‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrileChapitre 56 sur 66 · II · texte numérisé non relu

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générale, comme les éruptions labiales; mais lorsqu'elle est confluente et considérable, elle amène à sa suite desaccidens fébriles consécutifs qui présentent différens aspects selon les circonstances; mais toutes ces éruptions, dont je parlerai au genre des fièvres exanthématiques , ne peuvent motiver la gangrénescence concomitante ou consécutive des parties extérieures et intérieures.

On peut voir sur ce sujet les travaux de MM. Petit et Serres, et celui de M. Bretonneau de Tours, qui paraît avoir eu de fréquentes occasions d’observer cette affection, si bien décrite d’abord par Rœderer et Wagler,

Deuxième Sous-Classe.

PYREXIES HÉMATQSIQUES LOCALES, OU PHLEGMASlES PAR VICES

LOCAUX DE l’hématose.

Il faut classer ici toutes les plilegmasies sthéniques , asthéniques, ataxiques et réfractaires ou chroniques, qui pourront se rapporter aux lésions de l’hématose locale.

Une pustule variolique génératrice rutilante , par inoculation sous-épidermoïde; une pustule variolique génératrice 'blafarde,' une pustule génératrice maligne ou gangréneuse , à la suite du contact d’une mouche ; et une pustule génératrice syphilitique, peuvent donner une idée assez exacte des quatre formes principales des phénomènes de la phlegmasie par vice de l’hémathose locale. Il n’est pas question de supposer, dans cc cas,

une douleur qui n’existe point; mais de constater les changemens de l’hématose locale qui surviennent avant la phlegmasie ou pyrexie locale, comme sa cause. Je ne puis 3, en ce moment, que renvoyer à ce que j’ai dit dans les considérations générales du genre des fièvres hématosiques. Je me borne à donner ici un exemple de péritonite météorique grave , dans laquelle l’hématose intestinale paraît avoir joué le rôle principal.

Les pyrexies hématosîques générales et locales présen lent les mêmes espèces et les mêmes variétés que les pyrexies biosiques.

Observation d9unc 'péritonite rnétéorique suraiguë.

« La femme Hulin , âgée de trente-huitans, d’un tempérament iymphatico-nerveux, marchande au Temple, avait vu ses règles se supprimer depuis deux mois et demi et, de ce moment, n’avait cessé d’éprouver des coliques dans le bas-ventre. Le 3 juin 1828, elle s’endormit pendant le jour , sescroisées et sa porte ouvertes , n’ayant pas chaud cependant. En s’éveillant, elle éprouva des anxiétés extrêmes, de la faiblesse, mal au cœur, avec imminence de syncope. Les douleurs du ventre se firent sentir beaucoup plus vives que de coutume et d’une manière continue : une potion calmante ne produisit aucun soulagement.

Le 5, les douleurs étant plus grandes, vingt-cinq sangsues furent appliquées à la région hypogastrique : elles rendirent considérablement, et 11e diminuèrent rien aux douleurs;1 au contraire , elles augmentaient, et le ventre devint dur et très-ballonné.

La malade entra à l’Hôtel-Dieu le 6 juin , et fut placée au n°. 24 de la salle St. -Lazare. Le lendemain matin , première visite, son faciès exprimait un état de grande souffrance ; la peau n’était point sensiblement chaude; le pouls, fréquent et concentré, présentait assez de résistance. En déprimant l’artère radiale on senlait trèsbien la récurrence de l’arcade palmaire à droite, beaucoup moins à gauche. L’abdomen était météorisé , et sur sa paroi antérieure se dessinaient les circonvolutions intestinales. La pression la plus légère augmentait la douleur, et l’on constatait facilement la présence d’un fluide dans le péritoine. Au reste , nuis symptômes de gastricilé ; la langue était recouverte d’un léger enduit blanchâtre, sans rougeur sur les bords ; la bouche était amère. Depuis trois jours les selles étaient supprimées; il n’y avait ni toux, ni douleur à la poitrine, et la respiration se faisait entendre dans tous les points, quoique gênée par le refoulement du diaphragme.

( . Saignée do huit onces, eau fraîche pour boisson, embrocations avec huile camphrée et fomentations avec oxycrat sur ie ventre. )

La malade éprouva un grand soulagement par la saignée; le météorisme et les douleurs du ventre tombèrent subitement; il y eut deux selles assez abondantes dans la journée.

Le soir une nouvelle saignée assez copieuse fut pratiquée , et lesangquellefournit se couvrit d’une couenne inflammatoire très-épaisse. Le ventre, considérablement diminué, n’était presque plus sensible à la pression ; plus de douleurs, plus de météorisme. De Veau pure fraîche pour toute médication.

Le 8, la malade était dans l’état le plus satisfaisant , et son faciès avait repris un bon aspect.

Le 9 , l’amélioration continuant , l’on permit de légers bouillons.

Le io5 le ventre n’était plus douloureux du tout; il restait toutefois plus volumineux qu’il ne devait être, mais on ne sentait plus de fluctuation. Il y avait eu trois selles en dévoiement.

On continua le même régime et l’ont fit appliquer un bandage de corps autour du ventre.

Le n , la malade était en pleine convalescence; elle resta encore trois jours à l’hôpital, et l’usage seul du bandage ramena le ventre à son état naturel.

Elle sortit le i5 parfaitement rétablie. »

Cette observation présente à considérer :

i°. La vivacité des accidens péritonitiques , dès l’invasion ;

2°. L’inutilité d’une saignée capillaire locale trèscopieuse;

3°. Le bienfait immédiat de la saignée des grands vaisseaux ;

4°. Les avantages du bandage pour achever de dissiper l’épanchement ascitique déjà survenu ;

5°. La préférence que mérite l’eau pure à toutes les autres boissons dans le cas de péritonite météorique, comme favorisant moins que les liquides composés le dégagement de gaz intestinaux.

Pille gmasiô des orifices du cœur,

« Un homme de quarante-sept ans, en mai 1821 3 éfant à l’Hôtel-Dieu pour une simple indisposition, est pris dans la nuit d’un malaise général très-considérable, avec une dyspnée qui devient bientôt suffocante. A huit heures du matin , je le trouve dans l’état suivant :

Le visage est violet par une stase veineuse capillaire considérable; rorlhopnée est si grande , qu'il est forcé de rester sur son séant, et ne peut articuler qu’une syllabe sans reprendre sa respiration; la poitrine est parfaitement sonore dans tous ses points; le tumulte de la région précordiale est des plus violens , avec impulsion encore forte, le pouls presque insensible, d’une fréquence extrême; les extrémités et le nez sont froids. Cet homme, dans l’impossibilité de rien avaler sans menace de suffocation , semblait expirant. En raison du tumulte de la

région précordiale, 011 ouvre une veine du bras gauche, et on en retire, sans soulagement, huit onces de sang. Dix minutes après, on fait une seconde saignée de douze onces, et je crois apercevoir un peu moins de gêne dans la respiration et moins de faiblesse dans le pouls; on fait une troisième saignée de douze onces : le soulagement devient plus manifeste, et on fait une quatrième saignée de douze onces. Alors le pouls reparaît distinctement; mais le tumulte de la région précordiale reste encore d’une grande violence. On fait une cinquième saignée qui s’élève de quatorze à seize onces, parce qu’on laisse couler le sang en raison du soulagement croissant. Après cette cinquième saignée, faite une demi-

heure après la première, le pouls se développe , et le tumulte diminue dans la région préeordiale, la respiration se rétablit, la lividité du visage diminue, les extrémités se réchauffent , et le malade peut se coucher et avaler facilement une boisson tempérante. Ce malade s’est rétabli dans les semaines suivantes par le simple régime anti-phlogistique. C’est la seule fois, dans toute ma pratique médicale, que j’ai fait perdre de cinquante-six à cinquante - huit onces de sang en une demi- heure. #

Ce fait présente à considérer :

i°. La rapidité de rinvasion et la violence des accL dens oilhopnéiques avec obstacle dans la grande circulation hématosique;

2°. Le contraste de la violence du tumulte delà région précordiale avec la petitesse du pouls et le refroidissement des extrémités ;

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5°. L’opposition de la résonnance du thorax avec le

degré de la suffocation ;

4°. Le succès décisif des saignées, quoique les premières n’agissent pas immédiatement. Voilà sans contredit un exemple remarquable de Yoppressio virium . Ce cas s’est présenté à moi un assez grand nombre de fois . Lorsque les malades ont succombé, le phénomène nécropsique le plus invariable a été l’état phlegmasiquç des valvules des orifices artériels et’auriculaires du cœur. Mais il est clair qu’alors l’effet mécanique de l’oblitération des orifices du cœur domine sur ceux de la phlcgmasie locale. N’cn est-il pas de même dans l’anginç laryngée ?

Stupeur hématosique ou pléthorique.

J'ai parlé de sur-stimulation et de stupeur. Tantôtles fonctions vitales n’arrivent à la stupeur qu’en passant par la sur-stimulation, et d’autres fois elles y arrivent primitivement. Stoll en fournit un exemple remarquable dans l’histoire d’une fièvre grave qu’il appelle fièvre putride sanguine , dans laquelle, malgré les symptômes bilieux , les saignées et les anli-phlogisliques furent les seuls moyensqui réussirent. Je vais éclaircir les rapports de la stupeur et de la sur -stimulation par un exemple.

M. J.... , âgé de soixante ans, et d’un tempérament originairement sanguin, fut pris, dans l’été de i8o5, d’un grand abattement avec inappétence et pulsations fortes, profondes et insolites dans la région de l’aorte ventrale. Le pouls était sansfréquence et faible en appa rence ^ comme le sujet. Je conseillai une boisson acidulé et douze sangsues sur la partie inférieure de rép igastre. Les battemens aortiques ayant augmenté avec développement etfréquence du pouls, je prescrivis une saignée du bras qui fut suivie d’une fièvre violente avec résistance du pouls. Ne voyant pas la liaison de l’augmentation de la fièvre avec la saignée, j’en prescrivis une seconde qui fut suivie de la diminution de la fièvre , laquelle ne céda cependant qu'à une troisième, et la maladie se termina facilement avec de simples boissons tempérantes.

Quelques années après, M. J.... étant à la campagne , futpri9 d’accidens à-peu-près semblables; la faiblesse apparente empêcha de le saigner : il succomba après peu

de jours de maladie, dans des vomissemens considérables de sang.

Ce fait présente à considérer :

i°. La stupeur générale des forces au début delà maladie ;

2°. L’expansion des forces et la réaction vive après la spoliation sanguine qui fait rétrograder la stupeur vers la sur-stimulation ;

3°. La cessation de la sur-stimulation par la saignée.

En prenant un autre appareil pour exemple, ce cas ne touche -t-il pas à celui de l’ivrogne dont la stupeur se change en sur-stimulation , lorsqu’il vomit l’excès des boissons qui l’oppriment ?

Troisième Classe.

PYREXIES DYSPEPSIQUES, ou SABURRALES.

Nous avons vu jusqu’à présent que la lésion des fonctions vitales communes et des fonctions hématosiques peut engendrer des pyrexies générales ou des fièvres, et des pyrexies locales ou des inflammations ; examinons maintenant les effets des vices de la nutrition générale et locale.

Considérations générales.

La nutrition générale de l’organisme vivant repose pendant la vie intrà-ulérine sur les fonctions du pla-

centa, et pendant la vie extrà-utérine sur celles de l’appareil digestif, lequel remplit après la naissance les fonctions d’alimentation auparavant dévolues au placenta ; en même temps * les poumons se chargent de l’hématose rouge que remplissait aussi le placenta . et à laquelle il semblerait que l’utérus n’est pas étranger, comme on peut le croire, à en juger par les phénomènes chlorotiques.

Pendant que les poumons remplacent le placenta pour l’hématose rouge, et que l’appareil digestif le supplée comme pourvoyeur alimentaire , çç dernier préside à une hématose particulière, qui joue dans l’économie un rôle très-important 5 je parle de l’hématose noire de la veine-porte. Le contact du gaz atmosphérique avec les surfaces des dernières bronches préside évidemment au changement du sang veineux en sang artériel. On sait comment ce gaz rougit encore le sang veineux après qu’il a été retiré de ses vaisseaux. Il se dégage dans l’appareil digestif, pendant l’acte de la digestion, des gaz d’une nature très-différente de celle de Pair atmosphérique : ces gaz, dans la digestion nor < male, sont en partie résorbés, et prennent à cette fonction une part quelconque. Remarquons dès-à-préseut que tous les gaz gastriques et surtout intestinaux qui ne sont pas respirahîes, sont plus ou moins acides dans l’estomac et plus ou moins hydrogénés et sulfureux dans les intestins, d’où partent la plupart des radicules du système veineux qui contient le sang le plus noir de toute l’économie. Le sang de la veine-porte est ex* elusivement destiné à l’organe sécréteur de la bile, sur les fonctions duquel il doit avoir une influence plus ovt

moins grande, selon l’état dans lequel il se trouve ? en raison de la nature et de la quantité des gaz intestinaux dégagés, et de leur stagnation. En effet, on observe que le coüapsus général semi-asphyxique est d’autant plus grand que le météorisme intestinal a été plus grand et plus durable lui-même, et qu’en même temps la consistance du foie est diminuée, ainsi que celle de la rate , qui semble avoir une grande part à l’hématose de la veine-porte. Dans un grand nombre de lièvres, l’augmentation du volume et le ramollissement de la rate , et même du foie, ainsi que l’augmentation et l’altération du produit de la sécrétion de ce dernier 9 sont des phénomènes bien autrement eonstans que de prétendues rougeurs ou quelques poinlillemens de la muqueuse gastro-intestinale, qui, comme diverses efflorescences cutanées, ne sont souvent que des lieux communs ou des épiphénomènes peu importans de maladies tout-à-fait différentes. On peut , d’après ce simple rapprochement, admettre que l’hématose sédative et atonique du système de la veine-porte , comme de tout le système veineux, est en antagonisme avec l’hématose stimulante et tonique des organes pulmonaires. Ainsi que je l’ai dit en traitant des pyrexies hématosiques, si l’hématose rouge est en excès, ou si l’hématose noire est en moins , la sur-stimulation commence ; tandis que si l’hématose rouge diminue et que l’hématose noire augmente, alors on voit survenir la sédation et le collapsus par cette cause. L’hématose noire de la veine-porte pouvant éprouver des altérations spéciales et plus ou moins indépendantes des vices de l’hématose dans les autres vçincs, il doit arriver que les fonctions

de l’organe qui est le récipient du produit de cette hématose en souffrent plus et plus souvent que les autres. Si une température chaude et humide, ou froide et humide , a beaucoup d’action sur les dégagemens gazeux qui s’opèrent dans l’appareil digestif, et par conséquent sur les organes de l’hématose portique , paraîtra-t-il étonnant que les fonctions du foie soient si constamment et si puissamment modifiées par les variations hygrométriques de l’atmosphère, qui exercent une si grande influence sur les fonctions digestives?

Le terme de l’action digestive est l’assimilation chymeuse des alimens, après leur ingestion , et des fluides récrémentitiels qui s’y mêlent ; et enfin les sécrétions chyleuse et stercorale. Suivons un moment ces phénomènes.

Une première assimilation ou combinaison s’opère dans la bouche par le broiement des alimens et leur mélange avec la salive ; il en résulte le bol alimentaire . Une seconde assimilation s’opère dans l’estomac par le mélange du bol alimentaire avec le fluide que fournit la surface de l’estomac lui-même ; il en résulte le chyme gastrique . Une troisième assimilation a lieu dans l’intestin grêle par le mélange du chyme gastrique avec la bile , le suc pancréatique , et le fluide fourni par la surface et les follicules intestinaux ; et il en résulte le chyme intestinal. Du chyme intestinal , les vaisseaux chylifères sécrètent le chyle , et la valvule iléo-cœcale les matières stercorales qui doivent circuler dans le gros intestin.

L’estomac supporte facilement la présence du bol alimentaire ; l’intestin grêle tolère le chyme gastrique, et

ie gros intestin s’accommode du chyme intestinal changé en matières stercorales.

On peut souvent prévoir ce que sera la digestion, d’après les alimens dont on se nourrira. On connaît toujours ce qu’elle est par la nature des matières stercorales excrétées , qui aide à juger de celle du chyle, dont l’excrétion par le canal thoracique n’est qu’une intus-susception dans le grand appareil circulatoire. La progression des fluides chymeux et stercoraux dans les diverses parties du canal intestinal est subordonnée à diverses conditions. Elle suppose surtout une nature spéciale dans le fluide bilieux, qui semble comme le laxatif normal de l’appareil digestif, dont les fonctions péristaltiques sont favorisées par le fluide que fournit la surface de la membrane muqueuse qui le tapisse. Si la bile devient plus jaune , plus épaisse, plus huileuse que dans l’état normal, l’appareil digestif semble frappé d’une sorte de stupeur ; on y éprouve un sentiment particulier de plénitude ; il se déclare même un malaise général fébrile, avec froid, chaleur, soif, céphalalgie, sentiment contusif dans les membres, anorexie ; teinte jaunâtre partielle , surtout de certaines régions de la peau, autour de la bouche et du nez; diverses modifications du produit de la sécrétion des membranes muqueuses , qui devient plus visqueux , blanchâtre ou jaunâtre, et enduit leur surface, non seulement dans la bouche , mais encore dans l’estomac et le canal intestinal.

Tantôt les modifications dominent dans le fluide chymeux , tantôt dans le fluide muqueux et tantôt dans le fluide bilieux; d’où résultent différens phénomènes,

rtelon que ces modifications sont isolées ou combinées, et selon les prédominances de la susceptibilité organP que du sujet.

i°. Si la puissance assimilatrice de l’appareil digestif est inférieure à la résistance des alimens ingérés, soit parce que l’appareil sera modifié dans sa sensibilité Spéciale, soit parce que les alimens sont indigestes, il est clair que l’assimilation ne sera pas normale. Exemple : si la bouche ne peut pas broyer les alimens, ils fatigueront l’estomac ; si l’estomac ne peut les assimiler pour en former un chyme convenable, l’intestin grêle les digérera mal ; si l’intestin grêle ne forme pas le clivîe qui lui est propre, les lactés ne pourront sécréter un chyle normal, et le gros intestin recevra des élémens stercoraux, qui produiront la stupeur et la constipation ou la diarrhée. Dans tous ces cas, l’appareil digestif peut réagir assez puissamment sur les autres pouf produire un mouvement fébrile; ou bien l’absorption peut faire pénétrer dans la circulation des principes irfitans qui la sur-stimulent et produisent définitivement la sur-stimulation générale ou la fièvre , et même des pyrexies locales. L’état anormal primitif des produits de la défécation indique sûrement l’état correspondant, des fonctions digestives.

2°. Lorsque la modification porte sur le produit récrëmeiïtitiel des membranes muqueuses de l’appareil digestif j parfois ce produit devient stupéfiant, et il cause la constipation avec un malaise de l’appareil digestif; auquel se rattachent divers accidens secondaires , et surtout hypochondriaques, dont la cessation par l’usage de substances émétiques ou purgatives a fait.

en différens temps, ta fortune de divers remèdes purgatifs connus ou secrets; d’autres fois ce produit devient laxatif, et il en résulte des diarrhées de fluides glaireux semi-lransparens , avec divers accidens qui cèdent souvent ù des évacuans, même actifs. Il faut bien distinguer ces diarrhées glaireuses des flux muqueux dépendans de l’état phlegmasique de la muqueuse du canal intestinal, qui augmente par les évacuans et diminue par l’usage de la solution dégommé arabique, de l’eau de riz, des bains et des cataplasmes abdominaux. Les flux muqueux de l’appareil digestif peuvent constituer l’enduit muqueux plus ou moins visqueux et blanchâtre ou jaunâtre, qu’on désigne sous le nom d q saburres muqueuses, qu’il nefaut pas confondre avec les couennes produites par les éruptions aphtheuses miliaires confluentes, qui recouvrent la langue, les gencives, l’intérieur de la bouche, du pharynx et même du canal digestif d’une couche crémeuse plus ou moins épaisse ou légère, et dont le détachement onia desqu animation laisse les surfaces qu’elles recouvraient plus ou moins rouges et sensibles. Ce n’est pas de ce cas que je veux parler; mais de celui dans lequel les malades enlèvent sans douteur de la surface de la langue, en la ratissant , le fluide muqueux opaque, et même comme pultaeê , qui rendait leur bouche gâteuse. Les muqueuses buccale et gastro-intestinale ainsi enduites ne peuvent plus fournir à l’appareil digestif le fluide normal qu est nécessaire à la digestion normale , ce dont on juge facilement par la nature des évacuations alvines. Le mauvais état de la sécrétion muqueuse gastro-intestinale peut donc produire l'état anormal du chyme gastrique *

du chyme intestinal , du chyle et des matières stercoraies, i*. avec tous les phénomènes de la sur-stimulation locale , la diarrhée , et même ceux de la sur-stimulation générale ou de la fièvre ; 2°. avec les inconvéniens de la stupeur et de la constipation , et même ceux de la sur-stimulation générale fébrile. Ces deux cas sont tellement différens de ceux où un état inflammatoire des muqueuses gouverne les accidens, qu'ils guérissent par les évacuans des premières voies ou par des amers , et augmentent par les saignées, hors le cas où ils sont l’effet d’un état pléthorique ou inflammatoire généra ou local, ce qui n’est pas ordinaire.

5°. Si la modification domine dans la sécrétion bilieuse, le sentiment de réplétion et les évacuations de nature bilieuse, lorsqu’elles arrivent, forment les traits spéciaux des altérations py rétiques des fonctions digestives. Il ne faut pas confondre la superpurgation apyrétique du choléra-morbus avec le phénomène de la stase bilieuse dont je parle.

Les uns ont expliqué avec Stoll, Selle, Corvisart, etc., le développement de l’état fébrile dans ce cas, par la résorption d’un fluide nuisible, qu'ils ont appelé poly cholie 3 etc. j les autres, avec Pinel, en ont rendu compte par l’irritation des surfaces gastro-intestinales , qu’ils ont appelée avec lui méningo-gastr algie ; ou avec M. Broussais, gastro-entérite. Chacune de ces opinions ne rend pas compte de tous les faits.

Un homme est affecté de pneumonie et de fièvre violente sans ictère ; l’anorexie est complète, avec amarescence; la langue, sans la moindre rongeur, est recouverte d’un enduit muqueux jaunâtre; il n’y a point d’épigas-

Iralgie remarquable ; les selles sont jaunes et répandent une odeur de vieux fromage; les urines, les crachais et la sueur sont jaunes, et donnent, chacun en particulier, la même espèce d'odeur que les produits des déjections alvines. Ce concours de phénomènes, qui n’est pas rare à divers degrés, a-t-il quelque chose de commun avec la ménjngo-gastralgie ? II est remarquable que dans les fièvres bilieuses dont je parle, lorsque la sueur devient critique , elle prend une saveur aussi spéciale que son odeur. J’ai fait nombre de fois constater ce fait dans les salles de clinique , en appliquant la langue sur la peau du malade. Dans d’autres cas, il y a coïncidence d’épigastralgie ou de céphalalgie ; mais ces phénomènes disparaissent ou diminuent par un lavage stibié , el augmentent souvent par les saignées générales et locales, ou du moins se prolongent beaucoup ; tandis que par les évacuans des premières voies la convalescence est souvent immédiate.

Un homme éprouve une fièvre forte , sans autre douleur que le sentiment contusif qui appartient à toutes les fièvres dyspepsiqucs : vers le quatrième ou Je septième jour il survient des symptômes d’exanthème labial ou buccal, ou une douleur épigastrique ou abdominale, etc., et la fièvre cesse successivement et sans retour si l’exanthème local est modéré ; mais elle reparaît si l’exanthème est considérable. Ce fait , que j’ai souvent et depuis long-temps fait remarquer à la clinique de UHôtel-Dieu , est conforme aux observations de M. le docteur Bretonneau, sur le caractère exanthématique de l’affection des follicules de Peyer et de Brunner, dans différentes fièvres dont la gravité secondaire dé-

pend manifestement de la confluence de l’exanthème ou de son siège vers la valvule iléo-cœcale , près de laquelle on trouve parfois des cicatrices plus ou moins étendues, qui sont de véritables monumens organiques d’éruptions intestinales guéries.

Un sujet éprouve une fièvre d’un caractère anomal; quelques symptômes de phlogose des muqueuses supérieures se montrent dans la première demi-semaine ; plus tard des vomissemens et une sensibilité épigastrique augmentant par une pression perpendiculaire à la colonne vertébrale; plus tard encore, une diarrhée , des douleurs abdominales et même la dysurie annoncent les progrès de la phlogose vers les muqueuses inférieures;

la fièvre, au lieu de diminuer, augmente; les toniques

nuisent, tandis qu’on éprouve du soulagement par les saignées locales vers les endroits où dominent les symptômes de la phlogose changée en phlegmasie. Qui peut méconnaître ici un exanthème muqueux , plus ou

moins général, et semblable pour les muqueuses, à l’exanthème scarlalin pour la peau? Ce point de doctrine n'est pas nouveau, et l’on peut consulter à ce sujet,

parmi les thèses de la faculté de Paris en iSo/j? celle de M. le docteur Durif Daguet, qui suivait alors l’Hôtel- Dieu de Paris et mes cours de pathologie médicale.

Il est impossible de rapprocher les faits qui ont rapport aux exanthèmes des muqueuses avec les vices de digestion et les malaises qui peuvent survenir par des stases plus ou moins laborieuses et pyrétiques des fluides récrémentitiels ou chymeux dans l’appareil digestif, dont l’évacuation par l’émétique ou des éméto-catluu tiques, comme l’ont pratiqué Stoll, Fincke, Tissot, etc. ,

soulage ou fait cesser immédiatement les accidens.

Il paraît manifeste que les fluides salivaires, bilieux:, muqueux et pancréatiques peuvent éprouver, dans l’appareil digestif, des stases qui annoncent une diminution de l’activité péristaltique de ce canal, et deviennent les causes de malaises fébriles plus ou moins fortement prononcés, indépendamment de tout état phlegmasique des surfaces muqueuses de l’estomac et des intestins. C’est comme si je disais que la surcharge de la peau par des vêtemens trop chauds produit un malaise différent de celui qui résulte de son inflammation. Non seulement la suspension de l’évacuation ou de l’assimilation habituelle des fluides réci émentitiels produit une surcharge des entrailles ou une sorte d’indigestion fébrile ou non fébrile, mais elle empêche la digestion des substances alimentaires, si on en prend sans faire attention que l’appareil digestif n’est pas alors en état de les digérer.

La stase ou le retard de la circulation des alitnens et des fluides versés et mal assimilés dans l’appareil digestif, donne lieu à la formation de la saburrc muqueuse ou bilieuse, ou à Ycmbarras saburral mu jueux ou bilieux, suivant qu'un chyme anormal séjourne avec un fluide muqueux ou bilieux, avec ou sans enduit muqueux de la surface de la langue, de l’estomac et même de l’intestin sans signes d’inflammation. La stase muqueuse, bilieuse, ou chymcuse , dans l’estomac et; l’intestin grêle, n’a rien de plus surprenant que la stase stercoralc dans le gros intestin que nous désignons sous le nom de constipation . Il est certain que , dans diverses circonstances, le fluide muqueux $ bilieux, ou même

chymeux , au lieu de suivre sa direction ordinaire vers Je gros intestin , est ramené vers l’estomac , qui est par là même tenu dans un état habituel d’ indigestion muqueuse , bilieuse ousaburrale, avec toutes les conséquences qui peuvent résulter, i°. de la résorption de ce fluide hétérogène qui fournit un chyle saburral ; i°. de son action irritante sur les surfaces digestives , surtout si elles sont dans un état de phlogose catarrhale ou même d’inflammation.

Le fluide saburral ne stagne pas toujours: il est rejeté par haut ou par bas , et on doit s’étonner que l’appareil digestif ne soit pas dégagé et les symptômes fébriles supprimés par l’abondance des évacuations. La surprise cessera, en réfléchissant au volume des organes sécréteurs hépatique et pancréatique , et à l’étendue des surfaces muqueuses qui peuvent fournir des fluides dans l’intestin grêle. Les glandes salivaires, lorsqu’elles sont en action , peuvent fournir plusieurs livres de salive anomale dans les vingt-quatre heures ; cela étant, est-il surprenant qu’une surface aussi étendue que celle de la muqueuse gastro-intestinale , ou un organe aussi volumineux que le foie et le pancréas, puissent , lorsqu'ils sont en orgasme, fournir une aussi grande abondance de fluides muqueux et bilieux que celle qu’on voit rejeter dans les affections cholériques ou saburrales?

Si le foie est enflammé, la bile cesse de couler, comme la salive dans la phlegmasie des glandes salivaires ; ce n’est donc pas une irritation inflammatoire directe qui est la cause exclusive de ces flux. Lorsque la muqueuse gastro-intestinale est phlogosée dans les

affections catarrhales, il peut arriver que son irritation augmente les flux hépatique et pancréatique ; mais ce n’est pas là le cas ordinaire, et si nous jugeons de ce qui se passe dans les entrailles, par ce qui se passe dans la bouche ,. nous verrons que les phlegmasies de la muqueuse buccale produisent plutôt la sécheresse de la bouche que la salivation. Si d’ailleurs nous observons les effets de la titillation buccale par un gargarisme , par une salive insolite, ou par tout autre corps étranger, il deviendra évident que l’état inflammatoire de la muqueuse buccale n’est pas plus favorable à la salivation que l’état inflammatoire de la muqueuse gastro-intestinale n’est capable de déterminer les flux bilieux cholériques , dont le développement se lie si manifestement aux affections morales, aux variations atmosphériques et à l’usage de diverses substances, que Galien appela cholagogues , comme à celui de diverses substances émétiques, qui représentent pour les sécrétions hépatiques, les gargarismes on les titillations buccales , et les sialagogues pour les glandes salivaires.

M. le docteur X***, d’une stature élevée et d’une grande force physique, éprouva, en décembre 1818, un flux bilieux verdâtre excessif, par haut et par bas, avec des rémissions. Il était sans fièvre lorsqu’il me fit demander en consultation , au quatrième jour. Les anxiétés précordiales étaient extrêmes , ainsi que les crampes des mollets \ le visage était hippocratique ; le pouls serré, sans fréquence ; la pression perpendiculaire sur l’épigastre soulageait les angoisses auxquelles il était en proie. Cent vingt-sept sangsues avaient été inutilement employées contre cette gastrite rebelle , et d’autres

venaient d’étre prescrites comme urgentes. Mon avis, comme celui de MM. les docteurs Renauldin, Lerminier, Kcrandren, baroque et de beaucoup d’autres dont Je nom m’éehappe, mais qui se rappelleront le cas dont je parle, fut qu’un calmant opiatique était indiqué, avec des boissons froides, comme dans les choléra-morbus. Les sangsues prescrites les dernières ne furent point appliquées, et le malade entra peu-à-peu en convalescence , quoique, eu égard à la violence des douleurs, les doses d’opium eussent été assez rapprochées pour produire quelques inconvéniens du narcotisme, qui cessèrent en éloignant les prises du calmant.

M. N***, figé de quarante-cinq ans, négociant, rue Saint-Marc, fut pris soudainement, vers midi, de malaise, d’anxiétés précordiales et de vomissemens bilieux verdâtres si abondans, qu’à trois heures je le trouvai avec un visage amaigri, tout-à-fait décomposé; il était en proie aux anxiétés précordiales les plus violentes que soulageait la pression au lieu de les augmenter; il se plaignait de crampes aux mollets, etc.; le pouls, la peau et la langue étaient à l’état normal. De l’eau rafraîchie, et ensuite une potion laudanisée furent les seuls moyens employés. Sa femme, qui ce jour-là était allé à Versailles pour affaires, rentrant inopinément à six heures, ne reconnut pas son mari couché dans son lit, tant était grandie changement survenu en si peu d’heures; et cependant il était en convalescence le lendemain , et reprenait ses occupations après un seul jour de repos. Pense- t-on que des saignées locales abondantes auraient eu un succès plus prompt et plus décisif que de l’eau fraîche et un peu d’opium ? Un grand

nombre de faits analogues m’autorisent à penser le contraire.

Voilà pour moi des choléra -morbas dans lesquels l'appareil digestif a été vivement sur-stimulé, ainsi que le système nerveux ; mais qu'a de commun ce flux bilieux ataxique avec ceux dans lesquels l’émétique a des succès aussi immédiats? Qu’on réfléchisse à la violence des douleurs et qu’on juge si eiies auraient pu être sans fièvre, et si elles auraient été soulagées par la pression, en supposant qu’elles eussent eu le caractère inflammatoire. Dira-t-on qu’il fallait bien que la muqueuse gastro-intestinale fût dans un état maladif pour être aussi sensible à l’action de la bile? Je répondrai que c’est comme si on disait que la conjonctive est malade , parce qu’elle rougit instantanément sous les larmes que fait couler une peine morale, ou comme si l’on avançait qu’il existe une gastrite chez le nourrisson bien portant , qui est empoisonné par le lait de sa nourrice lorsqu’elle lui donne le sein après un accès de colère.

La colère, en effet, semble augmenter l’action sécrétoire du foie et l’altérer, comme une peine morale augmente et altère la sécrétion lacrymale dont le produit irrite les yeux et les joues qui étaient sains \ ainsi que le flux d’une salivation mercurielle irrite la muqueuse buccale et labiale et môme la couvre d’aphthes; de môme , le flux bilieux du choléra-morbus irrite et bouleverse les entrailles et l’organisme, quoique le malade ait parfaitement digéré la veille et que l’autopsie ne démontre aucune inflammation lorsque la marche de la maladie est rapide. La pbîogose fugace qui peut

survenir, dans ce cas , à la muqueuse gastro-inteslin.de par le flux bilieux, qui irrite aussi la muqueuse gutturale et la marge de l’anus dont l’état de phîogose cesse avec le flux qui le produisait et l’entretenait ; la phîogose ou l'irritation gastro-intestinale, gutturale et rectale, dis-je,, n "est-elle pas, dans ce cas, de la même nature que celle que les larmes produisent sur les conjonctives et les joues, dont l’irritation cesse avec les pleurs qui l’occasionaienl ?

Dans l’exemple que je viens de choisir, il est évident que l’irritation et la phîogose sont causées par un agent irritant local qui, dans tes. deux cas , est le produit d’une sécrétion dont le retour à son état normal permet à l’appareil digestif, comme aux yeux, de reprendre presque aussitôt leurs fonctions ordinaires; à moins que le flux n'ait été assez soutenu pour causer une inflammation permanente qui aura ses effets propres et pourra, comme je le ferai voir dans la cinquième classe, déterminer un état fébrile qui lui sera proportionné et cessera avec elle.

Les choses se passent-elles ainsi dans les phlegmasiesexanthématiques qui ne reconnaissent pas pour cause un irritant extérieur à l’organe qui s’enflamme ? 11 sera facile d’en juger en jetant un eoup-d’œil rapide sur celte autre série défaits. La conjonctive s’enflamme, et cette ophthalmie spontanée peut déterminer un larmoiement qui augmente l’inflammation, laquelle ne cesse pas par la suspension du larmoiement y et présente une marche déterminée et une durée spontanée tout-àfait différentes de celles de la phîogose oculaire consécutive à un larmoiement primitif» Après l’ophthalmie

spontanée ou exanthématique > il faudra beaucoup de temps avant que l'œil supporte ses fonctions spéciales comme de coutume; tandis qu’il peut les reprendre presque immédiatement après la phlogose accidentelle qu’un larmoiement a pu produire , comme après celle qu’aura développée la poudre de tabac insufflée dans les yeux, quoiqu’elle occasione une douleur souvent beaucoup plus violente que l’ophthalmie exanthématique ou spontanée. Lorsque la muqueuse buccale s’enflamme spontanément, même par des aphthes , le flux salivaire est secondaire et cesse avant la phlegmasie muqueuse, à moins que le malada ne l’entretienne par une expulsion habituelle.

Si des yeux et de la bouche nous passons à l’appareil gastro-intestinal, nous trouvons précisément les mêmes lois. La muqueuse gastrique ou intestinale s'enflamme spontanément , et cette gastro-entérite exanthématique peut déterminer un flux bilieux , pancréatique ou muqueux, qui augmente l’inflammation qui le produit, et ne cesse pas quoique le flux ne continue pas toujours. Cette inflammation a une marche déterminée et une durée spontanée tout-à-fait différentes de celle que les flux cholériques, les émétiques et les drastiques même peuvent produire. Après une inflammation exanthématique de la muqueuse gastro-intestinale, il s’écoulera un temps considérable avant que l’appareil digestif puisse reprendre ses fonctions ordinaires, tandis qu’après un émétique, un purgatif, qui auront parfois produit de très- vives douleurs, les fonctions se rétabliront rapidement. Il résulte de là qu’il faut absolument qu’il y ait une grande différence entre les phlegmasies acci»

dentelles , ou par cause locale , et les phlegmasics spontanées ou exanthématiques au même degré , c’est-à-dire entre une phlogose par irritation locale, un vésicatoire, etc., et un érysipèle spontané qui guérit par un vésicatoire; entre une gastro-entérite par empoisonnement, et une gastro - entérite spontanée ou exanthématique j entre l’irritation méningo-gastralgiqne des affections saburrales et l’irritation des émétiques et des purgatifs, puisque la méningo-gastralgie portée parfois si loin sans mouvement fébrile , chez des sujets irritables qui ont eu souvent de la fièvre dans d'autres circonstances, guérit immédiatement par l’irritation émélocathartique. Celte simple observation détruit cri un instant l’échafaudage exclusif du mouvement fébrile des affections saburrales sur l’irritation de la muqueuse gastrique, puisque l’irritaticm méningo-gastralgique et la fièvre qu’on voudrait lui attribuer sont parfois en raison inverse d’intensité, et que Tune et l’autre sont souvent emportées d’emblée par l’irritation éméto- cathartique. Un cordonnier, dit Tissot (épidémie bilieuse de Lausane), ayant vainement demandé do soulagement à des moyens empiriques, après avoir refusé un lavage, était tombé dans l’état suivant , lorsque ce médecin fut redemandé ; la bouche était noire et sèche, le visage très-altéré, le pouls vite et faible, les extrémités fraîches et le météorisme abdominal considérable, etc. Tissot le regarda comme agonisant, et cependant conseilla de lui instiller de l’eau de tamarin stibiée. 11 en résulta l’évacuation d’une quantité prodigieuse ( stupendam ) de matières jaunes ou bilieuses; le visage se remit, les extrémités se réchauffèrent , la

bouche s'humecta, le ventre se détendit, et la connaissance perdue revint au malade, qui se rétablit d’une manière aussi prompte qu’inespérée. Il est permis de douter que, dans ce cas, le malade eût été aussi promptement rétabli par 40 ou 5o sangsues sur le ventre que par l’émétique ; il a recueilli le fruit de l’expérience du caractère de la maladie épidémique régnante. Je prierai de se rappeler les phénomènes des empoisonnemens par les acides minéraux, dans lesquels la violence de la douleur fait périr avant le développement de la fièvre, comme, dans d’autres circonstances, la violence de la lièvre donne la mort sans le concours d’aucunes phlegrnasies dont la nécropsie puisse démontrer les traces ou les produits cadavériques.

Afin de montrer mieux jusqu’où peut aller îa douleur dans les organes digestifs, chez des sujets éminemment irritables ; et pour aider encore mieux à déterminer la valeur de la méningo-gastralgie et ce qu’il y a d’historique dans les poésies modernes sur les gastro-entérites, je me bornerai à analyser ici une observation d’une grande authenticité par le témoignage des hommes recommandables avec qui j’ai donné des soins à la malade*

Madame C. G . , âgée de vingt-six ans et bien ré¬

glée depuis l’âge de quatorze, a eu souvent la fièvre dans son bas âge. De quatorze ans jusqu’à seize et demi, elle fut fatiguée par une faim canine qui l’obligeait à manger beaucoup, et surtout du pain. Vers seize ans, elle eut, pendant dix jours, une toux semblable à un aboiement, qui céda à deux applications de sangsues; mais elle resta sujelle à des douleurs d’estomac trèsvives, qui cependant ne l’empêchaient pas de manger

beaucoup, et même de la pâtisserie, Les eaux de Plombières augmentèrent l’appétit et les forces, sans diminuer la douleur, qui céda aux bains de mer, à l’âge de dix-huit ans. Mariée à dix-neuf, elle fut mère à vingt ans. A la suite de sa couche, il lui resta, pendant huit mois, un flux leucorrhoïque très-abondant ; des douleurs dans l’abdomen et dans la région lombaire. Yers l’âge de vingt-un ans, une grande peine morale, pas’ la perte d’une hile unique, renouvela les douleurs d’estomac, que les bains de mer diminuèrent sans les dissiper.

Yers vingt-deux ans, au printemps de 1824, elle eut la fièvre pendant huit jours, durant lesquels on employa les bains; les douleurs de bas-ventre cessèrent; mais celles de l’estomac augmentèrent beaucoup. Elle fut reprise aux bains de mer , en juillet suivant, d’une toux sèche avec perte de l’appétit et augmentation des maux d’estomac. Pendant l'hiver suivant elle eut encore, durant huit jours, une fièvre qui fut suivie d’une leucorrhée de plusieurs semaines, après lesquelles elle cessa, et les maux d’estomac augmentèrent et diminuèrent ensuite.

Yers la fin de mars 1826 , Madame C. G. ... , âgée de Yingt-quatre ans, commença de nouveau à tousser, à perdre l’appétit, et ensuite à souffrir de l’estomac après, avoir mangé. Le 1 1 avril il n’y avait plus d’appétit , les douleurs d’estomac, après les repas , étaient fortes , la faiblesse était grande et la toux ne donnait point de relâche. M. le professeur Marjolin regarda la toux comme stomacale. Les pédiluves sinapisés , les sinapismes , les caïmans, les adoucissans de tous les genres, toutes

les fécules, le lait, la glace à Pin lé: leur, les bains liédes; par suite de diverses consultations, des sangsues sur l’estomac et beaucoup d’autres moyens ne purent arrêter les accidens ; la toux continua avec férocité, tandis qu’il resta quelques forces à la malade , dont l’amaigrissement augmentait chaque jour. Après les boissons les plus douces , les douleurs de l’estomac devenaient atroces pendant plusieurs heures , et dans cet état de sou (France la malade fut constamment sans fièvre .

Le 19 juin, je fus appelé en consultation avec MM. Marjolin et Guersent , et voici Pétat dans lequel je trouvai la malade à quatre heures de l’après-midi. Son corps était entièrement desséché; la peau, d’un jaune sale, était collée sur les os , car les muscles avaient disparu; le visage était hâve; elle était couchée en supination , et d’une si grande faiblesse qu’elle ne pouvait soulever ses bras pour les porter à sa bouche ; la voix était tout-àfait éteinte, et il fallait, pour distinguer quelques paroles chuchotées , mettre l’oreille tout près de sa bouche. La moindre lumière et le moindre bruit la faisaient horriblement souffrir, les paupières étaient entr’ouvertes et la malade ne pouvait ni ouvrir les yeux, ni achever de les fermer.

La déglutition d’une cuillerée à café d’eau blanchie avec de l’arow-root était suivie de douleurs atroces dans l’estomac pendant quatre ou cinq heures. Convaincue qu’elle devait mourir incessamment, Madame C. G...... ne voulait plus rien prendre. La langue était

naturelle, la peau sans chaleur et le pouls sans fréquence , mais d’uüe faiblesse extrême. Il n’y avait plus de toux depuis trois ou quatre jours, c’est-à-dire de-

puisque les forces étaient épuisées. Le ventre était totalement affaissé sur la colonne vertébrale ; on ne distinguait aucune tumeur dans la région de l’estomac ni ailleurs. La gravité de l’état de la malade ne pouvait être douteuse. D’après d’autres faits analogues, je proposai à MM. Marjoiin et Guersent d’agir par la peau, au moyen d’affusions de trois à quatre minutes, faites avec de l’eau à 20* de Réaumur. J’avais en vue de constater si une légère sédation générale agirait avec quelque avantage sur le système nerveux et sur les organes digestifs. Ce moyen accepté, voici comment nous procédâmes de concert, à huit heures el demie du soir , le même jour. La malade fut placée dans un drap, comme dans un hamac ; ses pieds furent mis dans de l’eau à 34° de Réaumur environ; et ensuite, au moyen d’une casserole on lui répandit sur le corps, du haut en bas, ue l’eau à 20° de Réaumur, pendant trois minutes et demie. Des les premières ondées qui tombèrent sur elle, la malade commença à agiter ies bras. Elle fut essuyée sur un lit préparé pour cela, et ensuite remise dans le sien. On prescrivit au lieu d’une cuillerée à café d'eau d’aroow-root, d’en donner une cuillerée à soupe. Il y eut du sommeil pendant la nuit. Le 18 juin, il y avait

plus d’énergie , quoique les douleurs eussent été les

mêmes après les cuillerées d’aroow-root. Du 18 au 22 juillet, les affusions furent continuées à deux par jour;

une vers dix heures du matin , et une vers huit heures

et demie du soir. À la fin de la première semaine, la malade était arrivée à prendre dans les vingt-quatre

heures huit cuillerées à soupe d’aroow-root , dont l’in¬

gestion était encore suivie de beaucoup de douleurs.

quoique l’appétit se réveillât un peu, sans toux et sans rétablissement de la voix, mais avec moins de faiblesse des mouvemens, et plus de vie dans l’expression de la

physionomie.

Dans la seconde semaine la voix se rétablit: l'appétit devint impérieux: on remplaça Taroow-root par du potage très-épais fait au bouillon de bœuf. On en prenait à la fin de la semaine soixante cuillerées à soupe dans les vingt-quatre heures. La douleur après les repas avait diminué de jour en jour et en même temps on supportait mieux la lumière et le bruit. On avait pris douze grains de poudre d’yeux d’e'crevisses , le matin, plusieurs fois dans celte semaine.

Durant la troisième semaine le poulet rôti avec du pain rassis passa beaucoup mieux que les potages , pourvu qu’on bût très-peu d’eau de rivière, qui était la boisson.

Pendant la quatrième semaine les côtelettes de mouton et surtout le bifFteck réussirent mieux que le poulet, et enfin, dans le cours de la cinquième semaine , le sommeil se rétablit, les forces augmentèrent; on commença à se lever et à marcher, et on sortit le 25 juillet, trente cinquième jour après le commencement du traitement. Le visage était déjà démaigri ainsi que le corps, et le

ventre n’était plus affaissé. Madame G. G. supporte mal les

liquides; elle urine presque aussitôt après en avoir pris, et même quoiqu’elle n’en prenne pas. Voici quel était son régime à la fin de juillet: à huit heures du matin, elle prenait un riz épais; à onze heures, après V affusion, deux côtelettes; vers les trois heures après midi, une petite soupe; vers cinq heures , un bifTteck; vers neuf heures f après

l’affusion , une petite soupe, et enfin, dans la nuit, une autre soupe; et tous ces repas, commandés parun besoin impérieux, étaient facilement digérés par une personne qu'on a vue au supplice , cinq semaines auparavant , pour la digestion d’une simple cuillerée à café d’aroowroot à l’eau.

On éloigna peu-à-peu les affusions, et on finit par les suspendre. En automne, madame G. G*** avait repris un bel embonpoint et tous les attributs de la santé. En 1827, les douleurs d’estomac ont reparu avec diverses anomalies nerveuses ; les affusions n’ont plus obtenu le même succès que l’année précédente; mais on s'est bien gardé de supprimer les alimens; en sorte que la malade, qui est beaucoup mieux, n’a pas eu à soutenir les effets de l’inanition combinés avec ceux de la gastralgie.

Cette observation présente à considérer : i°. La susceptibilité fébrile très-grande de la malade; 20. L’apyrexie la plus complète avec les douleurs d’estomac les plus violentes par la digestion d’une cuillerée à café d’aroow-root ;

3°. L’éréthisme de tous les sens par suite de l’inani-

tion et le marasme le plus complet;

4°. Le succès immédiat de l’action instantanée d’une affusion à 20° sur toute la peau pour rétablir les facultés digestives, et le défaut de succès du même moyen l’année suivante;

5°. La promptitude avec laquelle l’estomac est arrivé à digérer facilement des alimens solides.

Je regarde ce fait comme un exemple d’éréthisme général par inanition; car les sens distincts ne suppor-

taient pas mieux leurs stimulus spéciaux que les sens confus.

Je pourrais multiplier les exemples de choléra-morbus, de gastralgies et de gastrodynies dont les accidens ont constamment augmenté sous l'influence des émissions sanguines locales et générales , du traitement antiphlogistique adoucissant , de la diète , et ont , au contraire, diminué au moyen d’une alimentation convenable qui écarte les accidens de l’inanition, dont le premier est un éréthisme plus ou moins considérable qui gagne successivement tous les organes. Dans l'exetn pie que je viens de citer, à mesuré que là malade s’affaiblit, son estomac supporta plus difficilement le moindre travail digestif ; mais, en même temps, les yeux, quoique sans ophthalmie, ne supportèrent plus la moindre lumière, ni les oreilles, quoique sans otite, le moindre bruit , sans la mettre au supplice. A mesure qu’elle récupéra des forces, la digestion devint plus facile ; les veux cherchèrent la lumière, et les oreilles les sons avec le même appétit que l’estomac exigeait les aîhnens. Cela étant bien entendu, il me semble clair que la faiblesse de l’inanition , comme tontes les faiblesses parles variations de l’atmosphère, par les évacuations excessives, les hémorrhagies, etc. , peut devenir la cause de phénomènes qui domineront dans les organes dont la susceptibilité vitale ou nerveuse sera la plus grande.

Voilà donc l’ asthénie par l’inanition ou par toute autre cause produisant dans les organes des phénomènes secondaires très-considérables , sans que nou puissions lui assigner un siège exclusif, ou, si l’on veut, un caractère anatomique, quoique ses phénomènes

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