tenir. L’homme de l’art , en effet, ne peut asseoir un jugement avec connaissance de cause sur la valeur de chaque pyrexie qu'après avoir considéré les phénomènes que présente chaque fébricitant sous dilférens (.oints de vue, dont les fonctions de convergence du sens interne fournissent le prototype à son intelligence. Ainsi il doit examiner : ^
s°. La nature de chaque pyrexie, qui ne peut être déterminée que par le rapport ou la proportion des phénomènes d 'existence, d'action et de coordonnation des sens confus et distincts comparés entr’eux. Ainsi, tous les organes des sens confus et distints éprouvent-ils dans leur sensibilité spéciale ou leur existence une lésion égale? Leurs produits ou leur action spéciale sur leurs stimulus sont -ils également altérés? Enfin, la coordonnation d’association , de dissociation et de combinaison de leur sensibilité spéciale et de leur action
est-elle cohérente ou incohérente? Ainsi: les lésions des sens confus sont-elles proportionnées à celles des sens distincts ; et les unes et les autres à l’état physique?
2°. La quantité dans chaque pyrexie, c’est-à-dire l’intensité et le nombre de ses symptômes dominans , des produits et des épiphénomènes sympathiques. Ainsi l’altération d’un ou plusieurs phénomènes des sens confus ou distincts? ou des phénomènes physiques, est-elle excessive ?
3°. Le siège ou le lieu des phénomènes dominans de chaque pyrexie. Ainsi, les altérations des fonctions, des produits et des sympathies dominent-elles dans les sens confus, dans les sens distincts ou dans les propriétés physiques ?
4°. Les mouvemens ou changemens de siège des phénomènes de chaque pyrexie. Ainsi les lésions dominantes des fonctions , de leurs produits et du consensus des organes sont-elles fixées au même sens ou varient-
elles de l’un à l’autre entre les sens confus, et surtout
des sens confus aux sens distincts ?
5°. Les modifications spéciales des phénomènes pyrexiques. Ainsi, les altérations spéciales des fonctions , des produits et du consensus de chaque sens confus et distinct sont elles plus ou moins grandes et plus ou moins cohérentes ou incohérentes?
6°. La succession spéciale des phénomènes pyrexiques. Ainsi, l’ordre de succession de l’altération des fonctions, des produits et du consensus de chaque sens confus et distinct est-il ce qu’il doit être ? Celle spécialité de succession des phénomènes pyrexiques, lorsqu’elle est régulière , fait que celui qui précède aide à
prévoir celui qui doit suivre, comme celui qui suit rappelle celui qui l’a précédé. Le frisson prépare et annonce la chaleur qui en est à-la-fois l’effet et le souvenir, en même temps qu’elle est , à son tour, le prélude et la cause de la sueur qui la suit et en est l’effet et le souvenir. La sueur est, de même, l’annonce et le moyen de la convalescence, qui précède le retour de l’état normal ou de la sanlé. C’est ici la racine des signes commémoratifs et pronostiques dans l’état fébrile , et la base de la méthode hippocratique.
7°. La durée spéciale des phénomènes pyrexiques dans leur nature 3 dans leur intensité , dans le même siège ou avec divers changemens de situation 9 dans le même état ou avec diverses modifications dans leur nature, et enfin avec cohérence ou incohérence dans leur succession ;> la durée spéciale, dis-je, des phénomènes pyrexiques dans les diverses périodes ou stades de la fièvre et dans son ensemble, est très-importante à connaître pour déterminer la valeur de la maladie dans une période antécédente, dans la période actuelle et dans les périodes subséquentes; et, par conséquent , la valeur de la conduite tenue dans les périodes passées, et de celle à tenir dans la période présente et dans les périodes à venir.
8°. La représentation spéciale des phénomènes pyrexiques. i\insi, a la spécialité de la représentation de la cause de la sur-stimulation pyrexique par l’ensemble des phénomènes que présente le fébricitant; b la spécialité de la représentation d’un fébricitant par un autre sous un nombre de rapports déterminés par la simili tude des phénomènes que présente chacun d’eux; cia
spécialité de la représentation de l’état pyrexique dans un individu et dans plusieurs, par Y histoire spéciale des phénomènes pyrexiques spéciaux qu’ils présentent ou ont présentés , par celle des produits spéciaux que chacun d’eux a fournis, et enfin par celle de la coordonnation spéciale des conditions qui ont concouru à les produire. C’est ici la racine, i°. de V érudition personnelle ou de l’expérience du médecin pour qui les phénomènes de la sur-stimulation pyrexique représentent dans chaque malade la cause de celte sur -stimulation individuelle, et auquel les phénomènes pyrexiques d’un malade rappellent les phénomènes, les produits et les coordonnalions de conditions excitatrices ou modératrices qu’il a observés chez d'autres; 2°. c’est aussi la racine de l’érudition littéraire au moyen de laquelle les phénomènes pyrexiques , les productions pyrexiques et les coordonnalions de conditions pyrexiques dont l’histoire a été écrite par des médecins de divers temps et de différens pays, leur deviennent communes , de manière que si les histoires sont fidèles, les uns tirent parti de l’expérience des autres. La sûreté ne commence, en effet, dans l’exercice de la médecine, que du moment où le médecin peut saisir les rapports d’un ensemble de phénomènes avec l’action d’une cause excitatrice ou modératrice, et surtout à compter du jour où les faits de même nature commencent à se répéter pour lui, et où il commence aussi à devenir un juge compétent pour ceux qui ont écrit sur îc sujet de ses observations.
ïi résulte des recherches qui précèdent que la connaissance complète de l’état fébrile suppose :
i°. La notion distincte des altérations spéciales que
présentent les fonctions, les produits et le consensus spéciaux des sens confus et distincts du malade; ti°. la notion collective, du rapport des phénomènes fébriles entre eux dans leur nature s leur intensité , leur siège, leur changement de situation , leurs modifications successives, leur dépendance réciproque comme cause ou effets les uns des autres, leur durée ou leurs périodes, et leurs ressemblances réciproques; 5°. la notion rationnelle des conditions physiques, physiologiques et morales dont la coordonnation peut avoir concouru à la production des phénomènes fébriles ; celle des conditions qui peuvent les augmenter ou les entretenir; et enfin, celle des conditions qui peuvent les tempérer et les faire cesser.
Telles sont, à mon avis, les trois séries de notions qui fournissent les élémens de la connaissance complète de la valeur pathologique de chaque fébricitant, dont l’histoire particulière comparée à celle d’autres doit fournir l’histoire générale de chaque genre de fièvres.
Cet essai d’analyse des phénomènes de Tétât fébrile, d’après une méthode naturelle, semblera peut-être de quelque utilité à ceux qui savent que la médecine recommence non seulement pour chaque homme qui l’étudie, mais à chaque nouveau malade dont il s’agit de déterminer la valeur physiologique et pathologique précise par les phénomènes qu’il présente, parleurs rapports, et par les conditions de leur existence et de leur cessation.
Remarques sur quelques rapports des phénomènes fé ériles entr'cux et avec tes phénomènes physiques.
Si l'on étudie les phénomènes de l’état fébrile dans les fièvres régulières : un malaise général ouvre la marche des accidens par le froid fébrile , plus ou moins promptement suivi de la chaleur , qui doit , à son tour, faire place à la sueur. Si l'on examine les phénomènes fébriles dans leurs extrêmes : des fièvres algides n’ont point de chaleur , des fièvres ardentes n’ont point de froid , comme des fièvres sudatoires ou des sueltes n'ont ni chaleur ni froid nécessaires. Dans d’autres cas, les phénomènes du froid sont imperceptibles , et on ne saisit que ceux de la chaleur et de la sueur. Et enfin, dans d’autres circonstances, le froid est remplacé par des phénomènes spasmodiques ou lipothymiques qui le représentent; la chaleur par un surcroît d’action organique qui en tient lieu ; la sueur par d’autres sécrétions „ des hémorrhagies , ou des phlegmasies exanthématiques.
Toutes ces différentes formes, et d’autres que j’omets à dessein pour ne pas être trop long, sont observées, soit qu’il n’y ait point d’affection locale primitive , comme dans les fièvres marématiques , soit qu’il y en ait; soit que l’état fébrile précède les affections locales, soit qu’il les suive, ou qu’il en soit une simple coïncidence : cela oblige de distinguer dans le cours de l’état fébrile complet, un stade de concentration de l’action vitale, un stade d’expansion et un stade de retour à l’état normal de la même action vitale; ou, eu d’autres*
termes, un stade de froid , un stade de chaleur et un stade de détente ou d 'excrétion.
Il est clair, par ce qui précède, que le phénomène fondamental de la fièvre est la modification de la température vitale, et par conséquent, de V action vitale ; car l’un de ces phénomènes représente l’autre, et ne peut pas plus exister pans lui que l’impulsion sans le mouvement, ni le mouvement sans l’impulsion.
Cette assertion nous ramène naturellement , avant de passer outre, au rapprochement de quelques lois physiques et physiologiques. La physique nous montre le calorique produisant et réglant dans les corps inorganiques leurs phénomènes physiques fondamentaux 5 comme la physiologie nous fait voir le principe de la vie produisant et réglant dans les germes, et par conséquent dans les corps organiques, les phénomènes physiologiques fondamentaux de la vie qui les anime. ( V oy . note 1.) La même comparaison nous fait reconnaître que le mouvement élève la température physique jusqu’à la combustion des corps, ainsi que X action vitale accroît la température physiologique jusqu’à la combustion spontanée du corps humain vivant. Enfin les modifications des corps vivans par les intus-susceptions et par les sécrétions physiologiques, ne sont pas moins frappantes que celles des corps inorganiques par^ les additions et les soustractions qu’ils éprouvent à diverses températures.
On voit, d’après ces lois, que les propriétés chimiques représentent, en physique, le calorique combiné dans les corps ; comme, en mécanique, le mouvement représente l 'impulsion du corps qu’elle meut :
on voit pareillement que les propriétés vitales représentent , en physiologie , le principe vital combiné au corps vivant , comme dans l’économie animale les mouvemens organiques représentent ^impulsion ou la stimulation vitale qui les produit.
Le froid , la chaleur et une sécrétion étant les trois phénomènes fondamentaux de l’état fébrile, il ne faut pas perdre de vue , en discutant son essence, i°. que le froid représente la concentration ou sédation , et môme la suspension de l’action vitale ; 2®. que la chaleur suppose l’expansion et la stimulation, ou même l’exagération de l’action vitale; et 3°. enfin, que la sécrétion 11’arrive que lorsque l’économie vivante a éprouvé une saturation spéciale de sur-stimulation vitale, suivie d’un relâchement qui est le premier pas des fonctions organiques pour revenir à leur état normal, lorsque cette sécrétion est renfermée dans des bornes convenables. L’état fébrile consiste donc en une lésion des fonctions vitales communes qui entraîne consécutivement celle des fonctions vitales spéciales des organes et des appareils généraux , comme elle peut dépendre de l’excès, du défaut ou de la perturbation de ces dernières.
Dans la marche régulière de l’état fébrile on éprouve:
i°. Un malaise spontané et général;