II
trop prolongé, une femme débilitée par une couche laborieuse, etc., éprouvent une commotion morale, ou commettent une faute de régime , qui produit une perturbation nerveuse générale, laquelle se répète dans les fonctions des sens confus spéciaux et dans celles du sens vital ; voilà une fièvre nerveuse asthénique .
Une jeune femme de vingt-trois ans, très-irritable et très-hémorrhagique dès son enfance , éprouve, au commencement d’avril 1829, une ménorrhagie très-abondante qui durait depuis cinq jours lorsque je fus mandé. Son pouls était sans fréquence et très-petit, sa peau tout-à-fait décolorée ainsi que ses lèvres et la muqueuse buccale. Le moindre bruit la faisait tressaillir , et elle ne pouvait pas plus supporter la lumière ordinaire qu’une température élevée. La perte continuait : je la fis mettre sur un matelas de crin, je prescrivis des boissons froides acidulées avec une petite proportion d’acide nitrique, et, pour tout aliment , de la crème de riz légère, peu sucrée et préparée seulement avec de l’eau. Le lendemain, la perte continuait malgré ces moyens et des applications tempérées sur le ventre ; je prescrivis un bain de quinze à dix-huit minutes réduit à 25°, et ensuite à 24° Réaumur, en tenant pendant sa durée des vessies remplies d’eau froide sur le bas ventre et contre le siège. L’hémorrhagie diminua, et je permis le lait froid très-coupé pour aliment, en faisant continuer les bains comme je viens de les indiquer. Le surlendemain , tout allait au mieux; mais obéissant à la vivacité de son appétit , au lieu de se contenter de couper moins son lait et d’y joindre du pain, elle mangea de la viande avec du pain et rendit son eau vineuse. Aussitôt après
le repas, malaise, fièvre. Le soir , je fus rappelé en grande hâte, et je trouvai le pouls à cent vingt pulsations, assez développé, quoique faible , la chaleur de la peau était forle, la céphalalgie vive et la soif pressante ; la perte avait reparu. Aussitôt je fis reprendre les bains indiqués et l’eau fraîche pour boisson ; la fièvre diminua dès le même jour, ainsi que la céphalalgie. Le lendemain, la fièvre et la céphalalgie cessèrent presque entièrement; il n’en restait d’autres traces le troisième jour qu’un surcroît de faiblesse. Le régime a été plus gradué et la convalescence immédiate. J’appelle cela une fièvre nerveuse asthénique par éréthisme chez un sujet débilité. Ce fait suffit pour représenter tous les cas où des stimulus intempestifs sont appliqués à l’organisme débilité ou en éréthisme.
TROISIÈME ORDRE
Fièvres nerveuses ataxiques.
Une perturbation fébrile partant du système nerveux cérébro-spinal et ganglionnaire , et, par le tact général évident, réagissant sur la sensibilité vitale commune, de manière à déterminer dans le sens vital des accidens qui menacent la vie, constitue une fièvre nerveuse ataxique, qu’il convient de considérer , dans les circonstances suivantes, comme les fièvres ataxiques biosiques .* i°. Lorsque les phénomènes du stade de sur-sédation ou de froid, et d’atonie ou de col lapsus jlipôthymi-
que, etc. , sont portés à l’excès, avec ou sans délire des sens évidens et latens , sans être suivis du stade de réaction, avec ou sans délire des sens distincts et confus, jusqu’à la mort, si on ne parvient à les combatlre avec avantage ;
2°. Lorsque les phénomènes du stade de réaction ou de sur-stimulation et de chaleur sont portés àl'excès avec ou sans délire des sens évidens et latens, sans stade d’excrétion , avec ou sans délire des sens distincts et confus, jusqu a la mort si on ne parvient à les tempérer ;
3°. Lorsque les phénomènes du stade d’excrétion sont portés à l’excès, comme dans certaines suettes ou dans quelques cas d'hémorrhagie incompescibles , avec ou sans délire des sens distincts et confus, jusqu'à la mort si on ne parvient à les suspendre ;
4°. Lorsqu’une sur-sédation, une sur-stimulation et une excrétion excessives, c’est-à-dire un froid , une chaleur et une sueur ou une hémorrhagie excessives se succèdent sans interruption, avec ou sans délire des sens distincts et confus , jusqu’à la mort si on ne parvient à les enrayer;
5°. Lorsqu’une sur-sédation , une sur-stimulation et une excrétion excessives coexistent en même temps, mais dans des appareils différens, avec ou sans déliré des sens distincts et confus, jusqu’à la mort si on ne parvient à les faire cesser ;
6°. Lorsque la marche des phénomènes est renversée, une sueur ou une chaleur excessives étant suivies d’une snr-sédation , de frissons, de lipothymies, etc., qui ne font alors que des phénomènes d’agonie ;
2°. Lorsque, soit que les phénomènes soient violens
ou incohérens ou qu’ils ne le soient pas, au lieu d’une crise favorable il survient une excrétion fâcheuse ou uno fluxion funeste sur un organe important à la vie, au lieu d’uue diaphorèse ou d’une diurèse modérée et soulageante ;
8°. Lorsque des symptômes graves suivent l’action de causes qui ne leur sont en rien proportionnées par leur intensité.
9®. Lorsque les moyens de traitement ne produisent pas les effets qu’ils doivent naturellement produire , ou même qu’ils en produisent de tout opposés.
Toutes ces circonstances annoncent que la résistance vitale et le consensus organique sont en désordre, et que, hors certains cas, comme ceux des fièvres pernicieuses marématiques , qui cèdent à une espèce de spécifique, il est impossible de calculer le traitement de ces maladies avec la sûreté désirable.
Toutes ces considérations s’appliquent aux fièvres ataxiques , biosiques, hématosiques et dyspepsiques , comme elles s’appliquent aux nerveuses, et aux exanthématiques, dont je parlerai bientôt.
Les symptômes des fièvres nerveuses , et surtout des ataxiques, varient à l’infini ; on peut cependant poser les bases suivantes pour les formes fondamentales des phénomènes des fièvres ataxiques de toutes les classes. On observe la prédominance des phénomènes :
i*. Dans les sens distincts spéciaux et communs , la vue, l’ouïe, le toucher, l’odorat, le goût, le tact général, et la motilité évidente; la cécité, les illusions d’optique, les vertiges; les surdités, les tinlemens d’oreilles; les vices du toucher , de l’odorat et du goût; les senti-
mens de froid et de chaleur, même sans changement de température; et toutes les sortes de douleurs, ainsi que les spasmes et les paralysies des organes musculaires ou évidemment contractiles, servant aux réactions locomotrices de chaque sens distinct , et présentant une grande diversité de phénomènes qui, réunis en plus ou moins grand nombre , ont tous caractérisé des fièvres nerveuses ataxiques ;
2°, Dans le sens interne, d’où les délires, les coma, les typhomanies , etc. , variés , comme phénomènes des fièvres ataxiques nerveuses ;
3°. Dans les sens confus spéciaux pepsique, hématopique , pneumatique, diacrysique, trophique, mutile et génésique ( voy . leurs caractères) , d’où les apepsies, les dyspepsies, les boulimies et les ténesmes ; d’où les palpitations, les lipothymies et toutes les modifications de la grande circulation , et les stases gangréneuses de la circulation capillaire commune; d’où les dyspnées, les orthopnées, et les asphyxies spontanées ; d’où les flux et les épanchemens fâcheux sanguins, humoraux ou gazeux ; d’où les modifications rapides et funestes delà nutrition des parenchymes, et surtout de celui des organes soumis au système nerveux ganglionnaire et le marasme des organes soumis au système nerveux cérébro-spinal; d’où les vomissemens, les déjections involontaires, toutes les rétentions stercorales , urinaires, etc ; et les désordres satyriasiques ou nymphomaniques de l’appareil sexuel, comme phénomènes des fièvres ataxiques nerveuses;
4*. Dans le sens vital, d’où tous les excès de force et de faiblesse, tous les vices de température eu plus et en
moins, et le défaut de résistance des fonctions spéciales et communes, comme phénomènes des fièvres ataxiques nerveuses.
Tels sont les phénomènes qui, par leur réunion en plus ou moins grand nombre, à un état fébrile partant des fonctions nerveuses distinctes dans les circonstances indiquées, forment les symptômes élémentaires des fièvres nerveuses ataxiques. J’en terminerai l’énumération par une remarque qui m’a semblé de la plus haute importance clinique : quel que soit le phénomène qui ait dominé dans le cours d’une fièvre, si quelqu’une des circonstances que j’ai indiquées a dévoilé son caractère ataxique , il faut s’en défier malgré une bénignité apparente; car le malade n’est point en sûreté, même contre une mort inopinée , jusqu’à ce que ce phénomène ait entièrement disparu depuis quelque temps. J’ai vu une simple insomnie opiniâtre, une simple douleur locale dans un membre sans tumeur, une simple chaleur ou un simple froid local , etc. , etc. , qui avaient été le symptôme dominant daus le cours d’ûne fièvre de ce caractère, annoncer que le danger continuait, quoique tous les autres phénomènes delà maladie eussent disparu; et j’ai vu, dans ces sortes de cas , des malades succomber ensuite d’une manière inattendue.
L’étendue de ce travail qui dépasse déjà de beaucoup les bornes que je m’étais prescrites, m’oblige à ne donner qu’un seul exemple de fièvre nerveuse ataxique.
Fièvre ataxique nerveuse .
Observation recueillie par M. le docteur Carrier, actuellement à Lyon.
« M. L***, étudiant en médecine, d’un tempérament nerveux, arriva à Paris dans le courant de janvier 1827. Quelques jours après son arrivée, il éprouve un malaise général , accompagné de céphalalgie et de dérangement dans les fonctions digestives. Cet état persiste pendant quinze jours environ , sans qu’il fasse rien pour améliorer sa santé. Buvant un jour de la bière, il ressent une vive colique qui le force à aller à la selle sur-lechamp. A peine a-t-il satisfait à ce besoin , qu’il, est atteint d’un vertige qui le prive de la faculté de voir, au point qu’on fut obligé de le reconduire à sa demeure comme un aveugle. De retour chez lui, il s’alite, et peuà-peu recouvre la vue; mais il éprouve une vive céphalalgie et un grand accablement, et son sommeil est troublé par des rêvasseries pendant la nuit suivante. Le lendemain , pouls presque insensible , regard hébété , faciès semblable à celui d’un homme ivre ; assoupissement; s’il se lève sur son séant, lipothymie; langue un peu blanche au milieu, et surtout à la base; ventre souple , insensible, céphalalgie, soif, inappétence; trois selles liquides pendant la journée. ( Diète , limonade citrique. ) Cet état persiste pendant plusieurs jours sans amendement notable. M. Récamier, répondant à ses désirs, vient le voir, et lui prescrit l’eau pure pour
boisson , et plusieurs bains à 26° avec affusion plus fraîche sur le visage. Un changement remarquable s’opère dès le premier bain. Il ne peut s’empêcher de dire : Je sens renaître mes forces.... Après le bain, la réaction fut peu sensible , à en juger par le pouls, qui se releva peu , mais le malade se sentit mieux pendant la journée. Deux selles liquides jaunâtres, urines avec sédiment blanchâtre peu abondantes. [Lavement avec amidon .) Au second jour de ce traitement, les effets des bains parurent moins remarquables pendant l’immersion ; mais la réaction fut plus grande après. Le pouls se développa sensiblement, et la peau, qui avait été constamment sèche , devint moite. Sous l’influence de ce traitement , continué pendant cinq jours, tous les symptômes nerveux sont tombés peu-à-peu. La céphalalgie, l’assoupissement, se sont insensiblement dissipés, la circulation a repris son rhythme habituel , le dévoiement a cessé, l’appétit a reparu , et le malade est entré en convalescence après dix-huit jours de maladie.
JS . B. On ne peut pas attribuer les phénomènes extraordinaires qui se sont manifestés chez le malade buvant de la bière aux propriétés délétères de cette boisson, puisque ses amis, qui la buvaient avec lui. n’en ont été nullement incommodés. »
Ce fait présente à considérer :
i°. La gravité des accidens nerveux survenus chez ce sujet dans les organes des nerfs cérébraux, la cécité, et dans les organes des nerfs ganglionnaires, les lipothymies, avec menace d’extinction vitale sans cause proporlionnée ;
2°. La cessation spontanée de la cécité;
3°. La disparition des symptômes nerveux Hpothymiques, etc., par des bains tempérés.
Si les accidens eussent continué, est-il permis de douter que ce jeune homme eût succombé?
Les accidens des organes cérébraux et ganglionnaires ayant cédé aussi facilement à l’emploi d’un moyen général, et qui n’agissait que parle tact général, peut-on croire qu’ils étaient liés à des modifications organiques phlegmasiques? il me paraît impossible de le penser, et je regarde la maladie décrite par M. le docteur Carrier comme une fièvre nerveuse ataxique „
QUATRIÈME ORDRE
Fièvres nerveuses réfractaires ou chroniques»
Une personne est soumise à une fatigue soutenue des sens spéciaux distincts par le travail et par la veille; une autre est en proie à l’insomnie , à l’ennui , à la nostalgie, à des peines morales, ou se livre à des travaux intellectuels au-dessus de ses forces; une autre est débilitée par des sécrétions excessives, par un accroissement rapide ou par des pollutions ; une autre, enfin , par divers états thermométriques, électrométriques, barométriques ou hygrométriques de l’atmosphère contraires aux convenances de son tact générai, et par lui à scs convenances vitales : chez tous , on observe un état fébrile habituel, qui chez tous, surtout dans scs
exacerbations, engendre des phénomènes secondaires dominans dans quelqu’un des sens distincts ou confus, spéciaux ou communs. Toutes ces personnes qui tombent dans le marasme ont une fièvre lente consomptive, une fièvre hectique, qui part des fonctions nerveuses, c'est-à-dire une fièvre nerveuse chronique.
M. le docteur Broussais ayant parfaitement fixé les caractères des fièvres nerveuses chroniques dans ses Recherches sur ia fièvre hectique , je ne crois pouvoir mieux faire que de reproduire ici les considérations qu’il présente à ce sujet.
« Quelle place doit occuper la fièvre hectique dans un cadre nosologique ? »
(Recherches sur la Fièvre hectique, Bhoussais, i8o3, pag. 1 10.)
« Parmi les causes dont nous l’avons vu dépendre il en est qui sont des maladies. i°. Tous les vices organiques, Fhypochondrie , les fièvres intermittentes, la dysenterie, la gale, les fièvres continues, etc. 20. D’autres ne le sont pas sans l’hectique elle-même : la lactation, le travail de cabinet , la nostalgie , la fatigue générale , le froid et le chaud , les causes inconnues. 3°. D’autres , enfin , sont des indispositions qui déterminent tous les jours des maladies qu’on ne regarde pas comme leurs symptômes } la dispepsie , la cessation d’une hémorrhagie avant qu’elle produise aucun désordre , la sueur trop copieuse.
» Si de ces deux dernières séries i! peut résulter une
fièvre sui generis , indépendante d’aucune maladie » comment la désignera-t-on, sinon parle titre de fièvre essentielle ? Si cette fièvre, essentielle dans celte cir-
constance, se représente une autre fois avec des maladies , et qu’elle en soit inséparable , on l’appellera symptomatique .
» Or, il est prouvé que des altérations non maladie , et des altérations maladie , produisent une fièvre toutà-fait semblable, qui est la fièvre hectique.
» Donc la fièvre hectique est maladie essentielle et maladie symptomatique. C’est comme si l’on disait, donc la fièvre hectique est maladie essentielle et n’est pas maladie essentielle , ou vice versa. Or, cela est absurde, car une maladie essentielle, dans un cas, ne peut dans un autre cas n’être pas essentielle , si elle est toujours la même elle serait tout au plus une complication.
» Puisque nous ne saurions empêcher qu’elle ne soit essentielle , et que pour le bien de l’art il importe de ne pas la considérer comme un symptôme, disons que c’est une fièvre essentielle, qui, toujours la même, se présente tantôt seule , tantôt compliquée à certaine maladie , dont elle marque une période.
» Il est avantageux à fart que la fièvre hectique soit considérée pour elle-même , et isolée de toute maladie en observant qu’elle se complique avec un grand nombre d’autres, parmi lesquelles il y en a de mortelles, et d’autres qui ne le sont pas : et la raison de cet avantage est fort simple. Ainsi présentée avec ses traits caractéristiques, elle sera toujours reconnue, parce qu’elle est trop simple pour s’effacer jamais de la mé-
moire. Si à côté de son image se trouve empreinte celle de ses causes , le premier mouvement , quand on rencontrera un hectique , sera de parcourir les fonctions , pour découvrir quelle est celle dont la lésion la détermine , et pour apprécier cette lésion elle-même : par conséquent, malgré la multitude des causes de l'hectique, il n'en est aucune qui puisse échapper à l’attention : je dis plus , il deviendra fort aisé de juger si la maladie laisse quelque espoir , ou si la victime est perdue sans ressource.
» Puisque la fièvre hectique est essentielle , elle doit trouver place dans un cadre nosologique, c’est une fièvre, elle doit donc entrer dans cette classe. Mais toutes les fièvres dépendent de la lésion d’un système, et la nôtre est commune à toutes les lésions ; elle ne peut donc s’interposer entr'elles. Toules les fièvres peuvent la déterminer j autre raison pour ne pas la placer avant chacune d’elles. Je voudrais donc qu’elle fût décrite la dernière de toutes. »
N’ayant en vue que d’établir l’existence de fièvres chroniques nerveuses ayant leur point de départ dans la manière d’être des fonctions nerveuses spéciales ou communes, je m’arrête : chacun examinera si les faits sur lesquels repose l’existence des fièvres nerveuses chroniques sont susceptibles de se prêter à toutes les interprétations arbitraires qu’il est possible de proposer pour leur trouver une origine imaginaire, au lieu d’une évidente que chacun peut reconnaître par la nature des causes productrices, et par celle des agens thérapeutiques curatifs qui y ont rapport.
Deuxième Sous-Glasse.
PYREXIES NERVEUSES LOCALES OU PHLEGMASIB3 NERVEUSES.
Ainsi que l’état pyrexique général a , dans certains cas , son point de départ dans des modifications fâcheuses des fonctions du système nerveux sur lequel il suffit d’agir pour le faire cesser, de même l’état pyrexique local ou phlegmasique part quelquefois des douleurs ou du malaise du tact général sur lequel il suffit d’agir pour faire cesser la phelgmasie qui en dérive. Une friction prolongée, un corps chaud qui sans désorganiser cause de la douleur, etc., agissent sur le tact général évident et sur la sensibilité latente. S’ils ne développent que les effets propres à l’irritation qu’ils produisent, il suffira de combattre la douleur par les adoucissans ou les sédatifs pour faire cesser l’inflammation ; mais il n’en sera pas de même si la commotion de la douleur a éveillé une mauvaise disposition vitale , la pléthore sanguine , troublé quelque sécrétion, ou mis en mouvement quelque cause exanthématique , érysipélateuse , etc.
Les phlegmasies chroniques nerveuses ne subsistent qu’autant que dure l’action de la cause qui agit sur le tact général évident et sur le sens vital ; c'est comme si je disais qu’un cautère et un vésicatoire ne durent que pendant qu’on agit par les pois ou une pommade irritante pour les entretenir.
Il faut reproduire ici les mêmes considérations que dans les autres classes sur les espèces et les variétés.
Cinquième Classe.
PYREXIES EXANTHÉMATIQUES.
J’appelle pyrexies exanthématiques toutes les pyrexies générales ou fièvres qui ont des phénomènes locaux secondaires , spéciaux et caractéristiques, et toutes les pyrexies locales ou les phlegmasies qui présentent des phénomènes généraux également secondaires spéciaux et caractéristiques.
Considérations générales sur les pyrexies générales
exanthématiques.
Jusqu’ici je me suis occupé de l’état fébrile qui se lie à une affection primitive des fonctions vitales communes; de l’état fébrile qui dépend des vices directs de l’hématose; de celui qui est développé par l’état saburral de l’appareil digestif ; et enfin de celui qui provient des lésions primitives des fonctions nerveuses cérébro-spinales et ganglionnaires ; actuellement , il s’agit des pyrexies dont les caractères généraux sont indifféremment ceux des pyrexies biosiques, hématosiques , saburrales ou nerveuses, mais associés à une affection locale secondaire , spéciale et caractéristique. Des exemples vont rendre ceci sensible.
Une personne, après un léger refroidissement, le corps étant en diaphorèse, éprouve un mouvement fébrile anomal, c’est-à-dire auquel je ne puis assigner d’autres
caractères que ceux des fièvres bîosiques simples, avec ou sans ceux des fièvres hématosiques, saburrales ou nerveuses. Après une demi-semaine, plus ou moins, il se développe au visage ou ailleurs un érysipèle spontané : et la fièvre diminue et cesse même à l’apparition de la phlegmasie, à moins que celle-ci ne devienne très-considérable , auquel cas, si la fièvre avait été suspendue, elle se réveille jusqu’à la diminution de l’affection inflammatoire. J’appelle cette fièvre érysipélateuse : la lièvre primitive est le prélude de l’érysipèle ; la fièvre secondaire en est la conséquence.
Une autre personne , après un refroidissement le corps étant en diaphorèse ou sans cette circonstance , est prise d’une fièvre anomale d’abord ; mais avant une demi- semaine il se déclare de la phlogose et de l’irritation dans une ou plusieurs des muqueuses supérieures, oculaires, nasales, buccales ou gutturales, puis delà toux ; ensuite des nausées et même des vomissemens des boissons les plus douces; plus tard des tranchées avec ou sans diarrhée ; et , enfin , parfois de la dysurie : signes assez certains que la phlogose muqueuse procède de haut en bas comme les affections érysipélateuses. La fièvre d’invasion diminue ou disparaît même , lorsque la phlogose arrive à l’estomac et aux intestins; mais elle reparaît bientôt si ta phlogose est vive ou si elle dégénère en inflammation rutilante par l’intensité de la maladie ou par un traitement stimulant, et ne cesse que lorsque les symptômes locaux de l’inflammation cèdent eux-mêmes. La phlogose locale , soumise à l’action des substances alimentaires , chymeuses , muqueuses et bilieuses, se prolonge plus ou moins. J’appelle cette
fièvre catarrhale , afin de conserver l’expression des anciens qui l’ont parfaitement observée et décrite, en ne tenant compte que du flux muqueux qui l’accompagne. L’état fébrile du début est le prélude de la phlogose ; celui qui la suit en est l'effet.
Il est impossible de confondre la fièvre catarrhale avec la fièvre saburraîe muqueuse des modernes, car dans la fièvre catarrhale les muqueuses sont rosées et phiogosées, tandis que dans la fièvre saburraîe muqueuse elles sont enduites d’un mucus opaque blanchâtre ou jaunâtre. Il n’y a rien à dire à ceux qui confondent cet enduit avec les éruptions aphtheuses confluentes qui recouvrent les muqueuses d’une couenne blanchâtre et crémeuse, dont l’exfoliation laisse ces membranes rouges et sanglantes : ces observateurs regarderaient comme phlegmasiques les sueurs blanches , vertes, bleues, jaunes, laiteuses, crayeuses, noires, rouges, sanguines , etc. , quoiqu’il n’y ait alors à la peau d’autre changement de couleur que celui qui résulte du fluide qu’elle sécrète.
Une personne , après l’impression du frais, éprouve un malaise fébrile, et bientôt des douleurs articulaires, musculaires, pieurodyniques ou névralgiques, se répandant d’un point de l’organisme dans toutes ses régions; la fièvre du début diminue et cesse même malgré les douleurs pour ne reparaître que dans le cas où la phlogose articulaire, musculaire ou nerveuse, prend une intensité assez considérable pour produire une fièvre secondaire indépendante de celle du début, comme dans les autres cas. J’appelle cette fièvre rhu~ matique.
il 43
Un sujet, après quelque refroidissement ou l’action de quelque cause analogue, est pris d’une fièvre anomale plus ou moins vive, et presque en même temps ou peu après il se plaint de douleurs pleurétiques av< c loux, dyspnée, etc.; ou de douleurs céphaliques avec délire ou spasmes, et bientôt avec affaissement ou collapsus, général ou partiel, etc.; ou de douleurs abdominales avec tension météorique de cette capacité, etc. ; ou bien il accuse des symptômes de pneumonie, d’hépatite, de néphrite , de phlegmon , etc. J’appelle cette fièvre pleurétique , méningitique , pèrilonitique , pneumonique, hépatitique, uéphritique , phlegmoneuse, etc «
Un homme de trente-six ans, fort et bien constitué, négociant, galerie Delorme, est pris sans cause connue d’une fièvre violente avec les formes inflammatoires. Son médecin ordinaire, dont le nom m’échappe, emploie la saignée, les boissons tempérantes, les favemens, la diète, les bains même , etc. Mandé en consultation au milieu de la seconde semaine de la maladie, je trouvai un vaste abcès dans chaque mollet, un à la partie antérieure de chaque jambe et de chaque cuisse , un dans chaque fesse et de chaque côté des lombes, un dans chaque avant-bras et dans chaque bras. Il fut impossible d’enrayer cette fonte purulente , dont j’ai observé d’autres exemples et spécialement un
avec M. le professeur Marjolin, rue Culture - Sainte- Catherine. Le fémur fut dénudé de haut en bas dans ce dernier cas.
D’autres personnes venant à être soumises à faction des émanations diaphoniques ou bronchiques, ou à celle du produit d’une sécrétion quelconque de cer-
l^ins malades, surtout si cette sécrétion est inflammatoire, sont prises dans la première demi-semaine, de malaise , de fièvre : l’une a une éruption variolique ; Une autre a la rougeole ou la scarlatine, dont les rapports avec l’affection catarrhale des muqueuses sont si frappans; l’autre a un exanthème ortie, pemphigoïde, zonoïde ou exémateux, psorique, miliaire* prurigineux, charbonneux et buboneux ou pestilentiel, etc. ; je dis qu’en écartant les considérations relatives au caractère biosique, hématosique, saburral et nerveux des phénomènes de la fièvre du début, on est forcé de considérer son point de départ et son terme dans deux affections exanthématiques caractéristiques; l’une dans le sujet déjà malade , et l’autre dans celui qui le devient; Dans tous ces cas, la fièvre du début, qui devance l’exanthème et le prépare , cesse ou peut cesser à son apparition, à moins de coïncidences fâcheuses , biosiques , hématosiques , saburrales ou nerveuses: dans tous ces cas, la marche de la fièvre est réglée par son caractère sthénique, asthénique , ataxique ou réfractaire ; car toutes les fièvres exanthématiques que j’ai indiquées peuvent revêtir les quatre formes dont je viens de parler; mais les unes affectent de préférence les formes sthéniques ou asthéniques * et les autres revêtent d’ordinaire celles des affections ataxiques ou réfractaires chroniques. Telle est l'idée des pyrexies générales ou fièvres caractérisées par un exanthème complémentaire spécial quelconque.
Dans tous ces cas, il est clair que la fièvre du début , qui peut manquer de caractères spéciaux assez prononcés pour la classer parmi les fièvres biosiques, ou
hématosiques , ou saburrales , ou enfin parmi les fièvres nerveuses , est caractérisée par une efflorescence externe ou interne qui la distingue des autres dans chaque sujet en particulier ; mais ces exanthèmes ( car j’étends , comme on voit, la valeur de ce mot à toutes les affections secondaires à une fièvre) , ces exanthèmes , dis-je, ne sont pas les seuls qu’on observe ; il en est d’autres , en effet , de la classe des altérations de sécrétion que j’appellerais volontiers diacrinosiques.
Diverses personnes , dans des circonstances différentes, sont prises de fièvres dont le phénomène caractéristique est une sueur , une diurèse , une salivation, un flux bilieux, une sécrétion lactée , une anasarque rhumatisante, des épanchemens séreux ou synoviaux inopinés et sans les signes antécédens des phlegmasies séreuses ou synoviales, des hémorrhagies extérieures ou pétéchiales , etc, 5 je dis que ces fièvres touchent aux fièvres exanthématiques dans le sens que j’y attache ; car, malgré les grandes différences que peuvent présenter leurs phénomènes, toutes celles qui vont se perdre dans une altération de sécrétion semblable et spéciale se classent naturellement les unes auprès des autres, sous ce rapport que je ne veux qu’indiquer ici.
Considérations générâtes sur tes pyrexies tocates
exanthématiques.
Venons maintenant aux pyrexies locales ou aux phleg» masies avec fièvre complémentaire et caractéristique, qui est à ces phlegmasies ce que les exanthèmes locaux sont à certaines pyrexies générales : en sorte que, si les
affections donf j’ai parlé d’abord sont nécessairement des phiegmasies exanthématiques ou secondaires à des fièvres , celles dont je vais fournir des exemples sont proprement des fièvres exanthématiques ou secondaires à des phiegmasies.
Dans le cours d’un érysipèle , il se développe une fièvre secondaire dont il paraît être la cause. Quel que soit le caractère sthénique, asthénique, ataxique ou réfractaire et chronique de cette fièvre , si elle ne dépend d’aucune autre cause que de l’érysipèle, elle constitue une fièvre secondaire ou exanthématique dans le sens que je viens d’assigner à cette expression. Cette fièvre secondaire est parfaitement distincte de la fièvre qui peut avoir précédé l’érysipèle, lequel est l’effet de la fièvre primitive comme il est la cause de la fièvre secondaire.
Dans cette manière d'envisager les affections exanthématiques, je n’entends pas scinder une même maladie; mais lorsqu’un érysipèle présente une fièvre évidente d’incubation , je veux analyser scs phénomènes exanthématiques, comme je veux étudier séparément ceux de l’érysipèle lui-même : lorsqu'un érysipèle, n’aura pas de fièvre antécédente, n’est-il pas évident qu’il rentrera dans le cas que je pose maintenant? Or, il y a des érysipèles qui sont dans ce cas, et j’entends, après les avoir envisagés d’abord comme effets d’une fièvre antécédente , les considérer ici comme causes d’une fièvre consécutive; maladie tellement différente de la fièvre antécédente que, lorsqu’elles surviennent toutes deux successivement, elles sont séparées par une période plus ou moins considérable d’apyrexie, pendant la-
quelle subsiste l’affection locale, effet de la première et cause de la seconde, qui aura à son tour pour exanthème d’autres affections locales sécrétoires ou phlegrnasiques, qui seront critiques et termineront la scène des phénomènes pathologiques.
Si on considère ce qui se passe dans les phlegmasies générales et locales du système tégumentaire externe, ou dans les rougeoles, scarlatines, pemphygus, urticaires, varioles, varicelles, etc.; dans les phlegmasies générales et locales du système tégumentaire interne ou dans Jes fièvres catarrhales angineuses , gastritiques, entéritiques , aphtheuses entéro-mésentériques ou dotliiaientérites, etc ; dans les phlegmasies séreuses, synoviales, musculaires , cellulaires , viscérales , vasculaires artérielles et veineuses, etc., et dans les bourrasques de diverses sécrétions , on retrouvera les mêmes considérations qui viennent de se présenter au sujet des érysipèles; car toutes ces affections se développent avec ou sans fièvre primitive évidente, et peuvent produire une fièvre secondaire sthénique , asthénique, ataxique ou réfractaire chronique , qui aura elle-même des effets exanthématiques qui seront symptomatiques ou critiques.
La méningo-gastralgie spontanée de Pinel , qu’on appelle aujourd’hui gastro-entérite, séparée delà résorption des fluides saburraux, n’est qu’un exanthème muqueux phlegmasique , qui peut survenir à la suite d’une fièvre qui l’aura devancé, ou sans cette circonstance. Si cet exanthème spontané est très-intense, il produira une fièvre secondaire plus ou moins violente, comme tous ks exanthèmes inflammatoires qui prennent de Pim-
portance, et deviendra dans ce cas le pivot du traitement. Si cette phlegmasie se lie «à l’existence d'une affection saburrale, dont elle soit l’effet immédiat, elle rentrera dans toutes les phiegmasies qui reconnaissent une cause irritante locale, et peuvent engendrer une lièvre consécutive qui leur sera proportionnée. De ee
point de vue, la fièvre traumatique se rattache aux fié-
vres secondaires ou exanthématiques, dépendant d’une affection locale qui doit être la base du traitement, à moins que la fièvre traumatique , en qualité de perturbation physiologique de l’organisme, ne devienne l’occasion de quelqu’aulre affection: névrose, phlegmasie, ou altération de sécrétion ou de nutrition.
Toutes les phiegmasies, par un stimulus local , mécanique ou chimique , produisent des altérations de tissu ; telles sont celles par les agens mécaniques, vulnérans, et les agens chimiques. Les premiers produisent des plaies, des sétons, des cautères; les seconds servent à établir et à entretenir les sinapismes et les vésicatoires, etc. ; il faut y comprendre les poisons irritans quelconques, appliqués sur un point de la surface tégumentaire externe et interne, et y déterminant une phlogose ou une inflammation qui produit souvent une modification fébrile de l’organisme ; mais toutes ces affections locales sont accidentelles et ne supposent pas nécessairement l’absorption d’un principe irritant dans la grande circulation; mais seulement la douleur ou l’affection du tact général, et du sens vital qui est inséparable de leur développement.
Toutes les affections locales spontanées ou accidentelles, qui déterminent une fièvre secondaire , n'agis-
sent pas par la douleur pour produire les phénomènes fébriles généraux qui peuvent en dépendre; il en est dans lesquelles il est difficile de contester la résorption d’un principe septique ou irritant quelconque : soit donné le contact du sang d’un bœuf surmené, mort d’une fièvre charbonneuse, ou seulement le contact de la patte d’une mouche qui en soit imprégnée, il en résultera une pustule génératrice gangréneuse ou maligne qui n’aura pas eu, comme l’érysipèle gangréneux, le charbon ou l’esquinancie gangréneuse, une fièvre antécédente; mais qui aura une fièvre consécutive d’un caractère conforme au sien et qui lui sera proportionnée. Une pustule variolique ou vaccinale * résultat d'une inoculation opérée sans douleur locale , avec une aiguille très-acérée , ne sera-t-elle pas dans le même cas? L’histoire de la pustule variolique inoculée et celle de la pustule maligne peuvent bien s’éclairer de l’histoire de la fièvre varioleuse et de celle de la fièvre charbonneuse spontanée, mais on ne peut la confondre avec la leur : c’est ce que j’ai voulu établir.
Les phlébites ont été étudiées avec plus de soin depuis quelques années, par beaucoup d’observateurs; MM. Lisfranc, Bouillàud, Velpeau, etc., etc. : M. le docteur Dance eu particulier a publié sur cet objet un travail dont les premiers matériaux ont été recueillis sous mes yeux, il y a plusieurs années, au sujet des phlébites utérines puerpérales. Il montre que, sans lièvre antécédente, des inflammations veineuses avec suppuration ont été suivies de fièvre consécutive à la phlébite, et en différens endroits, de collections purulentes sans phlegmasie locale évidente. Le pus est, dans
ces cas, colligé ou inlillré dans un tissu cellulaire ou parenchymateux sain et simplement écarté. Ce fait semble prouver qu’outre la réaction sympathique des veines enflammées sur les autres appareils, il faut tenir compte du fluide anormal qu'elles peuvent fournir à la grande circulation. Ce fluide anormal, ou ce pus en certaine proportion , n’étant pas facilement assimilé par l’hématose , est-il bien étonnant, qu’offert à tous les exhalans avec le sang, quelques-uns de ces vaisseaux finissent par s’accoutumer à ce principe hétérogène, pendant le mouvement fébrile lui-même, et enfin par le déposer d’emblée dans le tissu pulmonaire, dans le tissu cellulaire, dans les plèvres, dans des articula* tions, etc., qui n’ont donné aucun signe d’inflammation dans tout le cours de la maladie?
Quoique cet exemple soit péremptoire, je veux en citer un autre non moins propre à démontrer l’existence de causes matérielles ou humorales , dans les maladies fébriles et inflammatoires dans différentes circonstances.
Un jeune homme, sans fièvre antécédente, est pris de dyspnée avec quelque douleur dans le côté gauche du thorax, qui en peu de jours rend un son mat de haut en bas, avec les signes d’un épanchement. Le cœur était repoussé à droite, la gêne de la respiration allait croissant de jour en jour, sans aucun résultat avantageux des vésicatoires, cautères et sétons employés. On se décide à faire une ponction avec un trois-quarts tièspetit et on relire plusieurs livres de pus inodore. Mais quelque précaution qu’on prenne, il pénètre des bulles d’air dans la plèvre, et bientôt une fièvre lente se dé-*
clare avec les accidens qui lui son! propres. Dès-lors* n’ayant plus rien à perdre, on pratique l'opération de l'cmpyème, on extrait du thorax un pus de très mauvaise odeur et ort remplit la cavité qu’il occupait avec de l’eau tiède, simple d’abord, ensuite miellée ; on recouvre l’ouverture d’un tampon de charpie, qui ne permet au iluide introduit de ne s'écouler que peu-àpeu. I/odeur du pus disparaît bientôt, et avec elle la fièvre. Le même pansement est renouvelé deux fois par jour, la capacité diminue peu-\-peu, et le malade se rétablit avec affaissement du thorax de ce côté. On voit que c’est le traitement que j’ai appliqué ensuite aux tumeurs hydatiques et enkystées accessibles.
Est-il facile , dans ce cas, d’échapper à la nécessité d’admettre l’absorption d’un principe nuisible ? Croiraiton pouvoir attribuer la fièvre à la douleur ou à l’irritation? Mais dans les tumeurs hydatiques, où la fièvre se montre lorsque le pansement est mal fait, et laisse altérer le pus par le contact de l’air, cette même fièvre cesse en remplissant le sac avec une solution de potasse, légère, il est vrai . mais suffisante pour causer une douleur que les malades n’éprouvaient pas auparavant.
Les produits de l'organisme malade, absorbés d’em- 1 lée, peuvent nuire. Dans certaines maladies, la rage, la variole, la syphilis, la gale, etc. , les produits organiques développent, par leur inoculation, des effets secondaires conformes à leur nature. Arrêtons-nous seulement à quelques circonstances qui touchent à notre objet. Un animal enragé mord un enfant en bas-âge; c'est le petit chien, compagnon de ses jeux, dont il n’a pas la moindre frayeur. La morsure guérit; mais.
quaire ou cinq semaines après, la cicairice s’enflamme, les symptômes de l’absorption commencent, et l’enfant périt hydrophobe en peu de jours. Voilà une étrange incubation pour apprivoiser les ahsorbans avec le terrible poison de la rage. Un sujet prend un chancre syphilitique primitif, qu’on guérit par un traitement purement local. Quelques semaines ou quelques mois après, sans que la cicatrice du chancre se rouvre, on voit survenir une esquinancic ulcéreuse, et d’autres symptômes de la syphilis, parmi lesquels il faut compter la fièvre dans certains cas.
Que l’on comparedes faits fondamentaux, et on verra que , si nous avons le venin variolique pour incuber des fièvres sthéniques , asthéniques ou ataxiques, nous avons le venin de la rage pour incuber, à coup sûr, une lièvre ataxique hydrophobique ou tétanique , et le. virus syphilitique, pour en inoculer des fièvres réfractaires chroniques, que j’ai observées sous les types continus, rémittens et inlermittens, et qui n’ont cédé qu’au traitement spécifique.
La morsure d’animaux venimeux, de moucherons, d’abeilles, de vipères, de serpens à sonnettes, de scorpions, etc., peut devenir, comme la piqûre faile avec un instrument chargé de suc de strichnos upas, etc. , le point de départ d’aceidens plusou moins graves et même promptement funestes. Voici des inoculations, non plus avec des virus ou des miasmes provenant d’individus malades ou de végétaux en putréfaction, mais fournis par des animaux sains et des sucs de plantes fraîches.
Qu’on étudie ces effets depuis l’urtication jusqu’à ceux de l’upas, et depuis la piqûre du moucheron , de
l’abeille, jusqu’à celle du serpent à sonnettes, il sera impossible de méconnaître l’identité du mécanisme, la disproportion des effets locaux et généraux avec la lésion mécanique, qui peut être nulle ou simplement épidermoïde , et les effets locaux et généraux d’un principe vénéneux incontestable, et incontestablement absorbé avec des effets relatifs à sa nature. Qu’on réfléchisse aux phénomènes fondamentaux de l’état fébrile sthénique, asthénique, ataxique et réfractaire chronique , et qu’on les méconnaisse, si cela est possible.
Quelle comparaison ! dira quelqu’un : ce ne sont pas là des fièvres. Je réponds que ces affections sont parfois seulement locales, mais que, dans beaucoup de cas, elles deviennent générales et funestes avec une rapidité aussi grande qu’on l’observe dans les effets des miasmes marématiques , qui agissent sans affection locale, et sont absorbés d’emblée comme ceux delà peste. Je dois rapporter ces affections aux fièvres exanthématiques ataxiques.
Si nous supposons la surabondance d’une sécrétion purulente, diaphorétique , diurétique, laciée, leucorrhoïque , spermatique, etc., et par conséquent une soustraction excessive et anormale des élémens du sang, quoiqu’il n’y ait aucune douleur locale inséparable de ces phénomènes, il se déclare une fièvre qui consume le malade , si fou ne parvient à se rendre maître de la sécrétion locale excessive. La sécrétion du pus est dans le môme cas que les autres de ce genre.
Mademoiselle Ântonie D. B., figée de onze ans, échappait à peine aux accidens d'une fièvre grave, pendant le coins de laquelle les organes abdominaux, céphalb
ques, et même thoraciques, avaient tour-à-tour joué un rôle plus ou moins important par les congestions successives dont ils étaient devenus le siège. On avait appliqué, à différentes époques, des vésicatoires aux jambes, aux cuisses, à la nuque et aux bras, sans faire aucun effort pour les entretenir : ils étaient simplement pansés avec une feuille de poirée et du beurre. Outre ces exutoires artificiels, il était survenu des escarres vers les apophyses mastoïdes, le long de l’épine dorsale et lombaire , et aux membres inférieurs. Enfin , la fièvre s’était terminée pendant la cinquième semaine, et on pansait les restes des vésicatoires avec du cérat. A la fin de la sixième semaine il survient un temps orageux; les vésicatoires, quoique pansés avec du cérat, et les dix plaies des escarres, faisant en tout dix-sept, commencèrent à suppurer avec une profusion si considérable, que dès le jour même la fièvre reparut avec une débilitation menaçante. Des cataplasmes de riz et d’eau, et de l’huile d’amandes douces battue avec une très-petite proportion de jus de citron , furent les moyens qui servirent à calmer ces flux puruiens excessifs. La fièvre cessa, et l’enfant s'est rétablie après une très-longue convalescence.
Madame C***, âgée de quarante ans, ayant déjà nourri sept enfans avec succès, nourrissait le huitième, lorsque l’abondance de la sécrétion du lait augmenta considérablement , et la jeta dans une grande faiblesse, à laquelle se joignit bientôt une fièvre habituelle, et enfin de la diarrhée, et un grand amaigrissement. 11 fallut sevrer malgré son obstination ; on prépara alors l’eau de gomme arabique et de riz qu’elle buvait inutilement,
avec u.ne décoction do liège, on se se» vit sur les «pins d’un Uniment camphré simple , et tout rentra dans l’ordre.
Ne semhlerait-il pas que , dans ces cas, les sécrétions anormales excessives extraient du réservoir commun , ce qui est nécessaire à l’harmonie des éiémens du sang, comme dans d’autres circonstances l’absorption y introduit des principes nuisibles qui la détruisent?
Si au Heu d’une soustraction extraordinaire, on suppose une simple cessation des intus-susceptions alimentaires nécessaires au rapport convenable des éiémens du sang, le même effet pourra arriver à raison des déperditions journalières que la circulation fera par les sécrétions diaphoniques et urinaires ; ie fait suivant va met tre ceci hors de doute.
« On apporta à l’hospice de Varsovie une femme de cinquante ans , dans le marasme le plus complet, avec des accès de fièvre lente ; les réponses de cette malheureuse ne firent découvrir d’autre cause de son état que la disette, et la promptitude de son rétablissement, par le seul secours d’une diète succuientc t fit juger que cette cause était la véritable. » (Observation clinique de l’hôpital de Varsovie, par M. le docteur Broussais, dans ses Recherches sur (a fièvre hectique.) A la suite de cette; observation je pourrais en accumuler un grand nombre d’autres qui me sont personnelles ou qui m’ont été communiquées par plusieurs médecins distingués, et spécialement par M. Gendrin. On y verrait, à la suite du traitement de maladies fébriles qu’on appelle gastro entérites , devenues aussi fréquentes que les fièvres malignes , avant qu’elles eussent élé supplantées par les ftè-
Vres ataxiques, on y verrait, dis-je, h la suite des saignées locales abondantes et d’une diète aqueuse de plusieurs semaines, les phénomènes de l’inanition , entre lesquels il faut compter la fièvre lente comme le marasme , se dissiper facilement et parfaitement par une alimentation, non pas succulente, mais graduée et convenable. Ces faits me semblent sufïisans pour prouver que la privation outrée d’une alimentation suffisante est une cause incontestable de marasme et de fièvre lente dont les accidens augmentent en combattant les douleurs de l'estomac par la continuation de la diète et même par les applications de sangsues sur l’épigastre , moyens si utiles dans le traitement des véritables inflammations des membranes muqueuses gastrique et intestinale.
Recherches sur (a nature des affections exanthématiques.
I! se présente ici une question importante à examiner. Toutes les affections exanthématiques sont-elles des affections locales, ou, pour me servir d’une expression familière à certains poètes physiologistes, consistentelles simplement dans une irritation qui se promène d’un organe à l’autre? Cette question pourra paraître une puérilité aux hommes qui ont sérieusement réfléchi à l’ordre du développement et au siège des phénomènes des fièvres exanthématiques ; mais ils me pardonneront d’y entrer, d’après ce qui m’est arrivé, dans l’argumentation que je vais essayer de reproduire. Il s’agissait des phlegrnasies cutanées, au sujet desquelles le candidat n’entrait pas dans la distinction des phleg-
niasies accidentelles et spontanées. Je fus amené à iuî demander ce qu’il entendait par variole. — Il me répondit aussitôt qu’elle consistait dans une gastro-entérite. — J’ai peine à le croire; essayez de me le persuader par une bonne description de la maladie. — A l’ouverture des corps, on trouve la membrane muqueuse gastro-intestinale enflammée... — Fort bien; mais M. Prost l’a trouvé enflammée dans bien d’autres circonstances, etM. le docteur Louis se prépare, dit-on (i), à l’aide d’un grand nombre de nécropsies, à faire voir que les gastroentérites prennent place parmi les effets consécutifs d’un si grand nombre de maladies , qu’il est impossible que ces affections , fort importantes sans doute , aient toute la part qu’on leur attribue dans tant de circonstances différentes, et dans toutes les périodes des maladies. Pourquoi avez-vous commencé par la nécropsie , pour chercher la nature d’une maladie cutanée dans laquelle l'autopsie peut se faire pendant la vie? — C’est afin d’aller tout de suite au but. — Mais ne craignezvous pas de le manquer , en prenant l’effet pour la cause? Comme vous ne vous destinez pas à traiter les malades après leur mort, ayez la bonté de suivre , pour l’exposition des phénomènes varioliques, l’ordre dans lequel ils se montrent. — Le malade se plaint d’abord d’anorexie, de douleurs à l’estomac, et de nausées ; il a même des vomissemens. — Fort bien : et voilà la gastrite? — Précisément. — Cependant la lièvre précède souvent la douleur que vous attribuez à l’estomac, et qui ne se fait pas sentir lorsqu’on presse perpendicu -
(i) L’ouvrage de M. Louis n’avait pas paru alors.
iairemcnt sur ce viscère ; mais lorsqu’on agit obliquement d’avant en arrière et de bas en haut, vers l’extrémité du cartilage xiphoïde , et l’estomac ne se trouve pas dans la direction de la douleur rhumatisante dont vous parlez, qui manque dans la plupart des cas , même dans ceux où la fièvre la plus violente cesse, comme par enchantement , à mesure que l’exantème cutané se développe. — C’est qu’alors l’irritation passe de la muqueuse gastrique à la peau. — Fort bien ; mais je vois une difficulté à cette explication qui me semble arbitraire, c’est qu’à mesure que l’éruption extérieure fait des progrès de haut en bas , ou voit, lorsqu’elle est confluente, les muqueuses oculaires, nasales, buccales, gutturales, bronchiques, et même gastro - intestinales , annoncer successivement qu’elles s’affectent de haut en bas par les éruptions oculaires, labiales, buccales, gutturales, la toux, le hoquet, les douleurs de la région de l’estomac proprement dite, le vomissement des boissons, les douleurs intestinales et les diarrhées muqueuses. Voilà, certainement , des signes d’une phiegmasie des membranes muqueuses plus certains que ceux des affections saburrales, qui ne sont pas constans au début des varioles, et de la nature inflammatoire desquels tout le monde n’est pas d’accord. — Cela peut être vrai , mais il arrive toujours une époque où la muqueuse gastro-intestinale s’enflamme. — Oui, lorsque l’affection delà peau est grave; mais pourquoi chercher les caractères de la maladie dans une affection locale , éventuelle, qui heureusement n’est pas constante , et pourquoi, crainte de la manquer, la supposer avant qu'elle existe? car, enfin,