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DOUZIÈME EXPERIENCE

Injection de 2 grammes de pus \ frisson, 'vomissement , refus des

aliments , état maladif pendant trois jours, au bout desquels

rétablissement complet et absence d’ autres phénomènes pendant

plus de six semaines après le rétablissement.

Le 20 septembre 1 843, nous injectâmes, à 2 heures 3o minutes du soir, 2 grammes de pus récemment extrait d’un bubon syphilitique, dans la veine saphène externe d’une chienne de petite taille, vieillotte et allaitant depuis environ un mois.

Aussitôt après l’injection, l’animal devient triste, lèche sa plaie, et ne cherche plus à s’échapper. — Quinze à vingt minutes après, il est pris d'un frisson qui dure vingt minutes, et sur la fin duquel un vomissement survient. — L’animal, rentré dans la chambre, boit une médiocre quantité d’eau, et reste triste et abattu, sans qu’il arrive d’autres phénomènes jusqu’au moment où l’on cesse d’observer.

Le 21, on reconnaît des évacuations alvines liquides et en petite quantité. L’animal est toujours triste et refuse de manger. Les mamelles, qui, la veille, étaient distendues, sont plus molles, plus flasques.

Le 22, même état; refus des aliments; mamelles encore plus molles.

Le 23, il commence à manger, ne paraît plus abattu, caresse et cherche à s’évader.

Les jours suivants, le rétablissement est complet et l’appétit vorace.

Nous conservâmes cet animal jusqu’au milieu du mois de novembre. Il 11e survint aucun phénomène morbide appréciable. Les quatre membres étaient agiles; 011 ne découvrit l’existence d’aucun abcès à l’extérieur.

Résumé des expériences précédentes.

Ainsi qu’on l’a vu, le nombre de chiens chez lesquels nous avons injecté du pus est de 7 ; sur ce nombre 2 ont guéri , 5 ont succombé. Le rétablissement eut lieu en moins de douze heures chez l’un, et au bout de trois jours chez l’autre; le premier était un chien vigoureux, au-dessus de la taille moyenne (expérience deuxième), et la dose du pus n’avait été que d’un gramme; le second était une chienne de petite taille, vieillotte, et qui allaitait , selon toutes probabilités, depuis environ un mois (expérience douzième); la dose du pus avait été chez elle de 2 grammes.

Chez ceux qui succombèrent, la quantité de pus injecté varia de 4 à 4q grammes.

Le premier animal était une petite chienne assez âgée, et qui paraissait par ses habitudes avoir été élevée dans le luxe (expérience première). La mort eut lieu au bout de trente-deux heures au milieu des convulsions les plus violentes; la quantité de pus qu’elle avait reçue était de 4 grammes; ce pus était très récemment extrait et de bonne nature.

Le deuxième succomba le quatorzième jour: c’était un chien jeune, d’une taille peu élevée, d’une force médiocre (expérience troisième); il avait été soumis à des injections multiples de pus et d’eau, et à une injection d’air qui ne parut pas contribuer à la terminaison fatale; la quantité totale de pus fut de 26 grammes.

Le troisième fut également soumis aux injections multiples, et la quantité de pus fut de 4q grammes; l’animal, qui était d’une taille assez élevée, jeune, mais adulte, d’une force et d’une agilité extrêmes (expérience cinquième), succomba le quatrième jour.

Le quatrième était un chien très fort, jeune, à peine adulte (expérience septième); il succomba le septième jour après avoir reçu une seule injection de pus à la dose de 7 grammes; mais il est a remarquer que la mort fut hâtée par une cheville de bois,

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qui, introduite dans la veine saphène dans le but de produire une phlébite, fut entraînée, à notre grand étonnement, par le courant sanguin, et alla perforer les parois du ventricule droit.

Enfin le sujet de la cinquième expérience était une chienne de taille moyenne, peu alerte, affectée de deux hernies inguinales volumineuses (expérience onzième), et dans la veine saphène de laquelle on injecta en une seule fois 7 grammes de pus louable. Elle succomba le sixième jour.

O11 voit déjà combien ces premiers résultats diffèrent de ceux qu’on a généralement obtenus; car non seulement la plupart des animaux 11e sont pas guéris, mais encore ceux qui ont succombé ont tous présenté des symptômes et des lésions qui n’ont aucun rapport, sauf de légères exceptions, avec ce qu’ont observé les expérimentateurs qui nous ont précédés. C’est ce qui ressortira plus clairement de la continuation de notre analyse.

C’est ainsi que chez tous les animaux qui ont succombé, nous avons trouvé ou des abcès multiples complètement formés quand la durée de la maladie a été assez longue, ou les lésions qui caractérisent le premier degré de ces abcès, quand les animaux ont succombé trop tôt; et quand l’animai avait vécu un temps intermédiaire, nous avons trouvé les deux lésions réunies et le passage de l’une à l’autre. Voici les détails de ces résultats.

Chez l’animal qui est mort en trente-deux heures (expérience première), ecchymoses (1) multiples dans les muscles et infiltration séro-sanguinolente dans le tissu sous-cutané du coude.

Chez celui qui succomba le quatrième jour (expérience cinquième), ecchymoses sous-pleurales, abcès complètement formés ou envoie de formation dans les poumons, etc.

Chez les deux qui succombèrent le sixième et le septième jour

(1) Nous ferons remarquer avec MM. Trousseau et Dupuy que nous n’employons le mot ecchymose qu’à défaut d’un terme plus exact , car il n’y a réellement pas de sang épanché dans les noyaux rouges qui précèdent les abcès multiples. Peut-être pourrait-on substituer à ce mot celui d & ramollissement rouge, ou de ramollissement ecchymoïde.

(expériences onzième et septième), on trouva les mêmes lésions un peu plus avancées.

Enfin, chez celui qui ne succomba que le quatorzième jour, on ne trouva que des abcès complètement formés, et en plus grand nombre que chez tous les autres (expérience troisième).

La description que nous avons donnée , dans chaque cas particulier, de ces abcès, ou des ecchymoses qui les précèdent, aura suffi sans doute pour montrer la complète analogie qu’ils ont avec ceux qu’on observe chez l’homme ; nous ne croyons pas qu’il soit utile d’y revenir ici. Quanta leur siège, voici le résumé de nos expériences sous ce point de vue.

Tantôt ils étaient situés entièrement hors des viscères (expérience première), tantôt uniquement dans les viscères (expérience cinquième); le plus souvent en même temps dans les viscères et en dehors d’eux (expériences troisième, septième et onzième).

Le viscère dans lequel ils se sont montrés le plus souvent est le poumon (troisième, cinquième et onzième); viennent ensuite la rate (septième et onzième) et les reins (troisième et onzième). Le foie et le cerveau n’en ont présenté dans aucun cas. Il est à remarquer que les poumons en ont été exempts dans deux cas (première et septième), circonstance intéressante en ce qu elle prouve que le pus peut traverser sans s’y arrêter un système capillaire tout entier, et que son action, lorsqu’il est introduit dans l’économie, n’est pas seulement mécanique, comme seraient portés à le penser certains médecins.

A côté des abcès multiples proprement dits se placent naturellement d’autres collections purulentes, qui, sans être des abcès, ont une telle connexion avec eux que nous devons nécessairement les mentionner ici, d’autant plus qu’elles établissent une nouvelle analogie entre ce qui se passe chez l’homme et ce que nous avons observé chez nos animaux : nous voulons parler de ces collections purulentes qui se sont montrées dans les séreuses articulaires (expériences troisième, septième, et probablement

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la cinquième), dans les plèvres (cinquième et troisième), dans l’arachnoïde (troisième) et dans le péritoine (onzième), Enfin, les collections séreuses ou séro-sanguinolentes que nous avons observées trois fois (expériences première, troisième et septième) doivent encore à juste titre être rapprochées des lésions précédentes, comme de nouveaux points d’analogie entre les abcès métastatiques , et ceux que nous avons produits dans nos expériences.

Nous aurions pu à la rigueur nous contenter des détails dans lesquels nous venons d’entrer, qui pouvaient être suffisants pour le but que nous nous proposions : cependant nous avons cru devoir indiquer sommairement l’état des vaisseaux, du sang et du canal intestinal, ne fût-ce que pour fournir de nouveaux points de comparaison, lesquels d’ailleurs ne feront que confirmer les analogies que nous avons vues exister entre l’infection purulente des animaux et celle de l’homme.

, Dans un seul cas, l’endocarde avait une couleur rouge foncé (expérience troisième), dans tous les autres il était sain, excepté dans l’expérience septième, où il offrait des lésions qu’explique suffisamment la présence du cylindre qui avait perforé ses parois. Ce n’est cpie dans ce même cas cjue les gros troncs veineux offraient quelques rougeurs comme par imbibition; dans tous les autres cas, ces troncs, ainsi que l’aorte et ses grandes divisions, étaient dans un état parfaitement normal. Le sang contenu dans le cœur était pris en un caillot jaunâtre, humide, mou dans un cas (expérience onzième); il était noir et incomplètement coagulé dans tous les autres, sauf le cas où existait le cylindre, et qui offrait des particularités sur lesquelles nous avons suffisamment insisté dans les remarques dont nous avons fait suivre cette expérience.

Les lésions du tube digestif furent peu remarquables; elles se réduisirent :

i° Pour l’estomac, à une coloration rouge de la membrane muqueuse dans un cas (expérience première).

DANS LESQUELS ON OBSERVE LES ABCÈS MULTIPLES. 8l

2° Pour l’intestin grêle à des marbrures rouges dans deux cas (expériences première et troisième), et à un développement des plaques de Peyer, remarquables en ce qu’elles commençaient dans le duodénum pour cesser vers le tiers moyen de l’inteslin grêle dans un cas (expérience septième).

3° Enfin pour le gros intestin à une couleur rouge-brun dans un cas (expérience troisième), rouge moins foncé dans un autre (expérience septième) chez lequel on rencontra en même temps un développement des follicules solitaires; c’était le même qui offrait le développement des glandes de Peyer.

Tel est l’ensemble des lésions qui se sont produites chez nos animaux par suite de l’introduction du pus dans les veines. Il serait difficile sans doute d’obtenir une analogie ou plutôt une similitude plus complète entre les résultats de l’expérience et ceux de l’observation; car si nous comparons les lésions à celles que les auteurs les plus exacts ont décrites à propos des abcès métastatiques, nous verrons qu’on ne trouve entre les unes et les autres aucune différence importante. Voici, par exemple, la description de Dance, que la plupart des médecins s’accordent à regarder comme irréprochable :

« La manière dont ces noyaux de suppuration se développent » mérite une attention particulière. Du sang extravasé ou du » pus contenu dans des veines capillaires paraissent être le pre- » mier élément de leur formation; bientôt succède une petite » ecchymose d’un noir foncé (i) qui sert de base à un engorge- » ment dur (2), arrondi, noirâtre, lequel s’infiltre de pus et se » convertit dans très peu de temps en un véritable abcès qui se

(1) Nous nous sommes déjà expliqués sur la valeur du mot ecchymose appliqué à la lésion dont il s’agit. Nous ajouterons ici que la teinte noir foncé qu’indique Dance n’est pas aussi fréquente qu’il semble le croire, et que dans certains organes, dans les muscles en particulier, cette teinte est au moins aussi souvent lie de vin que noire.

(2) Il faut se rappeler à propos de cet engorgement dur que, tout en décrivant les abcès multiples d’une manière générale, Dance a eu surtout en vue ceux du poumon; car dans la plupart des organes l’abcès commence plutôt par un ramollissement que par

t. xir. 11

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«ramollit du centre à la circonférence, étant ordinairement » environné par un tissu pulmonaire entièrement sain. Ainsi on » peut admettre trois degrés dans leur développement : le pre- » mier consiste dans une sorte d’infiltration sanguine au milieu » de laquelle on rencontre quelquefois une ou plusieurs veinules » pleines de pus; le second, dans la formation d’un noyau dur, » noirâtre, puis blanchâtre; le troisième enfin, dans le ramollissement et la conversion en foyer purulent, d’abord du » centre, puis de la totalité de l’engorgement : ces foyers ne con- » servent alors aucune apparence de leur première origine; » cependant il est quelquefois possible de suivre des veines jus- » qu’à leur voisinage et même dans leurs cavités. Du reste, » les trois degrés de celte altération sont assez souvent réunis « dans le même poumon. »

Cette description rappelle exactement ce que nous avons observé chez nos animaux, moins ces collections séreuses qui d’ailleurs se rencontrent aussi chez l’homme, et que Dance a bien soin de signaler un peu plus bas. Devons-nous maintenant établir des différences entre nos tfbcès et ceux que l’on observe chez l’homme, selon que les uns ont un peu plus ou un peu moins d étendue, selon qu’ils sont un peu plus ou un peu moins superficiels, comme M. F. d’Areeta cherché à le faire? Mais outre que ce serait là une subtilité anatomique pure, dans le cas où de semblables différences existeraient, ces différences ne se rencontreraient pas dans nos expériences. 11 est donc bien certain que sous le rapport anatomo-pathologique il y a similitude aussi complète qu’on puisse la désirer entre les abcès que nous avons

une induration ; dans le poumon lui-même le tissu ne paraît induré que parce que la place occupée par l’air à l’état normal l’est maintenant par un liquide infiltré et comme solidifié; mais quant au tissu, pulmonaire propre, il est en réalité ramolli, ou si l’on aime mieux plus friable. Cette remarque est confirmée par ce que l’on observe dans les autres organes : c’est ainsi que dans le cerveau, qui est naturellement très friable, l’abcès commence par l'induration , tandis qu’il commence par le ramollissement dans les reins , le foie , les muscles.

déterminés chez nos animaux, et ceux que l’on voit se manifester à la suite de la phlébite, de l’accouchement et des grandes opérations chirurgicales.

Nous allons voir que cette similitude n’est pas moins grande dans la nature, la marche et la durée des phénomènes qui accompagnent la formation de ces abcès, que dans les caractères anatomiques de ces abcès eux-mêmes ; et c’est là une circonstance d’autant plus importante que, vu la différence d’organisation qui existe entre l espèce humaine et l’espèce canine, personne assurément n’eût été surpris de trouver des modifications assez prononcées dans l’expression symptomatologique d’une affection identique au fond.

Frisson. Le symptôme le plus constant et aussi le premier qui annonce la formation d’abcès multiples chez l’homme est un frisson ordinairement assez prononcé, et qui pentètre porté à un degré extrême; ce frisson se répète ordinairement plusieurs fois à des intervalles irréguliers avec plus ou moins d’intensité, mais ordinairement en s’affaiblissant une fois que les forces des malades sont abattues, et qu’une réaction forte est devenue impossible.

Ce frisson a été un des phénomènes les plus remarquables qu’aient présenté nos animaux, et nous espérons qu’en raison de son importance on nous pardonnera les détails, un peu minutieux peut-être, dans lesquels nous allons entrer en ce qui la concerne.

Dans toutes les injections faites pour la première fois sur les animaux sains, le frisson se manifesta; ces injections furent au nombre de sept : dans les injections successives qui furent pratiquées sur deux animaux , et qui s’élevèrent ensemble au nombre de vingt-six, il manqua cinq fois, et deux fois l’animal ne put être observé assez longtemps pour qu’on pût s’assurer de l’existence ou de la non-existence du phénomène. On voit par là que le frisson est tout aussi fréquent dans les abcès multiples qu’on produit artificiellement chez les chiens que dans ceux

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qui se produisent accidentellement chez l’homme. Son intensité fut variable chez nos animaux comme chez l'homme, et ne fut en rapport, d’une manière absolue, ni avec la quantité de pus injecté (i), ni avec le temps qui s’écoula entre le moment de l’injection et celui de sa manifestation; il en fut de même de sa durée (2).

Quelquefois une respiration plus accélérée ou plus profonde qu’à l’état normal a accompagné le frisson.

Vomissements. Après le frisson le vomissement a été le symptôme le plus fréquent; si l’on considère le nombre des animaux , on trouve que sur y chiens, 5 éprouvèrent des vomissements; si l’on considère le nombre d’injections, on voitquesur 33, 2.5 ont été suivies du même phénomène. Bien que les vomissements s’observent assez souvent chez l’homme, ils sont loin cependant d’atteindre la fréquence que nous avons observée chez

(1) La nature du pus que nous injectâmes n’eut aucune influence , non seulement sur le frisson, mais encore sur aucun autre symptôme, non plus que sur les altérations anatomiques. Ce résultat ne surprend guère chez les chiens, au moins ponr le pus syphilitique, qui 11’a pas comme on sait d’action spécifique sur eux. En serait-il de même chez l’homme? C’est ce qu’on ne saurait dire à priori , mais cela semble peu probable. Le pus provenant du chien n’a pas produit des phénomènes différents de ceux produits par le pus humain.

(2) Voici les détails d’observation sur lesquels ces propositions sont fondées :

Le temps le plus court qui se soit écoulé entre l’injection et le frisson est de cinq minutes; le plus long de quarante-cinq (expérience troisième, injections première, cinquième et sixième), le premier intervalle correspond à une injection d’un tiers de gramme; le second, à une d’un gramme. Le degré le plus faible du frisson a consisté en un tremblotement se manifestant seulement à chaque inspiration (expérience deuxième) ; son degré le plus intense en un tremblement continu et très fort qui ébranlait tout le corps (expérience septième) ; dans le premier cas, on avait injecté un gramme de pus; dans le second , sept. Sa durée varia entre quelques minutes et deux heures passées (expériences troisième et septième) ; dans le premier cas on avait injecté un tiers de gramme de pus (expérience troisième , injection cinquième) , et dans le second, sept (expérience septième). Le frisson le plus long fut aussi le plus intense, et en général la durée et l’intensité furent en raison directe. Le frisson envahissait souvent tout le corps à la fois , quelquefois il fut d’abord sensible pendant plus ou moins longtemps au train postérieur avant de s’étendre, en se généralisant, aux membres antérieurs.

nos animaux ; mais cette différence est suffisamment expliquée par la disposition toute particulière que les chiens ont pour le vomissement. Quant aux matières vomies, elles ne présentèrent rien de bien remarquable; les premières expulsées étaient composées de matières alimentaires plus ou moins altérées, selon que l’animal avait mangé depuis plusou moins longtemps ; lesautres de mucus incolore, ou jaunâtre, ou grisâtre, mélangé d’une certaine quantité d’eau; quelquefois ce dernier liquide paraissait exister seul dans les matières vomies, il ne sera peut-être pas sans intérêt de faire remarquer ici que les animaux semblaient boire quelquefois plutôt dans l’intention de provoquer le vomissement que dans celle d’apaiser un besoin- En effet, on les voyait dans ces cas faire inutilement plusieurs efforts de vomissements, aller boire un peu, et recommencer immédiatement leurs efforts, qui cette fois étaient suivis de succès. Les vomissements avaient assez souvent lieu sans efforts ; quelquefois, au contraire, et cela n’avait jamais lieu dans les premiers qui se manifestaient, ils étaient précédés de secousses plus ou moins violentes, et même de cris sourds, prolongés, qui prirent un caractère véritablement lamentable chez le sujet de la cinquième expérience. Chez les animaux à injections uniques, et dans les premières de ceux chez lesquels on en pratiqua plusieurs, les vomissements eurent lieu une fois avant le début du frisson (expérience troisième), et une fois après sa cessation (expérience deuxième). Dans tous les autres , ils se manifestèrent pendant sa durée, plus souvent vers sa fin qu’à son commencement (i). La nature du pus n’a pas eu plus d’influence sur les vomissements que sur le frisson. Nous avons vu, en examinant les altérations cadavériques, que l’estomac n’avait présenté d’autres altérations

(1) Nous ne croyons pas devoir faire des remarques sur l’époque à laquelle apparurent les premiers vomissemenls dans les injections multiples successives (c’est-à-dire celles qui suivirent les premières), parce que ces injections furent souvent assez rapprochées les unes des autres pour qu’il fût impossible de distinguer avec certitude les effets de chacune en particulier.

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qu’une teinte violacée de la muqueuse aux environs du pylore dans un seul cas; il est évident dès lors que les vomissements ne sont en rapport avec aucune altération matérielle appréciable de cet organe.

Selles. Les deux animaux qui furent soumis aux injections multiples eurent des selles fréquentes, liquides, peu copieuses, jamais sanguinolentes, accompagnées d’épreintes plus ou moins fortes, quelquefois très violentes. Les premières furent composées de matières fécales ordinaires, et les suivantes de matières d’autant plus liquides et aqueuses qu’elles se répétaient davantage; vers la fin elles ne consistaient quelquefois plus qu’en une très petite quantité de liquide limpide et incolore. Leur odeur ne fut jamais très fétide. Quant au nombre des injections qui provoquèrent des selles, il est de 21 sur 33; le temps écoulé entre ces injections et les selles varie de deux ou trois minutes à deux heures et demie. Chez le sujet de la cinquième expérience , six injections consécutives et séparées par un intervalle de trentecinq minutes au plus furent suivies chacune d’évacuations alvines plus ou moins répétées.

L’émission d’urine fut beaucoup moins fréquente que les selles; on ne l’observa qu’à la suite de quatorze injections ; elle eut lieu immédiatement après chez le sujet de la onzième expérience; elle tarda davantage chez les autres; elle ne s’accompagnait pas de douleur, mais les animaux ne tenaient plus, comme auparavant , l’une des jambes postérieures soulevées pendant qu’ils urinaient. Quelques émissions furent très abondantes, mais en général elles n’étaient pas en rapport avec la grande quantité d’eau que les animaux avalaient.

Soif. La soif eut lieu chez tous, excepté peut-être chez le sujet de la deuxième expérience, à la portée duquel on n’avait pas mis d’eau ; elle se manifestait non seulement par la grande quantité qu’ils prenaient de ce liquide, mais encore par le nombre de fois qu’ils y revenaient en un temps souvent très court. On les vit plusieurs fois aller vomir presque aussitôt après avoir bu, et,

dans quelques circonstances, il nous sembla qu’ils ne buvaient que pour faciliter le vomissement.

Anorexie. Nous avons constaté l’anorexie chez tous ceux qui succombèrent. Des deux qui se rétablirent, l’un prit les aliments qu’on lui présentait douze heures après l’injection, l’autre les refusa jusqu’à la fin du deuxième jour.

Abattement. On observa l’abattement chez tous, excepté chez celui de la deuxième expérience qui n’avait reçu qu’un gramme de pus. Cet abattement se manifesta aussitôt après l’injection dans la première et la septième expériences; un peu plus tard dans les autres. Il n’eut lieu qu’après plusieurs injections sur le sujet de la cinquième. La prostration fut portée à un haut degré chez plusieurs (première, troisième, septième et onzième expériences).

Convulsions. Il survint des convulsions quelques heures avant la mort chez le sujet de la première expérience. N’ayant pas assisté aux derniers moments des autres, nous ignorons s’ils offrirent le même phénomène.

Phénomènes respiratoires. La respiration s’accéléra chez la plupart; chez quelques uns, l’air produisait une sorte de sifflement en traversant les fosses nasales; mais on n’observa la toux chez aucun malgré les altérations anatomiques que l’autopsie démontra dans les poumons ou dans les plèvres.

Pouls. On pensera peut-être que nous aurions dû explorer le pouls; mais, une fois que les animaux avaient été soumis à l’opération, nous ne pouvions plus les approcher sans leur inspirer une certaine frayeur, et nous n’aurions pas su si nous devions attribuer l’accélération du pouls à la maladie ou à la crainte que nous inspirions.

Il est un autre ordre de phénomènes, tels que la sueur ou la sécheresse de la peau et la teinte ietérique, qu’on observe chez l’homme, mais dont on ne peut tenir compte chez les chiens, parce qu’ils ne suent jamais, et que la couleur de leur peau est difficilement observable. Quant à la chaleur, nous ne l’avons

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explorée que sur le nez, qui resta froid, meme chez ceux qui furent le plus fortement affectés (première et troisième expériences).

Ainsi, autant que la nature particulière des animaux sur lesquels nous expérimentions pouvait le permettre, nous trouvions de la ressemblance dans les symptômes comme nous en avions trouvé dans les lésions. On comprend combien, à mesure que nous obtenions ces résultats , la conviction pénétrait dans nos esprits. Cependant une proposition que l’on a regardée comme très favorable à la doctrine de l’introduction du pus dans le sang, nous donnait encore quelques doutes : « Tout corps étranger «introduit en nature dans le système veineux, » dit M. Cruveilhier, « détermine, lorsque son élimination par les émonc- » toires naturels est impossible, des abcès viscéraux entièrement « semblables à ceux qui succèdent aux pin ies et aux opérations « chirurgicales. » Nous disons que cette proposition était pour nous un motif de doute; car, après avoir obtenu des résultats en apparence concluants dans nos expériences, il était évident que, si de semblables résultats pouvaient être produits par l’introduction de tous les corps étrangers dans le système veineux, il n’y avait rien de particulier à conclure en faveur du pus. 11 fallait donc recommencer de nouvelles expériences avec des substances autres que le pus; c’est ce que nous fîmes. Fort heureusement pour nous, nous trouvâmes dans les auteurs un assez grand nombre d’expériences semblables bien exécutées, et cette circonstance nous permit tout de suite d’arriver à des conclusions auxquelles l’insuffisance forcée de nos propres faits n’aurait pu nous conduire.

Nous allons passer maintenant à l’analyse de ces expériences.

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