‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrileChapitre 59 sur 66 · II · texte numérisé non relu

II

G ou

ies signes certains de l’affection de la muqueuse gastrointestinale ne paraissent qu’après ceux cîe la peau, ils ne sont pas constans, et l’état inflammatoire observé sur les cadavres, évidemment secondaire, ne peut pas plus rendre compte: des refroidissemens , de la chaleur , de la fièvre d’invasion et des phénomènes anorexiques qui suivent ces premiers phénomènes, qu’il ne peut expliquer les phlegmasies viscérales et les suppurations cellulaires qui remplacent ou suivent parfois l’éruption , et deviennent des crises avantageuses ou funestes, selon leur situation et leur intensité. — C’est cela, Monsieur; vous voyez bien qu’il ne s’agit que du passage de l’irritation de la muqueuse gastro-intestinale à la peau, de son retour de la peau à la même muqueuse, et de son extension à différons viscères ou au tissu cellulaire. — Très-bien, Monsieur; mais vous oubliez que, dans l’inoculation, une aiguille a porté le virus sous l’épiderme, et que, sans la moindre irritation antécédente, il est survenu à la surface de la peau une pustule génératrice qui a été sui vie de traces d’irritation ou d’absorption dans les lymphatiques, des phénomènes généraux de la fièvre , et enfin s’il en survient , de ceux de la phlegmasie de la muqueuse gastro-intestinale , que voilà renvoyée bien loin. — Pas si loin, car elle finit toujours par jouer un rôle dans cette affaire, et il y a toujours une irritation qui suit les lymphatiques , et qui est la véritable cause de la fièvre, lorsqu’elle arrive de proche en proche jusqu’à la muqueuse gastrointestinale. — Très-bien, Monsieur; mais dans la variole d’emblée ou naturelle, d’où ferez-vous partir l’irritation? — De la muqueuse gastro- intestinale. — Quoi’

k)rs même qu'il n’y aura aucun signe primitif de ce côté, même après !e développement du malaise fébrile anomal qui précède ou prépare l’éruption, et même dans les cas où les émétiques emporteront les symptômes saburraux , diminueront la fièvre, et accéléreront l’éruption comme ils favorisent la diaphorèse ? Ce serait par trop exiger de la complaisance de ceux qui ne doivent pas oublier, à la fin d’une maladie, ce qui s’est passé à son début. — Cependant, Monsieur, il faut bien se souvenir qu’au commencement de la maladie il y a eu soif, anorexie, vomissemens et la douleur que vous appelez épigaslralgîe. — Soit pour certains cas; mais que représentent ces phénomènes? — Ils représentent une gastro-entérite latente. — Très-bien ; mais l’émétique Lit souvent cesser la soif, l'anorexie, les vomissemens, la céphalalgie, l'épigastralgic , et diminue ou même suspend la fièvre : l'émétique est donc un remède contre la gastro-entérite latente?

Ici finit l’argumentation que je conclus, en faisant remarquer au candidat que si la gastro-entérite était latente, elle n’était pas propre à produire la fièvre, qui, dans une foule de cas, était sans proportion avec les phénomènes anorexiques et avec la soif, lesquels n’appartiennent pas plus à une gastrite que la sécheresse de la peau à une inflammation de cet organe. Les faits incontestables sur lesquels tout le monde est d’accord sont l’existence d’un principe virulent spécial, produit par l’organisme d’un individu et pouvant en infecter un autre , en y produisant par un mécanisme inconnu dans sa nature, la sur-stimulation fébrile , dans quelque disposition que soit le sujet, et par conséquent

avec des différences dans les phénomènes pyrétiques généraux; mais avec un exanthème culané spécial et constant, hors le cas de fièvre varioleuse sans variole de Sydenham, dont le seul aperçu est tout autrement philosophique en médecine, que la supposition d’une gastro-entérite primitive , dont les prétendus phénomènes peuvent être portés au plus haut point sans qu’il y ait aucune espèce de fièvre.

On parle du passage de l’irritation d’un organe à l’autre, comme si l’irritation était autre chose que l’état de sur-stimulation d’un organe vivant sous l’influence d’un stimulus. Or, remarquons ici comme ailleurs, que l’organe étant inamovible, son irritation est également inamovible; mais il n’en est pas ainsi des stimulus, qui, dans les diverses périodes de la même maladie, peuvent être offerts successivement à plusieurs organes différens par l’appareil de la grande circulation qui leur est commun ; un exemple rendra ceci sensible.

Deux hommes ont commerce avec une femme gâtée. L’un a des chancres primitifs au prépuce et des bubons; plus tard, une angine chronique, puis des pustules, et enfin des exostoses , etc. L’autre n’éprouve aucune affection primitive; et cependant, quelques mois, ou même quelques années après, il lui survient une angine ulcéreuse chronique, des pustules, des exostoses, etc. Eq admettant avec Jean Hunter et Darwin la propagation synergique de l’irritation syphilitique spécifique du chancre et du bubon primitifs à toute la constitution , comme cause de la syphilis chez le premier, que faut-il faire de cette explication avec le second , qui n’a eu

aucune affection locale primitive qui puisse avoir été le point de départ du mouvement synergique ? Rien ; car , par la raison que tous les accidens syphilitiques secondaires guérissent par des moyens spécifiques appliqués partout ailleurs qu’aux endroits où iis existent * il est plus conforme aux lois de la physiologie, qui ne répugne pas à l’absorption de divers principes miasmatiques virulens et vénéneux transportables par des corps inertes, d’admettre que ces principes, plus ou moins réfractaires, pénètrent dans la circulation sans y être assimilés , et sans en être immédiatement éliminés, et agissent de préférence sur les parenchymes ? dont les capillaires spéciaux se trouvent simultanément ou successivement en rapport avec eux. De ce point de vue , on conçoit comment d’autres principes, introduits dans la circulation, peuvent mettre l’organisme dans la disposition convenable pour qu’il assimile ou élimine les stimulus virulens réfractaires qui seraient au-dessus de ses forces sans ce secours.

On voit , par les développemens qui précèdent , que dans les fièvres exanthématiques comme je les conçois, c'est tantôt l’affection locale et tantôt l’affection générale qui forme la partie secondaire de la maladie totale , c’est à-dire V exanthème.

Recherches sur les phénomènes ictériques t ou sur les sécrétions avec résorption immédiate , comme cause des pyrexies exanthématiques.

Parmi les causes des pyrexies exanthématiques, i! en est une qui demande une attention particulière , c’est

la résorption immédiate des fluides sécrétés dans l'organisme. Si le fluide sécrété est absorbé après son excrétion hors de l'organe, comme le fluide bilieux dans les intestins , c’est le cas que j’ai développé en traitant des fièvres saburrales, en parlant des effets de l’absorption du pus dans les séreuses , dans les abcès par congestion , et dans tous les foyers purulens où l’air pénètre et altère la nature du pus; mais si le fluide est immédiatement résorbé avant son excrétion hors de l’organe qui l’a sécrété , c’est le cas delà résorption du fluide bilieux dans la jaunisse et de l’altération icUrique de toutes les sécrétions.

Le prototype des phénomènes ictériques anormaux se trouye dans les fonctions normales de différens organes sécréteurs. La sécrétion spermatique annonce sa présence, à l’époque de la puberté, par le caractère de virilité qu’elle imprime à tout l’organisme du jeune homme. Il est difficile de méconnaître la part que cette sécrétion prend aux changemens dont je parie , car la simple soustraction de ses organes dans l’entant empêche les phénomènes de la virilité de paraître ; en sorte que l’espèce d’étiolement qui flétrit l’eunuque , annonce évidemment l'importance de la résorption immédiate et habituelle du sperme ou de Victère spermatique, qui dans les animaux change l’odeur du chevreau en celle du bouc. L’excrétion intempestive et excessive de la semence énerve à tout âge. Voilà donc la nécessité de la résorption immédiate d'un fluide sécrété démontrée d’une manière incontestable , dans l’état de santé et d’intégrité de l’organisme.

La femme , à la puberté , avant même l’apparition

des menstrues , revêt les formes de la nubilité. Si le flux périodique ne paraît pas ou se suspend, il peut s’ensuivre des symptômes de pléthore ou bien le phénomène qu’on nomme chlorose ( febvis aiba vivginum ) , qui, pendant sa durée, imprime à la jeune fille le cachet de ia stérilité. Pourquoi celte différence ? Pour répondre à cette question , je crois devoir rapprocher ici quelques faits.

Ior. Fait. Une demoiselle de trente ans, grande , replète et bien faite, présente depuis l’époque de la puberté l’aspect chlorotique : sa peau et ses lèvres sont décolorées, les organes extérieurs de la génération présentent ceux d’une petite fille de huit ans, sans villosités; le vagin , de quinze ou dix-huit iign&s de profondeur, et qui admet à peine le petit doigt , présente à son fond un tubercule du volume d’un petit pois, au-dessus duquel l’exploration la plus soigneuse n’a fait reconnaître qu’un renflement du volume d’une fève et sans dépendance qu’on ait pu distinguer. Cetîe personne , bien élevée, a les habitudes ordinaires du sexe, mais est sans goût pour le mariage.

IIe. Fait. Une femme mariée, âgée de trente-deux ans, grande, bien faite, et avec les apparences de fa plus belle santé, quoiqu’elle n’ait jamais eu la moindre trace de menstruation , se présente chez M. Marjolin , pour découvrir les causes de sa stérilité. Toute la conformation extérieure était parfaite et bien proportionnée : le doigt , porté dans le vagin , lui fait reconnaître trois pouces environ de profondeur. Il se termine

en cnl de-sac, sans la moindre trace de museau de tanche. Une 6onde portée dans la vessie se trouve contre le doigt , porté dans le rectum , sans en être séparée par aucune autre substance intermédiaire que l'épaisseur des membranes de la vessie et de l’intestin , et sans qu’on puisse reconnaître au-dessus, ni dans les côtés du bassin, aucun corps qu’on puisse regarder comme un utérus séparé du vagin. Le clitoris est un peu plus prononcé que de coutume. Les grandes lèvres contiennent deux petites tumeurs ovoïdes qui avaient été regardées comme des hernies ; mais elles sont appendues à une espèce de cordon et paraissent ne pas jouir de ta sensibilité des organes sécréteurs du sperme, car la personne dont il s’agit a supporté l’usage d’un bandage. Cette personne a la voix d’une femme ordinaire, et n’a ni barbe, ni aucun autre signe de virilité. Le pénîl est dans l’état ordinaire.

I IIe. Fait. Une jeune personne de dix neuf à vingt ans, recherchée en mariage, ayant conçu quelques inquiétudes sur sa conformation , se présente chez M. le professeur Marjolin. Elle est grande, bien faite, a tous les attributs de la santé, et se trouve précisément dans1 le même cas que celle qui précède, avec la différence que le clitoris a près de deux pouces de long ; le méat urinaire est à sa racine, à l’entrée d’un vagin très court et très-petit qui se termine en cul-de-sac, sans aucune trace de museau de tanche ni d’ulërus j on trouve dans les grandes lèvres deux corps ovoïdes. Elle n’a point de barbe, mais le pénii a les villosités que comporte l’âge du sujet, qui, comme le précédent, n’a que les goûts

du sexe. Une demoiselle de vingt-cinq ans , dont le teint est naturel, n’ayant jamais été réglée, mais habituée à se faire saigner plusieurs fois par an , présente un culde-sac vaginal de dix-huit lignes de profondeur, sans museau de tanche. La vessie est en contact avec le rectum dans l’étendue de deux pouces et demi; au-dessus, on trouve une tumeur que je crois un utérus sans vagin. Il existe une autre tumeur dans la région iliaque droite. Je cite ce fait afin de montrer qu’il est facile de distinguer l’existence de l’utérus , même séparé du vagin.

IVe. Fait. Une personne de trente-six ou trente-huit ans est regardée comme hermaphrodite : mais on trouve dans les grandes lèvres deux corps ovoïdes, sensibles comme les testicules ; une petite verge percée en hypospadias, en avant d’un cul-de-sac vaginal sans aucunes dépendances utérines ; sa voix est mâle, ses formes sont assez dures ; elle a de ia barbe et n’a jamais eu de menstruation ; elle a les goûts des hommes.

Ve. Fait . Un homme de soixante ans , sans barbe , blafard comme le premier sujet , a la voix grêle d’un enfant, et présente tous les attributs extérieurs d’un eunuque. L’examen des organes de la génération y fait reconnaître les dimensions de ceux d’un enfant de six ou sept ans ; la verge a douze lignes de long et quatre ou cinq de diamètre au plus; le scrotum lui est proportionné et ne contient que deux tubercules du volume d’un haricot, qui ne donnent aucun signe de sensibilité. 11 n’a point de poils au pénil ; il est de taille moyenne

et assez replet; Je sexe.

il n'a jamais eu l’idée de

l’a lirait pour

.le pense que le premier sujet est un eunuque femme» étiolé, qui n’a ni matrice, ni ovaires; que le second et le troisième n’ont point de matrice, mais qu’ils ont des ovaires mal placés, égarés dans les aines, dans les ligamens ronds; que le quatrième est un homme mal conformé, et le cinquième, un eunuque naturel en homme, comme le premier en femme.

L’existence de la chlorose chez le premier, et son absence chez le second et le troisième , semblent prouver que îesovaires jouentdansla chlorose etla ménorrhée qui s’y joint un rôle plus considérable qu’on ne pourrait le penser de prime-abord ; en sorte qu’on serait amené à croire que le phénomène de la chlorose se lie à la suspension des fonctions des ovaires ou à leur absence , comme l’étiolement des eunuques à l’absence ou à l’atrophie des testicules. On ne peut pas dire que l’utérus ne remplit aucune fonction chez les sujets chlorotiques , car ii en est qui sont très-leucorrhoïques et ont même un flux menstruel sanguin, mais séreux et décoloré. La coloration naturelle et la belle santé des deuxième et troisième sujets, qui manquent totalement d’utérus, prouvent que cet organe n’est pas le point de départ de la chlorose. Si les corps ovoïdes qui sont dans leurs grandes lèvres étaient autre chose que des ovaires mal placés, on ne voit pas pourquoi ces deux sujets n’auraient pas la !>arbe , la voix et la rudesse de forme du quatrième, au lieu d’avoir la physionomie, la voix, les mamelles et les formes adoucies du sexe. Le cinquième sujet qui n’a ni ovaires ni matrice, mais un rudiment

de pénis et de scrotum , sans testicules , a la voix d’un enfant, est sans barbe ni poils au pénil, et se trouve décoloré comine le premier. Les maladies et l'absence de l’utérus lui-même, qui ôtent le pouvoir de la conception, ne paraissent pas plus produire les phénomènes de la chlorose que les maladies des vésicules séminales ou les engorgemens des épididymes ne produisent ceux de la castration , quoiqu’ils puissent rendre stérile. Je ferai part ultérieurement de mes recherches sur l’influence des maladies des ovaires et des testicules dans des changemens survenus à la coloration et aux fluides de divers sujets : en attendant, j’appelle l’attention sur ce point. On a vu le mariage faire cesser dans un sexe comme dans l’autre un état fébrile habituel $ mais on l’a vu plus souvent suivi d’accidens qu’il a été permis de rattacher aux excès dont il a pu devenir l’occasion.

Je conclus de ces faits comparés aux effets de la castration par la soustraction des testicules chez les mâles et des ovaires chez les femelles , que ces organes sont les agens d'une sécrétion dont la résorption immédiate ou ictcroïcU imprime à l’organisme un cachet particulier. Le canal excréteur de l'ovaire n’est pas connu, cela est vrai; mais la rate, organe glanduliforme , n’en a pas non plus d’évident; mais le sang qui revient par ses veines ressemble-t-il à celui des autres organes ?

Je suis fondé à penser le contraire , lorsque j’examine le teint particulier de beaucoup de personnes chez qui il survient des engorgemens spléniques , dans les pays marécageux, à la suite des fièvres intermittentes.

La thyroïde n’a pas non plus de canal excréteur, et

7 oo

cependant sa tuméfaction dans le crétinisme est remarquable. Il est donc permis d’admettre en physiologie des sécrétions ictéroïdes , c’est-à-dire avec la nécessité de la résorption immédiate du produit de la sécrétion de certains organes sécréteurs.

En consumant l’observation, on trouve que le produit de la sécrétion hépatique repasse dans la circulation et colore tous les tissus en jaune, ainsi que les urines, parfois avec une grande rapidité , dans les affections morales, et souvent lorsque le canal cholédoque est complètement oblitéré par un calcul, un carcinome ou un catarrhe. Pourquoi, dans ce cas, les accidens fébriles $ 'associent-ils souvent à l’ictère lorsque la sécrétion urinaire restant limpide n’évacue pas immédiatement le fluide bilieux dont la résorption est évidente par la coloration des tissus et du sérum du sang? L’excrétion des urines étant suspendue dans les reins, on a vu la transpiration, la sécrétion salivaire, etc. , prendre rôdeur urineuse. Une personne, sans avoir chaud, couche dans un lieu froid et humide, ou s’expose à un courant d’air; l’excrétion de la transpiration habituelle s’arrête , et l’épiderme reste sec en l’absence de la diapîiorèse : cependant il se déclare des douleurs rhum atismales ou des mouvemens fébriles , qui ne cessent que lorsque spontanément ou à l’aide de fumigations , etc. , oo a fini par ramener l'excrétion di ap h o ré tique d’un fluide dont la résorption immédiate pouvait être la source des accidens rhumatoïdes et fébriles. Combien d’affections chroniques, rhumatoïdes, catarrhales , fébriles, etc. , chez d’anciens militaires qui ont bivouaqué , ou chez des personnes qui ont été exposées à l’ac-

'ÿOI

Ùon de causes analogues, cèdent aux eaux du Montrl" Or , aux bains de vapeurs, aux douches, aux applications locales, et même au simple séjour au lit, qui rétablissent V excrétion normale de la transpiration t Madame de T***, trèsuierveuse et très-irritable, et qui cependant n’avait éprouvé aucun dérangement des règles, actuellement existantes, dans trois circonstances différentes : par la commotion violente de la perte de son père, par un incendie qui l’obligea de fuir avant d’avoir pu se couvrir de ses vêtemens, et par la chute d’une voiture avec laquelle elle roula dans une rivière , où elle faillit être noyée; madame de T***, qui avait derrière les oreilles une transpiration très-prononcée, en éprouva la suppression pour être restée quelques momens la tête nue, en sortant du lit, par un temps froid, près d’une croisée ouverte. Dans le même jour, malaise, fièvre et symptômes d’ophthalmie, qui se confirme et résiste pendant plusieurs mois aux saignées, aux bains, aux évacuans des premières voies , etc. , et cède ensuite, comme par enchantement , à l’usage des fumigations derrière les oreilles, et à l'usage habituel de plusieurs doubles de feuilles de poirée appliqués au même endroit pendant le jour et la nuit. Pendant long-temps, si elle suspendait l’usage de ce moyen , Fophthalmie menaçait aussitôt de reparaître. Que penser de ce rapport , de ce besoin d’un secours étranger pour cette diaphorèse locale? Le succès est loin d’être toujours aussi facile; mais s’il entrait dans mon plan de produire des faits relatifs aux sueurs des pieds, des aines, des aisselles et du cuir chevelu, je croirais pouvoir démontrer aussi certainement pour la peau devenue sèche au lieu

de rester pcrspirable , que pour le foie dans l’ictère, la résorption iramédiatp d’un principe rhumatoïde.

Madame de S*** , actuellement âgée de quarantedeux ans, sort d’une famille strumeusc. Elle fut chlorotique de quatorze à dix-huit ans, après lesquels elle prit un grand embonpoint , et ses règles furent trèsabondantes. Mariée à vingt ans, elle fut mère à vingtun. Au huitième mois de l’allaitement de son enfant, elle éprouva un refroidissement, à la suite duquel les seins s’affaissèrent soudainement, et elle eut une suppression absolue du lait, dont la sécrétion avait été jusque là très-abondante. Aussitôt elle fut prise d’une céphalalgie violente alternant avec une toux des plus fatiganles. La malade, qui avait une fièvre habituelle, tomba dans le marasme, et fut regardée comme phthisique pendant huit années entières , c’est-à-dire jusqu’à l’àge de vingt-neuf ans. A cette époque, sans cause connue, elle fut prise d’un choléra-morbus si violent qu’elle eut plus de cent évacuations par haut et par bas, en vingt-quatre heures, après lesquelles la rougeole se déclara et parcourut ses périodes avec vivacité. A peine la rougeole touchait-elle à sa fin que les seins se tuméfièrent énormément, et la sécrétion du lait se rétablit avec une telle abondance qu'on fut obligé d’avoir plusieurs chiens pour vider les mamelles, et ils ne suffisaient pas. Enfin on donna la décoction de racine de canne et de liège, et on purgea. Cette sécrétion lactée assez singulière cessa enfin ; la santé, les règles et l’embonpoint se rétablirent rapidement, et madame de S*** devint presque immédiatement enceinte après huit années de stérilité.

TJ ne daine de trente-six ans éprouvait depuis huit ans, c’est-à-dire depuis sa dernière couche, une alternative de céphalalgie, de lombago et de légère luméiaction des seins ; un Uniment camphré aloëtique fut employé sur ces organes. Ce moyen ayant été continué pendant quelque temps , la tuméfaction desseins, la céphalalgie et le lombago cessèrent de reparaître, et n’ont pas eu lieu depuis.

Je pourrais joindre à ces deux faits divers autres cas du même genre , et non moins susceptibles de prouver jusqu’à l’évidence que les organes sécréteurs des fluides les plus bénins peuvent dans différentes circonstances, sans être enflammés, ni malades dans leur tissu, devenir, par résorption immédiate , le point de départ de maladies secondaires fébriles et autres, qui dégénèrent en affections incurables lorsque la nature n’arrive pas à produire une crise aussi décidée que chez madame de 8***. C’est un phénomène remarquable que l’odeur d’acide laiteux de la sueur de certaines femmes après leurs couches ou leur sevrage , taudis que le reste de tension des mamelles annonce de leur part la continuation d’un travail sécréteur, qui peut avoir des inconvéniens si son produit n’est pas excrété.

J’ai dû m’arrêter un moment sur ces faits , qui ont excité l’hilarité d’un physiologiste moderne célèbre. Il n’est pas difficile avec de l’esprit et un style agréable

de se délasser de ses travaux chirurgicaux et de s’égayer , dans une convalescence , en renvoyant les maladies laiteuses parmi les erreurs populaires; mais il n’a pas été aussi facile de démontrer en bonne physiologie l’impossibilité de la résorption immédiate d’un fluide lacté

dans les mamelles : gloser sur la douceur et l’inocuité du lait, n’est pas prouver que ies glandes mammaires ne peuvent fournir à la résorption un fluide nuisible; car on ne peut ignorer que le produit de toutes les sécrétions est susceptible d’étranges altérations, et que la douceur et la suavité du pus normal auquel on est habitué, se changent en fétidité intolérable et en proprié tés nuisibles par le simple accès de l'air dans un kyste suppuré.

Recherches sur ici contagion , V infection 3 et sur les caractères de ia fièvre et de la phiegmasie dans (es pyrexies exanthématiques.

Nous venons de voir que des fluides sécrétés par un appareil organique peuvent être résorbés immédiatement dans l’organe qui les a sécrétés; nous avons vu auparavant que le produit de la sécrétion d’un organe peut, après son excrétion hors des conduits qui l'ont sécrété, être absorbé et réintroduit dans la grande circulation avec des effets relatifs à sa quantité et à sa nature; il est nécessaire d’examiner maintenant le cas où un individu malade transmet à un autre un produit anormal de sécrétion, qui détermine chez celui qui le reçoit le même état qui existe chez celui qui le fournit.

i°. Un sujet actuellement affecté de variole donne des produits de sécrétion de telle nature, que celui à qui qui on inocule le pus de ses boutons contracte la variole, laquelle se prend aussi par le simple contact, ou

môme seulement en approchant du malade sans rien

toucher de ses produits, ou en respirant l’air imprégné de ses émanations, et surtout en avalant sa salive dans une pièce mal aérée où plusieurs varioleux sont réunis.

Quant au sujet qui en fournit la cause, la contagion ou l’inoculation par contact arrive d’autant plus facilement que la variole est plus près de sa maturité; l’infection sans contact, par l’atmosphère qui entoure les malades, est d’autant plus facile et produit des effets d’autant plus graves qüe les malades sont réunis en plus grand nombre. Quant au sujet qui reçoit la cause, sa débilitation antécédente et la mauvaise disposition de sa constitution favorisent la contagion et l’infection, et le disposent à résister moins bien à l’action du poison et à s’en dégager avec plus de difficulté : raison du moindre danger de la variole chez un sujet sain que chez un sujet déjà malade.

Quant à la saison et au climat , la cause de la contagion et de l’infection agit d’autant plus difficilement d’un individu à l’autre que la température est plus abaissée, et d’autant plus facilement qu’elle est plus élevée : ce qui donne la raison du moindre danger de la variole dans les saisons et les climats tempérés , et de sa plus grande gravité dans les saisons et les climats extrêmement chauds, aux Antilles, par exemple. Il faut, dans les temps et les pays froids , tenir compte de la température particulière de l'habitation des malades comparée à la température générale.

Tous les autres exanthèmes tégumentaires cutanés et muqueux , pustuleux ou phiegmoiioïdes y et érythémateux ou érysipélatoïdcs , donnent lieu aux mêmes re«

Page 1