L’aspect sur-rutilant du sang veineux
3°. Le succès décisif de la saignée dans la période de la chaleur de l’accès ;
4°. La facilité avec laquelle la nature a terminé la solution de la maladie, dès que le principal obstacle a été enlevé par la spoliation de la grande circulation.
Il ne serait pas difficile de fournir des exemples par-
ticuliers de fièvres générales et locales, et d’affections locales absolument liées à l’existence de l’état pléthorique , et disparaissant avec lui.
DEUXIÈME ORDRE
Fièvres hématosiqnes asthéniques.
Il faut classer ici un grand nombre de fièvres putrides et pétéchiales des anciens et de fièvres adynamiques des modernes. Dans cet ordre, outre les symptômes des fièvres biosiques asthéniques : i°. Si la maladie est à un degré modéré, le pouls est peu ou point fréquent, et plus ou moins faible, ainsi que l’impulsion du cœur; il n’y a point de céphalalgie essentielle, ni de soif, ni même de chaleur à la peau , qui est peu colorée, surtout au visage, à moins qu’il n’y ait des stases veineuses. (Les stases du sang dans les veines capillaires semblent reculer les limites du système capillaire veineux aux dépens du système capillaire artériel avec lequel il se continue.) La peau ne devient halitueuse que dans le cas de fatigue du malade pour donner son attention , se mouvoir, etc. Les hémorrhagies forment des épanchemens et constituent les vibices ou les pétéchies, ou les hémorrhagies intestinales .
2°. Si l’affection est grave , alors tous les symptômes sont plus fortement prononcés: le pouls finit par prendre de la fréquence; la bouche, sans avoir été rouge, se salit par des fuliginosités ; la peau devient terreuse ; les
traits s’affaissent; la prostration des forces jette dans la supination ou même dans la lipothymie , lorsqu’on essaie de mettre le malade sur son séant. Les hémorrha gies qui arrivent débilitent, ainsi que les autres évacuations , jusqu’à ce que l’aspect sthénique des fonctions reparaisse. Les anti-phlogistiques , et surtout la saignée, sont nuisibles.
C’est une inadvertance assez grande que d’avoir confondu les effets des phlegmasies graves avec les phénomènes des fièvres asthéniques en général et des fièvres liématosiques en particulier.
Une phlegmasie violente du péritoine cause une tension douloureuse du ventre. L’impulsion de la région précordiale reste forte et devient même tumultueuse; mais le pouls perd de sa fréquence et se concentre avec réfrigération des extrémités; qu’a de commun cet état qui cède souvent à la saignée, avec celui que je viens de décrire? Une personne a la bouche sèche et fuligineuse; la soif est vive, la peau est chaude, le pouls fréquent et plus ou moins concentré, le malade se lève pour aller à la selle 9 etc. ; est-il permis de comparer cette situation avec celle qu’on observe dans la fièvre hématosique asthénique , dans laquelle le malade , dans une prostration plus ou moins complète, est retenu en supination, sans soif ni chaleur, comme sans force du pouls , dont la fréquence n’augmente qu’à l’agonie et ne diminue avec le collapsus adynamique que sous l’influence des toniques, de la limonade vineuse, du quinquina et du camphre, etc. ? La difficulté de bien faire entendre ma pensée sur cet objet important, autrement que par des faits , m’engage à en placer ici deux de la
plus grande authenticité , sans rien changera ia rédaction des observateurs.
Fièvre hématosique , asthénique et exanthématique, recueillie à la Clinique 'par M. le Docteur Martinet, en octobre 18*23.
» La femme Rousselle , âgée de vingt-cinq ans , est prise d’une douleur dans le côté gauche, les premiers jours du mois d’octobre 5 le malaise ayant augmenté, elle fut obligée de se mettre au lit le 12 , elle ne fit usage alors que de tisanes. Le 16 , elle entra à rHôlei- Dieu, et fut couchée au n° 11 de la salle St-Côme , service de M. Récamier. Soumise à notre examen le 17, elle était dans l’état suivant :
Le 17 octobre. Aspect adynamique , visage livide, langue sèche, d’un rouge cramoisi, lie de vin ; épigastre très-sensible à la pression , dévoiement, point de céphalalgie j conservation complète de l’intelligence; pouls et battemens du cœur très -faibles et peu fréquens ; peau chaude , présentant une couleur livide et des vergetures marbrées bleuâtres sur le thorax ; toux ; bruit respiratoire très-faible dans les deux côtés de la poitrine et particulièrement à gauche ; de l’un et de l’autre côté , en avant , on entend un râle muqueux et un peu de râle crépitant. Décubitus en supination , état d’affaissement et de stupeur considérable. ( Décoction de quinquina , julep camphré , lavement de quinquina , sinapismes aux pieds , vésicatoires aux cuisses , fomentations avec camo-
mille et vinaigre sur le ventre. ) Point de paroxysme le soir.
Le 18, langue commençant à s’humecter, visage moins cramoisi qu’hier , bruit respiratoire plus sensible au stéthoscope; poulsmoins mou , mieux qu’hier. [Même traitement , sauf les sinapismes et les vésicatoires. )
Le 19, pommettes fortement colorées ; langue sèche, moins brunâtre ; ventre moins sensible que les jours précédens; dévoiement sanguinolent ; expectoration muqueuse, épaisse, blanchâtre, mêlée de quelques stries de sang; même état du reste. Les vergetures bleuâtres de la poitrine n’existent plus ; la malade est mieux. ( Même traitement , plus un gros d’extrait de quinquina dans le jutep.)
Le 20, bouche moins fuligineuse , pommettes toujours très-rouges, et dans une grande étendue ; même état du dévoiement , de la toux , de l’expectoration et de la fièvre. ( Même traitement. Décoction de riz avec eau de Rabel.)
Le 21 , la bouche reste toujours sèche , la langue brunâtre ; le dévoiement diminue , il est moins sanguinolent ; les crachats sont toujours muqueux et contiennent du sang, mais par stries, sans y être combiné intimement; le ventre n’est nullement douloureux, Pinspiration du côté gauche est un peu plus sensible en avant ; celle du côté droit l’est davantage ; on y entend toujours un râle crépitant léger ; la percussion est sonore à droite , mais un peu obscure à gauche; le pouls conserve de la fréquence. (Même traitement.)
Le 22, décubitus meilleur, pouvant se faire sur le côté droit ; face moins colorée , langue toujours rouge , sèche et encroûtée ; mieux sensible ; expectoration facile, muqueuse , sans présence de sang; dévoiement moindre et moins sanguinolent. ( Même traitement.)
Le 25, langue humide , brunâtre ; dévoiement diminué , pouls moins fréquent, assez résistant, ventre insensible et souple, faciès plus clair; état général beaucoup plus satisfaisant. ( Même traitement. On augmente ta dose du camphre du julep de douze grains , et celui de l'extrait de quinquina d'un demi-gros.)
Le 24 , le 25 et le 26, mieux sensible par la diminution graduée des divers symptômes relatés ci-dessus. {Même traitement.)
Le 27, augmentation du dévoiement qui n’est plus sanguinolent ; même état du reste. {On ajoute de V amidon au lavement de quinquina ; on substitue l'Ether 5 j au camphre du julep ; décoction blanche, eau de riz gommée pour boissons. )
Le 28, pommettes très-rouges, stupeur, état qui n’existait plus depuis le 22 ; langue blanchâtre , poinlillée , humide; fréquence du pouls augmentée ; l’inspiration gagne , mais n’est point encore profonde à gauche. {A (fusions générales de cinq minutes à 180 de Béaum. Même traitement du reste. )
Le 29 , peau moins chaude qu’hier , face moins rouge , teint plus clair ; mieux généra 1 ; point d’augmentation des symptômes thoraciques ; diminution
de la fréquence du pouls , ainsi que du dévoiement et de la stupeur. ( Même traitement. )
Le 5o et le 3i , mieux gradué ; diminution du dévoiement , retour des forces.
Les 1 , 2 , 5 et 4 novembre , la fièvre persiste encore , mais à un moindre degré ; la face reste encore colorée aux pommettes , et l'inspiration un peu gênée, surtout à l’examen de l’auscultation médiate. Cependant, amélioration journalière. ( Même traitement. )
Le 5 , cessation du dévoiement ; langue humide, parfaitement nettoyée , peu de fièvre. ( Décoction Planche 9 eau de gomme , véronique. )
Les jours suivans le mieux se soutient -, on commence à passer du bouillon : mais le i5 la langue devient un peu jaunâtre ; la malade a des envies de vomir ; le 16 même , elle éprouve quelques vomissemens bilieux peu abondans -, le 17 , on lui administre un scrupule d'ipécacuanha ; l’embarras gastrique se dissipe aussitôt , et la convalescence s’établit dès le 21 novembre. »
Observation d'une Fièvre hématosique asthénique avec hémoptysie et pneumonie , cessation de Vétat générai avant Vétat local , succès des toniques ; recueillie par M. ie docteur Dance , à la clinique de V Hôtel-Dieu 3 en juin 1824.
« Le nommé Geoffroy ( Nicolas ), âgé de vingt-six ans ,
maçon, demeurant rue de la Verrerie , est entré à l’hôpital le i5 juin 1824.
Il est fort, régulièrement conformé, sanguin, n’a éprouvé aucune affection dans le cours de sa vie. A l’époque deM§on entrée il accusait trois jours de maladie , et nous a offert d’abord tous les symptômes d’une fièvre catarrhale à un degré modéré, tels que céphalalgie, chaleur vive de la peau, dévoiement, acuité et rougeur de la langue, râle sibilant, etc. Il fut traité par les sangsues à l’anus, les délaj^ans et la diète. Les symptômes se modérèrent, la langue dérougit, la soif et le dévoiement se calmèrent, la fièvre tomba; mais il restait toujours un fond de chaleur et de l’abattement. O11 donna des alimens qui réveillèrent le dévoiement.
Enfin le 28 juin le malade se plaignit d’une douleur vive dans le côté gauche de la poitrine , avec gêne de la respiration , qui est entrecoupée et suspirieuse. Douze ventouses scarifiées amènent du soulagement , mais n’éteignent ni la douleur ni l’oppression.
ier juillet. — Service de M. Récamier. — Voici l’état du malade :
Décubitus dorsal, chaleur pénétrante de la peau, langue bordée de rouge tendant à la sécheresse, toux peu fréquente ; depuis deux jours, expectoration brunâtre, sanieuse, entièrement formée par du sang noirâtre sans mélange de mucus; respiration courte; percussion donnant un son mat en avant et en bas, en arrière et dans toute la hauteur du côté droit de la poitrine. Bruit respiratoire à peine sensible dans tous ces points, pas de râle crépitant , pas d’égophonie manifeste ; pouls petit, faible, modérément fréquent , face
triste, yeux fatigués, selles modérées. (Douze grains d’oxide blanc d' antimoine en quatre doses dans 5 xij d’eau très-édulcorée; vésicatoire sur la 'poitrine ; trois pois de solution de gomme arabique.)
Le 2 , le malade n’a ni vomissemens ni selles ; il semble plus fébricitant, plus chaud; sa voix est moins assurée; sa langue plus rouge, sèche, brune an milieu, ainsi que ses dents; son pouls fréquent, petit, peu résistant; son crachoir est à moitié rempli d’une matière brunâtre, noirâtre, sans odeur bien marquée. Mêmes résultats quant à l’auscultation et à la percussion.
( Seize grains d’oxide blanc d’antimoine dans un pot d’infusion de feuilles d'oranger , en quatre doses ; trois pots de gomme arabique ; julep éthérè avec trente-six grains d* extrait de quinquina à prendre par cuiller ées.)
Le 5, dans la journée d’hier, la fièvre redouble, les pommettes se colorent, sueurs abondantes; ni selles, ni vomissemens ; tourmens légers d’entrailles. Ce matin, face calme, parole plus libre , respiration moins courte, toux rare donnant encore pour produit des crachats offrant les mêmes caractères que les jours précédens; le pouls se montre petit et faible, la percussion et l’auscultation donnent les mêmes résultats. ( Julep èthèré avec extrait de quinquina 3 ij ; gomme arabique ; six pilules camphrées de deux grains chacune. )
Dans la journée , sueur générale , coloration de la face ; les crachats perdent leur feinte foncée.
Le 4, sommeil tranquille, absence de selles; expectoration plus foncée en couleur qu’hier dans la journée ;
Je malade rend en ma présence un gros crachat semblable pour sa couleur à du résiné liquide. Le pouls est extrêmement petit, faible, peu fréquent. ( Même prescription ; eau vineuse .)
Le 5, le malade paraît être mieux : son sommeil a été tranquille; sa face est calme , sa voix forte, son expectoration est moins sanieuse et moins brunâtre. L’auscultation laisse entendre un peu de bruit respiratoire en arrière et à droite, quoique le son y soit entièrement mat. La langue est toujours ramassée en pointe, ronge sur ses bords , demi-humide ; les selles manquent depuis trois jours. ( Toujours même prescription.)
Le 6, mieux très-marqué, toute chaleur morbide a cessé. Les crachats prennent une teinte rutilante ; le pouls est sans fréquence, encore petit; face pleine de vie, et, malgré cette amélioration évidente, l’auscultation et la percussion n’annoncent aucun amendement local dans l’état de la poitrine. Une seule selle. [Même prescription , c’est- à-dire jutep êtliére 9 extrait de quinquina 5 ij ; six pilules camphrées de deux grains chacune ; trois pots de gomme arabique ; eau vineuse.)
Le y. l’amélioration continue d’une manière remarquable; la face prend de la vivacité, la peau est fraîche; l’expectoration commence à se fondre avec la couleur blanchâtre du mucus auquel elle est mélangée. {Même prescription.)
Le 8, pour la première fois, le bruit respiratoire nous paraît revenir au sommet du poumon droit; l’expectoration perd de plus en plus ses caractères sanieux et brunâtres; la langue est encore effilée et rouge à ses bords; absence de selles, appétit très-prononcé; le
pouls est toujours petit et faible, mais sans fréquence.
( Même prescription.)
Depuis ce moment l’amélioration s’est prononcée de plus en plus ; au 10 juillet, l’expectoration est devenue tou t-à- fait naturelle, et cependant ni l'auscultation ni la percussion, n’annoncent la perméabilité du poumon droit. ( On supprime le camphre , on maintient le quinquina à la même dose ; un large vésicatoire est placé sur le côté droit de la poitrine. )
Au i5 juillet , le malade se sent assez découragé pour se lever pendant trois heures. Au 16 juillet, il n’existe presque plus de symptômes généraux, l'affection locale seule persiste. ( On continue toujours le même traitement. )
Enfin la convalescence se prononce de plus en plus ; le malade se lève, demande à manger avec les plus grandes instances; la prudence exige qu’on modère les alimens ; on se borne aux fécules et au riz.
Le 24, après un nouvel examen de sa poitrine, on trouve toujours le son mat en arrière et à droite; et en avant et en bas tout rentre dans l’ordre , tandis que l'affection locale persiste au môme degré. ( Un cautèreprofond est placé à la partie postérieure de la poitrine ; on recommande au malade le plus grand repos ; on ménage toujours les alimens 9 on continue encore le julep avec le quinquina , mais à moindre dose.)
Le reste de l’histoire de cette maladie n’offre rien autre chose d’important, si ce n’est le retour du son et du bruit respiratoire à la partie supérieure du poumon droit, et le rétablissement complet de toutes les fonc-, lions. Enfin le malade, ennuyé d’un si long séjour à
l’hôpital, voulut en sortir le 16 du mois d’août. Avant sa sortie, son état a été rigoureusement consla'é : il mangeait la demi-portion, et la supportait très-bien. Il se levait chaque jour, et n’était pas fatigué d’être sur pieds; il avaitrepris de la coloration et de l'embonpoint; toutes ses fonctions s’exécutaient avec régularité ; il ne conservait qu’un peu de toux, revenant par momens très-éloignés et ne donnant lieu à aucune expectoration. Mais, d’un autre côté, le poumon droit n’est pas revenu entièrement à son état naturel ; le son est plus obscur à droite qu’à gauche ; le bruit respiratoire est faible dans le côté droit , surtout en arrière, et meme à la base du poumon droit on ne l’entend pas du tout, en sorte qu’il reste là un état latent et chronique qui ne produit pas de fièvre, qui a permis même la restauration de l’individu , mais qui, d’un moment à l’autre, pourrait inspirer des craintes ; aussi a-t-on recommandé au malade d’entretenir son cautère, de se couvrir convenablement, de soigner son régime , etc.
Dans cette maladie , l’état général était tellement indépendant de l’état local , que le premier a cessé entièrement quoique le second se maintînt au même degré.
On ne peut douter, d’après l’exposé des faits, jour par jour, que le traitement n’ait eu de l’efficacité ; et s’il est permis de juger de la nature de la maladie par la valeur du traitement employé, on sera fort éloigné de ranger celle-ci dans les gastro-entérites ou dans les péripneumonies simples, o
La première de ces observations est remarquable , i°. par les phénomènes de la lésion profonde de l’hématose, la faiblesse du bruit respiratoire, la lividité du
visage, les vibices, la faiblesse du pouls ; etc.. , 2*. par le succès décisif d’un traitement tonique, malgré les symptômes d’un exanthème muqueux, évident par la rougeur de la langue, la sensibilité de la région de l’estomac et même le dévoiement sanguinolent ; 5°. par le retour vers l’état sthénique, depuis le 28 octobre; et 4°. enfin, parles symptômes bilieux le i5 novembre, et les bienfaits de l’ipécacuanha le 17, à la fin delà sixième semaine de la maladie.
La seconde est frappante, i°. par la lésion profonde de la respiration ; 20. par la nature du sang expectoré ; 3°. par le retour presque immédiat vers l’état sthénique sous l’influence d’un traitement tonique, par lequel les symptômes généraux se dissipent avant les symptômes locaux qui ne diminuent qu’après la cessation des autres. Il ne s’agit pas ici , comme on voit , d’une pleuropneumonie avec hémoptysie, ni d’une gastro-entérite produisant la petitesse et la faiblesse du pouls, la chaleur âcre de la peau , etc. ; car la fièvre augmente en apparence par les toniques, et cependant le malade se trouve de mieux en mieux.
TROISIÈME ORDRE
Fièvres hématosiques ataxiques.
Il faut placer ici :
i°. Toutes les pyrexies générales dans lesquelles l'appareil circulatoire est primitivement dans un grand état d’exaspération qui simule une fièvre inflammatoire
dont les symptômes ne cèdent pas à la saignée ni au régime anli-phlogistique , ou sont remplacés par d’autres plus graves.
2°. Toutes les pyrexies générales dans lesquelles l’appareil circulatoire est dans un collapsus primitif avec des phénomènes hémorrhagiques fâcheux , pétéchies , vibices , etc. , et qui ne cèdent pas aux toniques , ou sont remplacés par ceux d’une sur-stimulation fâcheuse.
Je regarde comme impossible de bien faire entendre ces différences autrement que par quelques exemples auxquels je m’arrêterai à raison des bornes que je me suis prescrites.
Fièvre hématosique ataxique , de forme sthénique , avec y leur o -pneumonie.
(Succès de l'emploi du musc.)
« Madame de T***, âgée de trente-quatre ans, enceinte de sept mois, après avoir éprouvé un léger malaise dans la journée du 18 avril 1818, est prise tout-à-coup, dans la nuit du 18 au 19, d’une violente douleur dans le côté droit du thorax , avec difficulté considérable de respirer et fièvre forte.
19 avril, deuxième jour de la maladie : douleurs de côté des plus vives , tussicule sèche , oppression considérable, angoisses, peau chaude, souple, assez halitueuse vers les parlies supérieures seulement ; langue humide, soif, pouls uur à 124 pulsations par minute. ( Saignée de deux goélettes, ca-
tapiasme émollient sur le côté droit , eau d’orge T eau de poulet. ) Le sang tiré est riciie et couenneux.
Le soir, point de décoloration de la face, malgré la saignée ; crachats avec quelques stries de sang , pouls dur et brusque. ( Nouvelle saignée de deux poëlettes.) SaDg riche.
Troisième jour, nulle détente, malgré la moiteur de la peau, qui se manifeste toujours sur les parties supérieures du corps ; toux , crachats rouiîlés , oppression spasmodique, pouls brusque et dur à 120 pulsations par minute; constipation. ( Saignée de deux poëlettes . ) Passage de la douleur au côté gauche du thorax. ( Application de sangsues sur le côté 9 eau d'orge 9 petit-lait .)
Quatrième jour, continuation des accidens ; toux, expectoration , oppression , fièvre : Consultation à deux heures avec M. Hallé. ( Saignée. ) Augmentation du malaise ; le pouls devient plus brusque ; nuit comme les précédentes, très-fatigante par les quintes de toux et la difficulté de respirer.
Cinquième jour, point de mieux; pouls moins résistant, toujours brusque et au dessus de 120 pulsations. La malade cesse alors de sentir les mouvemens de son enfant. On se détermine à une cinquième saignée, cataplasmes sur les côtés , sinapismes aux pieds ; le sang continue d’être couenneux.
Sixième jour, augmentation de tous les accidens, forte céphalalgie , visage toujours très-coloré en rouge. ( Le soir on applique un vésicatoire sur le côté. ) Rêvasseries pendant la nuit ; agitation.
Septième jour : augmentation de la douleur de côté
et de l’oppression ; le pouls devient plus brusque et s’élève à i3o pulsations; le vésicatoire est enlevé, le matin , à raison de l’exaspération des accidens malgré la phlyctène produite. La tension du ventre et quelques matières bilieuses évacuées par bas le matin engagent à prescrire deux cuillerées d’un loock avec l’huile de ricin, ce qui provoque beaucoup de malaise et de tranchées sans évacuations; dans l’après-midi, exaspération de la douleur de côté et de tous les autres symptômes ; le redoublement du soir menaçant d’être formidable, le pouls devenant mollasse, on se décide à réappliquer des sangsues sur le côté gauche et des sinapismes aux mollets. Le soir le pouls est encore plus brusque, résistant , comme il a toujours été. Le malaise va en croissant ( vingt-huit sangsues , tant sur le côte gauche que sur V épigastre) ; après leur application , soubresauts des tendons, paupières à demi-ouvertes, délire avec agitation pendant la nuit.
Huitième jour, augmentation des accidens ; pouls brusque , mais évidemment faible, au-dessus de cent trente pulsations ; yeux à demi-ouverts, affaissement, suspension des plaintes, toux sèche, menace de suffocation par la déglutition de la moindre quantité de liquide; le visage reste fortement coloré en rouge. À midi et demi, consultation avec M. Hallé et M. Gardien accoucheur de la malade. A une heure on commence l’usage du musc ; on en donne trois pilules de deux grains. A quatre heures le pouls est moins brusque, il ne donne plus que 120 pulsations. Les yeux restent moins entr’ouverts , la céphalalgie diminue de violence , la déglutition s’effectue moins
difficilement , la suffocation est moins imminente. ( Trois autres pilules de musc de deux grains. ) Le soir, à neuf heures et demie, diminution de la fréquence du pouls, expectoration de quelques crachats portant l’empreinte de la maturité. ( Trois pilules pour la nuit. )
Neuvième jour : continuation du mieux , expectoration muqueuse moins rouillée , pouls à quatrevingt-seize pulsations. La diminution de l’affaissement fait que la malade se plaint de la difficulté de trouver une position qui lui convienne. Le contraste de ses plaintes avec l’affaissement apathique de la veille, et le mieux général est très frappant.
Dixième jour: pouls à quatre-vingt-huit pulsations. On ne donne plus dès-lors que deux pilules de musc par jour. Le onzième on n’en donne qu’une seule ; on commence à passer quelques cuillerées de crème d’orge à l’eau.
Du onzième au quatorzième jour , simple mouvement fébrile dans le jour ; exacerbation modérée pendant la nuit ; le pouls ne remonte plus au-delà de quatre-vingt-dix ; il devient moins brusque de jour en jour; la coloration de la face diminue sensiblement. La malade recommence à sentir les mouvemens de son enfant. On donne un peu de bouillon.
Du quatorzième au dix-huitième , sueurs nocturnes générales et abondantes ; diminution de la coloration de la face proportionnée aux saignées. Le bouillon passe.
I Dix-neuvième jour, apyrexie complète, convalescence confirmée. Les potages légers passent.
Aujourd’hui, 20 mai, la convalescence se soutient à
merveille. La résolution de la pneumonie ne s’est opérée que peu-à-peu clans les semaines suivantes.
I/aecouchement le plus heureux a eu lieu dans le courant du mois de juin. »
Fièvre hématosique ataxique, de forme asthénique
avec pneumonie.
« M. A****, âgé de soixante-six ans, replet, d’une constitution assez forte, sujet à des coliques bilieuses, et goutteux, avait eu un frère mortàcet âge d’un ramollissement du cerveau.
Le 6 septembre 1818 il éprouve de la fatigue et de la douleur dans le côté droit et antérieur du thorax, par suite d'une suppression de transpiration, le corps étant échauffé.
Le 7 , deuxième jour de sa maladie, je le trouve avec tine fièvre forte , chaleur de la peau, pouls fréquent et plein, gêne de la respiration, visage animé; il y avait de la toux et des crachats sanguinolens ; le son du thorax à droite était mat. Je fis pratiquer une saignée de deux poëlettes , et j’ordonnai pour boisson une décoction d’orge miellé, et un looch simple.
Le sang était riche ; il y eut du soulagement et une transpiration abondante.
Le 8, troisième jour de la maladie, la fièvre continue et se soutient au même degré, les crachats sont toujours rouillés, la respiration cependant “est plus facile; la nuit a été fatigante, et le soulagement obtenu par la saignée ne s’est pas maintenu.
Nouvelle saignée de deux poëlettes , suivie d’un mieux
sensible. Le sang est riche et recouvert d’une couenne épaisse.
Le soulagement par cette saignée ne persiste pas; il y a pendant la nuit un paroxysme violent.
Le g, quatrième jour, fièvre encore forte, mais diminution du sang dans les crachais; un peu de mieux; pouls toujours dur, plein. [Sangsues avec ventouses sur le coté; troisième saignée de deux goélettes.) Elle est suivie d’un mieux sensible et il n’y a qu^un paroxysme peu marqué pendant la nuit; la transpiration est toujours abondante, le sang était encore riche.
Le 10, cinquième jour, les crachats ne sont plus sanguinolcns, la respiration est facile, la peau un peu fraîche, le pouls faible et sans fréquence, avec altération des traits du visage; la nuit suivante, point de chaleur à la peau qui était fraîche, point de fréquence du pouls, mais agitation et délire, qui durait encore le 11 septembre au matin. Ce jour-là, qui était le sixième de la maladie , diminution du délire et de l’agitation, mais grande altération du visage, pouls faible et sans fréquence. Le malade répond juste en grande partie aux questions que je lui adresse; il boit, ii n’a pas d’appétit; mais il pense qu’on devrait lui donner à manger parce qu’il se sent faible. Je fais appliquer un large vésicatoire sur le côté droit du thorax, et je prescris trois doses d^extrait de quinquina de vingt-quatre grains chacune. La nuit suivante, peau froide, pouls faible et sans fréquence, délire violent, grande agitation et turbulence plus grande que la veille.
Le 12 , apyrexie, peau froide, et toujours grande altération du visage. ( Dix-huit grains de musc en trois
doses de quatre en quatre heures ; infusion de camomille , sinapismes aux pieds , vésicatoires aux jambes.) Nulle réaction; peau froide, pouls faible et sans fréquence; agitation et délire violent pendant la nuit.
Le i5, huitième jour à dater de l'invasion de la maladie , visage profondément altéré , pouls très-faible et sans fréquence? peau fraîche; le thorax du côté droit rend un son mat à la percussion et le délire n’est pas entièrement dissipé. Les sinapismes et les vésicatoires ont agi localement, mais sans effet sur les accidens. Je fais donner une tasse de café double le matin et une autre dans l’après-midi; la boisson est une eau rendue vineuse par le vin de Bordeaux; je permets un bouillon léger.
Dès la nuit suivante le calme se rétablit, la peau est mieux colorée et plus chaude? le pouls relevé, le visage moins altéré, le sommeil entrecoupé, mais sans délire ni agitation..
Le 1 4» je trouve le malade en bon état, le visage remis, le pouls relevé et la peau réchauffée. ( Même prescription : deux tasses de café, eau vineuse, léger bouillon , fomentations sur V abdomen avec camomille. ) La nuit suivante, insomnie? fatigue et agitation, chaleur, sans délire cependant.
Le 1 5, dixième jour delà maladie : « Le café m’a rendu la vie, me dit le malade, mais il m’agite.» Lepoulsavait de la fréquence, la peau était chaude, le visage un ( eu altéré , la poitrine rendait toujours un son mat à droite. J’ordonnai dix-huit grains de musc en trois doses, de la bière coupée pour boisson , des bouillons légers. La
nuit fut calme, sans paroxysme, le sommeil entrecoupé.
Le 16, mieux décidé : apyrexie, peau doucement chaude, meilleur état du visage. ( Douze grains de musc en trois doses , bière, bouillons. ) Nuit tranquille, bon sommeil, point de paroxysme.
Le 17, douzième jour de la maladie, même élat satisfaisant, apyrexie, pouls relevé, moins lent, chaleur de la peau naturelle, face animée, facultés intellectuelles parfaitement libres, [langue humide et nettoyée, appétit. Je continue le musc à la dose de neuf grains seulement, bière, bouillons, vin de Bordeaux.
Le 18 , même état et même régime. Le malade en montant dans son lit heurta sa jambe à l’endroit d’un des vésicatoires, et s'apperçut seulement alors qu’on lui en avait appliqué. Jusque là il s’était plaint du pansement; mais il ne lui reslait pas en souvenir qu’il eût des vésicatoires: il ne s’en souvint que de ce jour-là.
La convalescence s’établit successivement j le malade n’élait pas à un régime sévère ; il prenait des bouillons avec de la semoule , des potages , des viandes blanches, et du vin de Bordeaux coupé.
Les vésicatoires retardèrent un peu la marche de ce rétablissement; ils sc fermèrent dans les premiers jours d’octobre, et dès-lors le malade put reprendre ses occupations habituelles; la pneumonie n’avait pas encore entièrement disparu; sa résolution s’est opérée dans les semaines suivantes. »
M. A***, jouit encore aujourd'hui d’une santé satisfaisante. M. le docteur Martinet , qui fit les saignées et appliqua les vésicatoires, a suivi le malade depuis le commencement jusqu’à la fin de sa maladie et l’a revu
depuis. Il fat frappé comme moi du contraste insidieux du délire et de l’agitation nocturne avec la cessation du pouls et le refroidissement de la peau.
Le fait de madame de T***, nous fait voir i°. les symptômes de la fièvre inflammatoire par la dureté du pouls et l’état couenneux du sang portés au plus haut point, ainsi que ceux de la pleurésie et de la pneumonie, et même des affections bilieuses; 20. les progrès d’une maladie inflammatoire, malgré les saignées générales et locales, les boissons tempérantes, les dérivatifs et les évacuans des premières voies ; 3°. le succès
immédiat et complet du musc , succès que j’ai déjà observé un graud nombre de fois dans diverses maladies inflammatoires , après l’inutilité de l’emploi de la saignée.
Dans l’observation de M. A... , on voit , i°. dans une fièvre inflammatoire évidente par la dureté du pouls , l’état couenneux du sang , etc. , le malade tomber, après la saignée, dans les accidens du stade du froid fébrile grave avec insomnie et délire; ti°. le quinquina échouer d’abord ainsi que le musc; 5°. après la réaction déterminée par le café, le musc empêcher le retour des accidens, et la maladie générale se terminer en laissant après elle la pneumonie, qui ne se résout que beaucoup plus tard.
Fièvre hématosique ataxique , de forme asthénique .
« La nommée Ursuie Arteman, d’un tempérament lymphatique , n’était pas encore réglée à l’Age de seize ans; Ton n’a pu savoir si elle était sujette aux migraines,
aux épistaxis ou à quelque autre fonction supplémentaire morbide. Elle était habituellement triste et solitaire, très-indolente. Depuis quelques jours elle avait du dévoiement et paraissait souffrir beaucoup ; tout-àcoup elle éprouva une dyspnée très-forte, accompagnée d’un frisson violent, et tomba dans un état de stupeur profonde, dans lequel elle fut apportée à l’Hôtel-Dieu , salle Saint-Lazare ,n°2, le 25 août 1828. Elle offrait les symptômes suivans.
Tout le corps était d’une couleur bleuâtre , surtout les lèvres et les joues , comme dans l’asphyxie; la respiration était orlhopnéique, son faciès exprimait l’abattement et la stupeur. Il était impossible d’en tirer aucune réponse ; les renseignemens qui précèdent nous ont été fournis par les personnes qui i’avaient apportée ; cependant quand on touchait son ventre , ses plaintes annonçaient qu’elle y ressentait de la douleur. Elle avait de temps à autre des soubresauts des tendons. La peau que la compression décolorait restait presque une minute à revenir à son premier état; la même inactivité s’observait dans la grande circulation; le pouls, petit et concentré , était extrêmement faible et lent; les mouveinens du cœur également rares, les extrémités froides, l’abattement général.
On prescrit une potion éthérée et des sinapismes aux jambes. Trois quarts-d’heure après leur application , il y a une légère réaction , la chaleur est un peu revenue et la circulation capillaire est un peu plus rapide. Ce b en-être ne dure pas long- temps : la malade a refusé la potion éihérée , et bientôt elle retombe dans le même état.
Des ventouses sont appliquées sur le thorax, et on lui fait avaler deux cuillerées de la potion éthérée. Il y a une nouvelle réaction , mais qui n’est pas plus durable que l'autre. Vers les (rois heures de l’après-midi , on appliqua de nouveau des sinapismes aux mollets, on lit prendre deux cuillerées de la potion , et l’on obtint ainsi une nouvelle réaction. Mais à six heures du soir, on observe des battemens tumultueux du cœur, les capillaires semblent plus vivans, le pouls est cependant toujours faible, le ventre si sensible, qu’il suffit de le presser un peu pour déterminer des convulsions.
On administre encore une petite quantité de la potion, et dix sangsues sont ordonnées à l’épigaslre : à peine y sont-elles appliquées au nombre de six, que la figure de la malade se couvre de sueur, la peau s’injecte en rouge bleuâtre; il y a de nouveaux frissons. On enlève aussitôt les sangsues, et l’on cherche à la réchauffer en l’enveloppant de linges chauds. Les pieds restent froids quoiqu’on y mette une boule trèséchauffée. Dès-lors, la malade ne cesse de se plaindre, sa figure est décomposée, et elle expire vers dix heures du soir, malgré tous les soins qu’on lui donne.
Autopsie cadavérique , faite te 27, trente-six heures
après la mort .
Le corps de cette jeune fille est couvert de taches bleuâtres; elles sont vertes sur le ventre.
Organes respiratoires. Poumons crépifans; le droit présentait quelques adhérences déjà anciennes. La muqueuse bronchique, quelque petit que fût le tuyau
qu’on ouvrait , était verdâtre ; il en était de même dans l’autre poumon, dans la trachée-artère et le larynx.
Cœur. Les deux ventricules étaient remplis de sang noir et diffluent; la cloison qui les sépare était ferme; le cœur était petit et le péricarde contenait deux cuillerée- de sérosité.
Tube digestif. L’estomac était sain ; la muqueuse pâle se laissait enlever par l’ongle. Le duodénum n’offrait rien de remarquable, mais le jéjunum et l’iléon étaient enduits d’une matière glaireuse ; les glandes de Peyer étaient saillantes et semblables à des grains de millet. Le colon ne contenait pas de matières fécales , mais seulement une matière glaireuse; la valvule iiéocœcale et le cæcum étaient sains, ainsi que le rectum. La membrane muqueuse de tout le tube digestif se laissait enlever facilement. Le mésentère ne présentait pas d’engorgement ganglionnaire; -a rate était ramollie; sa couleur lie de vin ne rougissait pas à l’air; sa substance se dissolvait comme un puîrilage en la râcîant avec le doigt.
Le foie n’a rien offert de remarquable ; la vésicule contenait de la bile verîe.
Appareil génito-urinaire . Les reins étaient sains ainsi que la vessie. La matrice n’était pas développée ; le museau de tanche ne faisait pas saillie dans le vagin et ne paraissait pas exister. En comprimant l’utérus on en faisait sortir un mucus blanchâtre ; les ovaires étaient très-gonüés, mais ne présentaient pas d’éminence ovulaire.
Le péritoine était sain et transparent dans toute son étendue.
Cerveau. Les membranes étaient saines , les vaisseaux qui rampent à sa surface injectés ; quant à sa substance, elle offrait le ramollissement qu’on rencontre après ce terme de mort. Pas de sérosité dans les ventricules. Tous les muscles étaient pâles et faciles à déchirer , et cette friabilité était surtout remarquable dans le tissu du cœur. »
Cette observation présente à considérer : i°. La lésion primitive de l’hématose, manifeste par les phénomènes d’une asphyxie spontanée dès le début de la maladie : la lividité de la peau et l’état de la respiration , le collapsus général et les vibices, ont été en harmonie pendant la vie; la diffluence du sang dans le cœur du cadavre; le ramollissement général du tissu musculaire et de celui du cœur en particulier, de la rate et des muqueuses gastro-intestinales sans signes d’inflammation, semblent appartenir à la même cause, ainsi que toute la couleur de la muqueuse bronchique jusqu’où ou a pu l’atteindre dans des poumons dont le tissu paraissait sain.
2°. Le défaut ataxique de la réaction vitale en opposition avec la chaleur des cadavres morts d’asphyxie accidentelle, en harmonie avec la lenteur extrême de la circulation des grands et petits vaisseaux.
3°. L’impuissance de supporter, sans mourir, la moindre spoliation sanguine, même capillaire, en harmonie avec la propension à l’extinction de la contractilité des grands et des petits vaisseaux, démontrée par la lenteur de la circulation artérielle et capillaire.
. L’inutilité des sliniul.au s extérieurs et intérieurs, chez uti sujet dans lequel l’extinction vitale produisait
un éréthisme assez prononcé pour que la pression modérée du v .entre déterminât des convulsions.
5". La mort rapide de la malade dans le stade de sédation ou de concentration des forces, ce qui constitue une ataxie.
Fièvre hématosique inflammatoire compliquée d'une affection typhoïde qui s’est démasquée dès que la première a été levée.
« Une jeune personne de douze ans et demi , bien dé^ veloppéepour son âge, mais d’un caractère difficile, et née deparens dont Tesprit est aussi susceptible, éprouva, le 27 décembre 1828, une céphalalgie lancinante qui occupait les régions temporale et occipitale , avec malaise général , chaleur forte , peau colorée; le pouls donnait de 125 à i3o pulsations par minute ; la soif était vive, la langue humide et dans son état naturel. Aussitôt qu’on la plaçait sur son séant la malade éprouvait des vertiges, des étourdissemens, et dès l’invasion de la maladie elle fut dans l’impossibilité de marcher. Rien du côté du ventre ni de la poitrine. On appliqua six sangsues derrière chaque oreille . Les symptômes s’amendèrent un peu , mais dans la nuit l’agitation fut considérable.
Le 28, deuxième jour de la maladie, la journée fut assez bonne.
Le 29, troisième jour, la céphalalgie reparut avec toute son intensité : la fièvre était vive , il y avait des vomituritions ; la langue était humide et dans son état normal. On prescrivit de Veau de chiendent et de Veau
pure pour boisson , deux bains à 25° et de vingt mi nutes furent donnés dans ta journée ; ils produisirent la diminution de l’état fébrile , et, la nuit , la malade reposa.
Le 5o, quatrième jour, céphalalgie et fièvre violentes, peau chaude , pouls toujours accéléré et résistant. ( Huit sangsues sont appliquées aux tempes , et trois à chaque pied ; pour boisson , de Veau fraîche et de Veau de poulet; un bain te soir avec affusion d'eau tempérée sur la tête. ) Le soir la céphalalgie avait cédé , mais les vomituritions persistaient; la nuit fut agitée, il y eut de la divagation, beaucoup de loquacité.
Le 5i, cinquième jour, la fièvre était intense; les sangsues avaient si abondamment rendu, qu’il fallut réprimer l’écoulement du sang. Il y avait eu quelques évacuations bilieuses, et encore un peu de divagation. (. Boisson émolliente, cataplasmes sur le ventre , sinapismes aux pieds . )
Le ier. Janvier 1829, sixième jour, nouvelles évacuations bilieuses, envies de vomir, céphalalgie persistante, encore de l’aberration dans les idées. Dix-huit grains d’ipécacuanha furent donnés en trois doses; du reste même boisson.
Le 2, septième jour, pas de céphalalgie notable , mais propension à la stupeur ; le ventre est affaissé, il y a eu des évacuations bilieuses. ( deux vésicatoires aux jambes. )
Le soir, l’affaissement est plus marqué, la pupille un peu dilatée , la lumière fatigue, la respiration paraît gênée, la voix est nazillarde comme si le nez etoit pincé il n’y a point d’hémiplégie. ( Séton à ta nuque.) La
malade, très-récalcitrante,, s’oppose d’abord à ce qu’on lui coupe les cheveux. Dans la nuit du it au 5 , on administre deux grains de calomélas qui produisent des évacuations abondantes.
Le 5 , huitième jour de la maladie , l'affaissement persiste et la langue commence à se dessécher. Le médecin appelé en consultation , trouvant quelque sensibilité au ventre , propose l’application des sangsues et l’eau de gomme arabique. IN’ayant pas de raison de s’y opposer, six sangsues sont appliquées à la marge de l’anus avec la recommandation d’arrêter le sang si l'écoulement était trop abondant.
Le 4 y neuvième jour, la peau était totalement décolorée elle pouls presque imperceptible, tant les sangsues ont tiré de sang; les vésicatoires présentent l’aspect suivant : celui de la jambe gauche est couvert d’une plaque livide, le droit de petites taches semblables ; l’affaissement persiste; quoiqu’il n’y ait pas de trismus proprement dit , la mâchoire ne se meut pas avec liberté, la déglutition est difficile, les ailes du nez demeurent serrées , les yeux à demi-fermés. Fomentations sur le ventre avec camomille et vinaigre ; eau de gomme arabique pour boisson , et potion suivante à prendre
toutes les heures :
2^ Eau de canelle orgée . § iv ;
Extrait sec de quinquina .... 5 j
Sirop d’Ether . . 5 ij
On ajoute un peu de vin de Bordeaux à la gomme arabique.
Le 5 , dixième jour, l’enfant a passé une bonne nuit
et peut rendre compte de son état ; la respiration est plus libre, elle n’a plus ce ton nazillard , les pupilles se resserrent, les yeux sont moins sensibles à la lumière , l’escarre du côté gauche est moins livide sur les bords, quelques points semblent revivre. On a pansé les vésicatoires avec le styrax. ( Même traitement. )
Le soir il y a eu un paroxysme , le pouls donne i44 pulsations dans une minute, l’enfant est récalcitrant et agité, et ne veut pas ouvrir les yeux , cependant elle avale facilement; il n’y a point de tension au ventre ; elle se plaint de froid.
Le 6 , onzième jour , la nuit a été calme , la peau est uniformément chaude, le pouls n’a plus que i38 pulsations, la connaissance est plus complète, elle demande le vase pour une selle bien liée et non bilieuse; le ventre est souple et sans ballonnement. L’escarre de la jambe gauche a disparu ; celle de la jambe droite s’est confirmée et circonscrite. Le faciès est beaucoup meilleur; la langue est sans rougeur, mais sèche. On continue la potion , mais sans eau de canelie, l’eau de gomme avec du vin de Bordeaux, les fomentations sur le ventre et des cataplasmes aux pieds.
Le 7 , douzième jour , le mieux se soutient parfaitement; plus de vomituritions ; les selles sont volontaires et de bonne nature, le pouls n’offre plus que îôo pulsations, la langue est dans son état naturel : on continue la potion tonique et le vin de Bordeaux dans l’eau de gemme.
On fut obligé de suspendre les toniques, lorsque la réaction devint trop prononcée; on passa à i’eau de poulet et au lait d’ânesse, e!c. Diverses escarres se son
formées à la région du sacrum, le long de l’épine et aux trochanters.
La fréquence du pouls a duré plus de cinquante jours après la cessation de la chaleur de la peau et des accidens aigus. Cette jeune personne a passé près de six semaines sur le ventre à cause des plaies consécutives aux escarres de la partie postérieure du tronc. »
Ce fait présente à considérer :
i°. La violence des symptômesfébriies et céphalalgiques du début, avec des étourdissemens ;
2°. La résistance des symptômes cérébraux céphalalgiques avec propension comateuse , qui ont provoqué Lemploi du séton ;
5°. Le développement des symptômes typhoïdes qui ont pris la place des accidens inflammatoires et cérébraux avec formation de diverses escarres;
4°. La sécheresse buccale qui a fait renoncer à l’eau de canelle dans la mixture tonique;
' 5°* La réaction vive provoquée par les toniques et qui
a obligé de les suspendre plusieurs fois;
6°. Les retours du colîapsus typhoïde qui ont ramené aux toniques à plusieurs reprises;
5°. Le bienfait des bains courts à 25 degrés de Réaumur dans les paroxysmes;
8°. Le grand nombre d’escarres dont la malade a été couverte;
9°. La durée de la fréquence du pouls sans chaleur à la peau pendant plus de sept semaines après la cessation des accidens aigus.
QUATRIÈME ORDRE
Fièvres hématosiques réfractaires ou chroniques.
Les fièvres hématosiques réfractaires présentent les phénomènes des fièvres biosiques chroniques , plus, dans l'appareil circulatoire, des phénomènes qui annoncent qu’ib est le point de départ des accidens fébriles.
Un allemand languissait depuis long-temps à l’hôpital militaire de Grenoble , en 1799; il était tombé dans le marasme , miné par une fièvre lente habituelle, dont l’origine remontait à plusieurs mois, sans qu’on eût pu trouver le point de départ dans une affection locale évidente. Cet homme demandait depuis long-temps à être saigné , on le lui accorda enfin ; la fièvre céda aussitôt et il fut promptement guéri. Ce fait a été observé par M. Baud, aujourd’hui professeur à la faculté de médecine de Louvain.
Mademoiselle H*** éprouve , de vingt-deux à vingtdeux ans et demi , deux violens chagrins et est prise de fièvre. On croit devoir administrer une purgation ordinaire avec la manne et le séné et un gros de sel. Ce remède est rejeté avec beaucoup de sang caillebolé, et il s’établit une toux semblable à celle de la coqueluche, avec hémoptysie abondante.', Depuis lors, cet accident se renouvela chaque jour,1 et la toux continua avec un état fébrile habituel pendant dix-huit mois, durant lesquels les pieds s’œdématièrent, la malade ne pouvant rester dans son lit
à cause de la dyspnée et de la férocité de la toux ^ qui ne lui laissait pas cinq minutes de repos. C’est après ce laps de temps , dans l’état de débilité où elle devait nécessairement se trouver, que la malade, en l’absence de ses parens , obtint par supercherie d’un chirurgien de campagne une saignée du pied, dont le produit , dit-elle , se précipita au fond du vase sous la forme d’une poudre noire . Cette émission sanguine fut suivie de quatre jours de rémission de la toux , de l’hémoptysie , de l’hématémèse et de la fièvre ÿ après ce temps, les accidens ayant recommencé, elle demanda une nouvelle saignée qui eut le même succès que la première. Cette personne a été, d’après son récit, saignée, toujours au pied, deux fois par semaine dans les premiers mois , ensuite toutes les semaines , puis tous les quinze jours, de manière que dans les trois années suivantes elle a été saignée environ deux cents fois. Elle ne vécut que de lait pendant tout ce temps , avec des fécules, et se remit peu-à-pcu au régime ordinaire. Quoique bien réglée jusqu’à cinquante ans, elle resta sujette à des hémoptysies vernales qui n’avaient aucunes suites fâcheuses , et se reproduisaient encore parfois à l*âge de soixante-huit à soixante-neuf ans, époque à laquelle je lui donnai des soins dans une fièvre asthénique grave, dont elle se rélablit parfaitement. Un engorgement mammaire qui était survenu au moment de la convalescence , disparut complètement sous une peau de lièvre prépaiée, et dont on avait coupé la partie dure du poil.
Voilà sans contredit une étrange et opiniâtre modi-
fication de l'hématose , et une fièvre réfractaire etconsomptive dont la cause fût restée inconnue sans l'entêtement de la malade à se faire saigner du pied.
Recherches sur V autopsie dans les fièvres hé ma -
tosicjues.
On est loin de trouver toujours par la nécropsie les causes de la mort. Seraient-elles dans les phleginasies concomitantes ? Mais j’ai déjà cité plusieurs cas fort graves , dans lesquels des phlegmasies pulmonaires ne se sont résoutes que bien long-temps après les maladies fébriles aT,ec lesquelles elles avaient coïncidé. Je pourrais citer des faits, dans lesquels on verrait, dans le même sujet , l’affection locale tantôt ouvrir la marche des accidens généraux qui sont restés dans sa dépendance et n’ont disparu qu'avec elle, et tantôt cette affection locale ne survenir qu’après les accidens généraux, qui cessaient avant elle, et dont elle paraissait la terminaison.
Dans les corps des sujets morts avec les symptômes des fièvres inflammatoires ou hématosiques sthéniques, je n’ai pas trouvé l’inflammation , ni même la rougeur de la membrane interne des gros vaisseaux; et dans des cas où cette rougeur s’est présentée, les symptômes de la fièvre inflammatoire n’avaient pas existé. Voici l’état dans lequel j’ai trouvé la membrane interne des gros vaisseaux à la suite de fièvres hématosiques graves :
i°. Dans les fièvres asthéniques, la membrane interne des gros vaisseaux était teinte en rouge varié par un sang diftluent ; ce phénomène cadavérique qui
avait été observé par Chaussier , m’a semblé correspondre au phénomène de la coloration du colon ascendant et transverse par la vésicule du fiel. J’ai trouvé alors la muqueuse bronchique livide , comme dans le jeune sujet dont j’ai rapporté l’observation plus haut. La coïncidence des éruptions gastro-intestinales a varié avec les années; souvent il n’y en a eu aucune , et surtout de quelque importance.
2°. J’ai vu dans les maladies chroniques et dans quelques fièvres aiguës la membrane interne des gros vaisseaux rouge et injectée; mais ces cas n’ont pas été fréquens pour moi , et je n’ai pu les rallier à aucune masse de faits.
5°. Sur le corps de sujets qui pendant leur maladie avaient présenté des palpitations violentes avec tumulte considérable à la région précordiale, petitesse extrême du pouls, refroidissement des extrémités, et ordinairement une orthopnée considérable, je n’ai observé que la rougeur avec injection et épaississement des valvules des orifice artériels el auriculaires du cœur.
N’ayant pas trouvé cette affection décrite, et l’état de concentration du pouls et de refroidissement des extrémités pouvant gêner ceux qui ne l’ont pas observée dans le traitement anti-phlogislique , j’en donnerai un exemple, après l’histoire d’une péritonite météorique sur-aiguë.
4°. A la suite de différentes fièvres asthéniques , puerpérales, traumatiques, etc., on trouve la surface interne de veines plus ou moins considérables en suppuration; Cet accident n’est pas très-rare à la suite de la
phlébotomie. Voy. les observations de MM. Fizeau , Lisfranc, Velpeau, Dance, etc., etc.
5°. A la suite des Fièvres hématosiques asthéniques , {'putrides des anciens , adynamiques de Pinel), on trouve des pétéchies cutanées et muqueuses, des ecchymoses parfois très-étendues au-dedans et à la superficie du corps, des hémorrhagies passives, des escarres plus ou moins considérables aux parties extérieures ou intérieures.
Un jeune homme de vingt-huit ans, fort et bien constitué, éprouve une fièvre qui présente l’aspect inflammatoire par la coloration de la peau, la force du pouls, etc. Les accidens cèdent sous le régime anti-phlogistique en quelques jours , de manière que du onzième au treizième le malade semble en convalescence , tant la rémission de tous les phénomènes morbides s’était prononcée. Cependant la fièvre se réveille dès le treizième jour pour ne plus cesser jusqu’eà la mort du sujet, arrivée le dixneuvième. L’appareil digestif présente plus de deux cents plaques gangréneuses, sans inflammation et sans tuméfaction des membranes. Les ganglions mésentériques n’étaient pas engorgés et les glandes de Peyer et de Brunner n’étaient pas malades. Dans ce cas et dans une foule d’autres où les escarres sont survenues à la peau, à la bouche, au pénis, etc., durant le cours ou à la fin de la maladie,* il est clair que la gangrène est consécutive à la fièvre, qu’on voit même cesser à son apparition.
L’affection exanthématique des glandes de Peyer et de Brunner, observée plus souvent à Paris depuis l’épidémie de (a grippe en i8o5, est d’abord un effet de la maladie