‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrileChapitre 5 sur 66 · RECHERCHES SUR LES PRÉLUDES DES AFFECTIONS · texte numérisé non relu

RECHERCHES SUR LES PRÉLUDES DES AFFECTIONS

CANCÉREUSES

Les maladies étant plus faciles â prévenir qu’à guérir, il m’a semblé important d’étudier les circonstances et les phénomènes qui peuvent an-

ry.r*'

noneer le développement des cancers : telle est la raison qui me détermine à appeler l’attention sur leurs préludes. Ce chapitre sera divisé en trois paragra plies : dans le premier, j’examinerai les préludes généraux*, dans le second, les préludes locaux*, et dans le troisième , les applications pror philactiques.

§• 1er.

Préludes généraux:.

Si l’invasion de toutes les maladies était cons-* tamment précédée de phénomènes spéciaux, on pourrait toujours la prévoir , et peut-être par-* viendrait-on à trouver les moyens de la prévenir dans un grand nombre de cas*, mais il n’en est pas ainsi. En effet, le médecin réduit à l’observation de phénomènes précurseurs, ou au rapprochement de circonstances qui le plus souvent n’ont pas une valeur bien déterminée, n’y trouve pas des élémens suffisans pour lui faire connaître la maladie qui doit suivre : tel est le caractère des préludes du cancer, qu’il serait cependant si important de prévoir pour en empêcher le développement. Cette difficulté ne me semble pouvoir être diminuée qu’à l’aide de

quelque* considérations préliminaires sur la marche des fonctions organiques.

Les fonctions de l’organisme n’en li ent nas

(ou tes en exercice en même temps , elles se déroulent en quelque sorte successivement dans les differens âges, depuis le moment de la conception, pendant la gestation à la naissance, pendant l’enfance, la jeunesse , la virilité et la vieillesse. A la conception, commence avec la vie l’absorption qui attache l'ovule à l’utérus ou au péritoine, crée la circulation en en développant les canaux par les stimulus qu’elle y introduit, et éveille la nutrition dans le parenchyme de tous les organes appendus en quelque manière invisiblement à chaque filament du germe qui n’est pas même encore l’ébauche de l’organisme qu’il constituera cependant dans la suite. Au

moment oii la grande circulation sollicite toutes

les nutritions , commence aussi l’hématose particulière de l’embryon , qui entretiendra la vie de son organe d’absorption (le placenta) jusqu’à ce qu’il en soit séparé.

A la naissance, la respiration , la digestion et l’absorption chyleuse remplacent les fonctions du placenta , et les sécrétions lacrymale, salivaire, biliaire, urinaire, cutanée, etc. entrent immédiatement en exercice et en rapport d’as-

sociation , d'antagonisme et de remplacement;.

Pendant l'enfance, les dentitions s’opèrent et les organes se développent, se perfectionnent, s’entretiennent et se réparent chez tous les sujets ; mais chez un certain nombre seulement des sueurs du cuir chevelu, divers exanthèmes cutanés ou muqueux aux yeux, aux oreilles, etc., des engorgemens des ganglions lymphatiques , différentes sécrétions muqueuses nasales et diverses inflammations strumeuses constituent des fonctions qu’on peut appeler complémentaires. Ces fonctions surajoutées n’appartiennent pas à tous les individus, et forment aux fonctions ordinaires de ceux qui les présentent un complément nécessaire : car leur suppression n’est sans in cou véniens que lorsque ces premières affections sont remplacées par d'autres, telles que des engelures, des suppurations extérieures, des affections catarrhales, des hémorrhagies nasales, des sueurs des pieds^ etc. , qu’il est, je crois , permis de considérer comme supplémentaires des premières. \ oilà donc dès le premier âge des fonctions surnuméraires pour quelques individus, ainsi qu’on observe chez d’autres des organes également surnuméraires, des nævus , etc.

A la lin de l’enfance et pendant la jeunesse les organes de la génération prennent leur dernier

degré de développement en meme temps que les engelures , la pelagra, les épistaxis, les hémoptysies, les affections tuberculeuses, les angines , les érysipèles périodiques, les douleurs rhumatoïdes deviennent des fonctions surajoutées, supplémentaires de celles qui les ont précédées, et finissent par être remplacées par d’autres qui le seront à leur tour (i).

Pendant 1 âge mûr la menstruation se soutient, les migraines , les hémorrhoïdes, les affections rhumathoïdes ou arthritiques vagues ou fixes, etc. remplacent des fonctions surnuméraires de la jeunesse. A mesure que l’âge mûr avance et que la vieillesse fait sentir son influence^ la menstruation, les migraines, les hémorrhoïdes , les affections rhumatoïdes ou arthritiques se dérangent, se suspendent et cessent pour faire place aux hémorrhagies cérébrales, aux apoplexies, aux hydropisies, aux maladies organiques, aux cancers et enfin aux cachexies de toutes les espèces.

11 est des sujets dont les stades de la vie avan-

(1) Une fonction suppose un appareil, des phénomènes propres et .un résultat ou produit. Les fonctions sont normales ou dans la règle de l’organisme en santé, ou elles sont abnormales et hors de cette règle : c’est pourquoi les maladies physiologiques qui supposent l’état de vie pour se développer ne sont au fond que des fonctions •abnormales avec un appareil et des produits spéciaux.

«eent ou retardent les uns sur les autres : ce qui explique pour eux la transposition des affections d’un âge à un autre.

D’après ce qui précède, on voit que les fonctions abnormales en général, et meme celles qui sont normales, ne durent pas pendant toute la vie : elles ne commencent qu’à un âge déterminé , et s’usent après un temps plus ou moins long ; à moins quelles ne portent en elles le caractère réfractaire des fonctions qui ouvrent et ferment les scènes de la vie, c’est-à-dire de l’absorption et ele la nutrition.

De même que dans les différens âges on remarque des périodes de prédominance normale de la nutrition dans les organes , de même, à de certaines conditions que nous ne pouvons pas toujours déterminer exactement, on observe une prédominance abnormale de cette fonction : ainsi après le développement de la face dans l’enfance et la jeunesse, vient celui des affections cancéreuses du nez, des lèvres et des joues*, après l’époque du dernier accroissement des mamelles et des testicules arrive celle du développement des affections squirrheuses de ces organes ; enfin après que les nævus congéniaux sont restés stationnaires dans leur nutrition pendant la plus grande partie de la vie, on les voit augmenter

de volume ou devenir le siège d une phlegmasie, qui, aussi réfractaire qu’eux-mêmes , les changera bientôt en cancers.

Ainsi dans les différens âges , le développement régulier des organes est subordonné aux modifications de la nutrition, comme la production des maladies organiques Test à ses dépravations abnormales. S’il entrait dans mes vues d’étendre en ce moment ces considérations à d’autres maladies pour faire voir leur rapport avec celles de la nutrition , je montrerais, après l’âge ou chaque organe a atteint la perfection , celui oii il devient v le plus sujet aux maladies organiques : je ferais voir quel climat , quelle saison , quelle habitation , quel vêtement , cpiel régime alimentaire , quelles habitudes d’action , de repos et de commotions organiques sont favorables ou contraires à l’état normal ou abnormal de la nutrition, et par conséquent pourquoi les scrophules, les tubercules , les rhumatismes , la goutte , les dartres , la migraine, les affections spléniques, hépatiques, etc. , etc. , se manifestent ou cessent chez tel ou tel sujet à un âge et non pas à un autre', dans un climat , une saison , une habitation plutôt que dans une autre , et enfin par l’usage d’une espèce de vêtement , d’aliment, ou par une habitude plus ordinairement que par celles qui

sont differentes*, mais ces considérations, qui me conduiraient à l’étude de la variation des fonctions organiques sous diverses influences , m’éloigneraient trop de mon sujet, et, d ailleurs , font partie d’un autre travail.

Si je me suis bien fait entendre, on voit par ce qui précède que , de meme qu’entre toutes les fonctions normales il existe un antagonisme , un commerce de suppléance analogue à celui qui est remarquable entre la diapborèse et la sécrétion urinaire, de meme, entre toutes les fonctions abnormales ou morbides, qui supposent l’état de vie (i), on observe une alliance de succession et d’échange, dont les lois sont de la plus haute importance à étudier pour tout médecin qui veut s’occuper de la prophylactique des maladies. N’ayant en vue que le cancer en ce moment, je me bornerai à jeter un coup d’œil rapide sur ses rapports de succession avec quelques autres af-

(i) Les maladies physiques de configuration, de continuité, de coordonnation, de mouvement, de capacité pour le calorique , l’électricité, etc. , ne supposent point l’état de vie, elles peuvent être produites même sur le cadavre; mais les vices ou maladies physiologiques du sentiment, du consensus organique, des locomotions musculaires , de la température et de la stimulation vitale, des assimilations, des nutritions et des sécrétions , supposent toutes l’état de vie, et forment le véritable domaine de la médecine, dans lequel le chirurgien ne peut entrer qu’en devenant médecin.

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