II
marques que les fièvres varioleuses. Ainsi, les fièvres miliaires, pustuleuses anomales, scarlatineuses, rubéoleuses, pemphygoïdes, ortiées, etc., de même que les fièvres aplitlieuses et catarrhales, etc. , se déclarent plus ou moins facilement, ou même deviennent contagieuses, selon les circonstances dans lesquelles peuvent se trouver le sujet qui est déjà malade, et ceux qui l’approchent, selon le lieu ’et la saison ou le climat dans lesquels les choses se passent.
Il n’est, en effet, aucune de ces maladies qui , chez des sujets et dans des lieux et un temps favorables à leur développement, ne puisse prendre une gravité promptement mortelle, et même contagieuse, si les malades sont resserrés dans des lieux étroits et mal aérés; en sorte qu’on peut dire, avec plus ou moins de justesse, sur quelles personnes, dans quel lieu, dans quelle saison, dans quel pays, et sous l’influence de quel régime alimentaire et de quel costume ces affections seront plus légères ou plus graves , et à quelles conditions leur marche sera simplifiée ou compliquée.
Les exanthèmes tégumentaires , quels qu’ils soient, peuvent être précédés d’une fièvre inosique simple, ou d’une fièvre qui présente les caractères des fièvres Aematosiques , des fièvres dyspepsiques , ou des fièvres nerveuses sthéniques, asthéniques, ataxiques ou réfrac*' taires ; ce qui fuit voir pourquoi les fièvres exanthématiques ne peuvent être traitées en particulier dans aucune des classes précédentes, puisqu'elles peu vent emprunter les caractères de chacune d'elles. La fièvre varioleuse y par exemple, peut être simplement hiosique , mais elle peut être hèmatosiquc ou inflammatoire, avec un pouls
plein et dur, qui exige la saignée ; elle peut être dyspepsique , et demander les évacuaus des premières voies ; enfin, elle peut être nerveuse , et demander des moyens appropriés à ce caractère particulier, tels que des bains, etc. Mais, quel que soit le caractère biosique , hématosique , dyspepsique ou nerveux de la fièvre varioleuse, elle peut être
a . Sthénique 9 avec Vigueur du sujet, rutilance des pustules , et bon aspect du pus ;
b. Asthénique , avec débilité du malade, couleur blafarde des pustules, et diffluence séreuse du pus ;
c. Et enfin Ataxique , avec incohérence des phénomènes , débilité vitale, et même gangrénescence des pustules.
d. D’autres virus que le varioleux, le psorique , par exemple , peuvent devenir les causes de fièvres réfractaires secondaires ou exanthématiques.
J’ai observé ces différens cas, dont je pourrais fournir des exemples. J’ai vu la fièvre varioleuse avec le caractère typhoïde; l’éruption n’a paru qu’après des bains courts et doux ; j’ai observé la même fièvre avec les symptômes hématosiques ; l’exanthème ne s’est montré qu’après la saignée; je l’ai rencontrée avec des symptômes bilieux primitifs, et alors, si on avait négligé les évacuaus au début, la confluence devenait si considérable, qu’il était permis de supposer que le principe variolique avait attiré la crise de la fièvre bilieuse à la peau, par ses affinités spéciales avec elle.
2°. Un sujet, dans le Levant, touche un homme affecté d’une fièvre grave, dans laqueîîe sont survenus des bubons aux aines, aux aisselles ou aux ganglions
Cervicaux, et il prend la fièvre bubonense ou la peste; un autre, sans rien toucher, entre dans un lieu étroit et mal aéré, qui recèle plusieurs malades affectés de la même l èvre ; ils répandent une odeur spéciale d’aufarrt plus prononcée , que dans un endroit plus chaud ils sont plus resserrés et réunis en plus grand nombre, et il en sort frappé de la peste. En Egypte, un homme s’avance à l’entrée ouverte d’une pièce où étaient plusieurs pestiférés; il est frappé d’une odeur très-désagréable, dont l’action développe immédiatement un malaise considérable, qui se trouve appartenir à l’invasion de la peste, à laquelle il succombe. ( Pugnet.)
Après avoir sévi pendant les chaleurs , la peste s’éteint à l’arrivée de la saison froide, malgré les rapports les plus intimes, pour recommencer au retour de la saison chaude si on s’avise d’exhumer imprudemment de quelque réceptacle quelques hardes de pestiférés qui n’aient pas été désinfectées.
Ces faits étant certains, les fièvres pestilentielles ou buboneuses sont donc soumises aux mêmes lois que les fièvres exanthématiques cutanées ou muqueuses, c’està-dire qu’on peut délerminer approximativement chez quels sujets elles seront les plus graves , dans quels lieux leur transmission sera plus facile par contact ou même par simple infection, et enfin à quel degré du thermomètre elles se soutiendront, cesseront ou recommenceronl. ( Raymond de Marseille, Desgenettes, Larrey, etc. )
Il faut dire des fièvres charbonneuses de notre pays ce que je viens de faire entendre de la peste, relativement aux permîmes, aux lieux et à la température. Dans l’un et l’autre cas, la fièvre au début peut préseft*»
1er les symptômes des fièvres simples, ou ceux des fièvres hématosiques , ou ceux des fièvres dyspepsiques, ou enfin ceux des fièvres nerveuses; cnaisquellesquesoieut leurs formes classiques au début, les fièvres pestilentielles et charbonneuses appartiennent aux ataxiques, car, lors même qu’ils paraissent le mieux indiqués, les anlip hiogistiques, les évacuans ou les toniques ne produisent point les effets qui leur sont propres, et leur usage est suivi d’accidens de collapsus, etc., qu'on ne pouvait prévoir lors même que L'aspect sthénique , asthénique ou ataxique des phénomènes semblait indiquer les uns ou les autres de ces moyens.
3°. Un sujet est saigné avec une lancette qui a servi à un sujet mort de maladie grave; la veine s’enflamme , sa surface fournit une suppuration dont la résorption produit une fièvre secondaire très-grave, même après que la saignée avait été utile dans le traitement de la première maladie pour laquelle elle avait été prescrite,
Voilà une pyrexie exanthématique souvent funeste et qui peut arriver même, lorsqu’on n’a rien à reprocher au phlébotorne. La fièvre secondaire, dans ce cas, se complique d’accidens d’affaissement et même d’exhalation purulente fâcheuse dans divers organes.
4°. Un sujet présente les symptômes d’une fièvre ino* déréeavec quelques symptômes dominais d’insomnie ou autre, avec le sentiment d’une faiblesse { refonde ; après une semaine, une semaine et demie, ou deux semaines de marche, il survient dans les muscles de la face, et même dans ceux de tout un côté du corps, des spasmes qui prennent parfois les formes épileptiques ; la connaissance se perd, au moins en partie, et le malade
succombe hémiplégique quelques jours après. La nécropsie démontre un ramollissement cérébral. Si ce ramollissement présente une hématose locale nouvelle sur des cloisons vasculaires, et surtout un produit purulent, il se rapporte aux phlegmasies; si, au contraire, on n’y observe rien de semblable, mais qu’il soit blanc et crémeux sans vaisseaux sanguins (comme je lui en ai fait voir) , je demande à M. le profeseur Lallemant de Montpellier la permission de ne pas le considérer comme inflammatoire , mais comme un simple jeu de la nutrition cérébrale.
J’ai déjà touché cet objet dans les fièvres biosiques à l’occasion desquelles j’ai parlé des ramollissemens incolores non inflammatoires et même non gangréneux dq cerveau, des poumons, du cœur, de l’estomac, des intestins, des muscles, etc.
On voit par ces rapports que les fièvres lentes nerveuses de Selles et de quelques auteurs se rapprochent des lièvres exanthématiques dans leur terminaison fâcheuse par un ramollissement spécial du cerveau. Ces lièvres , quelles que soient leurs formes simples, inflammatoires, bilieuses ou nerveuses , appartiennent à l’ordre des ataxiques par l’importance de l’organe sur lequel s’opère la fluxion exanthématique finale.
5°. Dans certaines saisons, et surtout dans certaines épidémies , les fièvres affectent des terminaisons inflammatoires qui leur donnent un point de contact avec les fièvres exanthématiques C’est ainsi qu’on observe des fièvres dans lesquelles les poumons, le foie, les méninges , le cerveau, la plèvre, le péritoine, l’utérus, les synoviales, etc., s'enflamment, et cette inflammation
forme une terminaison spéciale, qui caractérise L'épidémie et lui donne un aspect d’autant plus exanthématique que les symptômes des phlegmasies locales paraissent plus long-temps après ceux de la fièvre.
La gravité est encore en raison des individus, des lieux, des saisons, du régime, du costume, etc. Mais parmi ces phlegmasies secondaires, il faut distinguer celles des glandes salivaires ( les parotides), celles des glandes mammaires et des testicules, qui annoncent ordinairement une maladie ataxique grave, et toujours une convalescence longue et difficile.
6°. Dans d’autres circonstances , les fièvres se combinent avec des rhumatismes ou des phlegmasies musculaires, étendues à un plus ou moins grand nombre de muscles, soumis ou non soumis à la volonté.
7°. D’autres fois ce sont les os ou leurs dépendances cartilagineuses ou fibreuses qui deviennent le siège de ces sortes de phlegmasies consécutives. J’en donnerai une observation succincte remarquable par la succession des phénomènes qu’a présentés le malade.
Un cocher fort et bien constitué, âgé de quarantetrois ans, a éprouvé, à la fin du printemps de 1828, une maladie qui a présenté les périodes suivantes :
a. Pendant une demi semaine, fièvre forte, pouls plein et dur, peau très-colorée, chaude. ( Deux saignées , boisson d'eau de chiendent.) Soulagement, grande diminution de la fièvre.
b. Pendant la demi-semaine suivante, bouche pâteuse, amère, langue couverte d’un enduit jaunâtre, retour de la fréquence du pouis. Emeto- cathartique , qui procure des évacuations abondantes, suivies de la
cessation de la céphalalgie et de la fièvre, et du retour de l’appétit.
c. Pendant la semaine suivante il survient de l’in— somnie , des inquiétudes dans les membres, de l’agacement nerveux, et de la fréquence dans le pouls. Ces accidens cèdent à quelques bains tièdes très-doux, dont l’usage est suivi d’une semaine et demie de convalescence.
d. A la fin de la période de convalescence il se déclare un phlegmon profond dans le mollet de la jambe droite, un autre plus considérable à la partie inférieure et externe du bras gauche. Le système fibreux des muscles du mollet et du tendon d’Achille étant compromis, ainsi que le périoste de l’humérus gauche, il s’est écoulé plusieurs mois avant que Pexfoliation ait permis la guérison complète de ces affections consécutives , véritables exanthèmes anomaux.
Je pourrais joindre ici plusieurs autres faits du même genre.
8°. Un grand nombre de fièvres biosiques , bématosiques , dyspepsiques et même nerveuses se terminent par des phlegmasies du tissu cellulaire aréolaire ou séreux, qui constituent de véritables phlegmasies exanthématiques, dont j’ai rapporté deux exemples graves. Les phlegmasies cellulaires exanthématiques se présentent, connue toutes celles dont j’ai parlé, avec les caractères sthéniques , asthéniques , ataxiques ou réfractaires, c’est-à-dire qu’elles peuvent être des phlegmons rutilans, donnant lieu à des abcès contenant un pus bien digéré ; des phlegmons froids produisant des abcès séreux; des phlegmons gangréneux ou des anthrax,
ides charbons ; et enfin ils peuvent être des phlegmons qui déterminent des abcès chroniques.
On voit que dans les huit sections d’exanthèmes locaux que j’ai passés en revue, la contagion ui l’infection ne se comportent de la même manière.
Lorsque les phlegmasies sont primitives, la fièvre secondaire qu’elles produisent revêt tantôt les formes simples de la fièvre élémentaire ou hiosique, tantôt celles des fièvres hématosiques , tantôt celles des fièvres dyspepsiques , et tantôt enfin celles des fièvres nerveuses ; et dans chacun de ces cas, en raison de la personne, du lieu, de la saison , du climat, des intempéries, du régime et du costume, la fièvre secondaire qui représente un exanthème, comme je l’ai déjà fait entendre, se montre avec l’aspect sthénique, asthénique , ataxique ou réfractaire.
L’auteur du Traité des phlegmasies chroniques a rendu de grands services en appelant l’attention sur la complication fréquente et souvent méconnue des inflammations des membranes muqueuses, avec les fièvres qui peuvent leur devoir l’existence ou un grand nombre de leurs épiphénomènes ; mais l’auteur del 'Examendes doctrines médicales est tombé da»3 une méprise évidente en confondant les inflammations qui suivent le développement de l’état fébrile comme ses effets, avec celles qui le précèdent comme ses causes. Une gastrique exanthématique consécutive à une fièvre aiguë peut être entretenue par une alimentation intempestive, qui fournira à l’appareil digestif un stimulus permanent, que l’altération des fonctions digestives rendra anormal; pelle phlegmasic secondaire deviendra la cause d'qne
fièvre chronique consomptive, rien de plus simple: mais conclure de là que toutes tes fièvres aiguës dépendent également d’une gastrite ou de quelqu’autre phlegmasie , sans tenir aucun compte des appareils généraux qu'on retrouve anatomiquement ou physiologiquement dans tous les points de l’organisme vivant, comme s’ils ne pouvaient être les sièges primitifs d’aucune maladie, c’est, à mon avis, une erreur grave et dangereuse.
D’après ce qui précède, le point de départ des pyrexies exanthématiques générales peut être une phlegmasie :
j°. Du parenchyme tégumenlaire de la peau ou des muqueuses;
2°. De celui des vaisseaux ou des ganglions lymphatiques ;
5°. De celui des vaisseaux sanguins ;
4°. De celui du cerveau et des nerfs ;
5°. De celui des organes sécréteurs adénoïdes ou membraneux ;
6°. De celui des muscles et de leurs dépendances ;
7®. De celui des organes fibreux , cartilagineux ou osseux, et de leurs dépendances;
8°. Du tissu cellulaire séreux et des membranes séreuses, du tissu cellulaire adipeux et des membranes synoviales.
L’inflammation de tous ces parenchymes ou tissus peut arriver :
i°. Lorsqu’ils sont dans un état normal relativement au sexe et à l’âge du sujet ;
2°. Lorsqu’ils sont dans un état anormal, tuberculeux , squirrheux ou carcinomateux; et alors la phiegmasie
a des caractères conformes à ceux de la dégénérescence survenue avant son développement, et la fièvre prend le nom de fièvre 'phthisique ou cancéreuse 3 qui est toujours consomptive , et appartient par conséquent à l’ordre des réfractaires chroniques exanthématiques.
J’aurais désiré abréger de beaucoup ces recherches, mais je ne pouvais faire entendre ma façon d’envisager la fièvre élémentaire ou biosique sans avoir présenté quelques considérations générales sur les sens distincts et confus; je ne pouvais me faire comprendre sur la fièvre hématosique san§ avoir développé les faits principaux qui ont rapport à la fièvre biosique; les fièvres dyspepsiques ne pouvaient être entendues qu’après les fièvres hématosiques ; les fièvres nerveuses m’ont semblé inintelligibles si les premières n’étaient pas bien conçues; et enfin il m’a paru impossible de rien dire de plair sur les fièvres exanthématiques, avant d’avoir essayé de donner une idée des autres, puisque les premières revêtent également les formes des fièvres biosigués, hématosiques, dyspepsiques et nerveuses, qu’elles Soient sthéniques, asthéniques ou ataxiques, ou qu’elles soient réfractaires comme la fièyre cancéreuse.