‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrileChapitre 8 sur 66 · LL · texte numérisé non relu

LL

Invasion.

Une augmentation successive de la densité du tissu des organes mous, tels que les mamelles, le testicule, l’utérus, l’estomac, etc., annonce le

commencement de leur engorgement cancéreux diffus : dans les os, au contraire, c’est une diminution graduée de la dureté osseuse qui décèle l’invasion de la maladie , par laquelle iis sont ramenés à la consistance des parties molles. Les phénomènes dominans de cette première période sont une augmentation uniforme de la densité normale des parties molles , et une diminution de celle des parties dures pour les amener à la rénitence squirrheuse avec augmentation ou diminution égale ou inégale du volume, souvent sans ou presque sans douleurs, dans cette période, mais parfois aussi avec des élancemens, des déchiremens , des chaleurs, ou un sentiment de froid , de pulsation ou de pesanteur plus ou moins prononcé.

i°. A mesure que la densité fait des progrès dansies parties molles, il est ordinaire que le tissu de l’organe malade se tuméfie et que son volume augmente avec sa consistance; si la tuméfaction est uniforme , la marche de la maladie est lente et peut durer pendant plusieurs années avant que l’organe perde sa structure, et surtout avant que l’affection se communique aux organes voisins et fasse impression sur la constitution; les malades peuvent même mourir de toute autre maladie , comme ccs femmes âgées chez lesquelles, pendant

ho

leur vie, on n'a pas soupçonné dans les mamelles ni l’utérus l’état squirrheux , diffus et homogène que l’on trouve après leur mort. La même chose arrive dans les cancers diffus de l’estomac ou de la vessie, qu’on trouve après la mort sans avoir pu les apprécier pendant la vie : les parois de l’organe sont épaissies, squirrheuses , lardacées, sans aucune lésion des membranes séreuse ou muqueuse.

La densité que prennent les organes malades varie depuis celle de la couenne de lard jusqu’à celle du cartilage. Plus la consistance des engorgemens diffus , dont je parle , est grande, et moins les malades ressentent de douleurs *, car alors ils n’éprouvent qu’un sentiment de chaleur, de froid, de formication, de picotement , de tiraillement, de pesanteur ou debattemens, auquel ils ne prennent presque point garde, et dont ils ne parlent pas si l’on n’appelle leur attention d’une manière spéciale sur ces sensations obscures. Le phénomène le plus constant, lorsque la maladie affecte l’estomac ou la vessie, c’est la diminution de la proportion des alimens que les malades peuvent prendre et de celle des urines qu’ils peuvent garder. L’engorgement squirrheux uniforme des testicules peut échapper à l’observation par la même raison, et je l’ai trouvé sur le ca-

davre de sujets âgés qui ne s’en étaient pas plaints pendant leur vie.

Les effets de la dégénérescence diffuse du foie, du pancréas, du rein, de la rate, du poumon, du cœur , que j’ai observés, ne se sont fait sentir que tard sur le reste de l’organisme, qui succombe aux accidens hydropiques avant que l’affection cancéreuse ait fait assez de progrès pour faire périr directement.

Plus les engorgemens squirrheux sont consistai, et moins ils changent facilement d’état *, en sorte que s’ils sont très-durs , ils peuvent subsister pendant plusieurs années sans que la partie perde sa structure; on peut à ce sujet se rappeler ce qui est arrivé au sein droit de la personne du 10e fait, à madame L...y de Pintroduction. Cette circonstance doit rendre circonspect pour déterminer l’époque ou ces sortes d’engorgemens cessent d’ètre susceptibles d’une véritable résolution par la compression. Si déjà l’organe affecté a perdu sa structure spéciale et a pris celle du parenchyme chondroïde ou solanoïde, on n’arrivera qu’à produire son affaissement sans rétablir l’organisation perdue , et il se trouvera dans un état atrophique accidentel analogue à celui qui est spontané et dont je vais parler.

2®. Dans d’autres circonstances, à mesure que

la densité des organes squirrheux augmente, leur tissu se resserre, se condense , leur volume diminue au lieu de s’accroître, et l’espèce d’hypertrophie squirrheuse que je viens de décrire est remplacée par une sorte d’atrophie ou de racornissement squirrheux de même nature , mais plus dense encore que le premier. Il est remarquable que, dans ce cas, la structure des parties affectées est altérée dès que la maladie prend le caractère atrophique. C’est pour cette raison que la rentrée du mamelon et son racornissement sont d’un si fâcheux augure.

J’ai observé le racornissement des mamelles , des testicules, de l’utérus, de l’estomac, du foie, de la rate, des reins, de la vessie et de la peau. Voyez le fait de madame L. de la Barrière , cité dans l’introduction, et le 5*. de la Ire partie.

Bans l’engorgement atrophique, le volume des organes diminue par la condensation de leur tissu, qui devient squirrheux ou solaniforme , comme dans le cas d’engorgement hypertrophique, avec la même inertie apparente de l’organe affecté pendant un certain temps, et enfin avec les accidens que je signalerai bientôt, lorsque, par une cause quelconque, la marche de la maladie reçoit une impulsion qui lui donne de l’activité.

Le racornissement dans l’engorgement atro-

plaque supposant nécessairement la désorganisation complote de la partie malade, on peut de prime-abord prévoir qu’on n’obtiendra, dans ce cas, par la compression , que l’enrayement de la maladie } et cependant on a vu dans les 3e et 5e faits la peau racornie et devenue brune reprendre sa souplesse et son aspect naturels, mais on n'a obtenu par la compression seule que l’affaissement des tissus subjacens.

3°. Lorsque la transformation squirrheuse ou solaniforme hypertrophique ou atrophique des • tissus n’est pas homogène , alors les organes qui subissent l’altération ne sont pas partout d’une égale densité t et il arrive qu’ils sont tuméfiés dans certains points et comme racornis dans d’autres : ce qui les couvre d’inégalités et les déforme en raison de la bizarrerie des jeux de la nutrition cancéreuse.

Les cancers diffus des mamelles et des testicules, mais surtout ceux du foie et de la rate, fournissent des exemples fréquens de cette disposition. Dans d’autres cas, la dégénérescence diffuse ne commence pas par tous les points de l’organe à-la-fois, mais par un certain nombre de centres d’où elle se propage, et qui finissent par se confondre. Cette disposition se reconnaît à la différence de densité des divers points des mamelles

ou du testicule , lors meme qu’il n’y a pas encore d’inégalités visibles.

Quoi qu’il y ait ordinairement augmentation ou diminution de volume dans les organes squirrheux , il n’est pas rare de les voir devenir cancéreux et conserver leur volume normal. La dégénérescence squirrheuse arrive donc indifféremment avec et sans hypertrophie ou atrophie des parties affectées.

4°. Outre les productions chondroïdes et couenneuses, solanoides et encéphaloïdes, mélanosiques ou mixtes , on observe aussi le développement de parenchymes uniformes ou en chair de navets ou de raves , selon l’expression de M. le professeur Delpech. Je renvoie pour leur description au chapitre de l’anatomie pathologique , et je me borne à faire remarquer ici que ces derniers tissus appartiennent aux corps fibreux et n’exposent pas aux récidives par leur ablation lorsqu’un ou plusieurs des tissus cancéreux ne s’y trouvent pas joints dans une proportion quelconque. Quand un engorgement carcinomateux diffus est associé à un corps fibreux , il est ordinaire que le premier se développe aux dépens du tissu de l’organe malade , tandis que le second est une production nouvelle. Si la partie cancéreuse de l’affection locale est atrophique,

elle peut rester stationnaire et être masquée par le volume de la production fibreuse qui tend à l’ossification : ce qui donne la raison pour laquelle on a trouvé un coté cancéreux dans les tumeurs utérines fibreuses et en partie ossifiées, que l’affection cancéreuse avait déjà commencé à détruire lorsque les malades ont succombée

5°. S’il existe des cas dans lesquels les dégénérescences squirrheuses diffuses de diverses densités ne soient accompagnées que de douleurs peu remarquables, il n’en est pas toujours ainsi et surtout dans les affections cancéreuses de l’utérus et des seins, qui parfois causent, dès leur principe , des douleurs spontanées lancinantes, etc., plus ou moins intolérables.

Le degré de la douleur n’est pas toujours la mesure de l’acuité de la marche de la maladie , lorsqu’il ne s’y joint pas de fièvre; car j’ai vu durer pendant dix-huit ans des cancers horriblement douloureux , tandis qtte j’en ai vu d’autres, qui ne causaient que des douleurs trèsmodérées ou nu lies , mais avec un état fébrile paroxystique , avoir une marche très-rapide et conduire au tombeau en moins de quelques mois. Voyez le sS*. fait.

§. II

Progrès et ramollissement des engorgemens diffus ; développement des veines du voisinage ; extension de la maladie aux organes voisins.

Pendant la période d’invasion et de progrès y les engorgemens carcinomateux parcourent successivement différens degrés de densité avant que le tissu de la partie ou ils surviennent soit changé en parenchyme squirrheux chondroïde ou solanoïde. Alors ce parenchyme nouveau et abnormal commence à perdre de sa dureté par le ramollissement qui le fait passer par divers états pour l’amener jusqu’à celui de diffluence.

i°. Il est dans la nature des engorgemens cancéreux diffus hypertrophiques et atrophiques de résister également au pouvoir de la nature et aux moyens de l’art, sans tendre aussi inévitablement à se ramollir que les tumeurs cancéreuses circonscrites dont je parlerai dans l’article second de ce chapitre. La tendance au ramollissement se montre surtout dans les cas oii les engorgemens diffus sont inégaux dans les diverses régions de l’organe malade, ou lorsqu’ils sont

associés a des tumeurs circonscrites. Parmi les affections cancéreuses, les engorgemens diffus se comportent pour le ramollissement et l’inflammation, comme parmi les phlegmasies, les érysipèles pour la suppuration qu’ils ne déterminent que lorsqu’ils sont très-intenses ou joints

à des phlegmons , et alors la maladie est plus grave. r

Si l’organe qui est le siège de l’engorgement est très-important à la vie, comme le cœur, le malade succombe avant le ramollissement ; si la maladie affecte un viscère moins important, il arrive dans ses progrès que les fonctions des séreuses du voisinage étant lésées , il se forme des épanchemens qui deviennent des causes de mort avant le ramollissement de l’affection cancéreuse : cest ce qu’on observe dans les engorgemens squirrheux de l’estomac, du foie, de la rate, des reins, du cerveau, des poumons, etc. Lorsqu’un engorgement mammaire compromet les parois thoraciques , il arrive souvent qu’un hydrothorax avance la mort des personnes cancéreuses. Cela a eu lieu chez les sujets des 25°. et 35'. faits. Le cancer agit dans ce cas sur les fonctions des séreuses sous-jacentes , comme toutes les maladies organiques des viscères. Dans les cancers ulcérés de l’utérus, de l’estomac et des intestins,

les malades échappent parfois aux accidens hydropiques par les llux excessifs et débilitans dont ces organes malades deviennent les émonctoires, i°. Les engorgemens cancéreux atrophiques montrent moins de propension au ramollissement que ceux qui sont hypertrophiques. Ces derniers passent souvent à letat atrophique au lieu de se ramollir immédiatement ; alors on les voit, se couvrir de sillons plus ou moins enfoncés, et ressemblant à des cicatrices dures, des formes les plus bizarres, en étoiles, etc., qui déforment et contournent les parties engorgées d’une manière extraordinaire. J’ai observé ces effets sur l’estomac , la rate , le foie , l’utérus , la vessie , la cloison recto^-vaginale , comme sur les seins et le scrotum. Ainsi les engorgemens hypertrophiques passent à l’état atrophique*, on peut en voir des exemples recueillis par Rouzet. (Recherches sur le Cancer.) Les engorgemens cancéreux atrophiques ne deviennent point hyper trophiques immédiatement; mais si on en fait l'ablation , ils repullulent avec les formes hypertrophiques ; double rapport qui prouve jusqu’à i évidence l’identité de nature de ces deux va-

riétés des engorgemens cancéreux. Lorsque les engorgemens hypertrophiques s'atrophient, et quand le mamelon se déprimé, la conversion du

tissu de l’organe en parenchyme carcinomateux est déjà faite.

3°. Dans les engorgemens avec expansion du parenchyme , si le malade ne meurt pas accidentellement , l’organe affecté, après avoir augmenté de densité s’il était mou, et en avoir diminué s’il était osseux ou cartilagineux, commence à perdre la dureté squirrheuse et à présenter les premiers symptômes de ramollissement dans les endroits ou l’engorgement s’est développé d'abord, à moins que des applications topiques n aient accéléré sa marche dans un point plutôt que dans un autre, ce qui est fréquent à la suite des applications emplastiques sur les engorgemens des mamelles et du scrotum , qui sont plus immédiatement soumis à l’action des moyens locaux. Le ramollissement appartenant moins aux engorgemens qu’aux tumeurs isolées , c’est à l’article de ces dernières que je m’en occuperai spécialement.

4°. Lorsque la dégénérescence squirrheuse a envahi tout le tissu d’un organe, d’une mamelle, par exemple, ou meme avant que cela soit arrivé , la maladie se propage d’abord par simple irritation ou par extension de l’affection cancéreuse aux ganglions lymphatiques qui ont les rapports les plus directs avec la partie affectée;

en même temps le tissu cellulaire du voisinage devient plus dense, l’organe malade perd de sa mobilité et finit par contracter des adhérences avec les parties voisines. Ainsi l’engorgement carcinomateux , d’abord circonscrit au tissu d’un organe ,, finit par en franchir les limites , se propage aux ganglions lymphatiques du voisinage , au tissu cellulaire ambiant, aux parties contiguës , aux ganglions lymphatiques plus éloignés , aux autres organes et enfin à toute l’économie par la cachexie cancéreuse. Il est remarquable que la propagation de l’état cancéreux s’opère assez souvent avant l’époque oix l’on peut constater le ramollissement de l’organe d’abord affecté ; il semble que ce développement simultané du cancer sur plusieurs points de l’économie animale soit en raison du nombre des organes dans lesquels domine la susceptibilité à la dégénérescence cancéreuse. ( Voyez les 48e, 5oe et 52e faits.)

Lorsqu’il survient dans un sein un engorgement , qui ne dégénère en cancer qu’après bien des années, pendant ou après l’époque critique, on peut penser que, dans ce cas, la susceptibilité cancéreuse était peu prononcée \ car la maladie ne se propage que tard aux autres organes, même après le ramollissement et l’ulcé-

ration. ( Voy. les 14% 28e, 41*? 4^e faits, etc. ) Dans d’autres circonstances, l’extension de la maladie au tissu cellulaire et aux autres organes est d’une rapidité qui rapproche le cancer des maladies aiguës. Voy. les 7e, 35e, 38e, 45e et 5oe faits , et une foule d’autres qu’il est inutile de rapporter ici \ car il n’est pas rare de voir la maladie marcher avec une grande rapidité , quand surtout il s’est développé des points de ramollissement et des ulcérations.

Lorsque le ramollissement est survenu et même avant que l’engorgement s’ulcère, alors commencent ordinairement à se développer les premiers phénomènes de la cachexie cancéreuse. 11 arrive quelquefois que les engorgemens hypertrophiques, au lieu d’augmenter, s’affaissent, tandis que les malades qui se croient mieux tombent dans le marasme , comme cela est arrivé au sujet du 5oe fait quelque temps avant sa mort.

Il est remarquable que , quel que soit le caractère des engorgemens squirrheux primitifs, les engorgemens secondaires présentent toujours l’aspect du parenchyme du rein ou de la pomme de terre, et finissent par devenir encéphaloïdes ; ce qui prouve manifestement que les différences apparentes des engorgemens squirrheux n’en in-

cliquent point d'essentielles dans leur nature. Dans les cancers du sein, le mamelon finit ordinairement par se déprimer *, ce qui arrive par deux causes différentes : i\ par l’atrophie du sein autour du mamelon , qui rentre et devient squirrheux comme chez les sujets des 17e , 37e et 47° faits, ce qui est analogue au phénomène de la formation des sillons et des étoiles par le racornissement cancéreux. Les progrès de la maladie sont plus rapides lorsque les conduits lactés sont dilatés par la présence du lait , comme chez le sujet du 42e fait. 20. Par la distension de la peau, cjui efface le mamelon et le fait disparaître, mais sans qu’il rentre : on en voit un exemple chez la personne du 10e fait. Alors , le mamelon développé s’efface, mais il ne se racornit pas : c’est le cas de la disparition du pénis dans l’hydrocèle. Lorsque la peau devient malade dans les cancers des seins, cela arrive de plusieurs manières : i °. elle devient dure et carcinomateuse , comme chez les sujets des 5e , 1 4e , 17% 22e , 37e , 42e , 45e et 47e faits \ 20. elle s’amincit par usure, comme faisant partie des parois d’un kyste et sans être cancéreuse ; c’est ce qui est arrivé au sujet du 3e fait.

Il est nécessaire de ne pas perdre de vue, au sujet de la tuméfaction des ganglions lympha-

tiques, que leur engorgement arrive par deux, mécanismes différons : i\ par irritation et inflammation sympathiques, comme chez les sujets des i4e et 28e faits *, 20. par extension de la maladie cancéreuse, comme chez celui du 45% etc. Les ganglions enflammés qui conservent de l’élasticité se détuméfient, tandis que, au con-? traire , les ganglions squirrheux qui sont durs et inégaux augmentent après l’ablation de l’orn gane malade.

5°. Avant ou après le ramollissement des en-? gorgemens cancéreux hyperthrophiques et leur extension évidente au-delà des limites de l’organe d’abord affecté , les grands vaisseaux veineux de ce dernier et des parties voisines éprouvent une dilatation comme variqueuse , tandis que les petits se déchirent dans les endroits ramollis : il arrive alors parfois de grands changemens dans la co-^ loration des tumeurs carcinomateuses , qui prennent une couleur brunâtre ou noirâtre , laquelle, dans ce cas, dépend évidemment du sang veineux qui s’y infiltre ou s’y épanche. C’est surtout dans les carcinomes hypertrophiques des mamelles, de l’utérus et de l’estomac , qu’on observe

les phénomènes variqueux et hémorrhagiques après l’ulcération , s’ils n’ont pas eu lieu auparavant. On peut voir que, dans les cancers a tro-

phiques des 5e , 33e et 36e faits , il n’y a eu ni varices ni hémorrhagies.

Les veines qui reviennent des squirrhes ramollis semblent frappées d’atonie et déjà d’un premier degré d’état cancéreux; elles peuvent même indiquer le commencement du ramollissement avant que le toucher puisse le faire reconnaître. Cette manière de considérer la dilatation des veines qui reviennent des carcinomes est parfaitement d’accord avec la friabilité des parois de ces vaisseaux, comme avec la propagation de la maladie du côté où ils se montrent, qui est celui où se trouve le ramollissement le plus avancé. Ces réflexions peuvent excuser les anciens d’avoir considéré ces vaisseaux comme les racines du cancer ; car s’ils n’en sont les racines , ils sont au moins les signes de sa propagation hors du foyer primitif.

Une personne présente un engorgement cancéreux sous le grand pectoral gauche ; on comprime la région axillaire et sous-claviculaire , sans qu’il survienne aucune tuméfaction du bras ni de l’avant-bras du même côté; on enlève le cancer, et, un mois après, la malade succombe sans récidive et sans tuméfaction du bras ni de l’avant-bras. A l’ouverture du corps, on trouve un état inflammatoire des veines axillaires , dont

le calibre était fort diminué sans être oblitéré. Cette personne est le sujet du 4°e fait de la première partie. Chez ce sujet, les vaisseaux axillaires ont été comprimés et ensuite rétrécis par l’inflammation , sans être devenus friables et sans qu’il y ait eu d’infiltration du bras correspondant. On peut croire que, dans ce cas, l’absorption veineuse n’a pas souffert.

Une femme porte au sein gauche un cancer considérable : on le comprime d’abord ; ensuite on en fait l’ablation , et la plaie se cicatrise. Une récidive qui arrive sous le grand pectoral coïncide avec une fièvre aiguë et un érysipèle du bras correspondant, qui reste infiltré. Après la cessation de la fièvre, l’infiltration du bras continue et se propage à celui du coté opposé, et la malade succombe , sans retour de la fièvre , avec tous les symptômes de la cachexie cancéreuse sept mois après l’opération. Tel est le cas du sujet du 45e fait, chez lequel la nécropsie a fait reconnaître , outre les masses carcinomateuses solanoïdes reproduites sous le grand pectoral et le ramollissement du sternum, une friabilité et une dilatation remarquables des vaisseaux veineux du voisinage. Cet état m’avait déjà frappé dans la ligature du fongus du sujet du 24e fait.

Chez le sujet du 45e fait , les vaisseaux veineux

étaient friables et il y a eu infiltration permanente, non seulement du bras du coté malade, mais encore de celui du côté sain, sans obstacle mécanique au retour du sang par les veines. On peut croire que dans ce cas l'absorption veineuse a été profondément altérée. La cessation de la fréquence fébrile du pouls à mesure que la cachexie cancéreuse s’est prononcée, peut indiquer que l’état cancéreux , parvenant au système artériel , en diminue l’irritabilité ainsi que celle du système veineux qui devient variqueux.

Une femme présente un cancer au sein gauche; il est enlevé et la plaie se cicatrise solidement o Peu de temps après, sans qu’il soit survenu aucun engorgement dans l’aisselle, la main, l’avantbras et le bras se tuméfient et restent infiltrés. Tel est le cas qui fait le sujet du 21e fait de la lre partie.

Chez ce sujet il y a eu infiltration permanente après l’ablation et avant la reproduction d’au-! cune tumeur axillaire ou sous -claviculaire qui ait pu comprimer les veines de ces régions. 11 faut bien que l’absorption veineuse ait été lésée indépendamment de toute compression.

Une femme présente une tumeur cancéreuse très-avancée du sein gauche avec un engorgement axillaire. On emploie la compression sur

le sein et sur l’aisselle , et la tuméfaction de îà main et de l’avant -bras correspondais déjà considérable , diminue et disparaît en deux mois. Voilà ce qui a dù surprendre dans l’histoire de la maladie du 2 e fait de la Ire partie.

Chez celle-ci, l’absorption veineuse s’est rétablie dans la main et l’avant-bras gauche, tandis qu’on comprimait Faisselle; il faut donc qu’il y ait eu dans cette compression quelque chose qui ait été momentanément favorable à l’absorption veineuse.

Après l’analyse rapide de ces faits et les remarques particulières auxquelles ils ont donné lieu , il s’en présente d’autres plus générales :

i°. L’état cancéreux se propage par absorption et par continuité , comme par contiguité de tissu. Les radicules des veines qui absorbent dans une tumeur carcinomateuse , surtout si elle est ramollie, ou dans un ulcère de la même nature, participent à la maladie dont elles résorbent le produit liquide contenu dans les cellules des tumeurs ou à la surface des ulcères.

2°. Les veines qui reçoiventlespremièresceproduitd’absorptiontombentdansune sorte d’atonie, et se laissent distendre par le sang qu’elles reçoivent et dont elles ne se déchargent pas dans la même proportion qu’il leur est apporté.

3°. Après la mort ou l’ablation, on trouve même assez loin du foyer de la maladie que le tissu des parois de ces veines est devenu friable et comme cancéreux. Je n’ai pu constater la même chose dans les artères qui apportent à la tumeur sans recevoir rien d’elle.

4°. De toutes ces remarques n’est-on pas forcé d’inférer que l’état cancéreux propagé par l’absorption et par continuité de tissu est la véritable cause de l’infiltration des parties dont les veines communiquent avec celles qui reviennent de la partie malade? J’ai vu , comme chez le sujet du 7e fait, l’infiltration avoir lieu d’abord vers le sternum, du côté où les veines étaient le plus dilatées. Si l’on considère comment l’état cancéreux se propage en suivant la continuité des tissus, ce que je viens de dire de sa propagation le long des parois veineuses ne paraîtra pas hasardé.

5°. Les remarques précédentes éclaircissent la cause de la gravité des infiltrations cancéreuses, et de l’état variqueux des veines du voisinage des tumeurs et des ulcères cancéreux qui annoncent aux hommes de l’art que dans ce cas ils sont réduits à une simple médication palliative.

6°. Ce que j’ai dit de la propagation de l’état cancéreux aux parois des veines des seins peut s’appliquer aux veines de l’utérus. Voici à ce

sujet un fait que je livre aux réflexions des obserdateurs.

Une femme d’environ vingt -neuf ans accoucha d’un enfant bien conformé qui ne vécut pas. Un mois après , je fus mandé parce que cette personne, qui avait de la fièvre, souffrait des douleurs lancinantes dans toutes les dépendances de 1 utérus, et éprouvait un écoulement séreux très- abondant et très-fétide. J/examen de la matrice me fit reconnaître dans le vagin un fongus cancéreux du volume d’un œuf d’oie. Cette excroissance était la continuation de là partie antérieure du col utérin. La matrice et toutes ses dépendances latérales étaient engorgées. M. Tillard , accoucheur de la malade , fut prié de se trouver avec moi , et reconnut l’état quej ai décrit , et qui , d’après son rapport, n’existait pas à l’époque de l’accouchement ; cette personne succomba au bout d’un mois ; c’est-àdire environ cinq semaines après l’accouchement , avec tous les signes d’un cancer de la matrice. L’autopsie ne put avoir lieu. Que penser dune marche aussi rapide? La dilatation des sinus utérins qui s’enflamment si souvent à la suite des couches est-elle étrangère à des progrès aussi promptement funestes , ou l’accélération de la marche de la maladie reconnaît-elle, dans ce

cas, une cause analogue à celle cle la dilatation des veines et des conduits lactés chez les nourrices? En effet, les coups aux seins sont parfois hien dangereux pendant la lactation : la maladie se propage alors promptement à toute la mamelle et à tout l’organisme avec une tuméfaction considérable des membres , comme ehe£ le sujet du 42e fait,

Inflammation des engorgemens cancéreux

diffus.

Quelle que soit la nature ou la couleur de la tumeur carcinomateuse ramollie, il arrive une époque ou la portion qui se change en substance pultacée, devient une véritable escarre, c’està-dire un corps étranger en continuité avec une substance vivante dont il doit nécessairement être séparé , comme toutes les escarres doivent l’ètre des tissus vivans auxquels elles sont encore continues. Le moyen que la nature emploie pour séparer les parties organiques mortes de celles qui conservent encore la vie est l’inflammation et son produit purulent. On peut observer le prototype de la séparation des escarres dans le

phénomène de la formation des phlyctènes qui résultent du soulèvement de l’épiderme par le fluide que sécrète la surface du derme à laquelle adhérait la cuticule. Si l’inflammation détermine la sécrétion purulente précisément au point de réunion d’un tissu vivant avec une escarre , celle-ci sera séparée comme lorsque l’épiderme ou un ongle abandonne la peau qui s’est enflammée dans un érysipèle ou un panaris.

Le ramollissement commencé dans Un point de l’engorgement carcinomateux se propage peua-peu au reste , jusqu’à ce qu’il gagne une partie moins désorganisée, comme lorsque marchant de dedans en dehors, il arrive au- des-* sous de la peau ; alors le derme qui avoisine le produit cancéreux pultacé rougit, s’enflamme et sécrète un pus de mauvaise nature qui se mêle à la substance encéphaloïde du cancer et au sang qu’il peut contenir, jusqu’à ce qu’enfin l’ouverture des tégumens enflammés change le cancer occulte en cancer ulcéré. La phlegmasie des tissus ordinaires est une fonction à l’exercice de laquelle ils sont tous appelés à des conditions déterminées , et cette fonction abnormale est soumise, dans chacun d’eux, à des lois observées qui ne sont pas les mêmes dans l’inflammation des tissus tégumen taire, cellulaire , 11. G

lamelleux ou séreux , viscéral , nerveux , vasculaire, musculaire et osseux, sans qu’aucun d eux doive nécessairement s’enflammer dans le cours de la vie , si quelque cause suffisante n’agit sur lui. Telle n’est pas la condition des tissus extraordinaires cancéreux ; à mesure qu’ils vieillissent ils sont amenés par le seul progrès de leur développement à un état inflammatoire auquel ils ne sauraient échapper si le malade vit assez pour que ces dégénérescences organiques parviennent à leur maturité. L’inflammation des organes cancéreux suit des lois aussi extraordinaires qu’eux-mèmes dans sa manière de détruire la partie affectée , de propager la maladie aux parties voisines et de développer la cachexie cancéreuse.

L’inflammation des tissus ordinaires modifie leur nutrition, comme cela arrive pour les amygdales dans les angines tonsillaires , pour la peau dans les érysipèles périodiques, pour les glandes mammaires dans les mammites , et pour lesépididymes dans certaines blennorrhagies, etc. *, mais cette modification phlegmasique de la nutrition ne prend pas le caractère cancéreux. Les productions lipomateuses qui se lient à l’état de la sécrétion adipeuse s’enflamment quelquefois et dégénèrent en ulcères sordides, mais non point

en cancers *, car dès qu’on enlève ce qui était lipomateux , les altérations de nutrition qui dépendent de l’inflammation disparaissent elles memes, comme les callosités des trajets fistuleux après que ceux-ci ont été ouverts. Les tumeurs érectiles qu’on désigne sous le nom d’hémorrhoïdes sèches sont dans le même cas ; elles s’enflamment et suppurent , mais ne dégénèrent point en affections cancéreuses (i). Cela étant ainsi , pourquoi l’inflammation d’un nævus dégénère-t-elle en cancer ulcéré a>rec des tumeurs encéphaloïdes consécutives , et pourquoi l’inflammation évidente d un organe cancéreux propaget-elle si promptement la maladie avec ses caractères fâcheux ? L’inflammation des tissus extraordinaires squirrheux a donc , comme celle des nævus, des caractères particuliers. Je ne puis regarder comme inflammatoire l’état ordinaire des nævus , et il en est de même de celui des squirrhes indolens avant qu’ils s’enflamment manifestement. Si les ganglions, le tissu cellulaire , les veines , les organes voisins et toute l’économie échappent à la propagation de la maladie avant l’inflammation d’un carcinome, il n’en est pas de même après qu’elle est survenue

(1) Voyez la note (3) à la lin de l’ouvrage.

et surtout avec fièvre. Avant que la mamelle ou le testicule soient devenus cancéreux on peut les extirper sans redouter de carcinome consécutif; avant qu'un nævus soit devenu ulcéreux, c'està-dire avant qu’il soit enflammé, on peut l’enlever sans crainte de récidive; mais dès que l’état cancéreux avec inflammation et surtout avec fièvre (i) s’est emparé d’un organe, on ne peut plus en faire Tabla tion avec sécurité. Le carcinome et le nævus ulcérés deviennent les foyers d’une infection qui, abandonnée à elle-même, a pour terme , dans tous les cas , la cachexie cancéreuse générale. Quoique l’état fébrile ne soit point un accident ordinaire des affections cancéreuses , il s’y joint cependant dans un assez grand nombre de circonstances après le ramollissement des engorgemens et surtout après leur ulcération. On peut voir ce qui est arrivé aux sujets des i3% 2/f et 25e faits de la première partie et au 6e de la deuxième. La fièvre , lorsqu elle arrive, accélère l’extension de la maladie au reste de l’organisme^ comme l’inflammation des parenchymes squirrheux augmente, dans les organes affectés, la rapidité des progrès de la dégénérescence cancéreuse.

(0 Voyez note (4) à la fin de l’ouvrage.

S- iv.

Ulcération des engorgemens diffus .

Les engorgemens diffus parvenus à leur période inflammatoire tendent inévitablement à s’ulcérer comme les nævus qui se sont enflammés par une cause quelconque. Mais le mécanisme de l’ulcération des engorgemens hypertrophiques est différent de celui des engorgemens atror phiques.

i°. Les engorgemens carcinomateux hyper =*• trophiques s’ulcèrent par le ramollissement d’abord , et ensuite par l’inflammation des tissus malades et des parties saines qui les avoisinent , do ii des efforts d’élimination ordinairement incomplets. Cette ulcération, selon le caractère couenneux ou encéphaloïde de l’engorgement est suivie de végétations plus ou moins consistantes , comme chez le sujet du 22e fait, ou mollasses et encéphaloïdes , comme chez celui du 2/j.*- Les bords des ulcères se renversent en dehors , dans ce cas.

Le volume de ces végétations varie beaucoup

depuis celui d’un grain de groseille jusqu’à celui d’une tête d’enfant. ( Voyez les i/f , 22e et 24e faits. ) Elles sont pendant la vie d’une couleur rosée, qu’elles perdent aussitôt après la mort ou dès qu’on les a excisées , pour prendre l’aspect d’une couenne lardacée ou celui de la chair de la pomme de terre ou de la substance cérébrale. Si le tissu des fongus est serré, couenneux, ils fournissent peu de fluides , 22e fait \ si au contraire leur parenchyme est mou, le fluide séreux qui les infiltre s’en écoule en quantité considérable, 24e et 25e faits ; ce flux séreux, fétide, devient sanieux et même sanguinolent par le mélange du sang que fournissent les vaisseaux dont les parois ramollies se déchirent.

Si le fluide qui infiltre les engorgemens squirrheux est de couleur brunâtre, alors les ulcères sont mélanés , présentent un aspect gangréneux et fournissent un fluide noirâtre plus ou moins abondant.

Le sang qui s y mêle est probablement aussi, dans plusieurs cas, par sa décomposition dans les anfractuosités ulcéreuses , la cause de la couleur noire des matières qui en sortent, comme dans les cancers de l’estomac.

Ce que j’ai dit de ia production des hémorrhagies dans les engorgemens cancéreux quand

ils se ramollissent, suffit pour taire comprendre le mécanisme des hémorrhagies qui arrivent par les ulcères cancéreux consécutifs, et reconnaissent aussi pour cause le développement des vaisseaux veineux, le ramollissement et la rupture de leurs parois. ( Voj . le 24e fait.)

Lorsqu'on a affaissé les fongus cancéreux par la compression , il ne reste à leur place qu’un tissu cellulaire semi-fibreux ( Voj . les 17e, 22e et 24e faits au supplément), et parfois si vasculaire qu’il donne lieu à des hémorrhagies, presque à chaque pansement. (Voj. le i4e fait.)

Lorsqu'il y a eu des efforts d’élimination dans des endroits oii l’inflammation a séparé une partie saine d’un parenchyme carcinomateux , le tissu sain fournit un véritable pus assez blanc et lié. O11 trouvera à l’article de la cachexie cancéreuse un fait qui met ceci hors de doute.

Il 11e faudrait pas croire que les ulcères cancéreux consécutifs dévorent les tissus a la manière des ulcères cancéreux primitifs rongeans. L’ulcère cancéreux consécutif 11’est que le carcinome ulcéré par un de ses côtés, d’où s’écoulent les fluides séreux ou sanieux qu’il fournit , et sur lequel s elèvent des fongosités ou des fongus parfois très - considérables *, tandis que du côté opposé à son ulcération l'engorgement cancéreux

continue de s’assimiler indistinctement tous les organes contigus. Cependant la maladie se propage au reste de la constitution, et des productions carcinomateuses se développent de toute part si le malade tarde à succomber à la cachexie cancéreuse générale.

Il arrive parfois que les ulcères cancéreux prennent l’aspect de la pourriture d’hôpital : leur surface se couvre alors successivement d’une couche pultacée blanchâtre , qui, à mesure qu’on l’enlève, se reproduit aux dépens des parties subjacentes, avec des douleurs analogues à celles de la pourriture. On peut revoir à ce sujet le 20e fait de la Ire partie.

20. L’ulcération des engorgemens carcinomateux atrophiques ne s’opère point ordinairement par ramollissement, comme celle des engorgement hypertrophiques, mais de la manière suivante : un sillon se forme sur un engorgement atrophique , parce que le racornissement y prédomine dans telle ou telle direction*, c’est ainsi qu’un mamelon rentre et se perd dans la profondeur de l’infundibulum qui se creuse dans le sein*, ou bien il s’établit un enfoncement semblable à celui qui résulterait de la cicatrice d’une plaie. Le fond rugueux de ces sillons , tantôt simples et tantôt étoilés, finit par se gercer et

produire un suintement, à mesure que leurs bords se rapprochent et même s’irritent réciproquement. Le fluide peu abondant fourni par ces ulcères secs forme des croûtes , qui se trouvent pressées dans ces ulcérations dont les bords continuent à se retourner en dedans : phénomène opposé à ce qui se passe dans l’ulcération des engorgemens carcinomateux hypertrophiques , dont les bords se renversent en dehors, et qui présentent des fongus plus ou moins considérables avec Fécoulement d’un fluide ichoreux, fétide et abondant. Les sillons dont je viens de parler paraissent être aux engorgemens atrophiques ce que les bosselures sont aux hypertrophiques.

Dans l’ulcération des engorgemens atrophiques le renversement des bords de l’ulcère en dedans est si considérable, qu’il Fai t parfois disparaître l’ulcération sèche et croûteuse qui est cachée au fond du sillon, et reste souvent stationnaire, tandis que la cachexie cancéreuse générale fait des progrès.

Les engorgemens hypertrophiques s’ulcèrent souvent en plusieurs points à-la-fois, en raison du nombre des endroits ou la désorganisation a marché le plus vite. Dans ce cas , tous ces ulcères sont fongueux, très-humides et très-fétides. Les engorgemens atrophiques s’ulcèrent aussi en plu-

sieurs points simultanément*, clans ce cas, ils se couvrent de crevasses sèches, croûteuses et stationnaires.

Les déformations produites par l’atrophie sont également fréquentes dans les engorgemens cancéreux des viscères ; mais le contact des bords des sillons ne parait pas arriver au même point, ni avoir les mêmes inconvéniens qu’à la peau, ce qui explique pourquoi l’ulcération de leur surface est plus rare, quoiqu’elle ne soit pas sans exemples.

La douleur des ulcères carcinomateux hypertrophiques et atrophiques est aussi variable que celle des engorgemens avant leur ulcération.

Destruction spontanée et artificielle des Engorgemens diffus.

Lorsqu’une dégénérescence cancéreuse est bornée par un kyste , dont elle n’a pu franchir les limites, il est possible qu’on voie ( ce qu’ont observé Ledran, M. Richerand et plusieurs autres chirurgiens) l’inflammation des parties environnantes séparer entièrement un carcinome changé en escarre et le malade guérir. Les choses

sont loin de se passer aussi heureusement dans le tours ordinaire de la maladie *, il arrive plus souvent que la gangrène est partielle , comme cela a eu lieu chez les sujets des 12e et i3e faits.

La destruction artificielle des engorgemens

carcinomateux simples ou ulcérés , par l’ablation , la cautérisation et la ligature , a été opérée avec des succès durables dans quelques cas *, mais elle a été suivie si fréquemment de récidives, qu’un grand nombre de ceux qui ont souvent pratiqué ces sortes d’opérations refusent presque toujours de les entreprendre. Je crois devoir transcrire ici un passage du Précis élémentaire de M. le professeur Delpech, dont l’opinion sur la maladie qui nous occupe est conforme à celle de M. le professeur Boyer et de beaucoup d’autres célèbres chirurgiens.

« On ne connaît aucun traitement méthodique propre à combattre la diathèse cancéreuse et à dissiper , par la médiation des forces vitales , les symptômes qui la caractérisent : on n’a jamais réussi par un traitement général à déterminer la résolution d’une tumeur cancéreuse ou la cicatrisation d’une ulcération du même caractère. Des praticiens du plus grand mérite ont eu quelque temps la croyance d’avoir trouvé un spécifique dans les plantes vireuses, et ! expérience

semblait déjà confirmer un espoir aussi flatteur. De nouvelles recherches ont détruit cette heureuse illusion et prouvé que les premiers faits avaient dù avoir pour sujet des maladies de toute autre espèce. La destruction des tumeurs cancéreuses par des procédés chirurgicaux est la seule méthode curative que l’art puisse opposer jusqu’ici à une maladie aussi cruelle; et l’on sent facilement , d’après ce que nous avons exposé sur ce sujet, tout ce qu’une semblable méthode doit avoir d’incertain ou même de dangereux. L’expérience a démontré que quelquefois l’extirpation ou l’amputation d’une tumeur cancéreuse étaient suivies d’une guérison apparente de plusieurs années, ou même qui s’est soutenue pendant le cours d’une longue vie : résultat heureux et trop rare, qui peut paraître étrange après ce que le plus grand nombre de faits démontrent touchant la nature de la maladie, mais qui permet de supposer qu’il est des cas où la cause matérielle du cancer n’est pas abondante, ou quelle peut être épuisée pour la plus grande partie dans la production d’une seule tumeur ; ou bien , que la suppression de l’influence qu’un premier cancer exerçait sur la constitution entrave la génération ultérieure de la matière spécifique. Mais il arrive bien plus souvent que, à peine les suites d’une

première extirpation sont-elles terminées, un nouveau cancer se manifeste cet événement a quelquefois lieu avant la cicatrisation complète de la plaie. On impute le plus souvent la rechute à la négligence de l’opérateur , lorsque la maladie se reproduit dans le lieu même du symptôme primitif : on suppose que la destruction de celui-ci n’a pas été complète. Mais dans les cas oii un nouveau cancer se manifeste dans toute autre région , cette opinion n’est point admissible : or , des faits de cette espèce sont loin d’être rares, et ils n’ont rien d’étonnant (i). »

En consultant l’histoire, toute l’antiquité depuis Hippocrate (2) et Arétée (3) jusqu’à Celse, l’interprète des opinions de son temps , tout le moyen âge , depuis les Arabes j usqu’au siècle de Boerhaave (4), et enfin les ouvrages de tous les

(1) Delpech , Précis élémentaire des maladies réputées chirurgicales , tom. III, pag. 5ig. Je discuterai ce passage sous d’autres points de vue dans le chapitre VII0.

(2) Quibus occulti cancri fiunt, eos non curare meliùs est. Curât cniin citiùs pereunt : non curati autcm longiùs tempns perdurant . ( Hippocrat . Aphor. 38, sect.VI.)

(5) EfFeratur cancer manuum attrectatione , et medicamentis , et quolibet medelae genere magis exasperatur. ( Arct . cappad . , lib. 2, De morb. diurt.)

(4) Voici comment Dan. Vilb . Triller, professeur de chirurgie à Wittcmberg, s’exprime à cet égard dans une dissertation intitulée : De veritate paradoxe Ilippocratici , nullam mcdicinam interdinn esse

chirurgiens modernes retentissent de T impossibilité de la guérison du cancer dans la plupart des cas , et de la difficulté de son traitement

oplimam , qui se trouve dans le premier volume de ses oeuvres, pag. i32 : Ecquis vero potissimum quæso, nescit pestilentissimum illud et inexpugnabile prorsus cancri edacis teterrimi virus , quod nec ullis medicamentis internis , quantumvis generosissimis , facile obtempérât, nec potentissima omnium totius naturæ et artis instrumenta , urentes , inquam , flammas et strictos ferri mucrones trépidé reformidat ; sed poliùs , ad omnera pœne tactum , acriùs excandescit , sævius insurgit, et admotis ignibus atque ferramentis effrenatius rebellât? Quare verissimum semper fuit, semperque erit heu ! piget fateri , tristissimum istud Cornelü Celsi nostri elfatum, a quotidiana quippe experientia satis superque ubique confirma tum : carcinomala carationibus irritant ur , et quo major vis adhibita ect , eu magis : quidam ferra adusserunt : quidam seul pci lo exciser unt : neque alla unquam medicina profuit ; sed adusla protinus concitata sunt , et increverunt donec occiderent. Excisa , etiam post induciam cicatricem , t amen revert erunt , et causam mortis attulerunt. Quis ergo , quis , obsecro , nunc temere negaverit , nultam medicinam in car cinomatis tractandis , solam , solam inquam , esse oplimam ? Dans une autre dissertation du même auteur , qui a pour titre : De nociva cancri inveterati extir p atione , on lit sur le même sujet : Nihil quidem frequentius apud medicos , chirurgosque imprimis , reperitur prompta teterrimi cancri exstirpatione : sed nibil tamen eadem esse ut plurimum incertiùs , damnosiùs et periculosiùs , simul moesto cum corde fatendum est. Âdeô enim usque immite atque intractabile prorsus abominandi illius mali plerumque esse solet ingenium , ut nulla ferè humana ope et arte superabile sit. (Dan. Yilh. Trilleri Opuscula medica , pag. 46.) Le célèbre praticien Monro , que j’ai déjà cité , ne se décidait presque jamais à opérer que d’après les instances du malade, auquel il ne cachait pas le danger de la récidive. ( Essais de médecine d’ Edimbourg , tom. Y.) Long-temps avant ce dernier , De Ilouppeville avait émis les mêmes principes.

dans tons. Ainsi la difficulté générale et l’impossibilité ordinaire de la guérison du cancer par les traitemens généraux et locaux employés jusqu’à présent est un fait sur lequel tout le monde est d’accord. D’autre part, il est hors de doute que des tumeurs cancéreuses vues à découvert guérissent par un traitement purement local , comme des engorgemens portant le cachet cancéreux disparaissent spontanément ou par des traitemens spécifiques dans certains cas. La résolution ou la guérison des tumeurs cancéreuses n’est donc pas absolument impossible.

Ainsi donc, soit que la nature par la gangrène , ou l’art par l’ablation , la cautérisation ou la ligature, détruisent un cancer , la récidive est beaucoup plus à craindre qu’une guérison durable n’est à espérer, lors même que la destruction a été portée fort au-delà des limites apparentes du mal local.

La récidive arrive, i°. dans l’endroit même ou était le cancer, si la partie malade a été incomplètement enlevée, ou même si on a épargné comme saine une partie de l’organe affecté ; 2°. dans les ganglions lymphatiques du voisinage ou dans d’autres plus éloignés •, 3°. dans les organes pairs correspondans °, . dans d’autres

organes voisins ou éloignés.

On a vu qüc Pétat variqueux des veines qui reviennent de l’organe peut annoncer le ramollissement de l’engorgement ou la propagation de la maladie aux parois de ces vaisseaux, et par conséquent le danger d’opérer en pareil cas. Quelle que soit la cause des récidives, leur fréquence et leur promptitude , après la destruction des cancers, est véritablement désolante pour les malades et pour les gens de l’art, et a toujours fait désirer qu’on pût trouver un moyen plus sûr que l’ablation , la cautérisation et la ligature pour détruire les affections cancéreuses*, et ce moyen n’est pas encore connu.

La récidive, après la destruction des engorgemens cancéreux , arrive de diverses manières sans que les formes hypertrophiques ou atrophiques de ces engorgemens changent rien aux résultats.

i°. 11 se développe sur la plaie des bourgeons larges et blafards, qui ne tardent pas à prendre de la densité et a dégénérer en fongus encéphaloïdcs , quel qu’ait été le caractère chondroïde , néphroïde on mélanique de l’engorgement détruit. Telle a été la récidive chez les sujets des 22e et 28e faits.

2°. Dans d’autres circonstances, la cicatrice achevée devient dure sans rougir et sans être

douloureuse au toucher*, bientôt l’engorgement se propage aux parties voisines et prend immédiatement les caractères né ph roi des et encéphaloïdes, quelle qu’ait été la nature de l’engorgement détruit. Les fou gus qui peuvent suivre l’ouverture de la cicatrice, si elle arrive avant la mort , ont le caractère encéphaloide, comme chez les sujets des i3e et 38e faits.

3°. Chez d’autres sujets, comme chez celui du 22e fait, la plaie se ferme et la récidive n’arrive point à l’endroit de la cicatrice, mais dans des parties de l’organe malade qui n’avaient pas été détruites. Dans ce cas, l’engorgement peut prendre encore les caractères de celui qui a précédé; mais il est plus ordinaire qu’alors même les engorgemens secondaires prennent l’aspect néphroïde ou solanoide, ou même presque immédiatement le caractère encéphaloide, quel qu’ait été celui du premier engorgement.

4°. Souvent la récidive a lieu dans les ganglions lymphatiques voisins ou éloignés, qui deviennent durs et indolens au toucher, et finissent par passer à l’état encéphaloide.

5°. D autres fois l’afïection cancéreuse se reproduit dans un ou plusieurs organes éloignés de celui oii existait l’engorgement détruit. Ces productions secondaires m’ont toutes présenté les

caractères néphroïdcs et le passage à Tétât encéphaloïde, comme chez le sujet du 45° fait.

D’après ce résumé , on voit que quelles que soient primitivement les différences des engorgemens squirrheux chondroïdes , néphroïdeset mélaniques , la ressemblance des productions qui résultent de leurs récidives révèle l’identité de leur nature cancéreuse ; en sorte qu’autant les différences entre les cancers primitifs sont grandes , autant l’analogie des cancers secondaires est frappante.

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