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vent être sur-slimulées , etc. ; mais elles éprouvent aussi des dépravations ou des perversions diverses, quel que soit d’ailleurs leur état de sur-stimulation , de sursédation , de sur* tonification ou d’atonie. Exemple :
La vue peut être sur-stimulée et éblouie, ou tempérée et éteinte, par divers mécanismes; mais les vices de la lumière allèrent les couleurs et les formes normales des objets; c’est ce qui arrive par les taches , les flammes colorées, etc. ; mais diverses substances absorbées en certaine proportion, la belladone, le stramoine et le vin de Champagne lui-même, troublent ou dépravent, la vue, c’est-à-dire la mettent en délire en produisant le vertige, etc.
Ce que je viens de dire sur les troubles, délires ou altérations de la vue , il faut l’appliquer à l’ouïe , au toucher, à l’odorat, au goût, au tact général, an sens motile et au sens interne ; car les modifications des stimulus extérieurs et intérieurs produisent des dé~ pravations ou des délires d’auscultation , de palpation , d’odoration, de dégustation, du sentiment thermométrique , du sentiment de résistance au mouvement, et du sentiment collectif du sens interne au sujet des impressions des sens distincts. C’est aux troubles ou aux dépravations du sens interne qu’on a spécialement appliqué l’expression de délire. Or, le délire ou la perversion d’action survient dans la sur-stimulation du trop plein avec excès de* stimulus ; dans la sur-sédation de la spoliation avec défaut de stimulus; dans la sur-tonification alcoolique et dans l’atonie. C’est ainsi qu'on voit également des vertiges et des délires chez le pléthorique et chez l’exsangue, dans la fièvre inflam-
matoire et dans le typhus, etc. , et cela en raison de la prédominance de susceptibilité physiologique de tel ou tel organe.
Les sens confus sont soumis à la même loi que les sens distincts. Ainsi : L’appareil digestif a ses dépravations ou délires de fonctions dans les boulimies , les vomissemens , les sodas, etc.; l’appareil circulatoire, dans les palpitations, etc. ; l’appareil respiratoire, dans les dyspnées, etc.; l’appareil sécrétoire, dans les anomalies des sécrétions; l’appareil sexuel, dans les anomalies de la conception , comme dans la nymphomanie et le satyriasis ; l’appareil trophique, dans les anomalies de la nutrition, dans les transformations, altérations, etc. , des tissus et des parenchymes; l’appareil motile latent, dans les fluxions ; et tout appareil vital, dans les anomalies des pyrexies et des phlegmasies. Telle est la loi fondamentale de la 'perversion ou du délire de toutes les fonctions des sens confus, des sens distincts et des sens mixtes.
Recherches sur les lois du consensus organique et sur celles de la synergie et de la révulsion.
Les anciens et les modernes ont été frappés de l’association des organes vivans , pour recevoir leur influence réciproque et pour l’exercer les uns sur les autres , c’est-à-dire des phénomènes du consensus qui existe entre les divers appareils de l’économie animale pendant la vie , et même entre des individus différens. On a proposé diverses théories inutiles pour expliquer ces sympathies; j’en pourrais faire autant sans
être plus heureux que les autres. Je me bornerai à proposer à la méditation des observateurs quelques lois fondamentales sur le consensus d’association et de dissociation organiques 5 en commençant par les lois de l’association.
i°. En vertu des lois vitales, on observe que la stimulation ou la sur-stimulation , produite ou survenue spontanément dans un organe , se répète dans un ou plusieurs autres, voisins ou éloignés , à divers degrés, depuis le moindre jusqu’au plus violent.
Exemple : l’insolation du cuir chevelu détermine une congestion cérébrale et même une méningite ou une cérébrite; un bain très-chaud de toutes les jambes (et non pas un pédiluve) produit la céphalalgie, et on l’a vu déterminer l’hémorrhagie cérébrale et l’apoplexie; la sur-stimulation des sens distincts produit dans les organes des sens confus des sur-stimulations secondaires et des congestions qui se lient aux troubles des digestions , aux vomissemens hématémésiques, aux palpitations, aux hémoptysies, aux flux des organes sécréteurs, aux excrétions , etc. , comme la sur-stimulation des organes des sens confus produit la sur-stimulation et le trouble des fonctions des sens distincts , de la vue , de l’ouïe, du toucher, de l’odorat , du goût, du tact général, de l’irritabilité et du sens interne commun. Il existe donc une loi d 'association, de synergie ou d’influence réciproque entre ces organes dont le consensus cesse avec leur tact général , c’est-à-dire avec leur faculté de sentir le chaud et le froid. D’où il faut absolument conclure que le consensus organique repose sur le tact général évident et sur le sens vital qui leur sont
communs. Telle est la première loi d’association synergique des organes par leur stimulation ou leur sur-stimulation.
Cette première loi donne la raison pour laquelle la sur-stimulation fébrile des appareils généraux et locaux (fis sens confus de l’appareil digestif, circulatoire et respiratoire, par exemple, se répète dans les tissus des organes au moyen du tact général , de manière à y produire la sur-stimulation locale des fonctions spéciales ou celle des fonctions vitales. La même loi nous indique encore pourquoi la sur-stimulation phlegmasique ou vitale des tissus d’un organe peut associer au même état les appareils généraux des fonctions assimilatrices digestives, circulatoires, respiratoires et nerveuses, par le tact général qui leur est commun.
2°. La sédation et la sur-sédation des organes suivent exactement les mêmes lois que la sur-stimulation pour leur association ; c’est-à-dire que la sur-sédation accidentelle ou spontanée d’un organe se répète plus ou moins vivement dans un ou plusieurs autres, voisins ou éloignés.
Exemple : l’application du froid sur le cuir chevelu diminue les congestions et même les phlegmasies cérébrales : la sédation du cuir chevelu , produite par le froid, se répète donc dans les organes encéphaliques. L’impression du froid sur toute la superficie de la peau*, par l’atmosphère , par un bain d’eau tempérée, diminue la fréquence du pouls, etc. La sédation de l’appareil digestif par des boissons fraîches et douces, et la sédation de l’appareil respiratoire par un air frais et: doux , se répètent également dans l’appareil circulatoire
dont l’action s’en trouve tempérée* Les mêmes impressions modèrent les congestions hémorrhagiques et les sécrétions trop abondantes ; et il devient évident que la sédation de divers appareils se répète dans d’autres , comme leur stimulation , en raison du mode de leur association organique par le tact général évident et par le sens vital latent qui leur sont communs. Il est clair que l’association des appareils généraux et des organes locaux en sédation ou sur-sédation est une suite de la même loi.
5°. La tonification et la sur-tonification accidentelle ou spontanée des organes des sens distincts et de ceux des sens confus suit aussi la loi de l’association , c’està-dire que la tonification d’un organe ou d’un appareil se répète dans d’autres plus ou moins locaux ou généraux, et voisins ou éloignés.
Exemple : l’action du sec sur la peau augmente sa force, et cette augmentation d’énergie des fonctions spéciales et vitales de la peau se répète dans l’appareil digestif et circulatoire , etc. L’effet tonique des substances alimentaires succulentes et des boissons alcooliques sur l’appareil digestif se fait ressentir immédiatement , et par conséquent avant leur digestion, dans l'appareil circulatoire, respiratoire, sécréteur, excréteur et nerveux, dont les fonctions prêtes à s’éteindre ou même suspendues sont fortifiées ou rétablies. Ce consensus synergique d’association par la tonification a lieu entre les organes locaux et les appareils généraux , et repose , comme pour la stimulation et la sédation, sur le tact général évident et sur le sens vital latent qui leur sont
communs.
4°. La faiblesse, l’atonie ou l'alonification accidentelle ou spontanée des organes des sens distincts et de ceux des sens confus suit la loi de l’association comme les autres; en sorte que la débilitation ou l’atonifîcation d’un organe ou d’un appareil se répète dans d’autres plus ou moins locaux ou généraux , et voisins ou éloignés.
Exemple : l’action de l’humidité sur la peau diminue sa force , et cette diminution d’énergie des fonctions spéciales et vitales de la peau se répète dans l’appareil digestif, circulatoire, respiratoire, etc. L’effet atonie que des boissons et des alimens aqueux sur l’appareil digestif se fait sentir immédiatement , et par conséquent avant leur digestion, dans l’appareil circulatoire, respiratoire, sécréteur, excréteur et même nerveux, dont les fonctions sont tempérées et même affaiblies. Ce consensus synergique, par la débilitation ouïe relâchement, a lieu entre les organes locaux et généraux , et repose, comme celui de la stimulation, de la sédation et de la tonification, sur le tact général évident et sur le sens vital latent qui leur sont communs.
5°. Dans les cas de sur - stimulation , une sédation graduée ramène à la stimulation vitale normale avec sentiment de bien-être et cessation du malaise de la sur-stimulation et de la chaleur; dans les cas de sursédation , une stimulation mesurée ramène à la sédation vitale normale avec sentiment de bien-être et cessation du malaise de la sur-sédation et du froid; dans les cas de sur -tonification , une alonification ou un relâchement mesuré ramène au ton vital normal avec sentiment de bien-être et cessation du malaise de la sur-tonification; enfin, dans le cas d 'atonie excessive,
une tonification mesurée ramène au ton vital normal avec sentiment de bien-être et cessation du malaise de l’atonie ou de la faiblesse.
6°. L’état de sur-stimulation , de sur-sédation , de sur-tonification et d’atonie générales ne se fait pas sentir d’une manière égale dans tous les organes ; mais, ainsi que je l’ai déjà fait remarquer, d’une manière prédominante dans ceux dont la susceptibilité est plus grande que celle des autres. Sans cette loi on ne voit pas pourquoi l’action des stimulans généraux serait plus prononcée sur les organes en sédation , et c’est cependant ce qui a lieu et motive la puissance de l’art par des stimulans généraux dans la sur-sédation du cœur ou dans la lipothymie, etc. On ne voit pas davantage pourquoi l’action des sédatifs généraux , de la saignée, par exemple, se ferait sentir de préférence sur les organes en sur-stimulation vitale ou enflammés , etc.
D’après ce qui précède, il paraît démontré qu’il existe une loi d’association ou de consensus synergique entre les organes locaux et entre les appareils généraux de l’organisme. Cette loi règle l’action synergique des causes et les phénomènes des maladies par sur-stimulation , sur - sédation , sur- tonification et par atonie, comme elle fixe le choix des stimulans , des sédatifs, des toniques et des relâchons thérapeutiques qu’on oppose à l’état de maladie pour le ramener à celui de santé, qui, pour se soutenir, demande la combinaison et la balance continuelle des agens mixtes qui ont des propriétés en même temps stimulantes , sédatives, toniques et relâchantes.
Après avoir étudié quelques-unes des lois du consens
sus d’association vitale des organes, je passe à l’étude des lois de leur dissociation.
i°, La sur-stimulation produite ou survenue spontanément dans un organe met dans un état opposé* c’està-dire en sédation ou même en sur-sédation, un ou plusieurs autres organes voisins ou éloignés, quoiqu’ils fussent peut-être auparavant en stimulation ou même en sur-stimulation.
Exemple : Une personne éprouve les symptômes d’une
sur-stimulation céphalique* une céphalalgie, etc. On ap-
plique aux pieds des sinapismes, on lui donne un pédiluve circonscrit et très-chaud : la sur-stimulation céphalique diminue ou cesse même, et tout rentre dans l'état normal.
Il est évident que les sinapismes ont agi d’une manière différente que si on les eût appliqués sur le cuir chevelu; ce qui établit tout de suite l’importance d’étudier le mode de consensus des organes , et surtout de ceux sur lesquels on doit agir, avec ceux qui sont malades. En effet, si on appliquait un corps froid sur la peau du thorax dans un cas de pneumonie ou de pleurésie, il n’est pas probable que cette médication rencontrât autant de convenances que celle du frais sur le cuir chevelu dans le cas de phlegmasie des méninges. Cette observation prouve que le mode de consensus du cuir chevelu avec les méninges n’est pas le même que celui de la plèvre avec la peau du thorax.
•2°. La sur-sédation produite ou survenue spontanément dans un organe met dans un état inverse, c’est-àdire en stimulation ou en sur-stimulation , un ou plusieurs autres organes voisins ou éloignés, quoiqu’ils
fussent peut-être auparavant en sédation ou mênfe en> sur-sédation.
Exemple : Une personne dans l’impossibilité de digérer par une température chaude en récupère la faculté par l’impression du frais, ou même par des bains tempérés. On voit renaître la circulation par la projection d’eau fraîche au visage décoloré d’une personne en sédation du cœur ou en lipothymie; l’eau chaude ne produirait aucun effet semblable.
L’impression du froid sur une partie du corps détermine la sur-stimulation et l’inflammation d’une autre. Voir l’histoire des pleurésies par refroidissement, des rhumes, des angines, des catarrhes intestinaux, des rhumatismes, des céphalalgies, etc., pour avoir mis les pieds nus sur un carreau frais en sortant du lit. L’impression locale du froid est suivie d’une réaction locale lorsque le froid est porté à un degré suffisant; mais lorsque l’impression est peu marquée localement, mais plus ou moins étendue, alors, au moyen de l’association spéciale du tact général évident et du sens vital latent, la réaction ne se fait pas à l’endroit où le frais a agi , mais sur quelque autre organe en dissociation avec lui. Il semble qu'alors le tact général, qui de l’organisme entier ne fait qu’un seul sens, fasse converger sur un seul point la somme d’impressions qui avait été répartie sur toute la peau, par exemple, et il en résulte une impression locale circonscrite, plus ou moins vive, ou une pleurésie, etc.
5°. La sur-tonification produite ou survenue spontar nément dans un organe n’agit en sens contraire sur d’autres organes, ou par dissociation, qu’en raison des
propriétés stimulantes ou sédativesaccessoiresde l’agent tonique.
Exemple : Inaction d’un air sec sur la peau est fortifiante ou tonique , d’une manière avantageuse pour une personne en atonie ; mais si le sujet qui y est exposé est déjà en sur-tonification , il en éprouvera des inconvéniens qui seront surtout sensibles dans les organes dont la susceptibilité dominera. Si l’air sec est chaud > aux phénomènes de la sur-tonification s’associeront ceux de la stimulation, ou même de la sur-stimulation s’il est très-chaud; si l’air sec est froid , alors aux phénomènes de la surtonification se joindront ceux de la sédation et même de la sur-sédation. Le résultat serait le même si j’étudiais les effets des boissons et des alimens toniques ou aromatiques , balsamiques, succuîens, alcooliques, etc. qui peuvent être employés tempérés, et chauds ou froids, etc.
4°. L’atonie produite ou survenue spontanément dans un organe n’agit en sens contraire sur d’autres organes, ou par dissociation , qu’en raison des propriétés stimulantes ou sédatives accessoires de l’agent atonique ou relâchant.
Exemple : L'action d’un air humide sur la peau est débilitante ou atonique d’une manière avantageuse pour une personne en sur-tonification; mais si le sujet qui y est soumis est en atonie * il en éprouvera des inconvéniens qui domineront dans les organes présentant le plus de susceptibilité. Si l’air humide est chaud , aux phénomènes de l’atonie se joindront ceux de la stimulation et même de la putréfaction rapide du corps après la mort; si l’air humide est froid, aux phénomènes de l’atonie se joindront ceux de la sédation , et de toutes les
réactions qui pourront s’y rattacher. On aura le même résultat en étudiant l'action de l’humidité sur les autres appareils , ainsi celle des boissons et des alimens aqueux qui peuvent être employés chauds et froids, etc.
En terminant ce que j’ai à dire pour le moment sur les lois du consensus , je rappellerai qu’on ne doit pas perdre de vue celles de la saturation vitale des sens par leurs stimulus : en effet, la durée des impressions des sens et du bien-être et du malaise qui en résulte pour le tact général est subordonnée aux lois de la satiété physiologique, ainsi que je l’ai déjà fait entendre. Je ferai remarquer de plus que le mode de consensus par association et dissociation vitale n’est pas uniforme entre tous les organes et que le mode de consensus par association et dissociation vitale, dans l’état normal ou de santé, ne reste pas toujours le même dans l’état anormal ou de maladie, ni dans toutes les périodes de la même maladie , ce qui explique pourquoi les émonctoires ne se prêtent pas aux évacuations ni aux fluxions critiques avec une égale facilité dans toutes les périodes des perturbations fébriles. Un homme de trente ans avait une fièvre asthénique saburrale grave, pendant le cours de laquelle on ne put obtenir aucune évacuation alvine. Après trois semaines il avait le visage décomposé , la bouche et la langue fuligineuses ; la déglutition était impossible, le pouls très-fréquent, la respiration très-gênée et le ventre tendu et météorisé. Vers les trois heures du matin , lorsqu’on devait attendre la conclusion fâcheuse de cette agonie, il s’établit des évacuations considérables par les selles; le malade se refroidit, le pouls disparut : on accourut chez moi. Je
trouvai le malade presque éteint, dans un état lipothymique. Je projetai quelques gouttes d’eau fraîche au visage, puis j’instillai quelques gouttes de sirop d’éther avec de l’eau. Le pouls reparut^ mais sans fréquence . Aussitôt je fis apporter du bouillon , dont il avala une cuillerée à café, puis une cuillerée à soupe, et plus tard un demi-verre qui acheva de le ranimer. La crise s’était fait attendre un peu tard, mais aussitôt après le malade n’eut besoin que d’être refossillé par une alimentation douce; il se rétablit parfaitement.
Recherches sur tes prédominances physiologiques .
Il n’existe dans aucun corps organique vivant une harmonie parfaite entre tous les appareils généraux, ni entre tous ses organes, l’un ou plusieurs d’entr’eux présentant constamment plus ou moins de prédominance. Ainsi , l’on voit les appareils organiques prédominer :
i°. Parla résistance vitale forte , faible, incohérente ou réfractaire de leurs fonctions latentes communes ou vitales.
2°. Par leurs fonctions latentes spéciales; ainsi l’appareil digestif , circulatoire , respiratoire , sécréteur, nutritif, motile et générateur, chacun en particulier, par la force, la faiblesse, l’incohérence ou la ténacité de leurs fonctions spéciales.
3°. Par leurs fonctions évidentes spéciales : ainsi les organes de la vue, de l’ouïe, du toucher , de l’odorat,
du goût, du tact général et de la contractilité évidente,
par l’énergie , la débilité, l’incohérence ou la résistance de leurs fonctions spéciales à la fatigue.
4°. Enfin, par les fonctions communes du sens interne, qui est un sens ipjxte comme le tact général et le sens vital.
Le mode de prédominance générale des fonctions vitales communes donne les caractères de la constitution de chaque individu , ou sa valeur vitale ou biosique. Le mode de prédominance de la susceptibilité des appareils généraux des sens confus et distincts caractérise les tempéramens. Les prédominances locales de la susceptibilité des organes des sens confus et distincts constituent diverses idiosyncrases qui, comme les constitutions et les tempéramens, sont sthéniques, asthéniques, ataxiques ou réfractaires.
La constitution , le tempérament, simple ou complexe, et les idiosyncrases de chaque individu sont :
1®. Congéniaux ou originels, et peuvent se soutenir pendant toute la vie ;
2°. Likiqucs 9 ou développés par l’influence des âges sans rester les mêmes pendant toute la vie;
5®. Épier asiques , ou sur-ajoutés par l’exercice des fonctions ou l’habitude de l’action, par le défaut d'exercice des fonctions ou l’habitude du repos , et par les commotions ou perturbations organiques passagères ou habituelles.
Ce simple exposé suffit pour faire entendre, i°. comment les perturbations locales qui , d’après les lois du consensus, exercent une influence générale , n’agissent qu’en raison de la constitution, du tempérament et des idiosyncrases préexistantes qui déterminent les organes
qui répondront le plus vivement à l’action de l’agent perturbateur, la manière dont ils seront modifiés, le temps que durera cette modification et ses effets consécutifs ; 2°. comment les perturbations générales n’agiront pour troubler les fonctions spéciales et communes que conformément à la constitution, au tempérament et aux idiosyncrases du sujet.
Ces deux lois bien entendues, on arrivera à distinguer avec plus ou moins de facilité et de netteté dans les maladies leurs phénomènes propres et essentiels , et leurs phénomènes accidentels relatifs à la constitution, au tempérament et aux idiosyncrases de chaque malade.
D’après cela, si on se pénètre bien que tout état fébrile n’est que la combinaison d’une sur-stimulation , d’une sur-sédation, d’une sur-tonification et d’une sur-atonification , c’est-à-dire une perturbation générale 0A1 locale chez un sujet d’une constitution et d’un tempérament donnés et présentant des idiosyncrases déterminées, il ne sera peut-être pas impossible d’entendre comment on peut arriver à une classification naturelle, nette et précise des phénomènes fébriles. C’est comme si je disais qu’une contusion a ses phénomènes physiques propres , plus ses phénomènes physiologiques relatifs à la constitution , au tempérament et aux idiosyncrases du sujet, exactement comme une commotion fébrile a ses phénomènes physiologiques propres dans les modifications de la température et des forces du fébricitant, c’est-à-dire de son action vitale, et ses phénomènes secondaires relatifs à sa constitution , à son tempérament et à ses idiosyncrases. C’est tout ce que je voulais établir ici.
Recherches sur les lois de la durée des fièvres
biosiques.
La durée d’une fièvre biosique ou vitale est très-variable. Si la marche est continue , elle dure depuis un jour jusqu’à plusieurs semaines, avec la circonstance que si elle se soutient au-delà du premier jour , elle dure jusqu’au quatrième; si elle dépasse le quatrième, elle ne cesse plus avant le septième, après lequel sa dufée s’étend jusqu’au onzième , et ainsi de suite, jusqu’à ce que l’organisme vital soit saturé de la sur-stimulation fébrile , ou en ait digéré, assimilé et excrété le stimulus. La durée totale pourra être de plusieurs semaines, et la maladie se terminer favorablement si la gravité d’affections locales primitives ou secondaires ne s’y ©ppose, ou si l’emploi de perturbations ou de déplétions trop considérables ne diminue tellement la résistance vitale que la convalescence devienne impossible.
Si la marche de la fièvre simple est rémittente, elle devra se calculer par semaines, si elle est abandonnée à elle-même; et il en sera de même de la durée d’une fièvre intermittente, dont la marche, qui se calcule par accès et par demi -septénaires d’accès, pourra s’étendre à des mois ou à des saisons, comme celle des fièvres périodiques embrasse différens âges ou périodes de la vie.
Recherches sur les lois des formes fondamentales des phénomènes des fièvres biosiques .
Quel que soit le type, continu, rémittent ou inter-
mittent des fièvres biosiques, elles se présentent comme les constitutions, les tempéramens et les idiosyncrases , sous quatre formes différentes , qui sont la sthénique , l’ asthénique , Y ataxique et la réfractaire ou chronique, Ces quatre formes sont le pendant des quatre caractères fondamentaux que présentent la constitution des sens mixtes ou communs (tact général, sens vital et sens mnémonique (s), le tempérament des appareils généraux des sens confus et distincts , et les idiosyncrases des organes locaux. Les caractères constitutionnels de l’organisme sont le prototype physiologique parfait de la constitution épier asique fébrile de l’économie. L’état physiologique de la constitution physiologique est tantôt en accord, tantôt en désaccord avec l’état pathologique de la même constitution. Ainsi une personne d’une constitution sthénique peut avoir une fièvre sthénique, ou, en raison de différentes causes, une fièvre asthénique, ataxique ou réfractaire. J’ai déjà touché ce point de physiologie dans la seconde note.
PREMIER ORDRE
Fièvres biosiques sthéniques.
Fièvres dans lesquelles la résistance vitale est puissante et active. Les phénomènes sont fortement dessinés et bien en rapport $ la marche est régulière et vive, les
(i) Voyez le tableau complet des sens dans l’appendice qui termine ces notes.
terminaisons promptes et d’un seul jet ; les effets des agens thérapeutiques et ceux des causes sont proportionnés aux phénomènes. Dans les fièvres sthéniques , l’action vitale est énergique, et sa réaction, vive, produit aussi vivement le froid ou la sur-sédation et la chaleur ou la sur-stimulation , que les sécrétions critiques ou la détente. Les phénomènes sont bien coordonnés entre eux : ceux du stade de sur-sédation font rapidement place à ceux du stade de sur-stimulation , et ceux de sécrétion suivent régulièrement; par conséquent , sans qu’on voie la sueur coïncider avec un pouls serré , irrégulier ou inégal, ou avec les rougeurs froides et livides de la sédation , etc. Les terminaisons arrivent à des époques prévues; les agens thérapeutiques produisent les effets qui leur sont propres, et à un degré proportionné à l’intensité de leur application; et il en est de même des causes. Tel est le tableau des principaux phénomènes de la sthénie vitale fébrile.
Les fièvres biosiques sthéniques ne sont pas les fièvres nerveuses ni les fièvres inflammatoires des auteurs , ni les fièvres symptomatiques des phlegmasies sthéniques, lorsque ces dernières déterminent une fièvre secondaire en agissant sur les fonctions vitales communes par le tact général. La fièvre biosique sthénique suppose la sur-stimulation primitive des fonctions vitales communes, qui ne peut avoir lieu sans que le tact générai ou l’agent intermédiaire du consensus physiologique entre les tissus comme organes du sens vital latent et commun , les organes des sens confus et ceux des sens distincts, soit lui-même sur-stimu!é, et sans qu’il réagisse par conséquent plus ou moins vivement sur les
organes des fondions vitales spéciales soumises aux nerfs ganglionnaires , et même sur les sens distincts et les organes locomoteurs. De là naissent la fréquence du pouls -, l’accélération de la respiration et les besoins factices ou les altérations secondaires de la digestion , comme le trouble des fonctions nerveuses , lorsque celui des fonctions vitales communes et spéciales est porté très-loin.
Pour bien sentir la valeur de l'état fébrile biosique sthénique, il est nécessaire de ne pas perdre de vue qu’il s’agit, dans cette sthénie , de la sur-stimulation des organes immédiats des fonctions vitales communes, qui sont la racine du ton vital et de l’énergie de toutes les autres fonctions spéciales. Le germe reçoit , par la génération ou la fécondation, les fonctions vitales et spéciales en 'puissance ; mais elles n’entrent en exercice qu’à des conditions données. En effet, le germe d’un ceuf fécondé a en lui la possibilité des fonctions vitales , mais leur action ne commence qu’à une température déterminée. L’énergie de la puissance vitale constitue le ton vital qui entre en exercice, sous le nom de fonctions vitales 9 par la stimulation du calorique et de l’électrique ambians, ses stimuians spéciaux. C’est comme si je disais qu’en physique, la puissance de vibration sonore , ou la tension des cordes, constitue le ton du luth qui entre en exercice sous îe nom de sons par la stimulation de l’archet qui est son stimulant spécial. Il ne s’agit pas ici, pour le répéter, de comparer entre eux des phénomènes de nature absolument différente, mais leurs lois, comme je l’ai fait pour la colora» tion et la vision, et comme je pourrais le faire actucllc-
ment pour les sons et l’audition. Qui ne voit, dans l’exemple que viens de choisir, que l'action de la cheville de la corde du luth donne la puissance de vibration sonore , comme celle de l’archet engendre les sons. Dans l’organisme, la cheville ouvrière qui donne le ton vital ou la puissance vitale est précisément le principe que contient le germe de l’œuf fécondé , ou le principe vital , qui a la puissance vitale dont l’énergie augmente par l’exercice des fonctions qui lui sont propres, lorsqu’il est associé à un support organique par la génération et soumis à une stimulation convenable.
Il faut donc considérer dans l’exercice des fonctions vitales :
i°. Leur résistance, leur énergie ou leur force;
2°. Leur activité, leur vivacité ou leur rapidité.
L’énergie et l’activité vitales sont soumises aux lois d’un état que nous appelons normal ou de santé. Lorsque celte résistance ou cette activité vitale s’élèvent au-dessus du degré de l’état normal, je dis qu’il y a sthénie , état sthénique ou état de force et d’activité vitale5 qui ne peut exister à un certain point sans exagérer plus ou moins toutes les fonctions spéciales, et finalement sans les jeter dans la stupeur, et même sans les opprimer.
La vigueur des fonctions spéciales repose sur l’énergie des fonctions vitales communes , qui se lie à celle de leurs supports organiques et de leurs stimulus spéciaux et par conséquent à leur action réciproque , ce qui râmène naturellement de l’étude de l’énergie et de l’activité des fonctions spéciales à celle des fonctions vitales communes, comme à leur source, et détermine rigou-
reusement la signification de l'expression île u/unie vitale fébrile .
DEUXIÈME ORDRE
Fièvres biosiques asthéniques.
Fièvres dans lesquelles la résistance vitale subsiste* mais se montre languissante et affaiblie. Les phénomènes sont lents et faiblement dessinés quoique bien en rapport; la marche régulière est lente; et les terminaisons, tardives, ne s’opèrent qu’à plusieurs reprises; les effets des agens thérapeutiques et ceux des causes sont proportionnés aux phénomènes, mais se font attendre.
Dans les fièvres asthéniques, l’action vitale languit, et sa réaction, faible, produit aussi mollement le froid ou la sur-sédation , et la chaleur ou la sur-stimulation que les sécrétions critiques. Les phénomènes bien coordonnés se succèdent régulièrement ; mais ceux du froid cèdent lentement la place à ceux de la chaleur, et ceux-ci à ceux de la détente; ce qui fait qu’au passage d’un stade à l’autre les phénomènes de celui qui précède s’entremêlent avec ceux de celui qui suit. Les terminaisons arrivent régulièrement, mais lentement; les agens thérapeutiques produisent les effets réguliers qui leur sont propres, en raison de leur dose, et il en est de même des causes. Tels sont les caractères de Y adynamie ou
asthénie vitale fébrile.
Il n’est pas question ici des
fièvres asthéniques ou
adynamiques par plilegmasie aiguë péri ton (tique, gas- Iritique, etc., agissant sur les fonctions vitales par le tact général 5 mais de la fièvre dans laquelle l’asthénie part de la lésion primitive et générale des fonctions vitales communes. En qualité de fonctions organiques, les fonctions vitales sont primitivement affectées dans ce cas, comme elles le sont secondairement dans d’autres circonstances. La fièvfe biosique asthénique suppose la sur-sédation primitive des fonctions vitales communes, qui ne peut avoir lieu sans que le consensus du tact général soit lui - même en sur-sédation , et sans qu’il n’enraye en quelque sorte les fonctions vitales spéciales et même celles des sens distincts et des organes locomoteurs ; ce qui explique le peu de fréquence et de force du pouls, la lenteur de la respiration, la dyspepsie et enfin la langueur des fonctions des sens distincts et des organes locomoteurs dans les fièvres vitales asthéniques.
L’état asthénique fébrile, pour être bien entendu, doit être considéré sous les mêmes rapports que l’état fébrile sthénique , mais d’un point de vue différent. J’ai dit que l’état sthénique supposait une vigueur et une activité vitales supérieures à celles de l’état de santé ordinaire de chaque sujet; l’état asthénique suppose précisément le contraire, c’esl-n dire que dans l’asthénie fébrile ou vitale, il y a à considérer : i°. le defaut de résistance ou d’énergie, et la faiblesse des fonctions vitales plus grande que dans l’état de santé; 2°. l'inactivité, la langueur et la paresse des mêmes fonctions ,. également plus marquées que dans l’état de santé du sujet.
Lors donc que la résistance el l'activité vitales descendent au-dessous de l’état normal ou de santé, je dis qu’il y a asthénie ou état asthénique, qui 11e peut être porté à un certain point sans jeter toutes les fonctions spéciales dans un état de débilité et de langueur qui finit par en amener l’extinction.
La débilité des fonctions spéciales dépend de celle des fonctions vitales communes qui se lie à celle de leurs supports organiques et de leurs stimulus spéciaux, et, par conséquent, à leur action réciproque, ce qui conduit naturellement de l’étude de la débilitation et de la lenteur des fonctions spéciales à celle des fonctions vitales communes, et fixe la signification précise de l’expression d'asthénie vitale fébrile.
La sueur froide des asthénies fébriles semble, à l’égard de l’action vitale, faire le pendant de la rougeur froide de la peau après que celle-ci a été vivement refroidie. Un organe, quoique privé de la quantité de son stimulus vital ordinaire par la soustraction du calorique, réagit sous la douleur du tact général, dont la susceptibilité est augmentée, comme s’il était lui-même impressionné par la chaleur. La peau entre en diaphorèse par la vivacité de la réaction vitale; elle y entre par le malaise du tact général, quelle que soit la cause de ce malaise, et cela d’autant plus facilement que la faiblesse est plus grande, comme dans les lipothymies, etc.
TROISIÈME ORDRE
Fièvres biosiques ataviques.
Fièvres dans lesquelles la résistance vitale est vive ou paresseuse mais essentiellement faible et disposée à s’éteindre, quelle que soit la forme sthénique ou asthénique des phénomènes qui sont fortement ou faiblement dessinés et sans rapport exact entr’eux. La marche est incohérente; les terminaisons sont difficiles; l’action des agens morbifiques et thérapeutiques , soit en mal, soit en bien, est sans proportion avec leur quantité apparente et avec les phénomènes produits.
Dans les fièvres biosiques ataxiques, l’action vitale opprimée ou exagérée manque de résistance et tend à s’éteindre, soit qu’elle produise les phénomènes du froid ou de la chaleur, ou ceux d’une sécrétion poussée à l’excès. C’est ce qu’on voit arriver dans les fièvres algides, auxquelles les malades succombent dans le froid et la sédation ; dans les fièvres ardentes, dans lesrquelles la chaleur et la sur-stimulation dominent la mort ; et dans les suettes, qui font périr par une déperdition excessive.
Les phénomènes ne sont point en rapport entr’eux, le sentiment d’une chaleur brûlante s’alliant à celui du froid; le sentiment d’un froid glacial à celui de la chaleur; une sueur chaude à un pouls serré, fréquent, irrégulier, etc.; ce qui est évidemment lié à la combinaison des anomalies du tact général et des fonctions vitales communes, à l’occasion desquelles on observe la
rougeur varice vermeille , livide, ou la sueur de régions de la peau qui sont froides. Quant aux phénomènes, on observe les formes suivantes : i°. la 'prédominance exclusive des phénomènes de l’un des trois stades de froid ou de sur-sédation, de chaleur ou de sur-stimulation , et de détente ou de sécrétion; 2,0. le mélange incohérent de ces trois ordres de phénomènes portés trèsloin, ainsi la chaleur la plus forte avec le pouls le plus faible, etc.; 3°. Y alternative de ces mêmes symptômes au plus haut degré d’intensité, un froid excessif faisant place à une chaleur ardente; la modération e lia régularité apparente des phénomènes pendant les premières périodes de la maladie et leur gravité fatale et imprévue à une époque plus avancée sans cause évidente et surtout proportionnée, telles sont les fièvres lentes nerveuses.
Les causes agissent sans proportion avec les effets qui suivent: comme une promenade auprès d’un marais, etc.
Les agens thérapeutiques qui paraissent indiqués souvent ne produisent point les effets qui leur sont propres et qu’on désire, et en produisent de fâcheux que souvent on 11e peut ni prévoir ni empêcher.
Les terminaisons sont incomplètes ou fâcheuses, comme lorsque des phlegmasies intérieures graves remplacent les sécrétions critiques qu’on devait attendre, ou lorsqu’on voit la gangrène frapper avec ou sans inflammation antécédente ou concomitante les membranes muqueuses buccale, gutturale, gastrique, intestinale, la peau dans des endroits dans lesquels elle n’a éprouvé aucune compression , ou divers organes spéciaux des fonctions respiratoires, circulatoires, digestives, sexuelles, etc.,
eu ceux qui sont chargés du sentiment distinct et de la locomotion.
C’est aussi dans les ataxies fébriles qu’on observe parfois les plus grandes anomalies des fonctions vitales spéciales de la respiration , de la circulation , de la digestion et de la reproduction , ainsi que des fonctions des sens distincts et des organes locomoteurs soumis à la volonté, sans que leur absence indique celle du danger; car il est des fièvres ataxiques dans lesquelles la modération et la régularité des phénomènes donnent pour la guérison une espérance de succès qui est cruellement déçue au moment de la terminaison. Ainsi la propension des fonctions vitales communes à leur extinction , qui constitue le véritable désordre vital ou l’ataxie , ne doit point être mesurée seulement par le tumulte des phénomènes, mais par l’état de la résistance vitale* Toute méprise sur cet objet pouvant inspirer une sécurité funeste, je crois devoir insister un moment sur ce point de doctrine clinique.
On désigne par le nom d 'ataxique un étal de désordre vital , dans lequel la vie' est menacée généralement ou localement , quelle que soit la violence ou la modération apparente des symptômes. Il ne faut donc pas se faire de l’ataxie l’idée du trouble et du désordre qui accompagne l’inflammation de quelque viscère. Un homme de trente-cinq ans, bien constitué, éprouve des symptômes lipothymiques qui cessent bientôt , et se répètent le lendemain à la même heure; on ne prend aucune précaution : les accidens recommencent ie lendemain ; le malade succombe, et la nécropsie ne fait constater aucune lésion physique à laquelle on puisse
attribuer une issue fatale aussi prompte. Une demoiselle de dix-neuf ans éprouve des accidens semblables : après la seconde reprise on se hâte d’administrer le quinquina à haute dose; le troisième est presque nul, et la malade guérit immédiatement. Quelle que soit la forme algide, ardente, sudatoire, délirante, spasmodique, paralytique, comateuse , orthopnéique , cholérique, dysentérique, hémorrhagique, pleurétique 5 pneumonique, gastralgique, douloureuse, etc., que prenne la maladie, le résultat pratique est le même que celui dont je viens de parler. Je demande maintenant ce qu’il y a de véritablement utile à connaître dans les cas que je viens de citer: est-ce l’agitation, le trouble? mais lorsque ces accidens constituent de simples névroses hystériques , épileptiques , asthmatiques , etc. , ils ne menacent pas la vie, et surtout immédiatement; et lorsqu’ils dépendent de quelque inflammation locale évidente, ils ont une marche différente : 1 a saignée soulage et le quinquina est nuisible. N’est-il pas évident que le mode d’invasion , le retour inopiné des accidens et leur progression, sur la valeur desquels on est d’accord, sont d’une tout autre importance à bien saisir que des affections locales douteuses et qui ne donnent pas la mort de la même manière?
Ce que je viens de dire pour les fièvres vitales ataxiques intermittentes, il faut que je le dise des continues et des rémittentes du même ordre , dont je fournirai ailleurs des exemples nombreux, dans lesquelles il n’y a point eu d^affection locale évidente , et d’autres dans lesquelles des affections locales survenues sc sont terminées bien long temps après la lièvre , preuve assez
sensible que celle-ci n’en dépendait pas. Il est certain que la complication et la combinaison des affections locales avec les fièvres graves a souvent été méconnue. J'ai depuis plus de vingt-cinq ans constamment appelé sur ce point de doctrine l’attention des auditeurs qui ont dès-lors suivi mes cours particuliers ou publics de clinique, en faisant sentir le danger de confondre les phénomènes ataxiques avec ceux qui peuvent dépendre de diverses phîegmasies ou lésions organiques locales.
Il n’y a point de symptômes sans lésion organique , soit : en ce cas il faut déterminer la lésion organique présumée chez cet enfant en convulsion par la titillation de la barbe d’une plume à la plante des pieds; chez ce lipolhymique qui récupère la santé par la projection de quelques gouttes d’eau froide au visage et la position horizontale, etc. , etc. , etc. ; car il n’est pas de forme de symptômes si grave que je ne puisse faire voir survenant et cessant par des agens incapables de produire l’inflammation ou de la faire cesser, et, à plus forte raison, insufïisans pour déterminer la moindre lésion organique.
L’état ataxique fébrile doit donc être envisagé sous le point de vue de la résistance ou de l’énergie vitale, et non pas seulement sous celui de la vivacité, de la lenteur ou du désordre des phénomènes qui l’accompagnent; c’est-à-dire que dans V ataxie fébrile il faut con~ sidérer :
i°. La tendance locale ou générale à l’extinction prochaine de la vie, tendance qui dure jusqu’à la cessa lion du dernier phénomène de l’ataxie, quelque peu important qu'il paraisse.
2°. La variété des formes des phénomènes , tantôt avec turbulence , tantôt avec collapsus , et tantôt , enfin, avec une apparente modération , sans que le danger réel de la vie soit moindre dans un cas que dans l’autre.
Lors donc que la résistance vitale est menacée prochainement, sans affection locale évidente et primitive à laquelle on puisse attribuer les aecidens, je dis qu'il v a ataxie.
Le typhus n’est qu’une fièvre biosique ataxique, dans laquelle on observe tantôt des prédominances de phénomènes liématosiques, tantôt bilieux, tantôt nerveux, et tantôt exanthématiques: ce qui donne la raison pour laquelle les uns ont observé des typhus inflammatoires, les autres des typhus avec symptômes bilieux, nerveux ou exanthématiques, comme les parotides, etc.
Toute prédominance de phénomènes dans les appareils circulatoires, respiratoires et nerveux, suppose la prédominance de la lésion des fonctions vitales spéciales de ces appareils, de la même manière que toute altération phlegmasique d’un tissu ou d’un parenchyme annonce la lésion locale du sens vital ou biosique : C’est comme si je disais que les chaleurs et les froids locaux attestent les modifications du même sens comme sens pyrogénésique.
QUATRIÈME ORDRE
Fièvres biosiques réfractaires ou chroniques.
Fièvres dans lesquelles la ténacité de la résistance
vitale du sujet s’allie à nue grande opiniâtreté de l’état fébrile. Quel que soit l’aspect sthénique ou asthénique de la réaction dans les fonctions vitales communes et spéciales et dans les fonctions des sens distincts , la marche de ces fièvres, toujours longue, est régulière ou irrégulière ; les terminaisons en sont souvent impossibles, et les agens thérapeutiques ainsi que les causes se trouvent ordinairement dans des influences habituelles.
Dans les fièvres réfractaires biosiques la résistance vitale est forte; mais les modifications qu’éprouvent les fonctions vitales communes et spéciales sont plus opiniâtres encore que la résistance vitale, si on ne parvient à en connaître et à en écarter les causes, ou à les modifier par des moyens convenables ; quelques exemples rendront ceci sensible. Plusieurs personnes changent de climat : la constitution de chacune est modifiée selon sa nature. La constitution sthénique, vigoureuse et active de ceux-ci; asthénique , ou languissante et paresseuse de ceux-là; ataxique , ou sans résistance vitale générale et locale et incohérente des uns ; ou réfractaire , avec activité ou lenteur régulières , ou avec incohérence vitale des autres , est modifiée par le nouveau climat. Les modifications ne seront pas les memes sous le climat chaud et humide des Antilles, sur les sables secs et brûlans de l'Afrique, dans les pays tempérés et sous les zones glaciales, etc. , etc. Enfin, sans changer de situation , la constitution éprouve des modifications favorables ou contraires par les changesnens de saisons, de vents, etc. Ces modifications sont relatives à la nature de la constitution de chacun , en sorte que le nouvel état de ces personnes ou la ma-
ladie pour laquelle elles payeront le tribut aux variations atmosphériques, sera sthénique, asthénique, ataxique ou réfractaire. Ainsi les uns éprouveront des fièvres ou des maladies sthéniques ou asthéniques, et les autres des affections ataxiques ou réfractaires, dont les conditions d’existence ou de non existence seront indiquées par le thermomètre ou l’hygromètre, sans aucune lésion organique antécédente nécessaire. Un homme bien portant dans un pays tempéré devient fébricitant dans un pays très-froid ou très-chaud; un autre qui jouissait d’une bonne santé dans un pays chaud la perd dans un pays froid; un autre dont les fonctions étaient normales dans un pays humide est pris d’une fièvre con somptive dans un pays sec, et vice versa; et toutes ces personnes consumées par des fièvres réfractaires ou hectiques dans un pays ou pendant une saison déterminés. , les voient cesser successivement à mesure qu'elles reviennent aux convenances de leur constitution. Pesons bien ici qu’il ne s’agit dans plusieurs cas que du passage d’un air plus humide à un air plus sec, et que, par conséquent , il n’est pas question de surslimulation parla température, etc. , ni d’aucune affection locale, puisque le simple changement de lieu ou de saison, de température ou d’humidité, suffit pour voir commencer ou cesser toutes ces grandes modifications organiques ou ces fièvres biosiques qui font périr les individus, s’ils ne peuvent rentrer sous l’iniluence des conditions auxquelles ils sont viables .
Ce que je viens de dire du développement des fièvres vitales réfractaires ou hectiques par causes générales, auxquelles on ne peut reconnaître aucune action locale
exclusive, s’applique aux fièvres sthéniques, aux asthéniques et aux ataxiques, qu’on voit naître par les commotions vitales dépendant des cliangemens brusques de climat , de saison, de vents, etc., sans qu’il soit possible de leur assigner dans l’organisme un point de départ purement local , de quelque nature qu5 on veuille le supposer. Il faut donc rapporter aux fièvres biosiques toutes les pyrexies aiguës , sthéniques, asthéniques et ataxiques, et toutes les fièvres réfractaires ou chroniques qui ne se lient, comme effet, à aucune lésion physique inséparable.
Il faut observer ici que les fièvres sthéniques sont plus sthéniques, arrivant à une personne d’une constitution sthénique; les asthéniques le sont davantage avec une constitution asthénique, les ataxiques avec une constitution ataxique, et les réfractaires avec une constitution réfractaire.
Les phénomènes des fièvres réfractaires ne sont pas toujours dans un rapport exact entr’eux, et ces fièvres revêtent indifféremment le type continu, rémittent ou intermittent ; mais plus souvent le continu. Il n’y a point de terminaison spontanée pour les fièvres réfractaires, si on ne trouve le moyen d’en atténuer la cause.
Il ne s’agit pas ici des fièvres hectiques par résorption purulente ou autre, mais des fièvres hectiques ou réfractaires par modification vitale , confondue si mal à propos avec les modifications nerveuses dont je parlerai dans la quatrième classe.
Les fièvres réfractaires vitales supposent une sursédation et surtout une sur-stimulation habituelles et
chroniques, ainsi que les sécrétions qui deviennent colliquatives; mais elles supposent de plus une résistance réfractaire dans la modification vitale.
On doit donc y considérer:
1®. L’état réfractaire de faction vitale morbide;
2°. La nature réfractaire de sa cause;
5°. Le plus ou le moins de sur-sédation ou de froid, et de sur-stimulation ou de chaleur des fonctions vitales communes et des fonctions vitales spéciales, digestives, circulatoires, respiratoires et nerveuses.
Si l’état fébrile réfractaire se soutient au-delà de la résistance vitale du sujet, celui-ci se consume dans l’atrophie, pendant laquelle les infiltrations cellulaires remplacent souvent la nutrition des parenchymes.
Recherches sur la Dynamètrie vitale fébrile.
La fièvre présente de grandes différences relativement au degré, à la coordonnation et à la résistance des phénomènes ou symptômes qui la caractérisent. Développée par des causes générales, chez un sujet d’une constitution sthénique ou vigoureuse, la fièvre produit des effets conformes à la constitution ; si la constitution est débilitée ou asthénique , l’état fébrile détermine des phénomènes asthéniques ; si la constitution est incohérente ou ataxique , il donne lieu à des symptômes ataxiques, d’aspect sthénique ou asthénique comme la constitution; enfin, si la constitution est réfractaire , l’état fébrile s’établit et cesse difficilement, et présente
ii. 28
des formes correspondantes à la vigueur, à la faiblesse et à la régularité ordinaires des fonctions de la constitution réfractaire.
Lorsque l’état fébrile est développé par des causes spéciales dont les propriétés sont mixtes, alors, quelle que soit la constitution, sthénique, asthénique, ataxique ou réfractaire, du sujet, la cause produit des phénomènes conformes à sa nature. Des exemples rendront la chose plus sensible.
Quel que soit l’individu, fort ou faible, sur lequel ils agissent: la ehaieur générale ou locale, à un degré suffisant, développe une sur -stimulation qui peut aller jusqu’à la combustion; 1 e froid détermine une sur-sédation qui peut être portée jusqu’à la congélation ; le sec produit une augmentation de vigueur ou une surtonification qui peut causer la dessiccation , comme Yhumiditè amène une débilitation ou une sur-atonie qui peut causer le ramollissement et la putréfaction. Les variations ou associations thermométriques et hygrométriques perturbatrices donnent lieu à des états mixtes et même incohérens, comme l’action habituelle du même agent prépare et produit des affections habituelles ou chroniques.
Quelle que soit la personne qui en use, les alimens d’une chaleur excessive ou très-alcalins, la mettent en sur-stimulation ; l’usage d’alimens d’un froid excessif ou très-acerbes, sera suivi d’une sur-sédation ; les alimens alcooliques, aromatiques et balsamiques sur- tonifieront ; et enfin, les alimens trop aqueux jetteront dans l’atonie. Les excès alimentaires quelconques produisent
des perturbations ataxiques, ainsi que les poisons; et l’usage habituel d’alimens vicieux détermine des étals morbides chroniques.
Quel que soit l’individu qui le respire, le gaz oxygène excitera , le gaz azote tempérera, l’air sec fortifiera, l’air humide relâchera, le gaz ammoniacal asphyxiera et stimulera , les miasmes des marais produiront les fièvres pernicieuses, et tout air vicieux respiré habituellement deviendra la cause de diverses maladies chroniques.
Ces exemples suffisent pour faire voir que des causes diverses peuvent amener divers organismes à la même manière d’être, ou leur imprimer la même modification, qui sera supportée en raison de la constitution originelle des sujets.
Tous les stimulans, tous les sédatifs, tous les toniques et tous les relâchans, sont exactement dans le même cas, leur action passagère, graduée, pouvant être simple ou combinée et régulière , comme ils peuvent agir d’une manière brusque, soudaine, incohérente et ataxique, ou bien par habitude, d’une manière soutenue et altérante. Ces simples rapprochemens indiquent la source toute naturelle des modifications sthéniques, asthéniques, ataxiques et réfractaires ou chroniques de l’organisme vivant.
Ce que je viens de dire sur les modifications épicrasiques ou accidentelles et fébriles de l’organisme ne doit pas faire perdre vue que les mêmes formes de modifications se développent spontanément dans le même organisme, sans que nous puissions toujours saisir les stimulus qui modifient le support physiologique des
Fonctions vitales dont la dynamétrie se trouve cependant dans l’espèce de modification fonctionnelle éprouvée par l’organisme.
D’après ce qui précède, il est clair qu’il faut distinguer :
i°. Les phénomènes qui appartiennent en propre à V espèce de stimulus qui agit sur le corps vivant. Les phénomènes ataxiques des fièvres pernicieuses des marais appartiennent à l’espèce de stimulus quel qu’il soit, puisqu'il produit des phénomènes de même nature sur toute sorte de sujets.
Les phénomènes qui appartiennent en propre a la constitution spèciale générale et locale de l’individu, qui imprime son cachet particulier aux maladies qu’é* prouvent divers individus dans la même épidémie, par la même infection typhoïde ou par la même contagion variolique, psorique ou syphilitique.
Dans le premier cas, on a la mesure du stimulus , et dans le second celle du support ou de l’organisme; dans la comparaison des phénomènes du stimulus et du support , on trouve la mesure de la cause qui est la coordonnation de l’un et de l’autre.
Recherches sur V anatomie pathologique des fièvres
biosiqueS.
Le tableau qui précède est calqué sur un très-grand nombre d’observations de fièvres continues , rémittentes et intermittentes, dans lesquelles on n’a observé pendant, la vie aucun symptôme dominant, vers quelquelque tissu, tégumentaire, muqueux, séreux, ner-
veux, musculaire, vasculaire, osseux ou .cellulaire, qu’on ait pu regarder comme le point de départ des phénomènes fébriles, et sans qu’après la mort on ait trouvé, dans beaucoup de cas, aucune lésion physique évidente et surtout proportionnée aux accidens et au résidtat final.
Dans d’autres cas , j’ai fait observer depuis longtemps, tantôt d’un seul côté et tantôt des deux, la flaccidité, la décoloration et le ramollissement du tissu du coeur, portés au point que sa chair se broyait facilement entre la pulpe des doigts ; Je ramollissement du tissu pulmonaire, sans pneumonie; le ramollissement de la rate en lie de vin ; le ramollissement des parois de l'estomac , des intestins et de la vésicule du fiel , avec amincissement pellucide et même destruction totale et perforation des membranes devenues semblables à une couche de gomme arabique très-mince, sans la plus légère trace d’hématose ni de vaisseaux sanguins : état tout différent de celui qu’on remarque dans l’inflammation qui rend les tissus opaques au lieu de les rendre diaphanes , qui les épaissit au lieu de les amincir, et y produit constamment un développement Vasculaire sanguin. Depuis plus de vingt-cinq ans, ainsi que c< la est indiqué dans les ouvrages de M. le docteur Serres, de M. le professeur Lallemand de Montpellier, et dans diverses thèses, j’ai démontré dans la substance cérébrale des ramoiiissemens blancs uniformes et crémeux, sans la moindre trace du réseau vasculaire sanguin qui est inséparable des hémorrhagies, et surtout des phlegtnasies cérébrales à quelque époque qu’on les observe. Je me crois d'autant mieux fondé à considérer ces r i-
moîlissemcns blancs comme de simples jeux de la nutrilion des tissus, que je les ai rencontrés sur les corps de sujets qui avaient présenté tous les attributs de la santé, jusqu’à l’invasion de leur maladie fébrile, dont la durée n’avait été que de quelques heures, sans signes d’inflammation. Ces lésions de nutrition n’autorisent pas à confondre les fonctions trophiques avec les fonctions vitales ou pyrogénésiques; car i°. la nutrition ne présente pas la mobilité de la calorification ; 2°. la vie s'éteint facilement quoiqu’il n’y ait aucune altération sensible dans la nutrition ; 3°. la vie résiste avec ténacité malgré les altérations organiques les plus profondes.
Il est à remarquer que les ramollissemens organiques qu’on observe dans les fièvres biosiques affectent surtout les organes de J a digestion , de la circulation , de la respiration et le cerveau ; Ses muscles soumis à la volonté n’y prennent guère part que par le marasme.
La mort arrive r dans les fièvres biosiques générales graves, par la cessation de faclion vilalé commune, et cette cessation n’a rien de fixe, quant aux organes dans lesquels elle commence. La vie cesse parce que les parenchymes ne sont plus viables. On trouve la preuve que la cessation de la vie a lieu parle mécanisme dont je parle dans les résultats même de l’autopsie qui ne présentent souvent que des changemens dans la densité des tissus des organes des fonctions vitales spéciales et nerveuses et des fluides , et une plus grande propension des cadavres à la putréfaction, sans que les lésions particulières d’aucun des viscères puissent exclu-
si veine- ni donner la raison de la mort. Les fonctions spéciales s'éloignent si manifestement par îa cessation des fonctions vitales communes , que, du vivant même des malades , divers organes ou portions d'organes tombent en gangrène très-facilement par la compression, comme vers le sacrum ; par la moindre irritation, comme aux vésicatoires et aux sinapismes; sans com~ •pression ni inflammation, sur le dos du pied, etc. , aux poumons, à la muqueuse intestinale, etc., où nous avons fait voir des escarres sans la moindre trace d’inflammation antécédente.
Les modifications de la température organique qui indiquent si fidèlement l'état de la stimulation ou de la sédation , de la force et de la faiblesse des fonctions vitales communes et spéciales qui l’entretiennent, constituant les phénomènes fondamentaux de tout état fébrile, qu’il soit associé à des affections locales ou qu’il ne le soit pas, j'ai pensé ne pas m’écarter de la plus sévère observation en les prenant pour base des caractères de tout état fébrile. Or, lorsque l’état fébrile est isolé de tout autre phénomène dominant, n’êst-il pas également conforme à la saine observation de le désî-
gner sous le nom de fièvre biosique , puisqu’il consiste dans la modification pyrétique générale des fonctions vitales communes et spéciales de l’organisme vivant ? Telle est la raison de la dénomination que je propose pour ce genre de fièvres. Les fièvres biosiques, quels que soient la forme et le type sous lesquels elles se présentent, sont donc des maladies de toute la substance 9
comme l’a dit Sloll , et non pas des êtres de raison ; mais par cela même qu’elles ont pour siège tout l’organisme *
elles n’ont point de caractère anatomique invariable autre que l’habitus fébrile de l’économie ou l’aspect qu’elies donnent à l’ensemble du corps, ainsi que le font pour chaque partie les pyrexies locales .
Recherches sur la synonymie des fièvres hiosiques..
Entreprendre une synonymie des fièvres biosiques,. ce serait s’engager à indiquer dans les auteurs la multitude défaits dans lesquels la lésion fébrile des fonctions vitales a été le phénomène fondamental. Je me bornerai à dire qu’il faut y rapporter :
î*. Toutes les lièvres sthéniques continues, intermittentes et rémittentes dans lesquelles les symptômes de l’activité et de l’énergie vitale joints à ceux de la surstimulation ou de la chaleur, précédés des symptômes évidensou obscurs de la sur-sédation ou du froid, sont suivis de ceux de la conversion rapide de l’état fébrile en quelque affection locale sécrétoire critique , plus ou moins sensible, et du retour des fonctions à l’état normal, à moins que l’intensité des phénomènes fébriles
n’ait été au-dessus des forces et de la résistance vitales r ou que les affections locales critiques aient été fâcheuses par leur intensité ou leur siège.
2°. Toutes les fièvres asthéniques dans lesquelles les symptômes de la faiblesse et de la lenteur ou inertie vitale joints à ceux de la sur-sédation ou du froid, sont suivis de ceux d’une sur-stimulation ou d’une chaleur plus ou moins évidente ou obscure; puis de la conversion très-successive de l’état fébrile en quelque affections
locale sécrétoire critique, plus ou moins sensible, et enfin du retour tardif des fonctions à Tétât normal, à moins que l’inertie vitale , ou le siège, ou la nature des affections locales critiques ne s’y opposent.
3°. Toutes les fièvres ataxiques dans lesquelles les symptômes de la propension à l’extinction de la vie Coïncident avec ceux d’une sur-sédation exclusive ou d’un froid excessif et immédiatement funeste ; d’une sur-stimulation ou d’une chaleur directement fatale, et même par la combustion spontanée de l’économie ; de l’alternative d’une sur-sédation et d'une sur-stimulation excessives qui terminent enfin la vie; de l’association incohérente d’une sur-sédation et d’une sur-stimulation excessives simultanées dans le môme sujet, mais dans des organes différens, et amenant enfin la mort; de la bénignité apparente des phénomènes de l’état fébrile jusqu’à une époque déterminée de la maladie , à laquelle le développement imprévu d’affections locales, fâcheuses par leur siège ou leur nature gangréneuse, fait périr les malades.
Il n’y a jamais de conversion des fièvres ataxiques en affections locales sécrétoires critiques ou avantageuses que dans les cas où ces fièvres, spontanément ou artificiellement, perdent leur caractère ataxique pour prendre le caractère sthénique. C’est comme si je disais qu’une phlegmasie gangréneuse ne guérit pas sans que, spontanément ou artificiellement, elle perde le caractère gangréneux.
Je ne reconnais point comme ataxique un délire, une insomnie, un assoupissement, une dyspnée, un vomissement, un spasme , etc. , qui est conforme aux
fonctions de l’organe enflammé , et qui cède au traitement de l’inflammation; mais seulement les acciclensanalogues, qui, avec ou sans phlegmasie nécessaire et évidente, sont accompagnés d’un danger imminent pour la vie, comme dans les fièvres pernicieuses, et cèdent à des moyens qui les augmenteraient s’ils étaient sthéniques, tels sont le quinquina , l’éther, le café, le musc, les aromates , les alcooliques, etc.
4°. Toutes les fièvres réfractaires dans lesquelles la sur-sédation ou le froid, la sur-stimulation ou la chaleur, et les tentatives de conversion de la fièvre consomptive en affections locales sécrétoires sont inutiles à la terminaison avantageuse de la maladie, et ne deviennent point critiques , si leur caractère réfractaire ne se change en sthénique, spontanément par les progrès de l’âge, ou artificiellement par la succession des saisons, par la migration d’un pays dans un autre, par quelque modification de régime r par quelque exutoire , etc. C'est comme si je disais qu’une phlegmasie ulcéreuse chronique ne peut se cicatriser qu’en reprenant les caractères de la phlegmasie de la plaie simple donnant un pus louable au Heu du fluide sanieux ou iehoreux que fournissait l’ulcère.
Le développement d'une phlegmasie , dans une fièvre hiosique, comme dans toute autre , lui imprime lin caractère exanthématique régulier ou irrégulier , avantageux ou funeste, selon le siège, l’intensité et la nature de l’inflammation. ( V oy . la 5e classe.)
Je rapporte donc à l’état fébrile élémentaire on biosique, de forme sthénique, asthénique, ataxique et réfractaire , celui de tous les fiévreux dans lesquels les
lésions vitales fébriles sont les phénomènes primitifs et essentiels. Quelles que soient les affections locales qui s’y associent primitivement ou secondairement, les indications, sur lesquelles les anciens et les modernes sont d’accord, se prennent avec plus de sûreté dans l’état de la dynamie vitale, c’est-à-dire dans le caractère sthénique , asthénique, ataxique ou réfractaire des phénomènes généraux, que dans les symptômes d’affections locales vraies ou supposées qui ne peuvent fournir que des indications secondaires.
Si les phénomènes des affections locales primitives et secondaires ne trompent pas, elles doivent être traitées selon le caractère sthénique, asthénique, ataxique ou réfractaire de l’état fébrile chez celui qui les éprouve : ainsi l’angine qui survient avec une fièvre sthénique doit être traitée par les moyens sédatifs et relâchans ; celle qui arrive dans une fièvre asthénique parles toniques et stimulans; l’angine gangréneuse ou ataxique, par des moyens qui la changent en sthénique; et enfin l’angine réfractaire syphilitique, parmi traitement antivénérien, ainsi que l’état fébrile chronique dont elle peut être accompagnée.
Si les phénomènes des affections locales sont trompeurs, ce qui arrive souvent, les indications qui se tirent du caractère sthénique, asthénique, ataxique ou réfractaire de l’état fébrile qui est incontestable, subsistent et servent de boussole. Ainsi, une fièvre sthénique, asthénique , ataxique ou réfractaire avec des symptômes de pleurésie ou de gastrite, se traitera avec succès par les moyens appropriés à l’état général, dans lesquels sont compris ceux qui regardent les affections
focales dont les symptômes sont évidens, et q-ui peu^ vent devenir les points de départ d’aceidens généraux, après avoir elles-mêmes reçu l’existence d’un état fé-. brile qui les a précédés , et motive leurs successions et leurs transitions les unes dans les autres. C’est comme si je disais que la médication d’une variole se calcule plus sûrement sur le caractère sthénique, asthénique, ataxique ou réfractaire de l’état fébrile qui lu précède, et sur le caractère de la fièvre secondaire, que sur l’éruption elle-même, qui n’est qu’une crise de la fièvre d’inr cubation et qui devient la cause de la fièvre secondaire , dont les caractères sthéniques , asthéniques, ataxiques, ou réfractaires, règlent mieux encore la conduite du médecin que ceux de l’éruption elle-même.
La fièvre est une, comme la phlegmasie et la sueur ou l’hémorrhagie. Mais l’état fébrile est sthénique , comme la phlegmasie est rutilante, la sueur chaude, et l’hémorrhagie soulageante; il est asthénique, comme la phlegmasie est blafarde, la sueur froide et l’hémorrhagie débilitante ; il est ataxique , comme la phlegmasie est gangréneuse dans la pourriture d’hôpital, la sueur mortelle dans la suette., et l'hémorrhagie quand elle est foudroyante ; enfin il est réfractaire et chronique , comme la phlegmasie herpétique , comme la sueur habituelle aux pieds, aux aisselles , etc. et certaines hémorrhagies, sont chroniques. La loi est la même dans chacune de ces diverses séries de phénomènes.
S’il entrait dans mes vues de comparer, non pas les phénomènes physiques aux phénomènes physiologiques, mais leurs lois, je dirais qu’il en est de la pyrexie vitale comme de la combustion physique qu’on observe tantôt
sous la forme sthénique ou forte et active , dans les combustibles secs ; tantôt sous la forme asthénique ou faible et languissante, dans les combustibles humides ; tantôt sous la forme ataxique ou prête à cesser,, qu’elle soit explosive ou impossible, et tantôt enfin sous la forme réfractaire et chronique , selon la nature des combustibles, des stimulus et de leurs capacités réciproques.
Exemples de fièvres biosiques *
Afin de rendre ma pensée aussi claire que possible, je termine ce que j’ai à dire sur l’état fébrile biosique ou élémentaire par quelques exemples qui ne seront que le résumé des faits observés dans un grand nombre de cas particuliers que je fournirai ailleurs.
Fièvre biosique sthénique .
Une personne éprouve du froid et ensuite de la chaleur spontanés ; la sensibilité des sens s’exalte avec un malaise général qui rend toutes les situations pénibles ; la circulation sanguine s’accélère dans le grand appareil circulatoire dont les vaisseaux résistent à leur dépression qui n’empêche point de sentir leur impulsion au-dessous, lorsqu’il y a des anastomoses , comme l’ar* cade palmaire; la circulation est active et énergique dans les capillaires qui se remplissent aussitôt qu’on cesse de les comprimer; les organes réagissent les uns sur les autres avec vivacité; des congestions et même des inflammations s’opèrent pendant les paroxysmes dans ceux qui reçoivent l’influence des autres ; tantôt
c’est la peau du visage ou le cerveau, et tantôt les poumons, le cœur , l'estomac ou les intestins; et tous ces mouvemens , toute celte action sthénique dont l’intensité varie depuis le moindre degré, voisin de l’état normal, jusqu’au plus violent, va enfin se perdre dans quelque organe sécréteur et surtout à la peau, aux reins, dans le foie , etc. , d’où résulte une sécrétion ou un exanthème à l’apparition desquels l’ordre se rétablit en peu de jours, à moins qu’ils ne soient insuffisans, excessifs, de mauvaise nature , ou mal placés.
Tel est le tableau d’une fièvre sthénique qui demande des sédatifs et des relâcha ns, soit qu’il y ait ou qu’il n’y ait pas des affections locales antécédentes ou secondaires qui peuvent demander des dérivatifs.
Fièvre hiosique asthénique .
Une personne éprouve des horripilations et de a chaleur spontanées mal dessinées; il y a éréthisme ou paresse des sens; malaise général avec sentiment de faiblesse qui rend la station difficile et le décubitus nécessaire ; la circulation prend de la fréquence, mais sans énergie dans le grand appareil circulatoire , et se montre lente dans les capillaires qu’on a comprimés ; les organes réagissent faiblement les uns sur les autres, si ce n'est par une sorte d’éréthisme comparable à l’état de l’œil débilité par le séjour dans l’obscurité ; les congestions , qui ont lieu pendant les paroxysmes dans les organes les plus susceptibles , annoncent tantôt la prédominance de l’action vitale parenchymateuse sur celle des appareils généraux du sentiment, de l’hématose et
de la digestion, et tantôt ne sont que des stases veineuses qui décèlent la débilité vitale des parenchymes, sons la forme de pétéchies ou de vibices, qui ne sont qu’un premier degré du collapsus vital qu’on observe dans ces cas; et tous les phénomènes asthéniques dont l'intensité varie depuis le moindre degré jusqu’au plus grand, aboutissent enfin à quelque sécrétion diaphonique, urinaire et surtout alvine, ou à quelque exanthème , à l’apparition desquels, s’ils ne sont pas excessifs, insuffisans, de mauvaise nature ou mal placés, l’ordre semble renaître avec le besoin de la restauration des forces.
Tel est le tableau d’uiie fièvre asthénique qui demande des stimulons et des toniques, soit qu*il y ait ou qu’il n’y ait pas des affections locales antécédentes ou secondaires qui peuvent indiquer les dérivatifs.
Fièvre biosique ataxique.
Une personne éprouve spontanément du refroidissement et de la chaleur ; il y a exaspération ou stupeur , éréthisme ou extinction des sens avec le sentiment d’une faiblesse plus considérable que les phénomènes appareils ne semblent l’indiquer ; l’état des fonctions des sens confus est insidieux comme celui des sens distincts; en effet, la réaction des organes les uns sur les autres, tantôt nulle et tantôt excessive, fait observer une altération profonde dans la respiration par la dyspnée, tandis que la circulation et la digestion sont en apparence dans l’état naturel; dans la circulation , par les lipothymies, les palpitations, tandis que la respira-
lion el la digestion semblent intactes ; dans la digestion par les vomissemens alimentaires et les diarrhées stercorales , pendant que la circulation et la respiration paraissent dans l’état ordinaire; et dans les fonctions des sens distincts par la perversion ou la suspension de la vue, de l’ouïe , du toucher, de l’odorat, du goût , de la motilité, du sens copulaleur, du tact général et du sens interne ; d’où la témulence , le délire , les spasmes, les cécités, les surdités 9 etc. , et la rétention des produits des sécrétions et leûr déjection involontaire; selon que les réservoirs ou les constricteurs de leurs orifices efférens sont frappés de spasme ou de paralysie, tandis que la respiration, la circulation et même les produits de la digestion et des sécrétions présentent un aspect qui semble satisfaisant.
L’état des fonctions vitales communes est moins susceptible d’induire en erreur. En effet, les phénomènes asphyxiques, collapsus , pétéchies, vibices, etc., qui se rapportent à faction des capillaires qui président au retour de la rutilance du sang dans les poumons, et à sa couleur noire dans les capillaires de tous les parenchymes qui lui font perdre sa couleur ronge; l’altération profonde des phe'nomènes de la digestion dans ses produits, des sécrétions dans les leurs; et la formation d’escarres spontanées ou accidentelles, sans ou avec inflammation ou compression antécédente : tous ces phénomènes, dis-je, marchent de concert avec les lésions profondes des grandes fondions qui annoncent la propension à l’extinction générale de la résistance vitale dans l’économie vivante , ou l’ataxie. Tous ces phénomènes ataxiques dont l’intensité varie dans les individus
et dans les épidémies, depuis le moindre degré jusqu'au plus considérable , conduisent à la mort, si l’état ataxique local et général ne finit par se changer en l’état sthénique, sous l’influence duquel seulement peuvent s’établir les sécrétions ou les exanthèmes avantageux et critiques, s’ils ne sont pas excessifs, insuüisans, de mauvaise nature eu mal placés.
Tel est le tableau d’une fièvre biosique ataxique , ou d’un typhus, etc., qui demande pour l’organisme des modificateurs appropriés au mode de l’ataxie et à ses causes connues, soit qu’il y ait ou qu’il n’y ait pas des affections locales antécédentes ou secondaires.
Fièvre biosique réfractaire.
Une personne éprouve les phénomènes qui sont les lieux communs de l’étal fébrile, du refroidissement ou seulement une chaleur incommode, avec altération de la grande circulation, de la respiration et de la digestion , sans altération essentielle des fonctions nerveuses, mais avec des paroxysmes accompagnés de congestions locales, et suivis de sécrétions ou d’exanthèmes sans avantages, et par conséquent symptomatiques; l’émaciation fait tous les jours de nouveaux progrès , et les sécrétions deviennent coîîiquatives.
Tel est le tableau d’une fièvre réfractaire et chronique, ou d’une fièvre hectique, qui demande pour l’organisme des modificateurs appropriés à la cause de l’état fébrile , soit qu’il y ait ou qu’il n’y ait pas des affections locales antécédentes ou secondaires.
A ces résumés je joins des exemples particuliers des fièvres biosîques asthénique et ataxique,
Fièvre hiosique adynamique ou asthénique.
Le !2 1 mars 1806, un jeune couvreur de vingt-sept ans, sanguin, bilieux, fut pris, en travaillant, d’un grand malaise qui le força de suspendre son travail ; il se sentit très-faible, la tète lourde et étourdi comme s’il était à demi-livre. Je me sers de sa propre expression.
Il passa ainsi chez lui plusieurs jours sans faire autre chose que de prendre une boisson insignifiante. Cependant la rougeur, ou plutôt l’injection naturelle du visage, lui valut une saignée du bras droit le troisième jour de sa maladie. Je ne sais ce qui détermina à donner l'émétique le lendemain.
Le premier avril , il entra à l’Hôtel-Dieu au huitième jour de sa maladie, et je le trouvai gisant en supination, le visage abattu, frappé de stupeur, sans céphalalgie, sans épigastralgie , sans fréquence du pouls qui était faible , sans chaleur , sans soif, sans douleur nulle part , la respiration libre , le regard étonné, la langue humide, très- peu blanchâtre, sans aucun symptôme gastrique , mais les dents et les lèvres brunâtres et sèches; sans la fétidité des fièvres putrides; il y avait rougeur des pommettes, supination forcée, et il 11e pouvait garder une autre position.
Depuis celte époque l’abattement du visage augmenta, et il devint un peu terreux malgré la rougeur des pommettes qui se prononçait vers te soir, et la maladie marcha avec la plus grande monotonie jusqu’au vingtunième jour, époque à laquelle le visage se raviva un peu, ainsi que les yeux; les dents et les lèvres, brunâtres
et saignantes, s’exfolièrent sans aucun symptôme gastrique, soif ou autre; la langue resta humide et le ventre affaissé. Le malade essaya alors de se coucher sur le côté.
Après le vingt-unième jour où j’avais cru la convalescence sur le point de se prononcer, les fuliginosités des dents et des lèvres reparurent, etla maladie se soutint jusque vers le vingt-huitième jour, sans présenter d’autres synipfômes que la fuliginosité des dents et des lèvres , la prostration des forces, la témulence, rabattement et l’état terreux du visage , dont les pommettes se coloraient de temps en temps dans la journée ; mais durant tout ce temps sans chaleur plus grande que la naturelle, sans douleur et sans fréquence du pouls.
Ap rès le vingt-huitième jour les dents et les lèvres se nettoyèrent de nouveau ; les lèvres subirent une véritable exfoliation, saignant à mesure que la pellicule brunâtre se détachait ou était arrachée par le malade ; et successivement le visage se raviva, ainsi que les yeux ; les forces revinrent ; bref, le malade se trouva en convalescence après le trente-cinquième jour de sa maladie.
Pendant tout le traitement je n’employai que la limonade végétale vineuse, Peau vineuse, la limonade ou l’eau avec l’acide nitrique et le sirop de guimauve.
On ne nous a signalé aucune crise remarquable ; les selles se sont soutenues, il n’a pas été employé un seul évacuant dans tout le cours de la maladie; l’haleine n’a pas pris l’odeur caractéristique des putrides , quoiqu’on ait parlé de la grande puanteur de quelques selles.
il n’y a pas eu un instant de délire. Dans le commencement, il y a eu quelques selles liquides et slercorales crues, non liées.
Après le vingt-unième jour les selles devinrent jaunes et faisaient purée. La même chose arriva après le vingthuitième, mais alors les selles furent moins fréquentes; deux par jour au plus.
11 est à remarquer que sa convalescence fut longue, pénible et successive. Ainsi, vers le quarantième jour, il se développa une grande sensibilité avec tension du ventre, fréquence du pouls, chaleur générale , soif et inappétence. Il fut évacué par un lavage et des lavemens ; on appliqua des fomentations, on donna des boissons mucilagineuses , acidulés, et les accidens cessèrent immédiatement.
Quelques jours après, de nouveaux symptômes saburraux , avec mouvement fébrile , engagèrent à employer encore une eau de tamarin stibiée , qui fut même réitérée avec succès vers le cinquantième jour.
Enfin , les forces et l’appétit revinrent successivement, et la convalescence se confirma, après le soixantième jour de sa maladie totale, époque à laquelle il avait encore les jambes lourdes et faibles. Il resta plusieurs jours à l’eau rougie simple et au vin de quinquina, et se rétablit parfaitement.
Ce sujet présente à considérer :
i°. L’absence de toute affection locale appréciable , comme cause des phénomènes fébriles généraux, dans le principe et dans le cours de la maladie;
a0. Le degré de la faiblesse générale ;
3". La Ion leur el la succession de la marche des phénomènes fébriles ;
4°. La succession des phénomènes de la terminaison et leurs variantes ;
5°. Les effets réguliers , a des moyens thérapeutiques toniques très-simples qui ont été employés pendant le cours de la maladie, pour soutenir la résistance vitale avec douceur • et b des évacuans de l’appareil digestif ;
6°. La proportion de la convalescence avec la maladie antécédente.
Aucun organe ne pouvant raisonnablement rendre compte de l’état grave de ce jeune homme, on est ramené naturellement à une affection biosique, en procédant par voie d’exclusion.
Fièvre biosique ataxique ou fièvre typhoïde»
<t LanomméeThérèse Duflot,filIeâgéede vingt-trois ans, née à Coblenlz , est apportée à l’hôpital le 1 4 novembre 1828 dans un état de stupeur très-marquée avec douleur très-vive de la tête, lenteur dans les idées et les réponses qu’elle fait avec impatience; il y a un peu de surdité. Elle se plaint d insomnie; le ventre est météorisé et douloureux, avec dévoiement; il y avait auparavant constipation; le pouls dur, résistant, très-accéléré (120 pulsations par minutes ) ; 20 sangsues sont appliquées aux oreilles.
Le lendemain, i5, la céphalalgie est moindre; la stupeur cependant à-peu-près la meme, la prostration très-marquée; le pouls reste vif, accéléré, un peu moins tendu ; il y a perte complète d’appétit. La langue
est couverte d'un enduit jaunâtre sur toute sa partie moyenne , ce qui fait ressortir le rose de ses bords, qui ne sont pas couverts du même enduit; sécheresse et amertume de la bouche. Les yeux sont abattus, les pupilles dilatées, mais mobiles; le visage pâle avec légère bouffissure; pâleur blafarde avec œdématié générale de la peau, qui est chaude et sèche. Le dévoiement, la tension et les douleurs du ventre persistent. Il y a eu trois vomissemens abondans et bilieux.
Prescription . 24 grains d’ipécacuanha et deux vésicatoires aux jambes. Quelques heures après l'administration du vomitif, mieux très-marqué, rémission complète des accidens; la surdité a disparu, la stupeur aussi; les yeux sont très-vifs, le visage qnimé et riant , la malade répond juste et volontiers aux questions qu’on lui fait ; le ventre est moins tendu , la céphalalgie nulle.
Le 16, la nuit a été bonne, la malade a dormi; cependant le mieux n’est pas aussi marqué qu’hier, les vésicatoires n’ont pas été posés à cause de l'amélioration. Le soir, les accidens ont reparu en partie.
Le 17 , état à-peu-près le même que le jour de son entrée : surdité, céphalalgie, pouls petit, résistant, accéléré (112 pulsations par minute) ; langue nettoyée, de couleur naturelle; soif, ventre douloureux, tendu; dévoiement.
Prescription : 9 j d’ipécacuanha, 12 gr. de charbon quatre fois par jour; infusion de camomille et eau de Seitz pour boisson.
Les accidens persistent le soir : il n’y a eu de vomi que l’eau administrée avec ripécacuanha. Le ventre est toujours tendu, avec dévoiement. La malade laisse aller
sous elle des selles rougeâtres abondantes ; elle se plaint beaucoup. Deux vésicatoires sont appliqués aux cuisses, des sinapismes aux pieds , un cataplasme sur le ventre.
Le 1 8 , la nuit a été mauvaise : il y a beaucoup d’abattement. Les vésicatoires ont bien pris, mais les accidens n’ont pas diminué. La langue est toujours humide et belle, le ventre tendu, douloureux, le dévoiement abondant; les yeux son! abattus ; somnolence , délire tranquille, un peu de toux catarrhale; la pituitaire est aussi embarrassée de mucosités , que la malade s’efforce de détacher avec les doigts. Chaque jour quelques gouttes de sang sont rendues par le nez; une phlyctène apparaît au poignet gauche sur le bord radial: elle est de la largeur d’une lentille, pleine de sérosité rougeâtre et sans inflammation au pourtour.
Du riz sucré et du houblon sont les boissons qu’on prescrit avec les quatre doses de charbon.
Le 19, persistance des accidens au même degré. Un cercle rouge s’établit autour de la phlyctène, une rougeur livide paraît au sacrum, La malade se plaint de surdité. On prescrit 12 pilules contenant chacune 1 gr. de camphre, 2 gr. extrait de quinquina, et 1 gr. de nitre ; un julep avec éther 3 j , de l’orge miellé et du houblon pour boisson; des fomentations avec camomille et vinaigre sur le ventre, des embrocations avec de l’huile camphrée. Un bain de 1 5 minutes est donné dans la soirée à 24 degrés de Réaumur.
Le 20, même état : le dévoiement est abondant et noirâtre, la prostration très-grande , avec des mouvemens convulsifs du visage et des doigts; le ventre toujoms
douloureux, ia langue belle et humectée. Les doses de charbon n’avaient pas été données la veille; 5 pilules camphrées seulement ont été prises. Aujourd’hui, même prescription. La phlyctène a disparu, mais un petit phlegmon gangréneux l’a remplacée.
Le 21 , 9 pilules camphrées ont été prises, et le traitement bien suivi du reste. Le mieux est sensible. Moins de tension et de douleur au ventre , îe dévoiement a diminué, le pouls perdu de sa fréquence. La surdité et la stupeur ont disparu et le visage a repris un meilleur aspect. Une sérosité sanguinolente sort du petit abcès. Même prescription.
Le 22, après le bain du soir il y a eu moins de calme ; le pouls a repris de sa fréquence; la prostration est extrême, cependant sans stupeur. Il y a une expectoration muqueuse épaisse et difficile, de la tension et delà douleur dans le ventre, surtout dans la région du cæcum ; plusieurs selles par jour et dévoiement.
Toujours pilules camphrées, bain, fomentations, embrocations sur le ventre , et, de plus, deux vésicatoires aux jambes.
Le 23, de l’agitation pendant la nuit , pas de stupeur le matin, mais des gémissemens continuels. Des douleurs de tête, des bourdonnemens d’oreille, de la surdité. Le bain n’a pas soulagé les douleurs du ventre, la peau est toujours sèche , le pouls développé. La malade à soif et suce avec plaisir quelques grains de raisin. Du sang est mêlé aux crachats; il vient du nez, la malade ayant saigné assez abondamment.
On continue le traitement : les vésicatoires ont bien pris. On n’a pas donné de pilules camphrées»
Le 24 > insomnie et agitation toute la nuit; le malin céphalalgie et lividité du visage ; les douleurs abdominales sont moindres, le dévoiement continue; la soif est intense quoique la langue soit toujours humide. Derrière l’oreille gauche on voit une nouvelle phlyclène et un petit abcès : ils sont la suite d’une morsure des sangsues; toutes les autres sont enflammées et rouges. Le coccyx est noirâtre, les vésicatoires marqués de taches gangréneuses.
On prescrit , avec ses boissons, un julep avec extrait de quinquina 5 j et un bain.
Le 25 , l’agitation est moins grande, le visage meilleur, le ventre un peu moins tendu, toujours doulou-
reux , la langue belle; le dévoiement continue. Une ecchymose existe â la face interne de l’avant-bras droit et l’on ne peut en découvrir la cause : elle est bleuâtre, piquetée de noir. Les escarres du sacrum sont blafardes , étendues et irrégulières; elles paraissent commencer par de petites phîyctènes qui s’étendent et forment bientôt une petite ulcération arrondie.
Riz sucré et houblon pour boisson , julep avec extrait de quinquina; bain, fomentations avec camomille et
vinaigre , liniment camphré.
Le 26, il y a du mieux , îe visage est meilleur ; moins de douleur au ventre; le dévoiement diminue. Même prescription.
Le 27, mieux général ; le dévoiement a cessé entièrement, un peu de céphalalgie, mais le pouls est peu accéléré, petit, les yeux moins éteints, les pommettes légèrement colorées, la circulation capillaire plus vive. On continue le traitement.
Les 28, 29 et 5o, le mieux se soutient ; les selles ne sont plus en dévoiement , les taches gangréneuses de» vésicatoires diminuent ; cependant toujours un peu de prostration, de lenteur dans les réponses, d’agitation pendant la nuit. Continuation du traitement.
Les 1 er et 2 décembre , cessation du dévoiement. Toux assez fréquente, avec expectoration abondante de crachats muqueux épais et verdâtres. Les escarres du sacrum se sont détachées, les ulcérations très-considérables présentent (Un bon aspect. La langue est trèsbelle et humide, le ventre peu douloureux , l’appétb revient. Le pouls, pas trop développé, donne de 85 à po pulsations. Un peu de vin généreux est donné à la malade , qui ne le trouve pas bon. On a continué fusage de la mixture avec l’extrait de quinquina.
Le 4 décembre, le mieux persiste, les ulcérations pansées deux fois par jour ont un bon aspect et se resserrent , des bourgeons charnus s’y montrent et sont cautérisés avec le nitrate d’argent. Les évacuations alvines sont naturelles.* le pouls aussi; la malade est pâle et bouffie, cependant elle a bon appétit et digère bien; ses forces reviennent lentement. Une tumeur a paru dans chaque aisselle; celle du côté gauche s’est terminée par un abcès du volume d’un œuf de pigeon.
Du vin de Bordeaux est donné tous les jours à la malade.
Le 9 , on ouvre l'abcès de l’aisselle et il en sort un pus assez homogène. Les ulcérations du sacrum ditnin lient.
Le 12, les forces reprennent ainsi que le visage, et sans les ulcérations du sacrum la malade sc lèverait . Il
ij
a fallu réprimer une seconde fois les bourgeons charnus qui se développaient sur toute la surface de l’ulcération, qui a encore la largeur de la paume de la main.
Il est à remarquer que la malade n’a échappé aux accidens de la vaste ulcération de la région du sacrum qu'en passant plusieurs semaines couchée sur le ventre, pendant sa convalescence qui s’est parfaitement confirmée. »
Cette observation présente à considérer :
i°. Une jeune fille de vingt-trois ans qui , après quelques jours de maladie, est apportée à l'Hotel- Dieu dans l’état grave qui est décrit dans le journal de sa maladie, dressé par M, Nicod, interne des salles de clinique.
a0. Un trouble nerveux déjà considérable, mais associé à des symptômes de catarrhe de diverses muqueuses, à un llux bilieux, et surtout à une propension gangréneuse des parties extérieures du corps , aux vésicatoires aux endroits comprimés , et même là où il 11’y avait aucune compression, comme les avant-bras, les oreilles, les aisselles , etc.
5°. Les bienfaits passagers de la saignée locale sur la congestion céphalique ; le soulagement passager de l'affection bilieuse par l’emploi de l’ipécacuanlia; les avantages soutenus et sans cesse croissans d’abord du camphre et de l’éther, et 'ensuite de l’extrait de quinquina, du vin de Bordeaux et d’une alimentation graduée , sous l’influence desquels la fréquence du pouls, les douleurs abdominales, le météorisme et la diarrhée se sont dissipés sans retour.
Le charbon a été employé comme modificateur de la
sécrétion bilieuse; le houblon comme amer; les bains tièdes doux, contre l’intensilé des paroxysmes; les vésicatoires ont dû être employés comme dérivatifs , malgré la chance de leur gangrénescence.
4°. Une marche de plusieurs semaines, la solution de la maladie n’ayant commencé que dans la troisième, et la convalescence ne s’étant confirmée que dans la quatrième.
5°. Ce fait présente ù [considérer dans tout le cours de la maladie et jusque dans ses moyens de terminaisons :
a . La prédominance fébrile de la lésion des fonctions vitales communes des tissus , évidente par le météorisme, par la décploration , et surtout par la gangrénescence de plusieurs points de la peau, principalement celle du saerum, de plusieurs pouces de diamètre, malgré les plus grandes attentions pour la propreté;
b. Le succès exclusif des toniques fixes, quinquina et vin de Bordeaux et d’une alimentation graduée, sous l’influence desquels le météorisme a cessé; le dévoiement s’est arrêté, la gangrène s’est limitée et a cessé de frapper de nouvelles parties; les escarres se sont séparées, les plaies se sont cicatrisées, la malade s'est ravivée, et s’est enfin parfaitement rétablie après une longue convalescence retardée par la vaste plaie de la région sacrée.
Telle est à mon avis une fièvre biosique ataxique ou typhoïde, ou un typhus , dans lequel , après avoir obvié aux phénomènes accidentels par des moyens spéciaux , on ne combat avec avantage les accidens bionosiques ou typhoïdes que par tous les moyens qui
soutiennent ou augmentent la résistance vitale : c’est le cas où toutes les lésions fébriles des fonctions spéciales partent de celles des fonctions vitales communes du parenchyme des appareils spéciaux.
D’une part, il est clair , d’après ces simples rapprochemens, que les accidens nerveux bilieux et fluxionnaires qu’a éprouvés la malade ne peuvent avoir été la cause des gangrènes locales, du météorisme et de la propension immédiate à l’extinction de la vie, puisque les moyens qui ont eu trait à ces accidens n’ont eu que des avantages passagers qui n’ont même pas eu lieu par l’emploi du second ipécacuanha.
D’autre part, puisque les seuls moyens toniques, qui semblaient même en opposition avec l’idéevde l’importance des affections locales abdominales et autres, ont été les seuls véritablement utiles, dans ce cas, comme dans une foule d’autres analogues, il me semble démontré que les lésions des fonctions spéciales étaient complètement secondaires à l’affection de la résistance vitale ou des fonctions vitales communes, que nous verrons bientôt compromises secondairement dans d’autres circonstances. Il est évident que l’administration des toniques demande qu’on observe leurs effets, afin
de les suspendre si la réaction organique s’exagère ,
pour les reprendre ensuite jusqu’à la cessation de l’état typhoïde.
Je joins ici une observation de (lèvre biosique ataxique et intermittente, recueillie dans un des hôpitaux de Paris , par M. le docteur Dance , agréffé près la Faculté, et dont V exactitude dans les nécropsi es est parfaitement connue.
« Un cordonnier âge de 56 ans, un peu pâle, mais d’une constitution assez forte , fut reçu à l’Hôpital, le a 8 août 1827. Il se disait malade depuis huit jours, mais ne pouvait détailler ce qu’il avait éprouvé , non que la parole lui manquât, mais parce que la mémoire était confuse ; il ne se plaignait d’aucune douleur, mai» avait l’air profondément abattu ; sa peau était chaude, son pouls donnait 90 pulsations par minute. Le deuxième jour vers minuit, après quelques mouvemens convulsifs, il perd tout- à-coup l’usage de ses sens; le lendemain à la visite: supination, perte complète delà connaissance, face pâle, mâchoires serrées l’une contre l’autre, divergence des yeux, membre supérieur gauche privé de mouvement et de sensibilité ; l’inférieur encore mobile, mais beaucoup moins que les membres du côté droit; point de déviation sensible des commissures des lèvres; pouls fréquent assez développé. (Saignée du pied, 3o sangsues à la base du crâne, lavement purgatif.)
Pendant la journée, la paralysie du membre inférieur gauche devient complète, comme celle du supérieur du même côté; la déglutition est extrêmement gênée ; le liquide avalé avait fait entendre une sorte de gargouillement en pénétrant dans l’œsophage.
Troisième jour. — Léger retour de Sa connaissance, qui peu-à-peu revient à son état naturel, de telle sorte que le malade parle de plus en plus distinctement et avec jugement ; eten même temps diminution graduelle de la paralysie du côté gauche. Surle soir, les membres de ce côté se mouvaient aussi librement que ceux du côté droit: le pouls avait perdu presque toute sa fréquence. (5o sangsues à la base du crâne)
Quatrième jour. ■ — Vers minuit, un accès pareil au précédent : perte de la parole et de l'usage des sens, serrementdes mâchoires, soupirs involontaires, renversement des yeux, paralysie complète du membre supérieur gauche, mais s’étendant un peu à droite; fréquence du pouls. Vers dix heures du soir du même jour, rémission; et le cinquième jour, récupération de l’usage des sens , parole libre; intelligence saine, mais ayant de la peine à se manifester ; cessation de la paralysie, facilité des mouvemens, tant à gauche qu’à droite; sueurs abondantes, le pouls reste un peu fréquent. (Sulfate de quinine 6 grains, en deux doses, lavement avec décoction de quinquina, avec extrait de la même substance 5 f?); au soir, le mieux se prononce de plus en plus; les sueurs continuent; la (ace présente un peu de slupeur.
Sixième jour. — Vers une heure du matin troisième accès : perte complète de la connaissance, gémissemens confus, résolution paralytique des membres tant à gauche qu’à droite, hoquet fréquent , pouls à 1 26 pulsations par minute. A 7 heures du soir, état le plus déplorable; face profondément altérée et d’un pâle terreux; yeux fixes, abolition du mouvement et de la sensibilité^ respiration laborieuse faisant entendre un gargouillement
bronchique; pouls petit, misérable, s’élevant à 140 pulsations par minute; mort à 9 heures du soir.
Ouverture du cadavre 24 heures après la mort.
Tête : Vaisseaux extérieurs du crâne contenant peu de sang, sinus cérébraux presque vides; arachnoïde entièrement saine; mais à la convexité des hémisphères, le tissu de la pie-mère était infiltré d’une certaine quantité de sérosité entièrement incolore et répartie également à droite et à gauche. Cette membrane se détachait nettement de la surface des circonvolutions, sans laisser de rougeur à leur superficie, elle ne présentait ellemême aucune rougeur contre nature. La substance grise du cerveau offrait une couleur un peu foncée , mais sans injection , ramollissement ou autre altération; et tout le cerveau, coupé par tranches extrêmement minces, n’a présenté aucune trace de lésion. Sa consistance et sa couleur étaient partout naturelles; nous en dirons autant du mésocéphale, du cervelet et de la moelle épinière, qui ont été examinés dans toute leur étendue.
Les ventricules cérébraux contenaient à peine une demi-cuillerée de liquide.
Thorax: Poumons entièrement sains, liés aux côtes par quelques adhérences anciennes. Cœur mollasse, flasque, affaissé, se déchirant avec facilité.
Abdomen: Muqueuse gastrique un peu ardoisée, mais sans ponctuation, épaississement ou ramollissement; intestins grêles tapissés par une couche jaunâtre de fluide biliaire, partout dans l’état le plus naturel ainsi
que le colon ; reins et vessie sans la moindre altération ; rate volumineuse et tellement ramollie que sa substance ressemblait plutôt à un liquide qu’à un tissu organisé. Elle était convertie en une bouillie noirâtre. Foie d’une couleur brune formée, également ramolli, mais à un degré moins élevé que la rate: vésicule biliaire distendue par une bile épaisse et brunâtre. »
Ce fait présente à considérer:
i*. L’intensité des phénomènes comateux et paralytiques dans les accès;
2*. L’absence de tout phénomène caractéristique des affections locales manifestée par la nécropsie ;
3°. L’intégrité parfaite de l’encéphale et de toutes ses dépendances, malgré la gravité des accidens nerveux;
4*. Le ramollissement simple et sans aucune trace d’inflammation de la rate, du foie et du cœur.
C’est là , à mon avis, une fièvre vitale ou biosique.
trÈNRESi
Les fièvres biosiques se divisent en deux genres fondamentaux :
i°. Les fièvres biosiques dans lesquelles la 6ur -stimulation fébrile commence dans l 'appareil organique élémentaire ou général, qui est le tissu cellulaire, comme organe i°. du sens vital ou pyrogénésique, etc. ; 2°. de la contractilité latente de tous les tissus ; 5°. du tact général ou sens thermométrique, etc. Ces trois sens généraux , en partie latens et en partie évidens, sont en rapport avec tous les sens spéciaux distincts et confus, et représentent, chacun en particulier, l’orga-