‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrileChapitre 6 sur 66 · II · texte numérisé non relu

II

fec lions qu’on peut regarder comme des servitudes idio-syncrasiques de l’organisme , pendant la durée desquelles il m’a semblé que l’art pouvait quelque chose pour s’opposer à des métamorphoses fâcheuses.

Parmi les fonctions normales et abnormales, par les dérangemens ou à la cessation desquelles on voit se développer des engorgemens cancéreux , il faut compter la menstruation , les migraines , les hémorrhoïdes , les sueurs des pieds , les névralgies, les affections rhumathoïdes ou arthritiques irrégulières, dont les anomalies et enfin la cessation à une épocpie déterminée de la vie donnent le signal de l’explosion des maladies organiques en général et en particulier des cancers : bien différentes des autres maladies organiques qui surviennent chez les sujets dont la constitution présente quelque vice, les affections cancéreuses se développent chez les personnes qui semblent le mieux constituées. Cette filiation morbide une fois bien reconnue , il est facile de sentir quel degré de surveillance demandent les fonctions surnuméraires, et surtout aux changemens d’àge. Je me borne à deux exemples pour mieux faire sentir l’importance de cette étude.

Je fus consulté , il y a quinze ans, par madame N , alors âgée de quarante-sept ans et

demi , au sujet de la cessation de ses règles : en examinant les antècèdens , j’appris que depuis l’âge de onze ans elle avait été sujette à des migraines, dont les retours avaient cessé depuis l’âge de quarante-deux ans*, des saignemens de nez commencés vers treize ans s’étaient suspendus vers vingt-deux, époque à laquelle il s’était établi chez elle un flux hémorrhoïdal , qui avait luimême disparu vers quarante-cinq ans. Le flux menstruel depuis l’âge de quatorze ans s’était régulièrement soutenu jusque vers quarante-sept, et avait cessé de reparaître depuis six mois. Cette personne paraissait jouir de la meilleure santé, et peu disposée à prendre aucune précaution. Je lui fis remarquer que trois affections périodiques ayant marché de concert chez elle jusqu’à quarante-deux ans, et ayant ensuite cessé successivement de deux en deux ans, il était à craindre qu’après la période commencée depuis quarantesept ans , et qui finissait à quarante-neuf ans, il ne se redéveloppât quelque affection supplémentaire plus ou moins fâcheuse en remplacement de celles qui n’existaient plus. Je proposai des émissions sanguines éloignées, quelques purgations et des bains *, rien ne fut employé. A quaranteneuf ans , la même personne parut de nouveau dans mon cabinet , avec un embonpoint vé-

ritablement étonnant, qu’elle me donna pour excuse très -légitime de n’avoir pas suivi mes conseils, et pour me prouver leur inutilité : elle venait m’annoncer son départ pour la province. J’espérai que l’embonpoint serait peut-être le moyen de remplacement de toutes ses affections habituelles passées , je lui recommandai d’être sur ses gardes , et, si sa santé paraissait péricliter, de ne pas refuser de mettre en usage les moyens qui seraient jugés nécessaires. Dix -huit mois après l’époque dont je parle, cette personne revint de province pour me consulter*, elle était alors très-maigre, avec un teint jaunâtre; elle m’apprit que peu de mois après son arrivée à la campagne son appétit avait diminué, qu’elle avait commencé à maigrir, à digérer avec beaucoup de difficulté, et à vomir d’abord les alimens seuls, puis des matières noirâtres, et que ces accidens continuaient. Le toucher faisait reconnaître dans la partie droite de l’épigastre, et un peu dans l’hypoeondre correspondant, une tumeur dure, circonscrite, très-distincte et mobile* Je me bornai à prescrire le régime lacté. Elle mourut environ deux mois après dans le marasme.

Un boulanger de Saint-Germain-en-Laie, bien portant d’ailleurs, était, depuis son bas -âge, sujet à une migraine assez régulière. Vers qua-

rante-neuf ans , il se réjouit de la cessation de cette migraine dont les retours l’incommodaient fort. Un an après, il lui survint , à diverses reprises, des tumeurs hémorrhoidales très- douloureuses. Il lava le siège avec de l’eau froide jusqu’à ce qu’il eût obtenu la répercussion des tumeurs hémorrhoidales , et se félicita encore de leur suppression. Cet homme avait cinquante-un ans , lorsqu’il me consulta pour une grande dyspepsie , avec des vomissemens qui le fatiguaient depuis plusieurs mois. Je reconnus une tumeur dure et immobile dans la région de Festomac. Il mourut sans fièvre avant cinquante* un ans et demi,

Préludes locaux

L’enfant reçoit de ses pareils , avec la vie , des ressemblances organiques évidentes de visage , de chevelure , de couleur , de peau , de finesse ou de grossièreté de structure des tissus , d’organes surnuméraires , de nævus , de tumeurs érectiles hémorrhoidales, etc. *, d’organes en moins, de fonctions en plus , d’hémorrhagies périodiques, de sueurs des pieds, etc. *, de fonctions en moins , de cécité, de surdité y etc. L’hérédité des enge-

lures, des dartres, des scrophules, de la goutte, des affections tuberculeuses (i), des cancers de l’utérus, de l’estomac et des seins, etc. prouve, du reste , que la transmission de la ressemblance peut avoir lieu dans tous les organes. Je pourrais produire des exemples bien fâcheux de l’hérédité des maladies dont je viens de parler*, mais je ne veux fixer en ce moment l’attention que sur les organes dont la ressemblance de structure détermine la similitude des maladies chez les parens et chez les enfans : je crois devoir faire à cet égard quelques remarques. i°. Ilya des différences entre les enfans de différens lits. Un enfant ressemblant indifféremment à son père ou à sa mère, ou à tous deux en même temps , il est clair que les ressemblances organiques peuvent se transmettre par le père comme par la mère. Je connais des familles dont les enfans du même père ou de la même mère ont des rapports frappans dans leur santé.

2°. La ressemblance des organes extérieurs n’est pas toujours la mesure des ressemblances inté-

(1) Une dame octogénaire meurt avec des symptômes de phthisie; ses poumons étaient remplis de tubercules miliaires ; la fille de celleci succombe à une phthisie tuberculeuse vers sa cinquantième année, et les filles de cette dernière périssent de la même maladie avan t leur vingt-deuxième année. Je n’aurais que l’embarras du choix pour multiplier des exemples analogues.

rieures. Je connais dans des familles des enfans ressemblans à leur père , et qui ont les maladies de leur mère , et vice versa. Des enfans ressemblans à leur mère , morte phthisique , ont la santé de leur père , qui ne lest pas , et vice versâ. Les quatre fils d’une femme de soixantesix ans, délicate et valétudinaire dès sa jeunesse, ressemblans à leur père , grand et fort , sont tous quatre de la taille de cinq pieds dix à onze pouces , et les plus forts hommes que je connaisse.

3°. Pour juger la valeur des ressemblances , il faut les étudier séparément dans les organes qui reçoivent leurs nerfs du cerveau et de la moelle

épinière, et dans ceux qui les reçoivent des ganglions. La fille aînée d’une dame morte comme sa mère et ses sœurs d’un cancer utérin ressemblait à son père *, mais elle avait une menstruation laborieuse et des migraines comme sa mère ; elle est morte d’un cancer utérin à l’époque de la cessation de ses règles. La sœur cadette de celle-ci ressemble à sa mère, mais elle est menstruée comme la mère de son père et ses tantes paternelles *, elle a franchi sans inconvénient l’époque de la cessation des règles, et rien n’annonce qu’elle soit menacée d’aucune maladie de l'organe utérin.

4°. Il faut tenir compte pour les ressemblances organiques, ou du moins pour l’époque oii elles deviennent sensibles, de l’âge des parens au moment de la conception *, car il y a de la di ffé— rence entre les enfans qui naissent de parens jeunes ou âgés, avant y pendant ou après le développement d’une maladie herpétique , arthri-* tique, phthisique ou cancéreuse.

5°. L’hérédité peut avoir lieu pour la maladie sans que l’organe affecté soit le meme : c’est ce qu’on observe dans les névralgies , les tubercules , les sci ophules et les cancers qui se transmettent à plusieurs enfans , mais à des organes différens.

Ces exemples, que je pourrais multiplier, suffisent pour faire entendre ma pensée, qui est que les ressemblances de structure des organes président certainement au lieu d’élection des maladies héréditaires. Quant aux autres causes qui peuvent déterminer le développement spécial des maladies de ces organes plutôt que celles des autres, elles peuvent appartenir aux commotions générales de l’organisme qui retentissent vers For-? gane le plus susceptible, ou à l’introduction de quelque principe nuisiblequi, commedansla gale, la syphilis , la variole , etc. agit ensuite sur des organes spéciaux ; mais , dans tous ces cas, la pré-*

disposition spéciale de l’organe prépare la maladie locale spéciale qui suivra l’action de la cause. La ressemblance organique qui transmet avec elle la prédisposition à certaines maladies appartient donc aux préludes locaux , et c’est ce que j’ai voulu établir avant de passer outre.

Des névralgies réfractaires dans les mamelles, l’utérus, l’estomac, le foie, etc. , semblent avoir été un prélude local de la dégénérescence cancéreuse spontanée de ces organes , qui arrive aussi sans cette circonstance. Une irritation locale quelconque par un coup , une contusion ou une excoriation , est le prélude local des cancers accidentels des glandes mammaires, des testicules et des nævus. On a supposé que de semblables causes produisaient le même effet lorsqu’elles agissaient sur l’estomac , sur l’utérus et sur d’autres organes , ainsi que leur inflammation , qui a même été considérée comme la cause exclusive du cancer, qui, dans cette supposition , ne serait qu’une espèce d’inflammation. Je ferai, quant à présent, les remarques suivantes sur ces préludes locaux,

La contusion des glandes mammaires et des testicules, comme les irritations des nævus, amène constamment la dégénérescence cancéreuse de ces organes chez toutes sortes de sujets, avec

cette différence que chez les uns elle arrive prèsque immédiatement, et que chez d’autres elle se fait attendre pendant un plus ou moins grand nombre d’années, jusqu’à un âge différent oii cesseront des fonctions périodiques ou habituelles. D’ailleurs, la violence locale est souvent très-peu remarquable et absolument incapable de produire aucun état inflammatoire dans les organes dont il s’agit*, car elle se réduit parfois à un simple contact que la personne a senti à peine ; et cependant, à compter de ce moment, commence un travail local, avec ou sans douleur, mais qui , dans les deux cas , aboutit à la production d’une affection cancéreuse.

D’autre part, on observe des inflammations actives, passives, gangréneuses et chroniques des seins et du scrotum ou de leur voisinage, sans que la dégénérescence cancéreuse arrive dans ces organes, à moins qu’à un autre âge l’organe malade ne devienne un centre supplémentaire de fluxion à l’époque de la cessation de quelque fonction ou affection périodique ou habituelle, comme la menstruation , la sueur des pieds , la mi graine , etc. Ce fait étant parfaitement connu, il en résulte que l’état inflammatoire , même chronique , des glandes mammaires et du testicule est autre chose que l’état cancéreux , et que ce dernier

n’est pas non plus l’inflammation des organes dont il s’agit, dans lesquels il survient cependant chez toutes sortes de sujets , par des causes locales si légères, qu’elles sont incapables de produire la moindre inflammation.

Tout agacement, tout frottement, toute violence, toute excoriation , et par conséquent toute inflammation des nævus, en produit plus ou moins rapidement, mais inévitablement, la dégénérescence cancéreuse. Je fais observer ici que le tissu des nævus étant abnormal , son inflammation ne doit pas présenter les mêmes caractères que dans les tissus ordinaires de l’organisme animal. Les nævus sont des tissus extraordinaires congêniaux que leur inflammation change nécessairement en cancers *, les organes devenus squirrheux et couenneux , ou solanoïdes et encéphaloïdes, sont des tissus extraordinaires accidentels qui doivent nécessairement s’enflammer si le sujet vit assez long-temps, et leur inflammation paraît aussi inévitablement cancéreuse que celle des nævus.

Dans l’estomac , l’inflammation chronique du péritoine et de sa membrane muqueuse est portée très-loin et pendant très-ion g- temps sans qu’il survienne de dégénérescence cancéreuse. D’autre part , j’ai observé des squirrhcs des parois de

l'estomac qui étaient épaissies de plusieurs lignes et meme d’un pouce , et cependant les membranes muqueuse et séreuse étaient dans l’état sain et glissaient encore sur l’engorgement , preuve suffisante qu’elles n’en étaient pas le siège dans ces cas et qu’il n’était pas de nature inflammatoire, puisqu’après plusieurs mois ces membranes ne lui étaient pas encore devenues adhél’entes.

Le développement des engorgemens cancéreux de l’estomac , après des coups ou des pressions habituelles, semblerait prouver que les violences locales peuvent être causes de cette maladie dans le ventricule comme dans les mamelles , les testicules et les nævus *, mais je pense qu’il faut se défier de cette apparence pour les raisons suivantes :

i°. Un sac membraneux flattant, placé profondément derrière les parois plus ou moins épaisses de l’abdomen et même sous les fausses cotes ^ ne peut , à moins de blessure grave j éprouver de violence physique directe capable d’y développer l’état inflammatoire : il y a impossibilité physique.

2°. Une frayeur, une contrariété, une peine imprévue impriment à l’organisme une commotion nerveuse qui retentit soudainement dans

le système cérébro-spinal et dans les nerfs ganglionnaires : aussi, dans le cas que je viens de poser , on voit le contre-coup de la commotion produire immédiatement chez les uns des étourdissemens , des vertiges , des tremblemens des membres, la dyspnée ou des palpitations, et même l’hémoptysie , l’émission involontaire des urines , une perte ou une suppression des règles , la colique, la diarrhée, et enfin chez d’autres une pesanteur ou une douleur d’estomac , des vomissemens ou un choléra-morbus. Faudrait-il attribuer à une violence locale tous les phénomènes dont je viens de parler ? cela ne se peut pas , puisqu’il n’y en a point eu , et que même, lorsqu’elles ont eu lieu , elles sont si légères qu’on ne peut tenir compte que de la frayeur que leur cause a produite. Une personne me consulte pour un coup reçu dans l’estomac et suivi d’une violente douleur dans cette région; interrogée sur la violence du coup, elle répond que le coup a été très-léger, puisqu’ à peine a-t-elle été touchée; une autre n’a eu que la frayeur d’un geste , et cependant l’anxiété et le malaise ont été égaux chez toutes deux, et chez toutes deux une affection organique de l’estomac s’est développée consécutivement. Une personne très-irritable, placée aune croisée, éprouve subitement une émo-

tion très-vive et ressent une douleur au sein gauche , dans lequel se développe le cancer qui fait le sujet du trente-troisième fait. Ces exemples suffisent pour dévoiler en même temps le pouvoir local des commotions générales de Forganisme en raison des prédominances locales de la susceptibilité nerveuse, et donnent la raison physiologique la plus simple de la prédominance de certains phénomènes locaux dans les maladies.

Diverses affections locales surviennent par les impressions comme par les influences hygrométriques, barométriques, thermométriques , électriques ou marécageuses de l’atmosphère, et débutent par un malaise général dont la commotion retentit consécutivement d’une manière plus ou moins exclusive vers tel ou tel organe, qui devient en conséquence un centre de fluxion. Les cancers de l’utérus sont-ils, plus que ceux de l’estomac , soumis à la loi qui semble commune aux mamelles , aux testicules et aux nævus ? je ne le pense pas : car, i°. j’ai observé des cancers chez des vierges \ 2°. les prostituées n’y sont pas aussi exposées que cela devrait être *, et 3°. les approches de l’époque de la cessation des règles , d’une migraine, etc., semblent la circonstance dans laquelle cette maladie affecte les femmes et

les veuves de la conduite même la plus régulière. Le nez , les lèvres et la langue ne semblent pas également susceptibles de la dégénérescence cancéreuse dans tous les âges, même lorsqu’ils éprouvent des irritations locales fréquentes : le danger est plus grand pendant l’age mûr et à la cessation des fonctions habituelles ou périodiques.

§. III

App lie at ions prophylactiques .

Dans le temps ou la nature semble hésiter encore sur le choix de l’organe qui deviendra le siège d’une affection supplémentaire , l’art sera utile s’il peut choisir lui-même des fonctions nouvelles pour remplacer sans inconvénient celles qui doivent cesser. Le changement de régime alimentaire, de vê terriens, d’habitation, d’exer-

cices physiques et d’occupations morales , une inflammation extérieure artificielle , l’excitation de quelque organe sécréteur externe ou interne, des spoliations sanguines opportunes donnent précisément les moyens d’atteindre ce but. Je pense que beaucoup de personnes peuvent avoir été préservées du développement de cancers par la combinaison de moyens prophylactiques

puisés clans les classes d’agens que je viens d’indiquer.

On a vu commencer à la fin de l’àge mûr des engorgemens mammaires ou utérins dont on pouvait redouter les suites les plus fâcheuses. Cependant les personnes qui les portaient ont recouvré et conservé une santé parfaite en changeant de régime alimentaire, de vêtemens, d’habitation, en passant du repos â l’exercice ou de l’agi tation morale au calme, par l’application d’un exutoire, ou Fusage de quelque moyen laxatif, diaphorétique ou diurétique , par quelques saignées périodiques ou enfin par des voyages et l’usage d’eaux minérales. Des souvenirs d’hérédité font sentir encore davantage la nécessité des moyens prophylactiques, et surtout vers les époques de la cessation de fonctions surnuméraires idio-syncrasiques.

Dans une famille strumeuse le grand’ père est mort d’un cancer à l’estomac , vers soixante-dix ans ; le fils aîné de celui-ci , qui lui ressemblait, a succombé â la meme maladie à trente -huit ans, après avoir été sujet à des catarrhes, comme sa mère, jusqu’après trente-six ans; le second fils, ne ressemblant ni â son père , ni â sa mère, est fixé depuis long-temps au Brésil et a échappé jusqu’à cinquante et un ans aux maladies de l’un

et île l’autre* Parmi les cnfans nombreux du frère aîné , les uns lui ressemblent et les autres à leur mère. Le bis aîné, qui ressemble à sa mère, a éprouvé , de vingt à vingt-deux ans , des accidens opiniâtres et semblables à ceux de son père, dans la région de l’estomac *, la flanelle, un cautère au bras et le régime avec les substances animales surtout , l’ont conduit jusqu’à trente-deux ans sans qu’aucun accident se soit renouvelé ; le second fils, ressemblant à son père, a succombé à la même maladie que lui , vers vingt-deux ans , malgré toutes les précautions que j’ai pu employer. Une sœur de ces derniers, âgée de vingt-deux ans, ne ressemble ni à son père ni à sa mère, mais plutôt à sa grand’mère paternelle, dont elle a la susceptibilité nerveuse, catarrhale et dyspnéique*, son estomac est souvent compromis. Je n’ai pas encore obtenu l’emploi de la flanelle , ni l’application d’un exutoire ; mais elle est soulagée par l’usage des substances animales , des viandes rôties de préférence aux légumes, qui lui nuisent manifestement. Les autres enfans, jeunes encore, ressemblent les uns à leur mère, les autres à leur père ou à leur grand’mère paternelle , et présentent des affections correspondantes aux leurs. Ces exemples suffisent pour donner une idée des moyens de précaution que IL 4

l’étude de l’hérédité et des susceptibilités idio* syncrasicjues peut suggérer. L existence d’une affection syphilitique ou psorique antécédente, et qui peut avoir des connexions de cause avec des engorgemens cancéreux consécutifs, doit être prise en considération , puisque des engorgemens qui présentaient les caractères squirrheux ont disparu par des traitemens spécifiques. J’ai cité l’exemple de deux testicules présentant tous les caractères du sarcocèle depuis plus de dix-huit mois , et dont la résolution s’est opérée sous l’influence d’un traitement mercuriel : parmi les faits analogues que je pourrais joindre à celui-là , j’ai choisi le suivant.

Madame P.... , alors âgée de trente-trois ans, me consulta, en juin 1818, pour des douleurs lombaires, inguinales et hypogastriques, qui, commencées trois ans auparavant, avaient fini par devenir intolérables. Un flux leucorrhoïque de très-mauvaise odeur et fort abondant contribuait à épuiser ses forces, déjà très-diminuées par l’insomnie opiniâtre que lui causait sa maladie, qui avait continué d’empirer malgré les antiphlogistiques, les bains, les sangsues, les cataplasmes, les caïmans et autres moyens analogues employés dès le commencement.

L’examen de l’utérus me fit reconnaître dans

cet organe un état d’engorgement qui lui donnait un volume triple ou quadruple de celui qu’il doit avoir. Cet organe était fixe et comme mastiqué derrière le pubis ; son col était dur ; le vagin lui-même avait pris de la densité à sa partie supérieure , et l émission des urines était fréquente et douloureuse.

La malade était maigre, avec un teint jaunâtre, et sans fièvre, malgré les douleurs continues et excessives auxquelles elle était en proie. Madame P.... avait eu cinq en fa ns dont les deux derniers étaient morts en bas-âge; son état paraissait désespéré, et j’allais me borner à conseiller quelques caïmans, lorsqu’il me vint en pensée d’examiner la santé du mari. Différentes infections syphilitiques et des traitemens trèsincomplets , ainsi que la mort des enfans , m’autorisant à supposer cette cause chez la femme, je conseillai un traitement régulier par des frictions avec l’onguent mercuriel, des bains tièdes, des boissons mucilagineuses, un calmant le soir et un régime doux. Le succès surpassa mon attente, car en quelques jours les douleurs furent diminuées au point que le sommeil se rétablit, et il ne fut plus nécessaire d’employer le calmant du soir. Au bout de deux mois de traitement,

l’engorgement du vagin , du col et du corps de l’utérus redevenu mobile , était dissipé en grande partie, et le teint était meilleur*, cependant il y avait imminence de ptyalisme. Je fis suspendre les frictions ; je purgeai avec l’huile de ricin, et je continuai les bains tièdes pendant quelques jours, après lesquels la malade commença l’usage des pilules suivantes matin et soir, en buvant pardessus un verre de lait. ( Extrait de ciguë > deuæ gros ; deuto - chlorure de mercure, six grains : mêler exactement et faire du tout cent quarante- quatre pilules égales. ) On commença par une pilule à chaque dose pour le premier jour, puis deux chaque fois pendant deux jours, ensuite trois chaque fois pendant trois jours ; après quoi on s’éleva à quatre pendant quatre jours, cinq pendant cinq jours, et enfin à six chaque fois pendant plusieurs semaines, après lesquelles la dose fut diminuée comme elle avait été augmentée. La malade buvait la décoction de squine à ses repas ; après cinq mois de ce traitement elle était entièrement guérie depuis plus de six semaines quand il fut cessé.

A trente-cinq ans et demi cette personne accoucha de deux enfans , qui ne vécurent pas , et elle fut prise ensuite d’une céphalalgie, ou plutôt

d’une céphalée si violente et si opiniâtre qu elle réclama de nouveau mes soins : je trouvai la matrice et ses dépendances en très-bon état*, mais l’excès de la douleur de tête et peut-être quelques inégalités sous le cuir chevelu, ainsi que la mort des enfans me déterminèrent à recommencer un traitement par les bains rendus minéraux avec le deuto-chlorure de mercure , qui de deux gros par bain fut porté successivement jusqu’à trois onces. Ces bains furent d’abord administrés tous les jours, puis de deux jours l’un. La céphalalgie céda en peu de temps*, ce traitement fut néanmoins continué pendant plus de trois mois. Dans le même temps , le mari suivit un traitement régulier par la liqueur de Van- Swiéten.

A quarante-un ans et demi, madame P ,

aujourd’hui âgée de quarante-trois ans, est accouchée d’un enfant très-bien constitué, et qui jouit ainsi que sa mère d’une très -bonne santé. 3e livre cette observation aux réflexions de tous les praticiens, sous le point de vue de la nature de l’engorgement qui a été résous , et sous celui du traitement qui a obtenu un succès aussi décidé dans un cas aussi grave. iVyant prouvé que le vice syphilitique a causé le développement de

maladies locales de différens genres, et en particulier d’engorgemens squirrheux qui ont disparu sous l’influence d'un traitement antisyphilitique, j’ai démontré en même temps que diverses causes peuvent mettre en exercice la susceptibilité squirrheuse des organes, et que, avant la période de désorganisation , ces engorgemens peuvent être combattus avec avantage s’il existe un traitement spécifique connu contre leur cause.

Une femme âgée de vingt-six ou vingt-sept ans, en 1806, présentait les symptômes d’une maladie organique de l’estomac; depuis plus d’un an elle souffrait dans la région de cet organe, vomissait quelques heures après leur ingestion les alimens qu’elle avait pris , et tombait dans le marasme , malgré tous les moyens employés jusque-là. Des recherches faites sur la santé antécédente du mari me conduisirent à supposer la possibilité d’un vice syphilitique. Je conseillai un traitement antisyphilitique par les frictions avec l’onguent mercuriel ; en même temps la malade fut mise au régime lacté, quoiqu'il eût déjà été employé inutilement.

Les accidens ne tardèrent pas à diminuer, les vomissemens cessèrent, les digestions se rétablirent, et après deux mois de traitement la ma-

lacle avait déjà récupéré un peu d embonpoint ; elle avait recouvré sa santé ordinaire au bout de quatre mois d’usage de ces moyens, et se remit peu-à-peu à son régime habituel. En 1812, je fus consulté de nouveau pour la même personne, qui depuis plusieurs mois présentait les symptômes de la phthisie pulmonaire à laquelle elle succomba deux mois après.

A l’ouverture du cadavre , outre les cavernes tuberculeuses des poumons, je trouvai l’estomac adhérant au pancréas par une cicatrice de la grandeur d’une pièce de cinq francs. Les parois de l’estomac présentaient autour de cette cicatrice un froncement ou des plis semblables à ceux du mésentère; lorsqu’on sépara cet organe du pancréas, la cicatrice resta sur ce dernier, et l’estomac se trouva perforé d’une ouverture correspondante par son étendue à celle de la cicatrice.

i°. Il est évident par l’autopsie que cette femme avait eu dans l’estomac un ulcère , dont je laisse chacun déterminer les dimensions d’après celles d’une cicatrice de quatorze ou quinze lignes de diamètre.

2°. Un ulcère considérable de l’estomac qui avait perforé ce viscère a été guéri par un traitement antisyphilitique, il est donc clair, par ce

cas comme par le précédent, que, lors mêmequ une maladie locale est très-grave , si elle reconnaît une cause que nous puissions attaquer avec avantage , comme le vice syphilitique, on peut espérer d’en obtenir la guérison.

Lorsqu’une glande mammaire^ un testicule ou un nævus ont été irrités par un coup , une excoriation ou une violence quelconque, ou lorsqu’il existe déjà spontanément dans ces organes des douleurs , des névralgies, des propensions phlegmasiques qui annoncent en eux une prédominance de susceptibilité , on peut regarder ces circonstances comme des préludes d’un état plus fâcheux, dont il faut empêcher le développement par des saignées locales, des résolutifs, des narcotiques, des pilules analogues à celles de Méglin, des douches en arrosoir des eaux minérales et des évacuans des premières voies. En même temps on choisira le régime parmi les substances végétales et animales qui paraîtront les plus favorables', on couvrira la partie d’une peau de lièvre ou de cigne*, on prendra une habitation au midi , et on se livrera au genre d’exercice et aux occupations morales que le siège des préludes comportera. L’action des bras ne convient pas plus après les coups aux seins , que celle des jambes après les contusions sur le scrotum.

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