II
soient très-connus. Ce que je dis de l’asthénie, il faut l’entendre de la sthénie, de l’ataxie et de l’état réfractaire ou chronique ; ce qui prouve que les appareils organiques généraux sont tout aussi certainement que les appareils organiques locaux ou les organes, le siège de modifications vitales primitives et plus ou moins considérables. Je dis modifications vitales , car à moins qu’on ne montre que la vie peut exister sans la sensibilité évidente et latente, c’est-à-dire, sans les sens distincts et confus , il faudra convenir que ces phénomènes , parmi les modifications desquels sont comprises les pyrexies générale et locale, appartiennent à l’état de vie, et par conséquent sont des modifications vitales , qui peuvent amener des lésions organiques comme elles peuvent en dépendre : en sorte que si on ne peut pas dire que toutes les lésions vitales générales soient antécédentes aux lésions organiques qui peuvent coïncider, il est impossible d’affirmer davantage que toutes soient consécutives à ces dernières ; car , ainsi qu’on voit des lièvres avec irritation gastro-intestinale, on en observe sans cette circonstance et sans aucune autre affection locale qui puisse les moliver; de même on rencontre des irritations gastro-intestinales tantôt avec fièvre et tantôt sans le moindre symptôme fébrile.
Il résulte de ce qui précède, que dans les fièvres bilieuses ou saburrales, la présence d’un fluide anormal et résorbé dans les premières voies joue le rôle primitif et principal , tandis que les phénomènes méningo-gastralgiqucs ne sont que secondaires et comme exanthématiques. ( Voy. la classe des fièvres exanthématiques.) If est bon de remarquer ici que l'épigas-
îfàlgie des fièvres bilieuses qu’on voit coïncider où alterner avec la céphalalgie , augmente en pressant d’avant en arrière et de bas en haut sur l’extrémité du cartilage xiphoïde, tandis que la douleur gastritiqne augmente en comprimant plus bas et perpendiculairement à la colonne vertébrale. La douleur épigastralgique , à moins de complication, n’augmente par la pression perpendiculaire sur l’épigastre que lorsque la peau par sa tension agit sur le cartilage xiphoïde.
La discussion des phénomènes des indigestions d’alimens ordinaires, de liqueurs alcooliques ou de substances nuisibles que Sauvages n’a point trouvés indignes de son cadre nosologique , me conduirait trop loin en ce moment; il me suffit d’avoir établi que le vice des fonctions assimilatrices ou de coction de l’appareil di gestif peut donner l’impulsion du mouvement py ré tique ^ indépendamment de toute phlegmasiê locale, en agissant sur les fonctions vitales communes et ensuite sur les spéciales par le tact général et par les fluides que les chylifères peuvent introduire dans la grande circulation. L’absorption d’un principe nuisible modifiera certainement le sang par l’addition d’une substance hétérogène , qui pourra se refuser pendant un temps plus ou moins long à son assimilation et à son excrétion ; mais il ne s'agit pas ici de la modification primitive de l’hématose dans ses propres appareils , comme dans la classe précédente.
L’inflammation ou la pyrexie locale peut se lier aussi à l’état saburral ou bilieux des premières voies, et cesser par leur évacuation comme la fièvre générale qui en dépend. L’appareil gastro-intestinal, par l’absorption, peut
fournir au grand réservoir circulatoire un principe nuisible, qui peut y rester plus ou moins long-temps inassi mité ou renouvelé, et se trouver, pendant que dure son introduction , en rapport avec les capillaires de divers parenchymes. Un tel phénomène aurait-il quelque chose de plus surprenant et de plus contradictoire aux lois physiologiques que celui qui a lieu lorsqu’avec la pointe d'une aiguille ou d’une lancette on présente à l’absorption , par un point quelconque de l’organisme , un principe virulent qui, étant introduit dans la circulation , développe d’abord un état fébrile et ensuite une éruption pustuleuse spéciale de la peau ?
Prétendre expliquer un tel phénomène par les seules sympathies de l’appareil tégumentaireexterne et interne, c’est oublier que si on peut inoculer la variole, ou la prend aussi d’emblée comme la syphilis, etc. , et alors où est le point de départ du mouvement sympa thique ?
(le qui est très-certain, c’est que, de même que divers points d’absorption peuvent être le foyer d’intussusceptîon d’un principe générateur de diverses phlegmasies, de même l’appareil digestif peut être le foyer d’absorption d’un principe générateur de pyrexies locales angineuses, pleurétiques, pneumoniques, catarrhales, rhumatiques , etc,, comme des pyrexies générales, qui sont diminuées ou supprimées* les unes comme les autres, par l’évacuation des premières voies et les modifications qui en résultent dans les sécrétions dont les produits y sont, versés, dans les Üuidesqui y circulent , et par conséquent dans les absorptions qui s’y opèrent.
Sclic a conseillé dans les fièvres bilieuses, lors même que les signes de l'engouement des premières voies par
des substances saburrales n’existc plus , d’agir sui l’appareil digestif, afin, dit-il, d’y rappeler la cause qu’il suppose avoir été absorbée, introduite dans la grande circulation, et produire de là l‘étal fébrile et même les phlegmasies locales qui peuvent dépendre de cette cause. Ce précepte, bien réfléchi, revient à ceux-ci : lorsque des aceidens succèdent à la cessation ou à la suppression d’une dartre ou de la goutte, c’est au lieu où était la dartre, ou sur l’articulation qu’affectait la goutte, qu’il faut appliquer les dérivatifs; c’est sur le point de départ connu d’une maladie qu’il faut agir toutes les fois que la chose est possible. Or, dans la pensée de Selle, si la sécrétion du foie, du pancréas ou delà surface muqueuse gastro-intestinale , a fourni le principe nuisible, qui, depuis son introduction dans la grande circulation, trouble les fonctions générales ou locales, sans qu’aucun émonctoire se prépare encore ;’t son expulsion, n’cst-il pas probable que les organes qu’on présume avoir fourni d’abord la cause du désordre ou en être le point de départ, seront ceux auxquels on s'adressera avec plus d’avantages pour en procurer l’excrétion ? De ce point de vue, le conseil de Selle commande plutôt l’admiration, par la profondeur des vues, qu’il ne prête h la raillerie. Or, la pensée de Selie était celle de Stoll, etc.; et celte pensée , dans les épidémies bilieuses , a été féconde en heureux résultats, qui se renouvellent dans toutes les circonstances semblables, et. dont il reste d’assez beaux m on u mens par les ouvrages d’une foule d’hommes recommandables, pour qu’il ne soit permis qu'à l’ignorance ou à la mauvaise foi de les contester. Dans diverses années, dans celle qui court maintenant»
iji 'avons-nous pas fait voir dans les salles de clinique de niôtel-Dieu , les fièvres, les phlegmasies, et même les hémorrhagies consécutives à l’état saburral, bilieux, de.<\ premières voies, disparaître incontinent par l’administration d’un simple émétique ? J’accumulerais ici les faits par centaines si cela était nécessaire. Je me bornerai au suivant, pour faire voir quelle place peuvent tenir dans un traitement d’affections saburrales les moyens dont je parle.
Pyrexie générale hématosique et dyspepsique sthénique oîi fièvre inflammatoire et saburrale , avec
des accidens nerveux.
« Jeanne Trigot , âgée de dix-neuf ans , tempérament lymphatico-sanguin , d’une bonne santé, était grosse de son premier enfant. Elle essuya des chagrins relatifs à ses moyens pécuniaires, et fut toujours frappée de l’idée qu’elle mourrait en couches. Le terme arrivé, les douleurs se manifestèrent le ; mais on remarqua bientôt un délire léger et passager, le sa 5 üoréal an 10, la malade perdit connaissance et tomba dans des convulsions générales très-considérables.
Le 25 , premier jour, l’enfant sortit naturellement entre deux convulsions , à six heures du soir. A neuf heures et demie je fus appelé. La malade élait dans un état semblable à l’apoplexie, interrompu de temps à autre par des contorsions violentes de la face, des yeux, du troue et de tous les membres. 11 y avait écume à la bouche, impossibilité d’articuler aucun son, point de signes que la malade entendît ce qu’on lui disait dans ses
moniens de calme 5 lu respiration slerloreuse et élevée, la face plombée, d’un rouge violet, les yeux tantôt fermés, tantôt ouverts, roulans, presque toujours farouches, ne fixant rien. La mâchoire inférieure serrée de temps à autre. La malade n’avait donné aucun signe de connaissance depuis l’invasion des convulsions. Le pouls serré , dur et fréquent. Les lochies qui avaient bien coulé immédiatement après l’extraction de l’enfant, ne Huaient plus alors. Je fis surde-champ une forte saignée du pied; je prescrivis trois lavemens purgatifs, un bain pour la nuit, et une potion anti-spasmodique fort légère. Après la saignée du pied, la respiration fut moins agitée et le râle moins fort, la sensibilité parut moins obtuse, et le pouls un peu moins serré. Les lavemens furent sans effets; le bain ne fut point donné.
Le 26, deuxième jour, état earotique profond ; toute sensibilité nulle; râle plus bruyant que la veille; pouls toujours très-fréquent et très -serré; chaleur vive de la peau, secousses convulsives toutes les demi-heures au tnoius. [Six sangsues aux jugulaires ; lavement . ) On ne peut rien lui faire avaler. Le soir, coma moins profond; quelque légère trace de sensibilité de la vue et de l’ouïe. ( Décoction de tamarin miellée , pour la nuit ; vésicatoires aux jambes.)
Le 27, troisième jour, simple somnolence, deux ou trois convulsions depuis hier; elle ouvre les yeux, et répond quoique avec un air de stupeur et une grande difficulté; mais elle ne veut pas croire quelle ait accouché. Je pansai les vésicatoires, qui avaient bien fait. ( Décoc tion de tamarin miellée avec deux grains d' émétique; pour t ajournée , eau d'orge édulcorée.) J usqn’ici
f»oo
les excrétions ont coulé à l’insu delà malade ; depuis hier le ventre est libre et la peau moite, le pouls vif et fréquent , mais beaucoup moins dur; la peau uniformément chaude ; la langue est belle; la malade ne se plaint d'aucune douleur. On essaie de faire sucer ses mamelles par son enfant ; elles sont encore flasques. Le soir, délire gai, aucun mouvement convulsif, le pouls fréquent et vif, la peau chaude et moite. ( Eau de gruau et de groseilles quelques bouillons .)
Le 28, quatrième jour, délire toute la nuit ; urines et selles involontaires. Ce matin, délire plus calme, aucune somnolence; la malade 11e se plaint de rien. Langue jaunâtre, mais humide; soif; aucun gonflement des seins, moiteur continuelle et générale; pouls fréquent, toujours un peu séné et assez fort. ( Mêmes remèdes.) Les lochies coulent toujours, mais en petite quantité.
Le soir, paroxysme marqué par un déiire furieux, avec des yeux hagards et menaça ns; le pouls petit, concentré, dur et fréquent ; rougeur passagère de la face , qui est plutôt pâle dans d’autres instans.
Le 29, cinquième jour, nuit assez tranquille. Le matin, délire paisible, yeux calmes, face moins ample, soif; langue jaune, un peu sèche, moiteur continuelle , abord du lait aux mamelles; pouls moins serré, mais toujours fréquent et assez fort; urines et selles toujours libres, à l’insu de la malade. ( Infusion de bourrache miellée , bouillons , eau de gruau édulcorée.)
Le 5<>, sixième jour, paroxysme violent et déiire agité toute la nuit, mais sans fureur; même état le reste du jour; sécrétion abondante du lait . moiteur continuelle, aucune douleur ; langue belle , à peine de la soif; toutes
les excrétions sont libres. Elle s’agite beaucoup dans ses redoublemens ; maison remarque qu’elle remue trèspeu les membres gauches. ( Décoction de tamarin dans du petit-lait , avec set d’epsom six gros , boisson dé-
{ayante.)
Le ier prairial, septième jour, nuit calme , quatre heures d’un sommeil tranquille. Le matin, délire, mais peu d’agitation. Toutes les excrétions comme à l’ordinaire; le pouls toujours vit' et fréquent paraît un peu plus développé, la face maigrit, mais conserve une pquleur rosée assez vive. La malade ne souffre nulle part. ( Boisson délayante.) Les lochies coulent comme à l’ordinaire.
Le 2 , huitième jour, léger paroxysme hier soir ; mais dans l’après-midi la malade a demandé à aller sur le pot. Cinq heures de sommeil la nuit. Ce matin, trèscalme, peu de loquacité, ruais toujours dérangement dans les idées, et embarras à exprimer quelques pensées bizarres. Céphalalgie légère, bouche pâteuse, langue un peu jaune; du reste môme état. { Petit-lait avec le tamarin et du sulfate de soude.)
Le 3, neuvième jour , bien tranquille depuis hier; sommeil; aucun délire. Elle a toujours demandé le pot. Pas de paroxysme sensible. Ce matin grand appétit, plus de traces de symptômes d’embarras gastrique, toujours moiteur et liberté des excrétions , et même du lait. Pouls toujours fréquent et vif, mais beaucoup plus mou et plus développé (Adoucissons , soupe légère.)
Le q? dixième jour, à peine du paroxysme hier, appé-
tit, plus de sueurs, aucun symptôme gastrique , se pouls encore un peu fréquent, mais développé; libellé, en-
tière des facultés intellectuelles. Le lait toujours en abondance. ( Atimens légers, un yeu de vin.)
Le 5, onzième jour, point de paroxysme hier, aujourd’hui pouls naturel , appétit très-vif, excellent visage, convalescence. On panse les vésicatoires à sec.
Le 9, appétit et bonne convalescence jusqu’à la nuit du 8 au 9 alors douleur dans toute l’étendue du bras droit, et difficulté de le mouvoir. Ce matin, état fébrile ; tout le jour idem ; aucun symptôme gastrique. Lue médecine pour demain.
Le 10, la médecine a bien fait. La douleur du bras a très-diminué ; plus de lièvre ; bon appétit.
Quelques jours après, santé parfaite. »
Sous quelque point de vue qu’on considère le fait qui précède , il restera toujours, que de tous les moyens mis en usage dans le cours du traitement, l’emploi d’un éméto-cathartique et de deux purgatifs avec la décoction de tamarin et six gros de sulfate de soude, et enfin celui d’une médecine et d’alimens légers ont été suivis d’une convalescence immédiate et solide. Cette convalescence eût-elle été plus prompte si l’observateur eût préféré de continuera saignerPll faut plaindre ceux qui ne verraient dans le cas qui précède qu’une simple gastro-entéro-céphalite. M. Broussais qui me communiqua celle observation en i8o3, dans le temps où il suivait CHôtel-Dieu, en jugea différemment. 11 ne craignit pas de reconnaître comme cause, et de combattre un embarras gastrique
avec des évacua ns assez décidés, dont l’effet fut de faire cesser, presqu’immédiatement , les accidens nerveux et les paroxysmes fébriles qui avaient résisté aux émissions sanguines.
Si on veut voir des masses de faits bien décrits et bien tranchés dans lesquels la cause de la fièvre a paru consister dans une surcharge saburrale bilieuse des premières voies, on peut parcourir les descriptions des épidémies laissées par Mertens , Fincke , Stoll , Tissot , etc., etc. On v verra la même cause avec des affeclions locales très- variées 3 cédant au même mode de traitement, l’évacuation des premières voies, même à une époque très-avancée de la maladie.
Ici je dois faire remarquer que les fièvres que j’ai ap-
pelées biosiques et les fièvres hématosîques peuvent faire développer des états saburraux ou bilieux; c'eslà-dire que comme toutes les commotions physiologiques de l’organisme, elles peuvent devenir les causes de stases chymeuses, saburrales ou bilieuses secondaires, dont le traitement spécial ne fasse point cesser les symptômes généraux. On trouvera un exemple frappant de ce cas dans l’épidémie décrite par Stoll en 1779, sous le nom de fièvre putride sanguine , dans laquelle ies graves lésions de l'hématose, outre des phîegmasies , s’associaient l’état saburral des premières voies et même au plus haut point, et cependant ies saignées et les anti-phlogistiques réussirent, tandis que les évacuans de l'appareil digestif échouèrent, hors le cas où la maladie étant fort avancée, les symptômes saburraux reslaienl seuls à combattre. Il est clair qu'il faut être sur scs gardes relativement aux symptômes
bilieux. de seconde génération; mais n’en est-il pas de même des symptômes inflammatoires «dynamiques, nerveux, etc. secondaires?
Première Sous- Classe.
l'TREXIES DVSPCPMQUXS OU Si BÇRRALES GLXLlUtESs,
L étal fébrile par les vices de la digestion altérée par. la stase d’un fluide anormal , satmrrai cbyrneux , muqueux ou bilieux, se présente sous les formes sthénique „ asthénique , ataxique et chronique. 11 offre les phénomènes de la fièvre biosîque, plus ceux de X indigestion on de la surcharge des premières voies , par des substances introduites ou par les produits des sécrélions muqueuse , hépatique ou pancréatique devenus plus ou moins anormaux, et les phénomènes de î”absorption dans les premières voies de quelque principe anormal nuisible.
La surcharge de l’appareil gastro-intestinal n’est pas contestable; mais on l’a exclusivement expliqué depuis quelque temps par une gastro-entérite. Je renvoie sur cet objet aux développemens dans lesquels je .suis entré.
L’absorption intestinale a été contestée et niée, et çette première dénégation a conduit à chercher la cause de tous les phénomènes secondaires dans la réaction sympathique de la muqueuse gastro-intestinale sur les autres organes et sur le système nerveux en particulier.
Les phénomènes sympathiques des éiranglemens herniaires et des phlegmasies gastro intestinales sont une preuve manifeste de la réaction de l’appareil digestif sur le système nerveux ; comme les vomissemens ou la diarrhée par la vue d’un objet dégoûtant, etc., prouvent l’influence du système nerveux cérébral sur l’appareil digestif ; mais ce consensus n’exclut pas l’absorption dont j’ai parlé , et dont l’existence , dans certains cas , a été si évidente par la nature des produits de diverses sécrétions dans leur couleur, leur odeur et leur saveur; par la coloration de certaines régions de la peau ; par la modération et la cessation plus ou moins immédiate et soutenue des phénomènes fébriles sous l’influence d’évacuans des premières voies qui exaspèrent constantment les accidens pyrexiques, lorsqu’ils dépendent d’un état inflammatoire quelconque des voies digestives.
PREMIER ORDRE
Fièvres saburrâies sthéniques.
11 faut rapporter aux fièvres saburrales les fièvres cholériques d’Hoffmann ; les lièvres bilieuses de Selle, Stoll, Mertens, Finck, Tissot, etc.; les fièvres muqueuses de Plenciz, etc. ; les fièvres de crapule de Sauvages, etc., lorsqu’elles ont le caractère sthénique.
Je me bornerai à un exemple pris dans l’épidémie régnante en ce moment :
« M. Y***, âgé de quarante-deux ans * négociant,
grand et vigoureux, éprouvait un peu d’anorexie depuis quelques jours. Le 7 septembre 18*28, par un temps lourd et orageux, il dîne modérément avec ses alimens accoutumés. Dans la soirée, il tombe dans une sorte d’ivresse délirante, avec céphalalgie, nausées et chaleur brûlante de la peau , et passe la nuit dans cet état. Le 8 septembre au matin, voici dans quel état était le malade :
La chaleur de la peau était sèche, vive et piquante; le pouls mou, à cent vingt pulsations par minute; la face était jaunâtre autour du nez et des lèvres, sans teinte ictérique dans les urines ni aux conjonctives qui étaient comme injectées. Le ventre était élevé et présentait peu de sensibilité au toucher; une odeur saburrale s’exhalait de la bouche et même des aisselles du malade , qui était dans un état de somnolence délirante depuis la nuit. Mes questions suspendirent un peu la somnolence ; il se souleva et essaya de me rendre compte de la céphalalgie gravative , de la soif vive et de îa chaleur qui le fatiguaient ; puis il retomba dans son affaissement témulent. La langue était couverte d’un enduit jaunâtre , qui faisait ressortir la couleur rose pâle, de ses bords, qu’on aurait pu croire rouges, si, en les comparant aux lèvres, je n’eusse pas constaté que îa teinte rose des bords de la langue était moins foncée que celle de toutes les autres parties de la bouche.
Tel était l’état de M. Y***, le 8 septembre, à huit heures; je prescrivis deux grains de tartre stibié, délayés dans six verres d’eau, donnés de quart en quartd’heure, et une limonade légère pour boisson. Les vomisse me 11s et les évacuations furent jaunâtres, comme
puîtacés et fort puans; ia peau s’humecta d’une sueur d’odeur nauséabonde; l’ivresse et les vertiges qu’il éprouvait lorsqu’il se levait pour aller à la garde-robe se dissipèrent, et à cinq heures du soir il était sans fièvre , sans soif, et ne se plaignait plus que de quelque pesanteur de tête et d’anorexie.
Le 9 septembre, le malade était sans fièvre et sans soif, mais l’anorexie et la céphalalgie gravative continuaient encore; les conjonctives étaient moins injectées, le pourtour du nez et des lèvres encore jaunâtre, et la diaphorèse d’une odeur désagréable. On se borna à la limonade, à la décoction de chiendent et de réglisse, et à deux lavemens d’eatî de son.
Le îOj l’anorexie existait encore avec un reste de céphalalgie et une légère disposition vertigineuse, sans soif et sans fièvre, mais avec la couleur jaunâtre du pourtour de la bouche ; la langue était chargée d’un enduit muqueux blanc-jaunâtre ; la diaphorèse était habituelle ; les urines un peu foncées contenaient quelques nuages de couleur jaunâtre et qui se précipitaient. Je prescrivis un second lavage, dont l’effet fut presque aussico nsidérable , et de même nature que celui du premier. Dès le soir, appétence et bien-être, après un bouiilon de bœuf donné froid.
Le 1 1 et le 1 2 , il n’y a plus eu de céphalalgie ; l’anorexie a cessé , l’enduit muqueux de la langue a diminué, le malade a désiré des alimens et s’est levé sans vertiges, surtout après ses légers repas; la diaphorèse a continué pendant la nuit, les urines ont été sédimenteuses depuis le dernier émétique , et les lèvres ont commencé à se couvrir d’une éruption pustuleuse très-abondante.
Le i5, on donne une tisane laxative avec une once et demie de manne, un gros et demi de follicules de séné et trois gros de sulfate de magnésie infusés dans trois verres d’eau. L’effet de ce laxatif a été modéré. Le sentiment de bien-être et de force du malade est aussi remarquable que l’amélioration de son teint et la vivacité de son appétit.
Le 14, l’éruption labiale couvre tout le pourtour des lèvres et du nez. Le sommeil est parfait, l’appétit excellent j le malade reprend, malgré moi , quelques-unes de ses occupations, et sa convalescence s'achève sans le moindre incident.
Une demoiselle de quarante-quatre ans, une autre de dix-neuf, une autre de onze, un homme de trente-six, et plusieurs autres, affectés presqu’en même temps , avec ivresse, comme le malade dont je viens d’esquisser l’histoire, ont été traités de la même manière , et aussi promptement et aussi solidement rétablis que lui. Chez d’autres, les vomissemens spontanés d’une matière jaune etépaisse; chez d’autres des coliques, avec ou sans éruption, et des symptômes saburraux, ont été les phénomènes domiuans. Ceux qui ont été traités par l’émétique ont été plus promptement rétablis que ceux qui ont été saignés. Un grand nombre d’affections du même genre Se sont présentées à la clinique, et chacun a pu voir l’apyrexie et la convalescence suivre immédiatement l’action de l’émétique. J’ai, à l’appui de ce que j’avance, le recueil des observations de juin, juillet et août 1828.
Tous ceux qui , dans cette disposition , sans une nécessité indiquée par la dureté du pouls et le phénomène de sa récurrence par l’arcade palmaire, lorsqu’on com*
prime supérieurement la radiale , etc. , ont été saignés , ont eu des convalescences longues et difficiles. Ceux: même chez qui la saignée a paru indiquée, et qu’on n’a pas évacués après, parce que les symptômes saburraux ne semblaient pas assez prononcés, ont eu, par les moindres courans d’air, des rechutes très-faciles et des péritonites ou des pleurésies avec épanchement en vingt-quatre c m trente-six heures. Ces faits ont été constatés plusieurs fois par tous les observateurs qui ont suivi la clinique. Le caractère semi-zonoïde , opiniâtre et douloureux, des éruptions des quatre extrémités a été remarquable chez un certain nombre.
J’appelle la maladie du négociant une fièvre saburrale bilieuse sthénique avec des accidens nerveux. Si quelqu’un soutient que le malade aurait guéri par la saignée et les sangsues, je réponds qu’il les aurait peutêtre supportées, mais qu’assuréinent, à en juger par les faits analogues, où la saignée a été employée, il n’aurait guéri ni aussi vite, ni aussi sûrement, et que d’ailleurs le but de l’homme de l’art n’étant pas de déterminer combien de remèdes un malade peut supporter sans mourir , on doit s’en tenir à ceux dont l’expérience démontre la plus grande sûreté et la plus grande efficacité. Lorsque je traiterai des fièvres exanthématiques , je demanderai si la maladie aurait changé de nature , en supposant que l'éruption mal placée, au lieu de se montrer aux lèvres , fût arrivée à la valvule iléo-cœeale. Ce simple changement de siège aurait donné une phlegmasie intestinale, une entérite enfin, sur les méfaits de laquelle on se serait récrié comme sur la seule cause coupable de tous les phénomènes fébriles passés, pré-
il. 39
sens et futurs; chez ce malade, heureusement pour lui, l’exanthème critique a eu lieu aux lèvres; il nous a épargné une autopsie, et le dégoût de toutes les interprétations arbitraires de ceux qui ont un appétit insatiable pour les phlegmasies muqueuses, non seulement comme cause des accidens fébriles, ce que personne ne conteste dans certains cas, mais encore comme siège de Ici cause de toute fièvre. Mais enfin, pourra dire quelque zélateur scrupuleux, s*il y avait eu une gastro-entérite, l'émétique aurait pu faire beaucoup de mal. Il faudrait pour le guérir de cette terreur panique, renouvelée du temps de l’invention de l’émétique , l’envoyer dans les pays chauds pour y observer, ainsi que dans nos climats, le succès décidé et constant des émétiques comparé à celui des saignées, dans toutes les affections bilieuses , et spécialement dans les inflammations et les angines de ce caractère. La complication gastro-entéritique avec l’état saburral des premières voies est fâcheuse sans doute ;
mais comme la stase des matières saburrales chv-
meuses, bilieuses ou muqueuses, aggrave certainement les accidens , on est amené à l’usage des moyens les plus appropriés pour enlever à la gastro - entérite le cataplasme saburral qui ne lui paraît pas favorable.
Ici j’entends ceux à qui il faut absolument une localité, même pour les maladies générales, me demander où je place le siège de la maladie de ce négociant. Ceci demande une légère explication. Je place la cause dans l’appareil digestif, qui a pu fournir à la circulation commune un stimulus anormal, dont l’absorption a pu être déterminée par le malaise du dernier repas fait dans une mauvaise disposition, pendant un temps lourd
et orageux. On peut revenir sur les moyens que j’ai indiqués pour reconnaître cette absorption, qui ne peut avoir eu lieu sans occasioner un trouble plus ou moins remarquable dans la grande circulation , et par elle dans tout V organisme ; cependant il n’est pas permis de comparer les effets de la résorption ictérique des élémens du fluide bilieux dans le foie avec X absorption des saburres bilieuses par des organes différens de ceux qui les ont sécrétées. Voilà pour la cause. Quant à la maladie elle-même, c’est-à-dire quant â la modification fébrile des phénomènes organiques, je réponds que , quelle qu’en soit la cause, elle ne peut avoir eu pour siège aucun organe en particulier, puisqu’on la trouve dans les fonctions vitales communes, par la chaleur générale el la faiblesse; dans les fonctions digestives, par la surcharge gaslro intestinale ; dans la cir-* culation , par la fréquence du pouls; dans les sécrétions excrémentitielles , par le changement de leur couleur et de leur odeur; dans les fonctions nerveuses, par les douleurs et le délire : puisqu'elle ne peut avoir eu son siège dans aucun organe en pariieulier, je dis qu’il était dans tout l'organisme 9 puisqu’on trouvait partout ses phénomènes. Je dirais encore la même chose, lors même que ces phénomènes auraient été purement sympathiques : car, même en leur supposant pour aura une gastro-entéro-céphalite , nous retomberions dans le cas d’une épilepsie dont les phénomènes partiraient d’un ganglion nerveux qui en serait l’aura. Le siège de la cause serait bien dans le ganglion, mais lé siège des phénomènes épileptiques y serait-il aussi ? Toute discussion sérieuse sur le siège des maladies ramènera tou-
jours à la distinction du siège de leurs causes , quand elles pourront être connues, et de celui de leurs phénomènes propres, qui ne sont pas leurs causes.
Si les phénomènes fébriles avec saburres primitives sont peu intenses, on pourra l’appeler fièvre saburrale sthénique légère ou modérée; si, au contraire, les symptômes sont très - intenses , on pourra l’appeler grave en générai , ou fièvre putride , avec Stoll. Alors il faudra ajouter aux phénomènes indiqués la sécheresse buccale, la fétidité des excrétions , la stupeur, la faiblesse, etc. L’état modéré et grave peuvent être l’un et l'autre primitifs.
Les fièvres saburrales se présentent, comme les biosiques et les hématosiques, sous le type continu, rémittent et intermittent, sans que cela change rien à la nature des phénomènes ni h la méthode de traitement la plus convenable.
DEUXIÈME ORDRE
Fièvres saburrales asthéniques.
Si aux phénomènes des fièvres biosiques asthéniques on ajoute comme primitifs les phénomènes saburraux, soit chymcux , comme dans les cas de mau vaise nourriture, soit muqueux , comme dans les temps humides, soit bilieux , comme dans les temps secs, on aura l’idée d’une fièvre saburrale asthénique , qui peut se présenter à un degré modéré ou grave, et sous les types continu ?
rémittent et intermittent. Je n’en fournirai pas d'exemples; ceux que j'ai donnés peuvent suffire à mon objet en ce moment.
TROISIÈME ORDRE
Fièvres saburrales ataxiques.
Il faut, pour s'en faire une juste idée, ajouter aux phénomènes des fièvres ataxiques biosiques les phénomènes saburraux.
On trouve des exemples de fièvres saburrales ataxiques dans les épidémies de lièvres nosocomiales ou ty • phoïdes, dans lesquelles on observe souvent une combinaison primitive des sabnrres muqueuses , en raison
du mauvais état des premières voies; mais souvent cet
état saburral n’est qu’une coïncidence et non pas une cause, car les évaeuans des premières voies n’ont pas toujours le même succès. Ces fièvres, lorsqu’elles sont sporadiques, ne sont pas contagieuses ; mais il n’en est pas de même lorsqu’on est forcé de réunir les malades; car alors le lieu d’encombrement, et même chaque sujet qui en sort, peut devenir un foyer d'infection , comme cela eut lieu aux assises de Devonshire.
Les fièvres ictérodes ou fièvres jaunes des Antilles, etc., fournissent des exemples de la combinaison des phénomènes des fièvres ataxiques biosiques avec ceux des lièvres saburrales bilieuses. Ces fièvres qui frappent les sujets exotiques, tandis que les indigènes ne sont af-
feclés que de fièvres bilieuses bénignes, ne paraissent pas contagieuses , tandis qu’elles sont sporadiques et sans encombrement; mais dès qu’on est forcé de réunir les malades, ces réunions paraissent susceptibles de devenir les foyers d’une contagion spéciale différente de celle des foyers de typhus.
On ne voit pas, au reste, qu’il répugne à la saine physiologie qu’un principe engendré par l’organisme dans une maladie déterminée puisse porter ses effets sur l’appareil gastro-hépatique d’une manière aussi spéciale que le virus variolique porte les siens sur la peau, etc*
QUATRIÈME ORDRE
Fièvres saburrales réfractaires chroniques.
Il suffit pour les concevoir de supposer les phénomènes fébriles biosiques à l’état chronique, et joints à une affection saburrale antécédente ou concomitante.
One fièvre réfractaire chronique ou une fièvre hectique saburrale sans une lésion organique pouvant sembler un être de raison ou une ontologie, pour me servir d’une expression devenue familière depuis quelques
années , il est indispensable d’en établir l’existence d’une manière incontestable. Voici comment s’exprime un auteur moderne dans ses Recherches sur la fièvre hectique.
* Mon but étant de donner à mon ouvrage toute
Futilité dont il était susceptible, en écartant les superfluités, j’ai omis à des ein plusieurs causes qu’il était inutile de rappeler : tels sont surtout les engorgemens, les phlegrnasies chroniques avec lésion irréparable et les suppurations. Ces maladies, ainsi que l'hectique qui les termine, sont étudiées partout, et je n’aurais pu faire que de fastidieuses répétitions. C’est même la concomitance de ces deux sortes d’affections qui m*a déterminé à appeler un instant l’attention des praticiens sur les cas où la fièvre hectique se présente sans être déterminée par quelque désordre local intéressant la texture d’un viscère. En effet, on est tellement accoutumé à voir cette fièvre accompagner jusqu'au tombeau le malade qu’entraîne une semblable lésion, que le seul nom de fièvre hectique inspire aussitôt le soupçon de la désorganisation de quelque partie. Imbu de semblables préjugés, n’est il pas possible qu’un médecin abandonne quelque infortuné , qu’avec un examen plus attentif il eût eu le bonheur de rendre à la vie ? Pour moi, je le crois, parce que j’en ai des exemples. Sitôt qu’on nous présente un malade qui languit depuis longtemps dans la consomption , le premier sentiment est le désir de ne point entreprendre une cure qui a échoué dans des mains habiles. Eh ! quel médecin ne redoute pas de voir périr un malade entre les siennes !.... Mais m’appartient-il donc d’aspirer à la gloire de sauver une partie des malades qui meurent consumés par la fièvre lente hectique? S’il est un moyen d’en conserver quelqu’un à la société , c’est de rappeler aux praticiens qu'une multitude de causes indépendantes des lésions organiques peuvent engendrer une fièvre parfaite -
ment semblable à V hectique des phthisiques , à i9 hectique de ceux qui portent des squirrhes , des cancers, de vastes ulcères , etc . C’est de les convaincre que toute lésion d’action d’un organe ou d’une série d’organes y assez forte pour intervertir l’harmonie des principales fonctions, finit toujours, quand elle se prolonge beaucoup , par un mouvement fébrile, dont les symptômes ne diffèrent que du plus au moins ; en un mot, par une véritable hectique.
nLa fièvre hectique, considérée sous ce point de vue, est, à proprement parler , une fièvre essentielle : c’est une maladie importante, uniforme, commune à une multitude d’autres maladies, et qui mérite bien l’attention du praticien. »
Voici maintenant des faits incontestables produits par le même auteur, à l’appui de ses assertions sur l’existence de la fièvre hectique essentielle.
«Madame F*** , âgée d’environ soixante ans, d’une forte constitution, d’une stature haute, ayant le corps sec et charnu, avait , depuis plusieurs semaines, du dégoût pour les alimens , la bouche mauvaise, lorsqu’elle fut tout-à-coup saisie d’une ophlhalmie à l’œil droit , sans qu’elle pût l’attribuer à aucune cause externe. Elle appela un chirurgien qui lui prescrivit des co Uy res adoucissans, et, pour remédier à l’embarras gastrique, lui fit prendre plusieurs purgatifs, et la mit à l’usage habituel d’une eau de veau, avec la crème de tartre ( tartrite acidulé de potasse). Pendant quinze jours progrès lents de l’ophthalmie , persévérance de l’embarras gastrique. Ou m’appela. Après avoir constaté l’existence de la dernière maladie, qui me fut at«»
testée par une langue sale, couverte d’un enduit jaune et épais, une bouche amère et pâteuse, de l’anorexie , je n’hésilai point à lui attribuer l'opiniâtreté de la première, et je prescrivis trois grains de tartrite antimonié de potasse. Je ne fus point informé de leur effet; mais trois jours «après, je trouvai la malade sans aucun changement ; je conseillai d’appliquer des sangsues aux paupières ; soulagement momentané de la douleur des yeux, puis elle se ranima : un vésicatoire fut placé derrière l’oreille , même résultat. Cependant la cornée se perce dans un point de sa circonférence; alors staphylôme qui devient en peu de jours très-volumineux, gonflement prodigieux du globe et des paupières : tels furent les symptômes locaux, qui n’arrivèrent à ce degré qu’après deux mois et demi de souffrance. Voici maintenant l’étal du système générai dont ils éîaient la dépendance :
» Symptômes énoncés de l’embarras gastrique, qui réduisaient la malade à ne vivre que de bouillon, de légères soupes ou de coulis; sentiment de faiblesse universelle, et surtout à l’épigastre ; pouls habituellement fréquent et tendu; chaleur vers le soir et dans la nuit, avec agitation et insomnie ; amaigrissement. Au bout de deux mois et demi la langue était croûteuse, la fièvre plus vive pendant le jour; la malade était désespérée. La perte de son œil, à laquelle elle s’attendait, la désolait beaucoup moins que l’invincible dégoût qu’elle avait pour les alimens, la saveur détestable qu’elle leur trouvait, et la faiblesse dans laquelle elle tombait de plus en plus.
» Recouvrer l’appétit et un peu de forces était désor-
mais tout son désir ; mais comment le remplir ? On avait donné quatre à cinq fois l’émétique ; on avait prodigué la crème détartré, les tamarins, la manne, etc.
» Tous les vomitifs avaient été administrés par rnon conseil 5 mais comme je ne voyais la malade que fort rarement, j’en ignorais l’effet. Enfin, desquestions réitérées m’apprirent qu’aucun d’eux n’avait excité de vomissement : dès-lors mon espoir se ranima. Je plaçai auprès de celte dame une personne de confiance, avec injonction de réitérer les doses de tartrite antirnonié de potasse, d’ipécacuanha et d’eau chaude, jusqu’à ce qu’elle eût obtenu des vomisscmens bilieux. Cet ordre fut strictement exécuté; et dès le soir, appétit, beaucoup moins de fréquence dans le pouls, plus de chaleur nocturne, sommeil. Le lendemain toujours mieux. On donna le kina en décoction ; la malade setxouva parfaitement bien , sous le rapport du système gastrique et des forces.
» Du côté de l’ophthalmie, les choses n’allèrent pas aussi favorablement. Celte inflammation, qui eût sans doute cédé dans le principe à la soustraction de l’embarras gastrique ( comme le prouvait l’amélioration qui avait lieu chaque fois que l'émétique agissait énergiquement par le bas), était désormais de nature à n’étre vaincue que par un traitement local. En effet, le globe très-volumineux comprimait fortement la glande lacrymale, excitait un larmoiement brûlant, distendait les paupières, les entretenait dans un état de chaleur et de gonflement fort gênant. Attribuant donc la phlogose à la compression, je conseillai de vider l'œil en faisant une perte de substance : on l’ouvrit par une simple in-
6iy
cision ; cessalion de l'inflammation, parfaite convalescence. Je revis la malade au bout de huit jours, et je retrouvai les choses dans le même état qu’avant l’incision ; mais le système gastrique se conservait en bon état. Il n’y avait point de fièvre, quoique l’inflammation fût plus intense que jamais, et les forces revenaient. Il ne m’était plus permis de douter que la réunion de l’incision , sans perte de substance , en permettant une nouvelle accumulation de pus, ne fût la cause du retour de l’inflammation. Je n’avais donc plus, pour opérer la guérison, qu’à faire en sorte que le globe ne pût reprendre le volume qu’il avait. J’insistai, en conséquence, sur la nécessité d’une ouverture avec perte de substance. Elle fut pratiquée; et en peu de jours le globe s’étant réduit à un moignon, la malade fut délivrée de toute incommodité, et continue encore de jouir d’une bonne santé.
» J’ai cru ces détails, purement chirurgicaux, indispensables pour prouver que la fièvre lente était indépendante de fophthalmie.
» Cet exemple prouve l’indispensable nécessité de provoquer le vomissement pour détruire certains embarras gastriques, qui causent de petites fièvres consomplives; j’en crois offrir un autre qui fera sentir combien il importe d’exciter des efforts assez énergiques pour expulser la bile verte qui séjourne sans doute dans la vésicule du fiel. »
Autre observation. — « Un jeune homme de mes amis fut pris d’un embarras gastrique. Son premier soin fut de s’émétiser ; il vomit , mais presque uniquement l’eau qu’il avalait. Il se purgea ensuite de deux à trois fois
dans l’espace d’un mois et demi. Il prit quelques Ioniques, de bon vin. Malgré tous ces moyens i! conserva de l’amertume dans la bouche, du dégoût, et une céphalalgie continuelle : il mangeait à peine , il était sujet à de fréquens frissons; il avait le soir une petite fièvre trèssensible, des nuits agitées, une toux fatigante, et maigrissait à vue d’œil. Je lui conseillai de répéter la dose d’émétique, et de se gorger d’eau tiède jusqu’à ce qu’il eût vomi de la bile avec effort. Il suivit bien religieusement cet avis; et contre son attente il se trouva guéri tout-à-coup. »
« Il serait inutile d’accumuler plus de preuves pour convaincre que l’embarras gastrique jette dans la fièvre hectique; cela, d’ailleurs, ne doit point nous surprendre : n’y a-t-il pas imperfection des digestions, d’où résulte le défaut de nutrition, et irritation des voies alimentaires surchargées d’un stimulus? Or, nous verrons qu’à cette double cause se rapportent foutes les hectiques que j’ai placées parmi les gastriques.
» Il est probable que l’amaigrissement qui suit îa trop petite quantité d’alimens peut être accompagné d’une fièvre hectique. *
Ces faits, empruntés à M. le professeur Broussais, dans ses Recherchas sur ici fièvre hectique , sont clairs; ils ne souffrent point de commentaire; ils ne sont pas susceptibles d’illusions ; il ne permettent aucune espèce de rétractation, et quelques progrès que puisse faire J’unafomie pathologique, personne ne sera fondé de considérer l’auteur dont je parle comme un empoisonneur, pour avoir donné l’émétique et le quinquina avec tout
le succès désirable. Je crois inutile de joindre de nouveaux faits à l’appui de ceux qu’on vient de lire, pour établir l’existence d’une fièvre chronique saburrale.
D e n x i è ni e S o u s - G I a s s e .
PYREXIES SABURJRALES Oü DYSPEPSIQUES LOCALES*
Il faut classer ici toutes les phiegmasies liées comme effet à l’état saburral des premières voies, avec ou sans fièvre générale , et cédant au traitement désaffections saburrales chyrneuses, muqueuses ou bilieuses.
Un stimulus anormal absorbé dans les premières voies peut, après avoir pénétré dans la grande circulation, produire l’état fébrile général par les nouvelles propriétés qu’il communique au sang, jusqu’au moment où il est assimilé ou éliminé panqueîque émonctoire favorable. Le même stimulus anormal circulant avec le sang dans le grand appareil vasculaire, est offert au système capillaire spécial de tous les parenchymes qui peuvent le refuser ou l’accepter : s’il pénètre dans les capillaires parenchymateux avec le sang , ces petits vaisseaux sanguins seront-ils plus insensibles que les grands à sa présence, et ne pourra-t-il pas y développer des pyrexies locales ou des phiegmasies? Si l’on prend garde aux phiegmasies cutanées que produit la déglutition de certains coquillages , des écrevisses, du cresson,, etc. , chez différentes personnes et surtout dans
certains temps , aux diverses phlegmasies qu’on voit coïncider avec les affections et les fièvres sa barrâtes, céder au même traitement qu’elles , et augmenter par le traitement anti-phlogislique, ou du moins lui résister, il sera difficile de se refuser à admettre des pyrexies locales ou des phlegmasies qui dépendent du stimulus saburral , comme certaines fièvres générales.
Les phlegmasies saburrales se montrent sous les formes sthénique , asthénique , ataxique et réfractaire chronique , qui ont été indiquées en traitant des phlegmasies biosiques.
Les fièvres dyspepsiques , générales et locales, présentent les mêmes espèces et les même» variétés que les fièvres biosiques.
Pneumonie tantôt hémalosiquc et tantôt bilieuse.
M. J. N*** , âgé de soixante-dix-neuf ans , hémorrhoïdaire et d’une bonne constitution , a été sujet depuis l’âge de cinquante ans à des pneumonies qui se sont renouvelées depuis lors tous les trois ou quatre ans , et même parfois tous les ans. Les caractères de la 'pneumonie ont été des crachats rouillés , homogènes , et la diminution du son du thorax sous la percussion , joints à une dyspnée assez grande et à une fièvre assez forte. Tantôt la solution de la maladie s’est opérée à l’aide des seules saignées et des boissons délayantes , et tantôt il a fallu y joindre l’emploi des vésicatoires volans, et d’autres fois celui des évacuans djs premières voies. Si on n’entre pas dans la voie indiquée par les sjunptômes inflammatoires ou bilieux , la maladie , au lieu de se
résoudre , s’aggrave de jour en jour. Il v a cinq ans, je crus pouvoir, à cause de son âge déjà avancé, éviter la saignée au moins en parlie ; mais le thorax du côté droit devint tout-à-fait mat sous la percussion , et fil entendre 1 eroncus crepitans , Je me déterminai à une saignée du bras ; le sang se trouva couenneux et riche : on réitéra la saignée et la résolution s’opéra en peu de jours.
Le 18 avril 182g, il fut pris de malaise, de refroidissement et de chaleur avec fréquence du pouls , c’est-à-dire de fièvre: Le pouls n’était pas dur, il donnait cent pulsations par minute ; la dyspnée était plus prononcée que de coutume, et les crachats rouillés. Il y avait inappétence depuis deux jours. Une première , une seconde, et ensuite une troisième saignée de dix onces, donnèrent un sang riche et couenneux. Elles soulagèrent pendant quelques heures, mais les accidens reparaissaient de plus en plus vivement, et surtout la dyspnée. Alors , le troisième jour , je fis prendre trois doses de caîoméîas de deux grains chacune , à une heure d’intervalle. Il parut soulagé par les évacuations. D’après cela , je prescrivis , le cinquième jour , quatre grains de calomélas et une once d’huile douce de ricin. Les évacuations bilieuses furent abondantes; l’insomnie et ta dyspnée cessèrent la nuit suivante ainsi que la fièvre , et il entra immédiatement en convalescence.
Il ne s’agit pas, dans l’observation qui précède , de personnes différentes, mais de la même , chez laquelle se renouvelle la même affection locale (une pneumonie ) pendant trente ans , et que j’ai suivie depuis vingt-six au moins. Celte affection locale unique n’a cependant pu être traitée rigoureusement de la même manière , à
chacune de ses reprises • il y a donc eu à considérer dans la silualion du malade, outre l’inflammation , d’autres circonstances , et spécialement celle de l’affection bilieuse.
Je fus mandé en consultation pour un serrurier fort et vigoureux , âgé de quarante ans ; il présentait tous les signes d’une pleuro-pneumonie par la douleur latérale , le défaut de son et l’aspect rouillé des crachats. On l’avait saigné un grand nombre de fois, et les accidens avaient continué d’augmenter avec grande dypsnéc et tension du ventre. Le pouls était fréquent et ne présentait plus la moindre résistance. L’état d’anxiété était trèsgrand , la bouche était pâteuse , amère , et la langue couverte d’un enduit jaunâtre; il n'y avait pas de selles , le malade répugnait à prendre ses boissons, etc. On convint de l’emploi d’un grain de tartre stibié en lavage ; le malade vomit et évacua abondamment une matière jaune et épaisse. La fièvre cessa, et il entra immédiatement en convalescence.
Recherches sur la nécropsie dans l es fièvres
dyspepsiques .
On trouve les mêmes résultats que dans les fièvres biosiques, lorsque les phénomènes de ces dernières ont dominé dans le cours des fièvres dyspepsiques.
Si les fièvres dyspepsiques ont été produites par des vices d’alimentation , et que l’appareil digestif n’ait pu s’en débarrasser, on trouve des restes de substances alimentaires mal digérées. Je pourrais rapporter des faits dans lesquels on verrait que des substances ali mentaires ont séjourné pendant huit et quinze jours
dans l’estomac ou les intestins sans être assimilées, avec un mouvement fébrile qui ne s’est terminé que par le vomissement ou la déjection de ces matières alimentaires indigérées. On a vu dans les indigestions, qui ne sont pas ici de mon objet , les malades succomber dans la surcharge de l’appareil digestif par des matières alimentaires surabondantes qui étaient restées inassimilées sans produire de gastro-entérite véritable.
Lorsque des substances irritantes , stupéfiantes , enivrantes , et divers poisons ont été ingérés avee les alimens, on en retrouve les restes, s’ils n’étaient pas de nature à être décomposés et à disparaître ; et, en même temps, on reconnaît les vestiges des inflammations qu’ils peuvent avoir produites dans les parois de la bouche, de l'oesophage , de l’estomac et des intestins. Ces résultats se rattachent à l’histoire des empoisonnemens.
D^ns les fièvres dyspepsiques saburraies muqueuses, ou trouve la langue chargée d’un enduit muqueux blanchâtre , grisâtre , jaunâtre , brunâtre , qui l’invisque, et on trouve le même état sur la muqueuse gastrique , et même sur celle de l’intestin grêle, avec des différences relatives à la situation de ces muqueuses et à leurs rapports avec les alimens et les boissons pendant leur mastication , pendant la digestion gastrique et pendant la digestion intestinale. De plus, dans l’intestin, l’enduit muqueux dont je parle (il ne faut pas confondre cet enduit avec l’éruption aphlheuse confluente qui recouvre les muqueuses de pellicules ou de couches pseudo-membraneuses qui ne s’en séparent que par exfolialion ) est coloré par la bile.
Dans les fièvres dyspepsiques bilieuses, ou par flux bilieux , l’eslomac et les intestins sont souvent inondés par un fluide jaunâtre plus ou moins épais. La vésicule du fiel est remplie d’un fluide analogue îrès-dilfluent , parfois presque incolore , et tellement âcre que je l’ai vu déterminer des ampoule» sur les mains de celui qui faisait l’autopsie.
Il est des années dans lesquelles à ces sortes de fièvres s’associent, pendant leurs cours, des phlegmasies exanthématiques érysipélateuses, pustuleuses cutanées; des éruptions diffuses ou aphtheuses aux lèvres , dans la bouche, à la gorge et dans le canal gastro-intestinal , surtout vers la valvule iléo-cœcale ; diverses phlegmasies séreuses, parenchymateuses, rhumatismales , etc., qui, dans différens cas, prennent assez d’importance pour développer des accidens fébriles secondaires qui s’associent à ceux des fièvres dyspepsiques , lorsqu’ils n’ont pu être combattus avec avantage. Dans les cas. dont je parie, toutes ces affections locales sont d’abord tellement sous la dépendance de la fièvre dyspepsique , que son traitement suffit souvent pour les dissiper, tandis qu’elles augmentent par la médication purement antiphlogistique. On peut voir à ce sujet l’histoire des épidémies bilieuses tracée par Fînke , Stoll , Mertens , Tissot , et les fièvres muqueuses aphtheuses de Wagler , etc. Des masses entières de faits déposent que, quand les phénomènes bilieux sont primitifs, tous les phénomènes phlegmasiques secondaires cèdent au traite ment érxiéto -cathartique.
Dans ces cas de phlegmasies concomitantes, il arrive souvent que, comme dans les pneumonies, etc., elles
ne disparaissent peu-à-peu que bien long-temps après que ia fièvre a cessé; ce qui prouve qu’elles ne la produisent pas. Mais ce qui est remarquable, c’est que quand la maladie s’est prolongée, et que le malade succombe à quelqu’accident, à quelqu’imprudence ou à quelque maladie nouvelle, on trouve à la surface de l’estomac et des intestins, sans inflammation actuelle , des cicatrices que j’ai vues de 'plusieurs pouces carrés de superficie , avec destruction totale de la muqueuse gastrique et intestinale. Dans des cas plus malheureux, ces éruptions, en détruisant par érosion toute l’épaisseur des parois gastriques et intestinales jusqu’au péritoine, et même y compris le péritoine , préparent ou produisent immédiatement des perforations gastro-intestinales funestes. Entre un grand nombre de faits de ce genre, que j’ai eu l’occasion d’observer, je citerai seulement le suivant.
Un jeune homme de vingt-trois ans se présente à l’Hôîel-Dieu , en septembre 1817, avec une fièvre vive, le pouls fréquent , la peau chaude, une céphalalgie rhumatisante, lancinante, la langue couverte d’un enduit jaunâtre, la bouche amère, des nausées et même des vomissemens jaunâtres. On administre un lavage qui procure l’évacuation d’une grande quantité d’un fluide jaunâtre et épais , avec grande diminution de la fièvre et soulagement du malade. On donne des boissons acidulés pendant trois jours, et on revient à un lavage, après lequel la fièvre cesse. En même temps il se déclare quelques pustules labiales. Le malade entre en convalescence complète dès le premier jour de la seconde semaine de sa fièvre, et on permet une alimen-
talion modérée qui réussit parfaitement. Au commencement de la troisième semaine , ce jeune homme devant retourner chez lui le lendemain , est saisi tout-à-coup, au milieu du jour, de douleurs abdominales violentes avec concentration du pouls, refroidissement des extrémités et efforts de vornissemens. Le ventre se météorise, et le malade meurt dès le jour suivant. Nécropsie, — Inflammation violente de tout le péritoine avec épanchement bilieux et alimentaire dans sa cavité; toute la muqueuse de l’appareil digestif est saine ; seulement on trouve dans l’estomac, près du pylore, une perforation de deux lignes et demie de diamètre, faite comme par un emporte-pièce du volume d’une plume à écrire, sans traces d’inflammation à la muqueuse gastrique qui environnait ses bords ; on observait du côté de l’estomac , dans l’épaisseur des parois de la petite perforation , les traces d’une suppuration, comme s’il y avait eu là un bourbillon qui se serait détaché; du côté du péritoine on retrouvait les lambeaux de la pellicule séreuse trèsmince qui était restée interposée entre la cavité de l’estomac et celle du péritoine. Tous les autres organes céphaliques , tborachiques et abdominaux , le péritoine excepté, étaient dans l’état normal , ainsi que les matières stercorales contenues dans le gros intestin.
Ce fait présente à considérer :
i°. Les avantages immédiats des évacuans de l’appareil digestif dans une fièvre violente avec symptômes dyspepsiques bilieux;
2°. La cessation de la fièvre à l’apparition d’une éruption labiale , et la convalescence avec appétit ,
bonne digestion , bon sommeil, retour des forces , et état normal des matières stercorales;
5°. Le rétablissement des fonctions digestives et des forces, malgré l’affection locale qui a déterminé ensuite la perforation de l’estomac et la mort inopinée du sujet par une péritonite sur-aiguë.
Que serait-il arrivé si cette pustule juxtà-pyîorique se fût placée aux lèvres comme les autres ? Le malade , parfaitement guéri de l’affection bilieuse, n’eût pas succombé aune péritonite.
Qu’aurait-on dit si l’éruption labiale et pylorique se fût faite au-dessus de la valvule iléo-cœcale ? On eût regardé toute la maladie comme une gastro-entérite.
Lorsque des fièvres dyspepsiques sont traitées par des saignées générales ou locales, surtout copieuses, les malades tombent dans un état d'éréthisme ou de susceptibilité excessive , qui augmente sur eux l’influence de l’état bilieux et de tous les stimulus alimentaires , comme celle de tous les stimulus des sens, inconvénient qui va croissant en proportion des spoliations qu’on opère. Alors , chez ces sortes de sujets, les convalescences sont longues et interminables; les rechutes faciles; ils contractent très-aisément d’autres maladies auxquelles iis finissent par succomber. Alors la nécropsie montre des cadavres exsangues , souvent sans lésions organiques, hors le cas où la débilitation excessive a été l’occasion du développement de quelque phthisie thorachique ou abdominale, ou de quelqu’escarrc considérable à l’extérieur.
Dans les fièvres dyspepsiques iclérodes (fièvres jaunes) la nécropsie montre les effets cadavériques des fié-
y res biosiqucs ataxiques les plus graves , plus ceux qui peuvent dépendre de l’action du fluide bilieux profondément altéré, dans le vomito-negro (vomissemens et urines noirs ), sur l’estomac, le duodénum et le canal intestinal, qui sont rouges, brunâtres ou comme gangrenés ; mais ce qu’il y a de remarquable, c’est que moins la maladie a duré , et moins les affections locales sont prononcées, au point même de manquer toul-àfait, lorsque sa marche a été très-rapide- Les fièvres jaunes ont en ceci un point de contact avec le choléra-morbus , car lorsqu’il fait périr en quelques heures, on ne trouve pas de phlegmasîes locales, tandis qu’on en trouve de fort considérables quand il se prolonge pendant quelques jours.
Cette circonstance, commune aux fièvres jaunes et aux choléra - morbus, prouve manifestement que les affections locales ne sont que secondaires dans les fièvres dyspepsiques ictércdes , quoiqu’elles soient propres , par leur siège et leur intensité, ou leur nature gangréneuse, à en augmenter la gravité.
En effet, une fièvre qui précède des phlegmasîes locales ne peut en dépendre y mais elle peut reconnaître une cause qui leur soit commune ; des phlegmasîes du genre dont il s’agit, une fois survenues, ne peuvent disparaître sur le cadavre; car si cela arrivait, il ne faudrait les assimiler qu’aux congestions ou rougeurs locales qui surviennent au visage ou ailleurs dans les paroxysmes fébriles dont elles sont les effets : la mort ne dépend alors que de la cause de la sur - stimulation générale, c’est-à-dire de la fièvre.
Je termine ce que j’ai à dire pour le moment sur les
fièvres saburrales chymeuses, muqueuses cl bilieuses, par quelques remarques cliniques :
i°. Lorsque les pyrexies saburrales présentent dans leurs phénomènes les caractères de la sthénie fébrile ,
il suffit souvent d’une simple perturbation éméto- cathartique pour tout faire rentrer dans l’ordre;
2°. Lorsque les pyrexies saburrales offrent les caractères de l'asthénie fébrile, il arrive fréquemment que les évacuans des premières voies ne peuvent suffire, et qu’il faut leur associer les amers ou quelque autre tonique ;
5°. Lorsque le caractère des pyrexies saburrales est ataxique ( voy . Fièvres biosiques) , comme dans les fièvres jaunes, les évacuans ne produisent plus leurs effets ordinaires, et on ne peut compter sur les toniques, ce qui explique la gravité de la maladie en ce cas ;
4°. Lorsque les pyrexies saburrales sont chroniques, les évacuans ne ramènent les sécrétions de l’appareil digestif à leur état normal qu’a près des commotions plus ou moins fortes;
5°. Ainsi qu’il faut distinguer avec soin les phiegmasies érysipélatoïdes ou phlegmoneuses déterminées par faction immédiate et directe du fluide saburral ehymeux , muqueux ou bilieux, sur la muqueuse intestinale, des exanthèmes spontanés qui peuvent dépendre de sa résorption 3 de meme, il faut distinguer soigneusement les inflammations érysipélateuses ou nhiesmoneuses produites par l’aclion immédiate d’un agent irritant quelconque, des exanthèmes spontanés qui peuvent suivre son absorption.
Quatrième Classe.
PYREXIES NERVEUSES.
Jusqu’ici je n’ai fixé l’attention que sur l’état fébrile , général et local , qui repose sur l’altération pyrétique primitive des fonctions vitales communes des parenchymes et des fonctions vitales spéciales des organes de l’hématose et de la digestion dont le vice fébrile exerce ensuite son influence sur les fonctions spéciales du système nerveux; actuellement je dois l’appeler sur les pyrexies qui ont leur point de départ dans les fonctions nerveuses elles-mêmes, dont l’altération porte d’abord dans les fonctions vitales spéciales , et ensuite dans les communes , un trouble fébrile qui lui reste subordonné pendant long-temps. Dans les premières classes, les lésions des fonctions vitales, communes et spéciales, sont primitives et engendrent le s altérations des fonctions nerveuses. Je prie donc de ne pas perdre de vue qu'il ne s’agit plus de la lésion primitive des fonctions vitales qui président à la calorification spontanée et supportent les actions organiques spéciales de tous les appareils organiques, et par conséquent celle du parenchyme cérébral et nerveux comme celle des autres ; ni de celle des fonctions vitales spéciales de l’hématose et de la digestion ; mais de l’altération primitive des fonctions spéciales de l’appareil nerveux, dans les organes du sentiment et du mouvement évidens.
Il est indispensable de se rappeler que la puissance vitale reçue dans la fécondation borne son action pen-
dan t îa vie intra-utérine à la calorification vitale, à l'absorption , à la nutrition spéciale, à l’association des organes et à l’hématose particulière du foetus : en même temps que la vie extra-utérine on voit commencer un nouveau mécanisme d’hématose avec la respiration , une nouvelle nutrition avec la digestion, l’absorption chyleuse et les fonctions des sens confus; plus tard, les sens distincts entrent successivement en exercice. Il est clair qu’il y a une grande différence entre les fonctions intra-utérines communes à l’homme né et au fœtus acéphale ou monstrueux, non viable , quoiqu’il puisse vivre dans l’utérus , sans avoir même les organes des fonctions vitales spéciales, indispensables a la vie après la naissance; et à plus forte raison, sans avoir ceux des fonctions de simple rapport ou de la génération , qui ne servent qu’à l’indépendance et au consensus des individus, ou à leur reproduction. On me pardonnera probablement d’insister sur ce point , si on prend garde à la difficulté qu’on a parfois à faire distinguer les fonctions vitales communes , intra-utérines et extra-utérines, des fonctions vitales spéciales , qui n’entrent en exercice qu’après la naissance, et les unes et les autres des fonctions nerveuses distinctes , qui s’éteignent souvent si long - temps avant la cessation des autres et la mort de l’individu.
Les fonctions nerveuses distinctes du sentiment et du mouvement supposent les fonctions vitales spéciales de la grande hématose , c'est-à-dire de la grande circulation et de la respiration, et celles de la digestion, tandis que celles-ci ne les supposent pas. Les fonctions vitales spéciales ne subsistent point sans les fondions
yiiales communes des parenchymes qni peuvent exister sans elles , comme on le voit par fies vestiges de la circulation capillaire, etc. , dans les cadavres, pendant les heures qui suivent la mort. Cela étant ainsi , il est clair que les fonctions vitales communes , qui créent les divers parenchymes et les organes , ne sont pas les fonctions spéciales que les appareils organiques sont destinés à remplir , et que leurs altérations doivent être étudiées dans leur isolement et dans leur dépendance réciproque.
Outre les fonctions vitales communes et spéciales , et les fonctions des sens et des appareils locomoteurs, il est une époque de la vie où commencent les phénomènes du souvenir physiologique spécial, du sens interne, et le consensus grégal de l’individu au moyen de la mimique , du langage, de l’instinct ou du sentiment. Au moyen du souvenir, le nourrisson, après quelques jours, reconnaît sa nourrice comme le poussin reconnaît sa mère , et le nouveau-né commence à pleurer et à sourire, c’est-à-dire, à parler et à entendre la tangue innée et obligée du sentiment de ses bien-êtres et de ses malaises, que l'homme comme l’animal entend et parle parfaitement malgré lui , dès qu’il a le sentiment , mais dont il ne peut que grimacer la parodie parfois si ridicule sur les théâtres lorsqu’il ne sent pas.
Après le souvenir , on voit entrer en action la puissance psychologique de fhomme qui s’associe aux valeurs intelligibles de la langue abstraite et arbitraire de l’entendement , à compter du jour de sa première pensée , c’est-à-dire du moment où il a connu un objet par un son ou par un signe arbitraire quelconque , et
pu il l'a appelé par son nom , et décrit par scs propriétés , quoiqu'il ne fût pas présent > où il a indiqué verbalement une action actuelle, faite ou à faire, et fixé des rapports ou des coordonnations entre les objets physiques, physiologiques et psychologiques ; ou , en terme de grammaire, à compter du jour où la valeur intelligible des noms substantifs et adjectifs , des verbes et des prépositions , lui a été révélée. Celte langue n’est point innée comme celle du sentiment, elle doit nécessairement être apprise. Les sons et les signes sont très-divers depuis les sons articulés des langues et les caractères des écritures jusqu’aux signes mimiques du sourd-muet, qui apprend aussi la valeur psychologique ou logosique de l’écriture.
La puissance psychologique, qui ne commence qu’après les fonctions des sens externes, ne finit pas toujours avec elles, si le sens interne conserve l’intégrité des siennes (i) ; souvent elle s’éteint avant la mort de l’individu, et toujours prend part au trouble du sens interne , qui est son support physique et son instrument direct, comme les sons articulés et les signes de l’écriture sont, par une coordonnation arbitraire, les supports et les conducteurs physiques d’une valeur psychologique ou intelligible, qui n’ est pas eux , et qui n’existe que pour l’esprit j car celui qui ignore la langue
(1) On a vu à Rennes M, J*** devenir successivement aveugle et sourd , et perdre la sensibilité de toutes les parties extérieures du corps , excepté des joues. Il eut la pensée de faire écrire avec le bout du doigt sur la peau de ses joues restée sensible ce qu’on avai| à lui dire , et , par ce moyen , il conserva ses rapports avec sa famille jusqu’à la fin de sa vie.
à laquelle ils appartiennent ne reçoit que l’impression des sons ou des signes , qui n’ont pas plus de valeur spirituelle pour lui que pour le perroquet , l’écho ou le miroir qui les répètent. Je dis que l’entendement prend spécialement part aux troubles du sens interne 5 car 011 se défend des illusions des sens externes, parce qu’on a des termes de comparaison ; mais il n’en est pas de même du sens interne. En traitant des sens au sujet des fièvres biosiques, j’ai parlé du sens interne commun ; mais comme il m’était moins nécessaire pour l’étude des fièvres biosiques que pour celle des fièvres nerveuses, j’ai renvoyé a l'histoire de ces dernières ce que j’avais à en dire.
Le sens interne est le foyer de convergence distincte
ou confuse des impressions de tous les autres sens, et
le point de départ de toutes les réactions nerveuses qui résultent de ces impressions. La structure de l’extrémité des nerfs qui correspond au sens interne est semblable dans tous ; elle se confond avec celle de la substance cérébrale, partout semblable à elle-même, et dont les fonctions peuvent subsister dans leur intégrité, quoique sa couleur soit anormale. J’ai trouvé avec M. le docteur Laroche la substance corticale du cerveau tout-àfait blanche dans le cadavre d'un négociant qui avait montré des facultés administratives fort développées. L’extrémité des nerfs qui correspond aux organes des sens extérieurs , présente, dans ses dispositions organiques, de grandes différences dans chacun d’eux; car elle ne se ressemble pas dans les yeux, les oreilles, le nez, etc., organes auxquels on rapporte les impressions qui naissent de leur stimulation spéciale ou de
leur malaise, lorsque celte stimulation est portée jusqu’à l’irritation.
Il faut excepter de cette loi les nerfs du tact général, en supposant qu’il en ait de particuliers; car tous les organes servant aux fonctions du tact général, on ne peut y assigner aucune disposition anatomique spéciale qui rende compte des phénomènes du sens dont je parle. L’organisation anatomique de l’extrémité des nerfs , différente dans les organes de tous les autres sens, est donc semblable dans ceux du sens interne commun et dans ceux du tact général, qu’il est possible d’appeler sens externe commun.
Chaque sens spécial a besoin de stimulus spéciaux pour remplir ses fonctions; mais les sens communs externe et interne entrent en action par toutes sortes de stimulus : en effet, le tact général est mis en exercice, non seulement par les stimulations qui lui sont propres, parla chaleur, le froid, etc., mais encore par celles de tous les autres sens , c’est-à-dire , par l’action organique spéciale, lorsqu’elle est portée jusqu’à l’irritation. Il en est de même du sens interne commun qui répond aux stimulations des sens distincts et des sens confus, comme à celles du sens mixte universel , ou tact général.
Le sens interne commun représente tous les autres sens, de manière que comme le télégraphe intérieur répète les dispositions de celui qui est extérieur, dont il est le singe, le sens interne reproduit au dedans les impressions qu’éprouvent les sens extérieurs , et cela sans qu’elles se confondent dans son action normale. La diversité et la netteté des impressions intérieures présen-
les, qui sont l’effet d’impressions extérieures actuelles , prouvent ce fait sans qu’il soit besoiu de s’y arrêter da¬
vantage.
Le sens externe commun , ou le tact général, s’il faut en croire les phénomènes certains du somnambulisme naturel et de diverses névroses, parmi lesquelles il faudrait compter le somnambulisme artificiel, représente aussi tous les autres sens externes qu’il peut remplacer tous3 qui le supposent tous pour leur existence et qu’il ne suppose pas pour la sienne ; en sorte que, comme le sens interne commun préside à l’unité physiologique intérieure, de même le sens externe commun maintient l’unité sensitive et vitale extérieure.
Non seulement le sens interne commun est le foyer des impressions présentes qui arrivent par tous les sens distincts, confus et mixtes ; mais il en conserve plus ou moins exactement les traces ou les vestiges par la faculté du souvenir } qui lui est commune avec les autres sens. Il peut reproduire spontanément, et d’une manière régulière ou irrégulière, cohérente ou incohérente, des impressions passées en l’absence de leurs stimulus extérieurs.
Si les impressions sont confuses, les images on les idées qui en naîtront, ou celles que la réflexion fera surgir dans un travail intellectuel , le seront aussi ; si l'organe du souvenir n’a pas la fidélité qui est nécessaire à la netteté des idées qui y figurent, et la flexibilité indispensable à leur succession , alors l’image inexacte ne s’effacera pas par les impressions nouvelles et dégénérera en monomanie, comme l’excès de la mobilité du souvenir pourra se changer en divaga-
lions délirantes et son inertie en démence. Il est donc Clair que le souvenir du sens interne se comporte comme celui des sens externes dont les impressions sont tantôt claires et tantôt obscures ou milles, tantôt bien réglées et tantôt incohérentes , tantôt lises et tantôt fugitives.
Le souvenir appartient aux animaux comme à l’homme, et il en est l’esclave comme eux; car on n'est pas plus le maître de ne pas reconnaître un objet qu’on a déjà vu, que de ne pas entendre les sons qui frappent les oreilles. Les objets de son ressort augmentent ou diminuent dans le souvenir dont on déchire des pages, comme d’un livre. Ces phénomènes appartiennent à toute l’animalité.
Chaque sens, chaque membre a son souvenir particulier : cela est évident pour le larynx du chanteur, pour les doigts du pianiste, et dans les arts pour les mains de tous les ouvriers. Où est le souvenir du caractère de la voix et de l’écriture qui distingue chacun de nous ? Dans le cerveau? Mais il faut une attention particulière pour changer le ton de la voix et la lorme ordinaire de son écriture comme sa démarche habituelle, et il suffit de n’y plus penser pour les récupérer. Il résulte de là que chaque sens a ses souvenirs comme le sens interne; mais la susceptibilité et la flexibilité du souvenir n’est pas la môme dans tous.
Le mécanisme des phénomènes nerveux a été l’objet des méditations de la plupart des physiologistes : je laisserai chacun s’aventurer à son gré dans le champ des théories, n’apercevant d’utile dans l’étude des phénomènes nerveux que celle de leurs lois à laquelle
je vais me livrer un moment pour l’intelligence du sujet que je traite.
L’action et l’inaction du système nerveux le placent dans des états ou dans des manières d’être très-différentes les unes des autres, et de l’état normal , c’est-àdire dans la sur- stimulation ou la stupeur si l’on considère les effets de l’actîon , et dans l’éréthisme ou l’extinction lorsqu’on étudie les effets de l’inaction. J’examinerai successivement ces quatre états dans leurs rapports mutuels et dans leur délire ou leur état de perversion.
i°. Une personne en santé supporte facilement l’action ordinaire des stimulus spéciaux des sens et des appareils locomoteurs : le chaud et le froid , la sécheresse et l’humidité, la lumière et l’obscurité, le bruit et le silence, les odeurs, les saveurs, l’exercice et le repos, les changemens d’air et d’alimens , la faim et la soif, etc. : c’est là l’état normal de force du système nerveux et de tous les organes, qui prend le nom de vigueur ou d’ énergie physiologique.
2°. Une personne , également en santé, est soumise à l’action de stimulus spéciaux très-énergiques des sens, par conséquent de la chaleur , etc. Elle supporte avec vigueur ce surcroît d’action et de fatigue des fonctions des sens externes et interne et de l’appareil locomoteur : c’est là Y état de stimulation sthénique de l’appareil nerveux. L’action de l’œil sous l’influence d’une lumière vive qui, dans le trajet d'un rayon solaire, lui fait distinguer des corpuscules qui lui échapperaient sans ce secours, donne une idée de l’état dont je parle, ainsi que l’organisme à une température qui
exagère plus ou moins tonies les fondions organiques.
?)a. Une personne bien portante est soumise à l’action excessive des stimulus spéciaux et violens des sens, parmi lesquels se trouve la chaleur : il en résulte la confusion et même la cessation des fonctions des sens externes et interne et de l’appareil locomoteur par oppression ou par excès intolérable de stimulus : c’est là le cas de la stupeur sthénique ou sur-stimulation de l’appareil nerveux. L’éblouissement de l'œil par une lumière excessive donne parfaitement l’état dont il s’agit, ainsi que l’organisme exposé à une chaleur excessive.
4°. Une personne bien portante est soumise à la diminution de l’action des stimulus spéciaux des sens et de la chaleur, et par conséquent à la diminution des fonctions ordinaires des sens et de l’appareil locomoteur : c’est là Y état de sédation sthénique de l’appareil nerveux. On aura parfaitement l'idée de cet état par celui de l’œil à une lumière inférieure à celle à laquelle il est accoutumé, ou de l’organisme à une température très-abaissée.
5°. Une personne bien portante est soumise à la privation totale de l’action des stimulus spéciaux des sens, et au froid; il en résulte la suspension totale des fonctions ordinaires des sens et de l’appareil locomoteur* par extinction ou privation de stimulus : c’est là la sur- sédation sthénique complète de l'appareil nerveux, dont on a l’idée par l’état de l’œil dans l’obscurité, du dormeur pendant le froid.
Dans tous les cas posés jusqu’ici, l’organisme a toute son énergie normale et résiste également à la sur-stimulation et à la sur-sédation; car, en me servant tou-
jours de l’œil comme terme de comparaison , il fait effort pour voir et pour regarder à une lumière excessive, comme dans une obscurité plus ou moins profonde-.
6°. Une personne débilitée par l'inaction, par des évacuations sanguines ou humorales excessives, par l’inanition, ou par le froid, supporte mal ou ne sent pas l’action ordinaire des stimulus spéciaux des sens et de l’appareil locomoteur dont les fonctions sont pénibles ou anéanties; c’est là l’état de faiblesse du système nerveux et des organes contractiles; c’est celui ^ans lequel l’organisme supporte mal le chaud et le froid, la lumière et l’obscurité, le bruit, les odeurs, les saveurs, l’exercice, les changemens d’air et d'aiimens , la faim et la soif, etc. ; c’est celui de l’œil après un long séjour dans une obscurité profonde , après les grandes hémorrhagies et les flux excessifs , ou après l’inanition par la privation d’alimens ; c’est celui de l’organisme dans le refroidissement.
L’état de faiblesse prend le nom d 'éréthisme, lorsque la susceptibilité pour les stimulus est si grande qu’ils blessent dans la moindre proportion, et on l’appelle ; paralysie lors , au contraire , que la sensibilité et la contractilité sont éteintes-
7°. Une personne dans ia faiblesse que je désigne par le nom d'éréthisme , soumise à une stimulation meme très-modérée , peut se trouver dans la sur-stimulation ou tomber dans la stupeur. On aura l’idée de cet état par l’action d une lumière , même assez faible , sur l’œil d’un sujet hémorrhagique, par celle d'une alimentation trop prompte dans l’inanition, et enfin par
celle d'une chaleur môme douce sur les membres trèsrefroidis.
8°. Dans l’éréthisme , la sédation modérée, c’est-àdire, des agens qui seraient déjà sédatifs dans l’état normal deviennent stimulons. C’est le cas d’une lumière faible pour l’œil qui sort de l’obscurité , de îa neige sur les membres presque gelés , ou d’une alimentation légère chez un sujet qui succombe à la faim ou à une hémorrhagie excessive ; les moindres doses les mettent en sur -stimulation.
Ce fait prouve que l’action des stimuîans, des sédatifs ? des toniques et des atoniques sur l’organisme est simplement relative à son état actuel. On peut représenter ces modifications par la formule des deux agens généraux, le calorique et l'humidité* Tout conducteur qui peut céder du calorique à l’organisme devient stimulant ; tout conducteur qui peut lui en enlever est sédatif; enfin ceux qui hri enlèvent de Y humidité .sont toniques, et ceux qui lui en cèdent sont relàchans. Je ne puis ici prendre pour exemple que les agens radicaux. La discussion de leurs succédanés appartient à un autre travail. Je ne veux établir ici rien autre chose, sinon que leur action est relative, à l’état de l’organisme, au moment où ils agissent sur lui.
9°. Une personne dans la faiblesse qu’on appelle paralysie * est insensible aux stimulus spéciaux les plus violens ; tel est îe cas de l’œil dans i’ainaurose, relativement à la lumière, des membres entièrement gelés , relativement au calorique, etc.
jo°, La commotion qui résulte du passage soudain de l’état de stimulation à celui de sédation , ou de celui
de tonification à celui de relâchement, produit sur forganisnie des effets relatifs au degré de susceptibilité et par conséquent à la résistance physiologique du sujet qui l’éprouve. C’est ainsi qu’une personne vigoureuse supportera sans inconvéniens des transitions qui incommoderont ou feront même périr un sujet débilité : c’est ici le cas de celui qui passe sans accident du grand jour à l’obscurité , et des ténèbres à la grande lumière, du silence au vacarme d’une bataille et du canon , d’une chaleur excessive à un froid rigoureux et réciproquement, d’un pays très-sec à un très-humide, de l’abondance à la disette, etc. ; tandis qu’un sujet affaibli en éprouve des inconvéniens si graves que souvent il y succombe.
1 1°. L’état de stimulation d’un organe peut se répéter par association dans un autre qui ne sera pas stimulé c/est le cas de l’irritation d’un œil couvert, par l’action de la lumière sur l’autre , d'une méningite par l’insofation du cuir chevelu, de la céphalalgie par un bain de 'jambe, très-chaud, etc.
12°. L’état de sédation d’un organe peut se répéter
comme celui de stimulation : c’est le cas de la diminution d’une méningite par l’action d'une température fraîche sur le cuir chevelu, etc.
i5°. L’état de ton et d’atonie peut se répéter comme celui de stimulation et de sédation : tel est le cas d’un bouillon , d’un alcoolique, etc. , dans l’inanition ; il a rendu la vue et les sens en arrivant dans l’estomac, avant même d’être digéré ; ou celui d’un bain tiède qui calme une péritonite par le relâchement de la peau , etc. i4°. L’état de stimulation et de sédation d'un organe
peut en mettre d’autres dans une situation absolumen t inverse; c’est le cas de la cessation d’une céphalalgie par un bain de pieds chaud et non pas de jambes, ou par un sinapisme , c’est-à-dire par une stimulation circonscrite qui en fait cesser une autre; c’est la circonstance dans laquelle l’aclion du froid sur un point du corps est suivie d’inflammation dans d’autres, etc. Il y a, dans ces cas, dissociation entre les organes, comme il y a association dans ceux qui sont indiqués articles i ï, 12. et i5.
Ces faits étant bien entendus, je prie de considérer ce qui se passera dans un sujet dont le système nerveux cérébro-spinal se trouvera dans l’un des états que je viens de passer en revue, avant les organes des fonctions vitales spéciales de l’hématose et de îa digestion , et avant les parenchymes comme organes des fonctions vitales communes ; alors on verra les fonctions nerveuses devenir le point de départ des accidens fébriles , au moyen du tact général qui réagira sur les fonctions vitales spéciales et communes, et i! sera nécessaire d’appeler ces fièvres nerveuses , parce que c’est dans le système nerveux que se montreront les phénomènes dominans, et que c’est sur lui que l’homme de Fart devra agir dans ces cas, comme dans les genres précédons il a dû de préférence diriger ses moyens sur les fonctions vitales communes, sur les fonctions hémato- ÊÎqueg ou sur les fonctions digestives»
Première Sous-Classe
PYREXIES NERVEUSES GENERALES
J’ai parlé du sens universel ou du iact général, sens mixte, commun à tous les parenchymes vivans , susceptible de donner l’impression distincte de chaud , de froid, de piqûre, de tension , de percussion, de pression et de fornication ; et en même temps , le sentiment confus de bien-être et de malaise qui a lieu, soit par les impressions qui lui sont propres, soit par les impressions et la fatigue des sens distincts delà vue , de l'ouïe, du toucher, de l’odorat, du goût , de l’action musculaire et du sens interne commun ; soit par l’impression et la fatigue 4e s sens confus dans les besoins d’intus-suscepîion d’alimens et de boissons, d’où Sa faim et a soifdans les besoins circulatoires, d’où la gêne, ia défaillance, qui fait changer de situation; dans les besoins respiratoires , d’où la dyspnée qui fait inspirer et expirer; dans les besoins excrétoires des fosses nasales, d’où l’éternuement; dans le besoin excrétoire des bronches, d’où la toux; dans le besoin excrétoire de l’estomac dans les surcharges gastriques, d’où les nausées et le vomissement; du rectum dans les accumulations stercorales, d'où lest freintes normales ou le besoin nécessaire de défécation ; dans le besoin excrétoire de la vessie, d’où ia dysurie qui avertit de la réplétion vésicale ; soit enfin par le sentiment de malaise qui avertit du besoin d’exercsce ou de repos musculaire, d’où la
fatigue, les spasmes ou les collapsus de l’appareil locomoteur.
Tous les malaises , comme tous les bien-êtres des sens distincts et confus aboutissent au tact général que tous supposent, mais qui ne les suppose pas; qui est distinct comme les sens distincts dans les impressions qui lui sont propres, et qui est confus comme les sens confus dans les impressions confuses, de malaise et de bien-être, de force et de faiblesse qu’on lui doit. Le tact général est donc un sens mixte qui unit les sens externes distincts aux sens confus, et les uns et les autres au sens interne commun , qui est pour tous un sens de convergence ou d’unité , en raison des lois du consensus ou de la dépendance réciproque des sens distincts et confus, et du sens mixte dont je parle.
Le tact général de l’organisme entier ne fait qu’un seul sens. Non seulement il associe les sens évidens eutr’eux, mais ii les u;it au sens vital commun des parenchymes, avec lequel il se combine de manière à faire connaître , par les impressions qui lui sont propres, l’état des fonctions vitales communes dont nous 11’avons pas le sentiment distinct. 11 résulte de ià que nous connaissons le bon état du sens vital par le sentiment indéfinissable de bien-être et de force que donne le tact général, qui, dans d’autres circonstances , nous avertit des lésions du sens vital par un sentiment de malaise, de douleur ou de faiblesse qui lui est proportionné, et dont il est impossible de rendre un compte bien distinct
On voit par ce qui précède que le tact général ou le sens mixte dont je viens de parler, est le moyen d’union
on de consensus d’association des fonctions nerveuses aux fonctions vitales spéciales , et des unes et des autres aux fonctions vitales communes, comme il est celui de leur dissociation. Ce sens mixte, comme fonction organique , est sujet aux mêmes altérations que lesautres; ce qui explique clairement comment les modifications qu’il éprouve directement ou par les sens distincts, peuventse transmettre aux sens confus des fonctions vitales spéciales, et au sens vital commun. On voit également par là, comment le sens interne commun, espèce de confluent des impressions distinctes et confuses , peut être modifié distinctement parles impressions distinctes des sens extérieurs, et confusément par celles des sens confus qui peuvent y réveiller , sans ordre , d’anciennes impressions des sens distincts ; d’où les songes du* rant le sommeil , pendant le travail de la digestion ; d’où les divagations durant la veille, dans l’état d’ivresse -, d’où les lois de la réaction dessensexternes sur le sens interne, de celui-ci sur les appareils locomoteurs , et de ceuxci sur les sens; d’où les lois de l’influence des impressions des sens sur la circulation , sur la respiration , sur l’hématose et sur la digestion , sur lu calorification vitale, sur les assimilations, sur les sécrétions, sur la nutrition et sur la vie, en vertu desquelles lois, toutes ces fonctions peuvent être modifiées , troublées, bouleversées ou même éteintes immédiatement par des impressions faites sur les sens externes ou interne distincts et sur les sens confus. Soit donné une température, une électricité ou un état hygrométrique plus ou moins pénibles pour le tact général, est-il difficile d’entendre, d'après ce qui précède, comment les autres sens
distincts vont s’y associer, et comment le trouble des sens confus dans les organes des fonctions vitales spéciales, et celui du sens vital dans les parenchymes, pourront s’y joindre aussi, et comment, par ce mécanisme, naîtra le malaise général fébrile que nous désignons sous le nom de fièvre nerveuse ?
Soit donné une fatigue des sens distincts externes ou interne, différons du tact généra! ; si cette fatigue réagit sur ce dernier avec assez d'énergie, il pourra en résulter immédiatement un état fébrile plus ou moins violent , languissant , pernicieux ou ataxique , ou réfractaire et chronique, comme dans les fièvres lentes hectiques nostalgiques , et qui cessera comme elles par la soustraction de la cause, à moins que le désordre vital n’ait amené des lésions organiques dont les effets sont soumis à d’autres lois.
Après avoir établi que l’état fébrile peut dépendre des modifications du tact général , ou sens mixte , qui a la propriété d'unir tous les sens distincts et confus avec le sens vital latent, je passe à l'étude de l’état pyrétique local ou phiegtiiasique , faite du môme point de vue.
Une personne bien portante éprouve une commotion morale très-vive, et il en résulte une inflammation locale extérieure ou intérieure qui cède aux caïmans du système nerveux; un grand nombre de phlegmasies arthritiques, rhumaliques , catarrhales, herpétiques, reconnaissent des causes de ce genre.
La simple fatigue d’un organe par ses fonctions, de l’œil par l’action de regarder, des muscles par celle d’agir, eic. , etc. , peut développer un état inflammatoire
local; des peines, des chagrins, des contrariétés soutenues 'peuvent produire de semblables effets, qui cessent souvent par la seule soustraction de ces causes.
La simple modification locale vive du tact général et du sens vital par Je feu, par le froid , par l'action d’instrumens piquans, tranchans, déchirants, etc., développe des phlegmasies qui ne reconnaissent pour cause que la douleur du tact général, et ne demandent pour cesser que l'emploi de moyens opposés aux agens qui ont développé la douleur nerveuse , qui produit l’inflammation en agissant sur le sentiment vital qui est en connexion avec le tact général évident.
On voit que je n’entends parler ici que des stimulus propres des sens distincts ou confus, lesquels sont parfadement iusuffisans pour produire l’inflammation autrement qu’avec le secours du tact général et de la douleur, et qui ne donnent rien à l’absorption. Telle n’est pas la condition du virus variolique inoculé sous l’épiderme , du sang de bœuf mort du charbon , et de tous les agens qui produisent i’ inflammation comme la fièvre,, avant de développer la douleur.
PREMIER ORDRE
Fièvres nerveuses sthéniques.
S'il arrive que la sur-stimulation des sens externes et interne développe la snr-stimulation générale fébrile,, qui partant du système nerveux, se propage à toutes les
autres fonctions, l’organisme montrant une grande résistance vitale , on aura l’idée d'une fièvre nerveuse sthénique, dont voici un exemple.
Appelé îe 28 février 1821 , pour voir en consultation 3VI. .J***, avec M, le docteur Roche, je trouve un jeune homme de vingt-huit ans, venu à Paris pour suivre des affaires d’un grand intérêt pour lui. Malade depuis quatre à cinq jours, il se plaignait de douleurs violentes dans la tête et dans le ventre qui n’était cependant pas tendu; îe visage était coloré, la chaleur de la peau modérée, le pouls à cent dix pulsations, assez souple et large. L’agitation , l’inquiétude morale et le malaise étaient grands; point d’évacuations al vin es. On avait saigné du bras, appliqué des sangsues sur le ventre et derrière les oreilles , donné des boissons adoucissantes et employé des fomentations. On convint de remettre 26 sangsues sun e ventre et ensuite 12 derrière les oreilles, et d’administrer des boissons adoucissantes et des demilavemens.
Le lendemain îer. mars , à huit heures du malin , en arrivant, j’entends sortir du lit du malade une voix sépulcrale qui me crie : « Je suis mort, monsieur, je suis mort. » Je me hâte d’approcher; le visage avait perdu de sa coloration, le pouls était serré, fébrile et donnait cent vingt pulsations. Il y avait peu de chaleur à la peau , la langue était humide et sans rougeur , îe découragement était à son comble et les angoisses extrêmes par les douleurs du ventre et de la tête. L’ayant
découvert aussitôt, je vis qu’il nageait dans le sang qui avait traversé les matelas. Ayant posé doucement la main sur le ventre, je ne le trouvai pas plus tendu que la veille, mais d’une telle sensibilité , que le simple toucher de ses parois détermina une sorte d’opisthotoros qui se renouvelait à chaque contact de l’abdomen. L’abondance de l'écoulement du sang par les piqûres des sangsues appliquées au ventre avait empêché l'application de celles de la lête.
M. Roche étant arrivé presqu’aussitôt , je lui dis que cette fièvre ne me semblait pas inflammatoire, et que je lui proposais de faire donner six grains de musc, de quatre en quatre heures , avec une infusion de feuilles d’oranger; cela fut exécuté.
Le 2 mars au matin. Tétât du malade était tout-àfait changé; la tête et le ventre n’étaient presque plus douloureux, la congestion du visage était diminuée, ie pouls était réduit à quatre-vingts pulsations , le ventre supportait l'exploration , ia peau était sans chaleur, et le sentiment du bien-être si prononcé que le malade avait repris courage. Le musc fut continué ce jour là à quatre grains seulement chaque fois; on donna des cuillerées de bouillon.
Le 5 mars, le malade est parfaitement bien et le musc réduit à trois doses de deux grains ; on augmente les bouillons.
Du 4 au 6, convalescence ; alors je perds le malade de vue. M. Roche m’a appris depuis, que quelques jours après il y avait eu un accès d’intermittente grave qui avait été suivi le sur-lendemain d’un second beaucoup plus violent que le premier; qu’alors il n’avait point
hésite a donner le quinquina, qui avait dissipé tous les accidens, et que le malade était retourné parfaitement guéri dans son pays.
On voit dans ce fait une sur-stimulation si violente que si elle eût porté primitivement sur les fonctions vitales , il est douteux que ce jeune homme eût soutenu , comme il l’a fait , une perle de sang aussi considérable que celle que procurèrent les sangsues appliquées sur le ventre. Les accidens ont cédé au musc d'abord, et ensuite au quinquina, deux modificateurs du système nerveux.
J’ai dit que souvent les affections locales précédaient les affections générales et en gouvernaient les phénomènes , et qu’on observait également les affections gé-' nérales survenant en premier et réglant les affections locales qu’elles peuvent produire : il faut que j’en dise autant des affections fébriles biosiques , hématosiques, dyspepsiques et nerveusevS. Un exemple éclaircira la chose.
M. P***., épicier, âgé de trente-six ans, goûtant souvent ses eaux-de-vie, tomba dans un état fébrile délirant contre lequel échouèrent le régime tempérant, les saignées locales et abondantes derrière les oreilles, et les saignées des grands vaisseaux faites en raison de la plénitude et de la résistance du pouls. A cette époque de la maladie, les accidens délirans étant à leur plus haut point, des bains de six minutes donnés par affusions de haut en bas avec de l'eau à iS° de Réanmur, calmèrent immédiatement la fièvre et le délire, et le malade entra en convalescence. Un an et demi après, les mêmes accidens ayant reparu , la famille se hâta de
revenir aux affusions dont les bienfaits étaient encore îrès-préscns dans leur souvenir , mais la maladie augmenta, et on me fit appeler. Quoiqu’il n’y eût pas une dureté remarquable du pouls, je prescrivis une saignée afin de juger si elle rendrait le malade sensible aux affusions. Il en fut autrement ; le pouls perdit de la résistance qu’il avait, mais les accidens augmentèrent par les affusions , qui furent de nouveau suspendues. Les sangsues aux tempes et derrière les oreilles n’eurent pas plus de succès que la saignée. Les renseignement qui me furent alors fournis m’apprirent que l’appétit du malade était moindre depuis long-temps, sa bouche amère , et qu’il avait même eu des nausées* Un enduit muqueux jaunâtre se joignant à ces symptômes , je conseillai un scrupule d’ipécacuanha, qui fut administré en deux doses, il résulta de l’emploi de ce moyen des vomissemens d’une matière jaune huileuse et épaisse ; mais le délire ni la fièvre ne cédèient. On administra alors l’huile de ricin, qui procura des évacuations abondantes et de même nature, mais sans emporter le délire ni la fièvre. Fort de ess antécédens, je revins aux affusions qui, cette fois, firent cesser soudainement tous les accidens délirans et fébriles. Deux ans après, M. F*** fut encore repris des memes accidens pour lesquels je fus redemandé aussitôt. Ne trouvant point de résistance dans les gros vaisseaux, ni aucun symptôme du côté de l’appareil digestif, je prescrivis les affusions qui, cette fois , dissipèrent les accidens délirans et fébriles sans moyens préliminaires.
Qu’on réfléchisse aux trois circonstances que je cite de la vie du même individu, on verra :
i \ Dans la première, les accidens fébriles et déiirans résister au traitement anti-phlogistique , et céder immédiatement aux affusions tempérées à i8°de lléaumur;
2°. Dans la seconde, les mêmes accidens résistent d’abord aux affusions données de la même manière qu'elles avaient réussi, aux anli-phlogistiques et aux évacuans des premières voies, et cèdent ensuite aux mêmes affusions;
5°. Dans la troisième ies affusions seules ont suffi.
IS’esf-il pas évident pour tout homme qui voudra y réfléchir que, quoique les accidens délirans et fébriles fussent les mêmes en apparence, ies divers appareils organiques n’étaient cependant pas dans la même disposition ? Je dis donc que ce malade a présenté dans les trois circonstances indiquées une fièvre nerveuse , compliquée la première fois avec un état pléthorique ; la seconde , avec une affection bilieuse des premières voies, et simple la troisième. Voudrait - on tout expliquer par une méningite ? je prierai de réfléchir à l’augmentation des accidens par les saignées locales et générales, jusqu’au moment de l’emploi des affusions. Veuton qu’elle n’ait été que nerveuse? mais pourquoi le défaut de succès des affusions dont on ne relira avantage qu’après d’autres moyens?
Les cas de ce genre ne sont pas rares, et ailleurs j’en fournirai d’autres non moins concluans.
Fièvre sthénique , nerveuse et hématosique .
Un enfant de douze* ans, fort pour son Age et bien constitué, fus pris, le iVj décembre 1828, de douleurs de
télé violentes , avec étourdissemens quand on le mettait sur son séant ; la fièvre était très-vive, le visage coloré, la peau chaude ; les premières voies ne présentaient rien de particulier ; la langue était naturelle ; il n’y avait pas de nausées, point de douleurs dans le ventre, seulement une céphalalgie très-vive dans les régions frontale et temporales. L'enfant était ordinairement tenu dans un appartement Irès-échauffé. ( Six sangsues furent appliquées à chaque tempe et six à chaque pied ; un bain tempéré fut prescrit avec des affusions tempérées à 17 0 ou 180 sur la tête; de la limonade et de Veau de chiendent ou de poulet , ou même de Veau pure pour boisson ; des lavemens d'eau pure tempérée.)
Dès le soir, la céphalalgie et la fièvre sont diminuées, les sangsues ont abondamment rendu.
Le lendemain i5, on continue les mêmes boissons, les lavemens et les bains.
Le 16, le mieux ne se soutient pas, les douleurs de tête et les étourdissemens sont revenus ainsi que la fièvre. De nouvelles sangsues sont appliquées aux tempes, et les autres moyens continués.
Le lendemain 17, la céphalalgie a complètement disparu , mais non pas la fièvre ni les étourdissemens. Je m’aperçus alors que les bains prescrits à 26° étaient donnés à 28°. Les affusions n’étaient pas faites non plus convenablement; je présidai à celui qui fut donné le lendemain : il était à 26% et fut réduit à 24°; les affusions sur la tête furent faites avec de l’eau à 180 seulement. Dès-lors, la maladie a marché franchement; chaque bain administré avec la même précaution faisait
cesser l’état fébrile; pendant dix jours on en donna deux par jour, puis un seul, puis tous les deux ou trois jours seulement: aujourd’hui, 7 janvier 1829, l’enfant est parfaitement bien, et la convaiescence confirmée.
Il faut considérer dans ce fait :
i°. Les symptômes angéioténiques généraux et la céphalalgie , qui ont cédé aux sangsues;
30. Les étourdissemens et l’état fébrile, qui n’ont cédé qu’aux bains à 24° de Réaumur et aux affusions de la tête h 180 ;
3°. La cessation de la céphalalgie avant les étourdissemens et la fièvre ;
4°. La résistance des étourdissemens et de la fièvre aux bains, qui ne donnaient pas l’impression du frais.
Je pense que, outre l’affection hématosique qu’on peut supposer avoir existé, il y a eu certainement une sur*stimulation nerveuse , qui n’a cédé qu’aux bains moins chauds que les premiers.
DEUXIÈME ORDRE
Fièvres nerveuses asthéniques.
Si on suppose une personne tombée dans la débilité ou dans l’éréthisme nerveux, tel que j’ai cherché à le caractériser , et qu’il s’établisse chez elle une sur-stimulation générale fébrile partant du système nerveux, on aura l’idée d’une fièvre nerveuse asthénique .
Un homme affaibli par l’inanition ou par un repos