‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrileChapitre 45 sur 66 · Névrosiques ou nerveuses · texte numérisé non relu

Névrosiques ou nerveuses

5°. Exanthématiques ou éruptives.

Pyrexies

ou

Fièvres.

Toutes les fièvres peuvent se développer à l’occasion de modifications physiques, physiologiques et psychologiques. Je me bornerai à ce qu’il y a d’essentiel dans

chaque genre, sans m’arrêter aux lieux communs étïo logiques de la pathologie.

Il ne s’agit pas dans la fièvre, plus que dans l'inflammation, d’une maladie sans siège positif; cette ridicule conception n’a pu entrer dans la tête d’aucun homme sensé. Les uns en ont placé le siège dans les fluides ; les autres dans les modifications vitales de tous les organes, morbus totius substantiœ , dit Stoll. Si la fièvre est une maladie de toute la substance, elle a un siège positif aussi certain que la phlegmasie : la fièvre appartient à l'organisme physiologique aussi évidemment que l’inflammation aux organes vivans ; et elle a son siège définitif dans les facultés vitales générales des appareils généraux et spéciaux de l’organisme, comme la phlegmasie a le sien dans les facultés vitales particulières des tissus.

Première Classe.

PYREXIES BIOSIQUES.

Les pyrexies biosiques ou élémentaires se divisent en deux sous-classes; la première comprend toutes les pyrexies biosiques générales, et la seconde toutes les pyrexies biosiques locales. J’appelle les pyrexies biosiques élémentaires parce qu’elles sont la racine et le prototype de toutes les autres.

Première Sous-Classe.

PïftEXIES BiOSIQUES GENERALES.

J'appelle ainsi les fièvres simples des ailleurs, sans prédominance déterminée des symptômes fébriles dans aucun organe en particulier. Leurs phénomènes essentiels sont ceux que j’ai décrits comme appartenant à tout état fébrile complet. Ainsi :

i°. Le malaise du stade du froid qui peut aller jusqu’à la mort, comme dans la congélation, dans l’algide ou dans la lipothymie ; ou être suivi de réaction plus ou moins vive , si la concentration ou la sédation de l’action vitale n’a pas été excessive.

2°. Le malaise de la chaleur qui peut aller jusqu'à la mort, comme dans la combustion accidentelle, dans le causus ou dans la combustion spontanée ; ou être suivi d’une détente et de soulagement, si la sur- stimulation ou l’expansion de l’action vitale n’a pas été au-dessus de la résistance physiologique.

5°. La détente , le bien-être et le retour à la santé par la sueur, les urines ou toute autre sécrétion , si elle est modérée et critique; ou l’augmentation du malaise et même la mort, si la sécrétion est excessive , ou si elle manque absolument sans que l’état normal se rétablisse spontanément.

Les phénomènes du froid , lequel, comme je l’ai fait sentir, représente la concentration* de l’action vitale qui entretient la température physiologique : ceux de la chaleur, laquelle suppose l 'expansion de cette action

v i laie 3 et ceux de la diaphorèse , qui en représente la prédominance dans une fonction spéciale, étant les seuls symptômes caractéristiques et nécessaires de tout état fébrile, j’ai pensé que les fièvres qui ne présentaient que les signes des modifications de l’action vitale devaient être de préférence appelées fièvres vitales ou biosiques9 de Bios, vie), afin que leur nom seul indiquât le siège de la lésion primitive à laquelle elles doivent leur existence.

Recherches sur tes fonctions vitales communes et sur leur distinction d'avec tes fonctions vitales spéciales; c’est à -dire sur les sens évidens et latens communs et spéciaux dont l’ organisme vivant est pourvu.

La calorification et la température physiologiques se lient d’une manière indissoluble aux fonctions vitales communes , qu’il faut soigneusement distinguer des fonctions vitales spèciales. Les fonctions vitales communes ont rapport à la vie des parenchymes : telles sont l’absorption, l’assimilation et la sécrétion latentes qui président aux phénomènes de la nutrition particulière de chaque orgaue, lequel agit , dans ce cas, pour le maintien de sa propre vie; les fonctions vitales spéciales ont rapport à la vie du corps entier : telles sont les inlus-susceptioîis, les locomotions, les assimilations et les sécrétions opérées par un organe, pour soutenir l’existence vitale de l’individu auquel il appartient. Les fonctions nutritives des tissus de l’œsophage, de l’estomac , des lactés, du cœur et des poumons, sont

des fonctions vitales communes, qui appartiennent immédiatement à leur propre vie, et médiatement à celle des autres organes 9 pour la nutrition desquels ils apportent ou préparent des matériaux • tandis que les fonctions spéciales de déglutition par {'œsophage, de digestion par l’estomac, de sécrétion par les lactés , de locomotion par le cœur , et d'hématose rouge par les poumons, sont immédiatement destinées à la vie générale du corps, et médiatement à la vie particulière des organes spéciaux qui en font partie. Toutes ces fonctions , qui constituent les fonctions vitales communes et spéciales, se lient intimement à la température physiologique des organes et de l’individu. La chaleur physique, dans l’incubation, développe ces fonctions que l’œuf fécondé n’avait qu’en puissance ; plus tard , ces mêmes actions organiques entretiennent, malgré le froid extérieur, la chaleur physiologique qui a commencé avec elles.

Les tissus vivans produisent intrinsèquement les absorptions, les locomotions, les assimilations et les sécrétions nutritives, qui entretiennent leur vie particulière et leur température. Ces fonctions nutritives sont communes à tous les tissus, car tous se nourrissent; mais elles diffèrent dans chacun d’eux, car ils ne se nourrissent pas tous de la même manière; ce qui est prouvé par la différence des parenchymes organiques. Cependant, telle est l'analogie du mécanisme de cette nutrition organique dans tous les parenchymes, qu’on le voit présider également à la nutrition normale dans l’état de santé , et à la nutrition anormale dans l’état de maladie; ainsi, à des métamorphoses des tissus orga-

niques les uns dans les autres, à des altérations semblables dans des organes différens, à leur inflammation , à leur cicatrisation, ou enfin à leur altération et à leur restauration physique quelconque. Il ne s’agit pas ici de fonctions nerveuses, car tous les phénomènes très-évidens dont je viens de parler ont lieu dans le 'parenchyme cérébral et nerveux lui-même , dans les fausses membranes qui n’ont point de nerfs, dans les organes qui n’en reçoivent plus , et dans l’ovule avant le développement du système nerveux.

Les absorptions ou intus-susceptions alimentaires et les locomotions que suppose la digestion , ainsi que la circulation et la respiration; les assimilations digestives et la sécrétion chyleuse , lesquelles préparent les élémens de l’hématose et de la nutrition des parenchymes, sont aussi , à l’égard de l’économie , des fonctions vitales dont les appareils spéciaux ne peuvent changer de rôle, et dont l’un ne peut avoir les mômes usages que chacun des autres. Les fonctions vitales de ces appareils étant spéciales comme eux, il est dans l’ordre de les désigner par le nom de fonctions vitales spéciales ou relatives , afin de les distinguer des fonctions vitales communes ou propres , qui président au développement, à l’entretien , aux altérations et aux réparations du tissu des appareils des fonctions spéciales , qui supposent par conséquent les fonctions communes , que ces dernières ne supposent pas : en effet, un organe peut conserver sa vie particulière sans remplir les fonctions vitales spéciales auxquelles il est destiné, comme lorsqu’on suspend la digestion par la diète. Outre les fonctions vitales communes et les fonctions vitales spéciales, l’organisme

présente des phénomènes de simple rapport ou de consensus nerveux des organes avec les objets extérieurs , des organes entre eux, et de ceux-ci avec la puissance psychologique. Ce sont les fonctions nerveuses des sens distincts de la vue , de l’ouïe, du toucher, de l’odorat, du goût, du tact général, de la motilité évidente et du sens interne commun ou collectif. La plupart des fonctions nerveuses peuvent être suspendues sans que les fonctions vitales communes et spéciales le soient aussi; c’est ce qui arrive dans l’amaurose et dans toutes les paralysies.

Recherches sur les lois du tact général.

Les fonctions vitales et les fonctions nerveuses , communes et spéciales, sont unies par l’intermède du tact général distinct qui appartient à tous les tissus vivans , et qu’il faut bien distinguer du toucher. Ce dernier donne, par le palper des mains, des pieds et même des lèvres, l’impression des configurations ou solidités , des non configurations ou fluidités , du sec et du mouillé, etc. ; toutes impressions que le loucher peut reproduire eii l’absence des stimulus spéciaux qui les font naître. Le tact général, par le simple contact de toutes les parties externës et internes du corps vivant, donne le sentiment de chaleur et de froid , de pression , de percussion et de battement, de tension et de déchirement, de piqûre, et enfin de formication ou de prurit. 11 est clair, d’après ce simple exposé, que le tact général , ou le sens du bien-être et du malaise physiologiques, appartient à tous les organes dans lesquels pé-

nètre le système nerveux; car il devient sensible par l’état morbide dans ceux même où il n’était pas distinct auparavant, tels que les os; et il n’est aucune de nos parties vivantes en communication avec le système nerveux qui ne puisse donner une, plusieurs ou toutes les impressions que je viens d’indiquer comme appartenant au tact général.

Aucun de nos organes n’est propre à remplir des fonctions vitales spéciales ou des sens confus , ni aucune fonction nerveuse ou des sens distincts , s’il n’a le tact général dont l’absence ne suppose cependant pas la privation de la vie locale , comme on le voit dans les parties qui ont perdu l’aptitude à leurs sentimens et à leurs mouvemens spéciaux sans perdre la vie ou le sens vital . Les choses étant ainsi, il est clair que toutes nos parties, tous nos tissus vivans , susceptibles de donner l’impression de chaleur, de froid, de pression , de percussion, de déchirement, de piqûre et de prurit , sont les agens du tact général , qui de l'organisme entier ne fait qu’un seul sens distinct pour les impressions que je viens d’énumérer.

Le tact général est donc en rapport avec toutes les fonctions spéciales nerveuses distinctes qui le supposent ; avec toutes les fonctions vitales spéciales qui cessent lorsqu'il s’éteint; et enfin avec les fonctions vitales communes sur lesquelles il agit pour les troubler par la douleur qui modifie la nutrition et produit l’inflammation des tissus. Le tact général, mis en action par les fonctions nerveuses, peut donc réagir sur les fondions vitales spéciales et même sur les fonctions vitales communes, ce qui donne la théorie de la lésion

des fonctions vitales communes et spéciales par celle des fondions nerveuses Les fonctions vitales communes, étant en rapport avec le tact général, agissent sur lui pour développer la douleur qui dépend de l’inflammation. Cette douleur inflammatoire agit par le tact général sur les organes des fonctions vitales spéciales et sur ceux des autres fonctions nerveuses ; d’où, par un mécanisme diamétralement opposé, naît un trouble général par lésion primitive des fonctions vitales communes. Dans le premier cas, le trouble est parti des fonctions nerveuses ; dans le second, au contraire, il a eu son point de départ dans l’affection du sens vital ou de la sensibilité vitale commune à tous les tissus organiques vivans.

Le ta et général évident étant un moyen physiologique d’union entre les sens distincts, les sens confus et la sensibilité vitale latente ou le sens vital de tous les tissus, devait participer à la nature des uns et des autres : en effet , ii est commun aux organes qui reçoivent des nerfs cérébraux et spinaux, aux organes qui en reçoivent des ganglions nerveux du grand sympathique, et il s’associe au sentiment vital latent des parenchymes. Les sens cérébro-spinaux sont distincts : tels sont la vue , i’ouïe , îe toucher, le goût, l’odorat’, le tact général, la motilité évidente et le sens interne commun ; les sens des organes ganglionnaires, tels que ceux des besoins d’intus-susception alimentaire , la faim, la soif, le sentiment des besoins d'excrétions urinaire, stercorale , spermatique et fœtale, sont confus ; le tact général , qui est commun aux organes cérébro-spinaux et aux organes ganglionnaires, est distinct à certains égards, et confus

sous d’autres rapports ; et ses fonctions participent mâ\ nifestement a celles des sens distincts qui ne sont pas de nécessité vitale , à celles des sens confus qui touchent à la vie de l’individu, comme elles participent à celles du sentiment vital des tissus qui est indispensable à la vie locale.

Recherches sur V action accidentelle et spontanée des

sens .

ïi faut, avant de passer outre, rappeler ici que tous les organes des sens distincts et confus et le sens mixte, ou le tact général, peuvent entrer en action par leurs stimulus spéciaux, ou spontanément, sans ces stimulus: ainsi l’oreille entre en action par les vibrations sonores de l’air, mais elle donne aussi l’impression des sons dans le tintement , sans qu’il y ait de bruit réel. Ce que je dis de l’ouïe, il faut l’entendre de tous les autres sens , et en particulier du tact général. En effet, i°. ce sens met tout l’organisme dans le bien-être ou dans le malaise par les stimulations qui lui sont propres, ou par suite du bien-être ou du malaise de chacun des autres sens qui le modifient, et qu’il généralise en quelque sorte, en faisant partager leur manière d’être à tout l’organisme et spécialement aux organes dont la susceptibilité domine. 2°. Ce même sens, en l’absence de toute stimulation spéciale, et de toute influence de la part des autres sens , peut spontanément développer le bienêtre ou le malaise dans toute l’économie, et surtout dans les organes dont la susceptibilité l’emporte sur celle des autres. Ainsi, de même que l’ouïe fait exister

spontanément pour l’individu dont les oreilles tintent des sons qui n’ont pour cause aucun bruit réel, de même le tact général crée spontanément dans l’organisme des chaleurs , des froids , des pressions, des percussions, des tensions, des piqûres et des formications sans cause physique, et cependant très-réels pour celui qui les éprouve. Il est donc exact de dire que l’économie vivante sent le bien-être et le malaise ou la douleur sans cause physique , ainsi que l’oreille entend sans bruit; et tous les autres sens ont de même leurs illusions.

Gela posé, il faut bien distinguer le sentiment de chaleur ou de froid, sans changement dans la température du corps, de ta chaleur ou du froid réels , avec élévation ou abaissement de sa température. Le froid et la chaleur réels annoncent l’altération de la fonction vitale ou du sens vital qui préside à leur développement, tandis que le sentiment de chaleur et de froid, sans chaleur et sans froid réels, n’est qu’une hallucination du tact générai. Exemple : une personne est en lipothymie, elle se plaint de froid, et je trouve sa peau glacée; une autre se plaint de chaleur, et je trouve sa peau brûlante ou comme électrisée : comment douter que le point de départ ne soit dans la lésion de Yaction vitale sur laquelle repose la calorification ? Une personne se plaint de froid, et je trouve sa peau à la température naturelle ou même chaude; une autre se plaint de chaleur, et je trouve sa peau de chaleur naturelle ou même fraîche : n’est-il pas évident qu’il s’agit dans ce cas d’une névrose , et que le tact général est lésé avant l’action vitale qui maintient la calorification organique ?

Si un refroidissement considérable a eu lieu par le contact d’un corps froid, surtout s’il est humide et soustrait le calorique et l’électrique à-la-fois, la température et l’électricité organiques pourront être tellement diminuées que la partie soit refroidie jusqu’à suspension de l’action nerveuse dan9 le tact général et dans la contractilité musculaire, et même jusqu’à la cessation de l’action vitale par la congélation , sans que la stimulation vitale ou la calorification physiologique spontanée puisse se rétablir. Dans ce cas, le sentiment du froid ne se soutient que jusqu’à un certain degré de sédation ou de refroidissement, après lequel il s’éteint, comme le mouvement par l’engourdissement et le sommeil, et la vie par la cessation de l’action vitale. Des phénomènes inverses se passent dans l’application de la chaleur et de l’électricité à l’économie vivante : elle pourra être portée au point que la partie soit échauffée jusqu’à la suspension de l’action nerveuse dans le tact général et dans la contractilité musculaire, et même jusqu’à celle de l’action vitale par la combustion , sans que la sédation vitale ou le rafraîchissement organique spontané puisse se rétablir. Dans ce cas , le sentiment de chaleur ne se soutient que jusqu’à un certain degré de stimulation ou d’échauffement, après lequel il s’éteint par la stupeur, comme la contractilité musculaire et la vie avec l’action vitale.

Le sentiment spontané de froid ou de chaud peut aller jusqu’à l’excès, sans constituer autre chose qu’une névrose exempte de danger pour la vie ; mais une chaleur ou un froid physiologiques spontanés et réels ne peuvent aller jusqu’à l’excès, sans compromettre la vie

locale ou générale d’une manière aussi certaine que la chaleur et le froid physiques.

Remarques sur la nature de la température organique.

L’étude du degré et de l’espèce de chaleur qu’éprouve un fiévreux , pouvant aider à répandre quelque lumière sur le sujet qui nous occupe, j’ajouterai les remarques suivantes à celles qui précèdent.

On observe dans le corps une chaleur spontanée, sèche et fatigante , comparable à celle que communique un foyer de chaleur. Le corps vivant dans ce cas est simplement chaud au contact ; alors, le thermomètre appliqué à la peau, hors de l’action du foyer qui l’a échauffée, s’élève jusqu’à 5o, 5i degrés de Réaumur, température de l’intérieur du corps dans l’état de santé, tandis que la température de la périphérie du corps dans l’atmosphère ne s’élève guère au-delà de 27 ou 28 degrés du même thermomètre ; ce qui donne une différence de 3 à 4 degrés entre la température de la peau et celle de l’intérieur. La peau qui, en été, est à 27 ou 28 degrés aux endroits couverts, est souvent fort audessous de celte température aux parties découvertes 5 ce qui fait qu’une personne trouve la peau d’une autre d’autant plus chaude que la sienne l’est moins.

Une personne dont la température des mains vient d’être abaissée en les frottant avec de la neige, les sent brûlantes, quoiqu’une autre personne qui les touche les trouve glacées. Ï1 est clair que la sensation de chaleur dépend, dans ce cas, de l’état du tact'général dont les modifications opposées dans les diverses régions du

corps rendent parfaitement raison des sentiment simultanés et successifs de chaleur et de froid très-vifs, ainsi que des anomalies nerveuses des fiévreux , sans que les assislans puissent constater des variations proportionnées dans la température vitale du corps.

Outre cette chaleur simple, il est un autre état qui ressemble fort à celui dans îequel se trouve une personne électrisée sur un tabouret isolant. Dans ce cas, la

chaleur, ordinairement avec plus ou moins de propension à la stupeur, est très-incommode, non seulement à celui qui l’éprouve, mais encore à ceux qui l’explorent, chez qui elle produit un picotement qui se prolonge plus ou moins. Ce phénomène n’est pas proportionné à la température indiquée par le thermomètre; il paraît plutôt du ressort de l’électromètre, et analogue à celui des eaux minérales naturelles dans les temps orageux, pendant lesquels elles deviennent intolérables aux baigneurs , à qui elles semblent beaucoup plus chaudes , quoique la température n’en soit point augmentée.

Les auteurs ont parfaitement distingué ces deux sortes de chaleurs, et le genre de malaise qui les accompagne, et qui ne cesse que lorsque, par la diaphorèse , la peau passe de la sécheresse , qui l’isole, à l’état d’humidité , qui fait qu’elle cède facilement le calorique et l’électrique aux vêlemens avec lesquels cüe est en contact. Les bains ont une propriété analogue à celle de la sueur pour rendre l’épiderme conducteur du calorique et de l’électrique ; mais ils 'n’agissent pas tous de la même manière. En effet , les bains aqueux chauds au-dessus de 27 ou 28°, soustraient l’électrique, mais ajoutent du calorique, au lieu d’en ôter; les bains aqueux frais sous-

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traient le calorique et l’électrique en même temps; les bains résineux, oléagineux, sulfureux chauds ou froids ajoutent ou enlèvent du calorique sans soustraire de l’électrique, comme les bains salins , surtout lorsqu’ils sont pris dans des vases métalliques.

Il est à remarquer que le principe électrique isolé n’a pas le pouvoir de mettre en exercice les fonctions vitales de l’œuf fécondé, et que par conséquent il n’en est point le stimulus spécial comme le calorique.

Ces développemens ^ que je ne trouve dans aucun traité de physiologie, m’ont semblé nécessaires pour asseoir sur des bases solides la distinction des phénomènes biosiques et névrosiques , ou, en d’autres termes , pour tirer une ligne de démarcation naturelle entre les affections du sentiment vital latent , et celles du sentiment évident.

Quoi qu’il en soit , je pense, malgré les bornes que je me suis prescrites, pouvoir être maintenant entendu sur la valeur de la formule que j’ai adoptée pour désigner les fièvres qui ont leur siège et leur cause dans la sensibilité vitale des tissus et des parenchymes en général.

Cette modification du sens vital n'est reconnaissable pendant la vie qu’aux altérations fébriles variées de la température et des fonctions organiques ; on n’en trouve dans les cadavres ancune cause physique constante et incontestable. Je dis aucune cause physique constante et incontestable: en effet, souvent ou ne trouve aucun changement qu’on puisse constater ; souvent aussi on trouve des lésions physiques dont les signes ne se sont montrés que dans le cours ou à La fin de la fièvre, sans qu'on puisse dire comment la plupart de ces lésions or-

ganîques ont contribué à la mort du sujet; car on ne voit pas plus la liaison de V état de vie avec les fonctions du péritoine ou de la plèvre qui s’enflamment si souvent sans faire mourir, que la raison de la mort dans une pleurésie ou une péritonite , ou , si Ton veut dans une gastrite, lesquelles subsistent ou disparaissent, en laissant des traces plus ou moins équivoques après elles.

Recherches sur la marche spontanée et modifiée , et sur le type des fièvres biosiques.

Dans toute fièvre simple ou biosique } on remarque les préludes qui l’annoncent; on observe l’invasion, c’est-à-dire le commencement de ses phénomènes propres, lors même qu’elle est jointe à des affections locales qu’on voit cesser avant ou après elle; on suit l’augmentation, la continuation, la diminution, et enfin la terminaison des phénomènes qui la caractérisent pendant sa durée. Après la mort , on trouve des productions ou des altérations physiques qui ont eu lieu tantôt dans les préludes et tantôt dans l’invasion , dans l’augmentation, dans la diminution ou dans les terminaisons de la fièvre.

Le cours de l’état fébrile dans ses diverses périodes et dans sa durée totale est soumis à des lois qu’il est nécessaire de connaître dans deux circonstances différentes : i°. dans le cas où la marche de la fièvre est abandonnée à elle-même sous l’influence de la diète, du repos et de quelque boisson qui n’ait aucune action décisive ; dans celui où elle est modifiée par l’emploi de divers agens

stinvulans , sédatifs, toniques ou relâchans, généraux ou locaux , et spéciaux on communs.

Le développement de ces lois , qui fait l’objet de la clinique , me conduirait trop loin en ce moment, relativement au but que je me suis proposé ; je me bornerai donc à rappeler ici combien il est important d’étudier la marche spontanée de la fièvre simple dans ses diverses périodes , et par conséquent dans ses crises, dont il est impossible qu’on se fasse une juste idée, si on n’a observé souvent cette maladie hors de l'influence d’une médication active : il est surtout difficile d’appîiquer avec toute la justesse désirable les secours différens qui peuvent devenir nécessaires dans le prélude, après l’invasion, durant les progrès, pendant l’état stationnaire , au déclin , et surtout à la terminaison, si elle n’est pas régulière , et si elle ne constitue que le changement d’une maladie en une autre, au lieu d’une véritable terminaison. Un exemple rendra cela sensible : une personne est prise d’une fièvre dans laquelle on ne distingue primitivement que les phénomènes de l’état fébrile simple; si ces phénomènes sont modérés, et qu’après un certain nombre de jours il s’établisse une sécrétion diaphorétique ou urinaire soulageante, il est clair que l’homme de l’art n’a autre chose à faire que de placer le malade dans les circonstances les plus favorables à la marche régulière de la maladie; si, au contraire, les symptômes du stade de froid , du stade de chaleur ou du stade de sécrétion, deviennent excessifs ou incoliérens , s’ils menacent la vie parleur intensité ou leur situation fâcheuse ; si, au lieu, d’uno sueur, d’un flux urinaire, ou d’un érysipèle, il survient une pleurésie,

«ne pneumonie', «ne gastro-entérite , ou «ne céphalite, il est clair que l’homme de Fart doit agir, mais comment le ferait-il avec sécurité, s’il ne connaît la marche spontanée de l’état fébrile et des maladies dont je parle ?

Les lois de l’état fébrile dans sa marche spontanée et dans sa marche modifiée par divers moyens, deviennent plus importantes encore à étudier lorsqu’on les considère dans la contiuuité et dans les suspensions et reprises périodiques de Fétat fébrile, c’est-à-dire, dans les types continu , rémittent et intermittent de la fièvre. En efL t, tantôt les trois stades ne se présentent qu’une fois dans le cours de la fièvre, alors le frisson de l’invasion , plus ou moins prolongé, est suivi de chaleur qui dure un seul ou plusieurs jours, ou plusieurs semaines, avec des paroxysmes, jusqu’au stade de la sécrétion finale, laquelle est suivie de la convalescence, si la crise est modérée et bien placée : le malade, au contraire, succombe, si une sécrétion avantageuse ne s’établit pas, si elle est excessive, ou enfin si quelqu’orgaare important devient dans le cours de la fièvre un centre de fluxion qu’on 11e puisse faire cesser tel est le caractère des fièvres continues .

Tantôt les trois stades fébriles se terminent dans les vingt-quatre heures, et recommencent peu d’heures après ou le lendemain en tierce, en quarte, etc., pourcesser de même, le malade paraissant en santé plus ou moins complète pendant FinlervaJle des accès, qui reviennent ainsi d’une manière régulière ou irrégulière : tel est [le caractère des fièvres intermittentes.

Tantôt la fièvre subsiste comme continué y mais au

lieu des simples redoublemeus des phénomènesexistaus, on voit se renouveler des paroxysmes dans lesquels on distingue des symptômes nouveaux , comme le froid, ou quelqu’un des phénomènes qui le représentent, des spasmes, des pandiculations, des pâleurs , des lipothymies, etc. Ces fièvres, qui offrent le mélange des phénomènes des fièvres continues et des fièvres intermittentes, ont reçu le nom de rémittentes , pour les distinguer , i°. des fièvres continues dans lesquelles on n’observe que le redoublement des symptômes qui existent sàns suspension de la fièvre et sans retour des symptômes du stade du froid dans les exacerbations; 2°. des fièvres intermittentes dans lesquelles il y a suspension régulière ou irrégulière de l’état fébrile. Tel est le caractère des fièvres rémittentes.

Recherches sur les phénomènes locaux dans les fièvres biosiques continues , intermittentes et rémittentes.

Les exacerbations des fièvres biosiques continues , les paroxysmes des rémittentes et les accès des intermittentes, outre le redoublement d’intensité ou le retour des phénomènes fébriles communs, sont marqués par des symptômes de congestion ou même de phlegmasie dans les tégumens et les membranes muqueuses , dans les organes céphaliques , thoraciques, ou abdominaux , ou enfin dans les membres. Ainsi on voit les exacerbations ou accès fébriles, amener :

i°. L’augmentation de la coloration de la peau et la

rougeur faciale, la congestion de la muqueuse nasale,

gutturale, gastrique ou intestinale ( d’oû les sueurs, les»

flux, et les hémorrhagies critiques ou symptomatiques par ces émonctoires), et même leur plegmasie , sans qu’on doive perdre de vue, que, dans le cas posé, ces symptômes locaux surviennent , non pas avant le paroxysme comme cause, mais dans son cours, comme effets et moyens de solution ou de crise, lorsqu’ils ne deviennent pas des complications ; j’ai vu des érysipèles suivre exactement les accès d'intermittentes.

2\ Des congestions ou des phlegmasics du cerveau, de la moelle épinière, des nerfs et des méninges.

3°. Des congestions ou des phlegmasies des poumons, des plèvres , du péricarde et du cœur.

4®. Des congestions ou des phlegmasies du foie, de la rate, des reins, du péritoine, etc.

5°. Des congestions ou des phlegmasies articulaires , musculaires.

Tous ces phénomènes intercurrens peuvent n’être que fugaces, et finir avec le paroxysme ou l’accès, ou devenir permanens avec les effels qui leur sont propres, et ne sont que la manifestation du mode de con-

sensus ou de prédominance des organes, par leur susceptibilité dans chaque malade. Un exemple emprunté à l’état physiologique rendra ceci sensible.

Une perturbation physique, physiologique ou morale

semblable, peut être éprouvée par plusieurs personnes

en même temps, dans la submersion d’un vaisseau, dans L’incendie d’une maison, dans les revers de fortune, dans les passions, etc. Qu’apprend l’observalion sur les effels de cette commotion semblable dans ces divers individus? Elle nous fait voir la réaction de l’état général survenu, ayant lieu chez les uns à la peau ou

aux muqueuses, et chez les autres vers les organes céphaliques, thoraciques, abdominaux ou articulaires et musculaires , etc. , avec des effets correspondans aux fonctions spéciales de chaque organe affecté, en raison de la prédominance de sa susceptibilité; ainsi, par la même contrariété, la même peine, la même colère , la même fatigue , la même variation de température ou d’humidité, etc., qui modifie l'ensemble de l’organisme, les uns ont des névroses, des phlegmasies ou des hémorrhagies cutanées ou muqueuses; comme les autres ont des épistaxis , des hémorrhagies et des phlegmasies cérébrales, des hémoptysies ou des pneumonies, des hématémèses ou des hépatites , des rhumatismes articulaires ou musculaires, etc. La modification produit© étant la même chez tous dans le cas posé, il faut absolument que la diversité des affections locales dépend© de la différence de susceptibilité des organes dans chaque individu.

Il est bien entendu qu’il ne prendra fantaisie à personne qui n’ait pas la monomanie des localisations, de chercher la cause de la modification générale qui les a précédés dans les affections locales qui l’ont suivie. Si ce que je dis est vrai pour les modifications de l'organisme, dont ou ne peut placer la cause dans aucun organe en particulier, parce qu’elle consiste dans un trouble général, il faut absolument que cela soit aussi vrai pour l'état fébrile dont je parle, car il survient sans qu’on puisse lui assigner un organe en particulier comme point de départ; et en qualité de/? erturbalionphjsioiogi que generale, il modifie tout l’organisme dont la. modification se fait sentir davantage dans telle

ou telle série d’organes , comme effet de la perturbation générale, et non pas comme sa cause ,

Il ne s’agit pas ici de demander si l’affection d’un organe ne peut pas troubler les fonctions physiologiques générales ; sans doute que ces fonctions peuvent être troublées par ce mécanisme, mais elles peuvent l’être aussi par d’autres dont il faut également tenir compte.

Une personne reçoit une blessure ou se fait une brûlure qui produit l’état fébrile qui n’est ni la blessure , ni la brûlure; la fièvre survenue à l’occasion de la blessure ou de la brûlure a des exacerbations ou des accès, car elle peut être rémittente ou même intermittente , comme continue . Dans ces exacerbations ou accès, le visage devient rouge et brûlant, ou bien la tête se prend, ou bien le malade éprouve de la dyspnée et crache le sang, ou bien il vomit ou a la diarrhée, ou enfin il survient un érysipèle, une angine, une gastrite ou des douleurs rhumatismales, etc. Faudrait-il attribuer toutes ces superfétations paroxystiques de l’état fébrile à la blessure ou à la brûlure P Je laisse répondre chaque observateur, et j'ajoute seulement que ce que j’ai dit au sujet de deux affections locales accidentelles, ii faut l’entendre de toutes les autres, même spontanées , que nous observons tantôt comme primitives , et tantôt comme consécutives, sans que nous devions perdre de vue les diverses filiations de phénomènes secondaires qui peuvent survenir et que les pathologistes ont si bien connus sous Je nom d 'épiphénomènes, qui peuvent être de première, de seconde ou de troisième génération, etc.; les affections locales produites dans un paroxysme pou-

vaut développer chacune en particulier des épiphénomènes relatifs aux organes affectés.

Recherches sur les lois fondamentales de la cessation

spontanée des phénomènes des fièvres hiosiques.

Ici se présente une question :

L’impulsion une fois donnée , le mouvement fébrile une fois développé , comment peut-il s’arrêter de luimême? car il n’est pas possible que les plus grands partisans de la médecine agissante nient qu’un grand nombre de fièvres se terminent spontanément. La réponse à cette question se trouve dans le rapprochement des lois physiologiques. Un homme est dans le malaise de la faim ou de la soif et de l’inanition, on lui présente à manger et à boire, quand s’arrêtera-t-il ? lorsqu’il sera rassasié d’après les lois de ia saturation digestive. Un homme a surchargé, sursaturé son appareil digestif, et il est dans le malaise d’une indigestion , combien durera ce malaise? il durera autant que la résistance de la cause de surcharge à Y action assimilatrice de l’appareil surchargé, c’est-à-dire jusqu’à ce que la cause du trouble soit digérée ou assimilée , et neutralisée ou expulsée par le vomissement ou par les selles , ou jusqu’à ce que l’appareil digestif se soit accoutumé à sa présence s’il ne peut l’expulser , ou enfin jusqu’à ce qu’ayant épuisé toute son activité digestive , il soit sursaturé d’action et cesse d’agir par excès de fatigue.

Si de l’appareil digestif nous passons au circulatoire, nous obtiendrons le même résultat. En effet, des déper-

ditions sanguines ou humorales trop abondantes produisent les phénomènes delà débilitation par spoliation; on présente aux absorbàns des substances nutritives à absorber, quand s’arrêteront-ils? lorsque le réceptacle sera rassasié d’après les lois de la circulation. L’appareil circulatoire est surchargé ou dans un état de pléthore, de surcroît, de réplétion aussi facile à juger que celle de l’appareil digestif, combien durera le malaise? il durera autant que la résistance de la cause, à Faction de l’appareil surchargé , c’est-à-dire jusqu’à ce que la cause du trouble soit digérée ou assimilée et neutralisée, ou expulsée par un émonctoire, ou que l’appareil se soit accoutumé à supporter sa présence ou Tétât de surcharge ou de pléthore, si aucun émonctoire ne se prête à l’exporter, ou enfin jusqu’à ce qu’ayant épuisé toute son activité assimilatrice, il soit sursaturé d’action » et tombe dans le coîlapsus.

L’appareil nerveux présente dans ses rapports avec les stimulus spéciaux qui agissent sur lui exactement les mêmes séries de phénomènes ; le besoin de voir, d’entendre, etc. , de se mouvoir, produit le malaise de l’excès du repos, qui cesse par l’exercice des sens et des appareils locomoteurs soumis à la volonté. Si la stimulation des sens, si l’action musculaire sont portées à l’excès, on arrivera à la sursaturation , dont les effets ne cesseront que par la soustraction des stimulus ou de l’action, par l’habitude des organes ou par leur coîlapsus total.

A force d’avancer, nous sommes parvenu de l’appareil digestif dans le circulatoire et ensuite dans le nerveux où nous avons trouvé les mêmes lois , et nous voici arrivé à l’appareil des fonctions vitales

e&imnunes , qui dans l’embryon crée l'appareil digestif, l’appareil circulatoire et l’appareil nerveux et musculaire, avant qu’ils aient aucun e fonction spéciale à remplir; ou en d’autres termes, nous sommes parvenu a l’appareil de la calorification vitale ou de la vie qui est commune à tous les parenchymes, quelles que soient d’ailleurs les fonctions spéciales digestives , circulatoires, respiratoires, nerveuses , contractiles , etc., auxquelles ils puissent être destinés après la naissance. Nous voici arrivé à cette action vitale universelle, qui devance la circulation dont elle forme et nourrit les appareils contractiles et vasculaires comme tous les autres. Celte action vitale, dans les végétaux qui n’ont point de système nerveux sensitif, et dans les organes qui en sont privés, comme les fausses membranes, etc. , peut manquer du stimulus nécessaire à son existence dans les tissus; tel est le phénomène de sa cessation par congélation commune. On présente du calorique au tissu vivant refroidi , combien en absorbe-t-il ? autant qu’il sera nécessaire pour le saturer jusqu’à 5o à 5i degrés de Réaumur, dans l’homme, d'après les lois vitales. Les tissus vivans sont sursaturés du stimulus vital ou de calorique et d’électrique; il y a dans l’organisme pléthore de calorique et d’électrique, combien durera le malaise? autant que la résistance de la cause à l’action réfrigérante spontanée des tissus organiques vivans , c’est-à-dire jusqu’à ce que la cause du trouble soit digérée ou assimilée et neutralisée ou expulsée par un mécanisme quelconque; jusqu’à ce (jue l’organisme s’habitue à un excès de stimulus dont il ne peut se débarrasser sous l’équateur; ou enfin, jusqu’à ce qu’ayant consumé toute

'sa puissance assimilatrice, il soit sursaturé d’aclion Ct cesse d’agir ; et la conséquence de l 'inaction vitale ou biosique de l’organisme est une mort immédiate , si cette lipothymie parenchymateuse ne cesse immédiatement aussi.

On voit que dans cette manière de procéder, de l’étude des lois des fonctions évidentes et spéciales qui n’existent pas dans l’embryon , aux fonctions latentes et vitales qui existent également dans le fœtus avant et après son émancipation du sein de la mère , ces lois s'éclairent mutuellement.

Reste à jeter un coup-d’œil sur les lois de la continuité de l’intermittence et de la rémittence fébriles.

Recherches sur les lois fondamentales de l'intermittence et de V habitude fébriles.

L’ intermittence fébrile a beaucoup occupé un grand nombre d’observateurs ; je ne sais s’ils en ont tous étudié les lois à leur véritable source, qui me semble le rapprochement des lois physiologiques dans l’état de

santé et dans celui de maladie.

Si nous interrogeons la marche des fonctions nerveuses, de simple rapport, qui ne sont pas indispensables à la vie , qui n’existaient pas dans le fœtus et n’ont commencé qu’après la naissance , nous trouvons qu’elles restent pendant toute la durée de la vie assujéties à des suspensions, rémissions ou intermissions par le retour diurne du besoin de sommeil ou de repos. Le sommeil n’est donc que l’interrnission des fonctions des sens externes distincts de la vue , de l’ouïe, du toucher ,

de l’oclorat , du goût, du tact général, delà motilité évidente et du sens interne commun.

Si nous examinons la marche des fonctions vitales spéciales qui n’existent pas dans le fœtus et ne commencent qu’après la naissance, nous les voyons assujélies comme les autres à la loi de l’intermission ou au moins de la rémission. En effet , après avoir digéré , l'estomac a besoin de repos; après chaque inspiration le poumon a besoin d’une expiration ou d'un repos, et il y a rémission dans les phénomènes chimiques de la respiration quant à l'hématose ; après chaque systole le cœur et ses artères ont leur diastole ou leur suspension d’action, ou, s’il faut trancher le mot, leur court sommeil.

Si nous venons à l’étude de la marche des fonctions vitales communes à tous les parenchymes , et à l’homme pendant sa vie infrà-utérine et ext; à-utérine , nous trouvons que les fonctions de la calorification et de la nutrition sont dans une permanence régulière depuis le moment de la conception jusqu’au dernier degré de développement de l’individu, après lequel elles déclinent jusqu’à sa décrépitude. Il est impossible de saisir la systole et la diastole qui peuvent exister dans leur marche; mais il est facile d’observer les augmentations et les diminutions de la température et de la nutrition.

La température, faction vitale et la nutrition des tissus ou des parenchymes s’élève par la chaleur atmosphérique depuis le printemps jusqu’à la fin de félé, et diminue par le froid depuis l’automne jusqu’au printemps. Le règne végétal tout entier dépose sur ces phénomènes de stimulation et de sédation vitales par fin-

fluence des saisons et par l’alternative des jours et des nuits.

Parmi les animaux , les fonctions de simple rapport, qui ne sont entrées en exercice qu’après la naissance, sont suspendues pendant les temps froids chez les dormeurs , dont les fonctions vitales spéciales sont en partie suspendues e? en partie en rémission. Ainsi la digestion et la respiration sont entièrement suspendues, et la circulation est presque nulle. La nutrition semblerait être restée stationnaire si l’amaigrissement dans lequel se trouve l’animal à son réveil ne montrait que pendant

son sommeil il a vécu sur son système adipeux comme

sur un pla centa de circonstance , qui a remplacé en même temps les fonctions de l’appareil digestif pour lui fournir une substance alimentaire, et celles de l’appareil respiratoire pour l’hématose.

Ce que je viens de dire sur les suspensions accidente. les des fonctions vitales spèciales et des fonctions vitales communes, c’est-à-dire la calorification et la nutrition, il faut l’appliquer à leur suspension spontanée; car il ne faut pas perdre de vue celle seconde série de faits. Les sens de rapport sont suspendus spontanément par le sommeil comme par l’absence de leurs stimulus spéciaux, et ils entrent en sur-stimulation sans changement dans leurs stimulus spéciaux, comme dans les veilles et les insomnies. Les fonctions vitales spéciales, qui sont suspendues par la soustraction de leurs stimulus spéciaux , se suspendent aussi , spontanément, par Yapepsie ou la cessation spontanée de la digestion, par Y asphyxie ou la cessation spontanée des phénomènes de la respiration , et par la lipothymie qui sus-

pend spontanément !a grande circulation ; ces mêmes fonctions entrent également en sur-stimulation sans changement dans leurs stimulus spéciaux, dans les boulimies, dans les accélérations de la respiration et les palpitations, dans lesquelles ces fonctions sont exagérées. Il est donc clair que les fonctions de rapport et les fonctions vitales spéciales ont leurs suspensions ou sédations, ou leu r sommeil spontané et accidentel, et leur sur-stimulation, et leur insomnie également spontanée et accidentelle. Celte loi étant constatée dans les fonctions de rapport et dans les fonctions vitales spéciales, reste à l’étudier dans les fonctions vitales communes. Or dans ces fonctions comme dans les autres on observe la diminution et la suspension spontanée de la chaleur et de la nutrition vitales, malgré une chaleur extérieure et une alimentation ordinaires, et on voit aussi l’ex agération de ces fonctions dans les chaleurs et les hypertrophies morbides , sans que la température ni l'alimentation aient été augmentées.

Cela étant ainsi , il est évident que les fonctions vitales communes ont , comme les autres, leurs suspensions, diminutions , sédations ou sommeil spontané et accidentel, et leur augmentation, sur-stimulation ou insomnie également spontanées et accidentelles.

Telles sont donc les lois de toutes les fonctions physiologiques dans l’état normal, qu’elles sont toutes soumises à des suspensions alternant avec leur exercice. Les organes des fonctions physiologiques à l’état anormal ne sauraient perdre entièrement qu’avec la vie la tradition de ces stimu’ations et sédations alternatives. Or qu’est-ce quune fièvre générale simple? Il est i m -

possible de remonter au-delà des lésions de la calorification vitale comme phénomène élémentaire. Une fièvre simple consiste donc dans l’état anormal en plus ou en moins des fonctions vitales communes auxquelles appartient la calorification vitale. La fièvre simple n’est donc que l’état anormal de la fonction dont je parie , ou plutôt cette fonction môme devenue anormale. Or la fièvre simple ou hiosique n’étant qu’une fonction dans un état anormal, n’est-il pas évident qu’elle doit être soumise aux lois de la même fonction dans l’état normal?

Dans l’état normal , la sédation vitale qui empêche la température organique de s’élever trop haut malgré la chaleur extérieure, est successive et modérée; mais dans l’état anormal fébrile elle est parfois soudaine et violente. Dans l’état normal , l’action organique qui maintient la température au degré convenable à la vie, malgré le froid extérieur , est successive et douce ; mais dans l’état anormal fébrile elle est souvent instantanée et très-forte. Les sécrétions qui, dans l’état normal , entretiennent l’équilibre organique avec régularité, présentent des suspensions et des reprises parfois très-régulières dans les excrétions stercorales, dans la diaphorèse et dans la diurèse; dans l’état anormal elles suivent la sur-sédation et la sur-stimulation vitales de leurs organes, et par conséquent elles entrent en exercice et se suspendent d’une manière régulière ou irrégulière en raison de l’augmentation et de la rémission de l’action vitale.

La racine de l'intermittence des phénomènes organiques est donc dans la loi physiologique en vertu de laquelle les organes vivans saturés d’action ou de stimu-

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