‹ Recherches sur les actions chimiques et l'ionisation par barbotage; Propositions données par la FacultéChapitre 20 sur 69 · RECHERCHES SUR LES ACTIONS CHIMIQUES. ST · texte numérisé non relu

RECHERCHES SUR LES ACTIONS CHIMIQUES. ST

chargé, et l’on a en S un petit condensateur dont les armatures sont séparées par une flamme aplatie. Même en chargeant Pélectroscope et le plateau de cuivre à un potentiel de plus de 1000 volts, on constate une stabilité tout à fait remarquable de la feuille d'aluminium. À vrai

Fig. 14. dire, on arrive difficilement à ce que la feuille demeure tout à fait immobile, et souvent la décharge par aigrettes devient très gênante. Mais s’il n’est pas possible d’affirmer, dans ces conditions extrêmes, que la déperdition est rigoureusement nulle, il semble que la chute observée s'explique très bien par des effets parasites. Le principal est, sans contredit, la décharge par convection. De fait, après une combustion un peu prolongée, le plateau de cuivre se trouve recouvert de gouttelettes noirâtres, à réaction fortement acide, et donnant avec le chlorure de baryum un précipité blanc très abondant. Il s’agit certainement de traces notables d'acide sulfurique, dont la formation pendant la combustion du soufre est un fait acquis (!). Ces particules conductrices, condensées sur les fumées de soufre ou sur l'humidité de l’atmosphère, expliquent très bien la décharge irrégulière par convection signalée plus haut. Ajoutons que les effets perturbateurs s’observent surtout quand la température est élevée, et l’on sait que cette circonstance favorise la formation de Pacide sulfurique. D'ailleurs, si l’on emploie des potentiels qui

(!) Voir HEMPEL, Ber., t. XXIII, 1890, p. 1455. B. 6

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tout en restant très notables n’atteignent pas des valeurs extrêmes, les effets parasites sont énormément diminués el la chute de la feuille arrive à ne plus dépasser d’une façon sensible la chute spontanée. Dans tous les cas, le contraste est extrême entre l’effet d’une flamme de soufre même intense et l'effet d’une flamme de gaz ordinaire même tout à fait réduite. La première donne une chute insensible ou nulle; la seconde, une chute rapide et presque immédiate.

Le résultat qui précède a permis de se rendre compte des. effets observés à l’électromètre quand on étudie la flamme de combustion du soufre. Dans les conditions normales, c’est-à-dire quand la température ne dépasse pas beaucoup la température d’inflammation du soufre (363°) (), l’électromètre reste rigoureusement au zéro, comme avec la flamme de phosphorescence. Ce résultat est indépendant du signe de la charge mise sur les condensateurs, indépendant de la distance de ceux-ci au tube à combustion. Il se vérifie tout aussi bien avec le condensateur de cuivre rouge placé immédiatement au-dessus du tube où brûle le soufre. Les effets perturbateurs dus aux aigrettes ne s’observent pas, sans doute à cause de la faiblesse relative des potentiels employés (90 volts).

Mais il suffit d'élever la température, soit en augmentant le courant de chauffe dans le four, soit en augmentant le débit d’air et avec lui la chaleur de combustion, pour atteindre rapidement un régime où l’ionisation apparaît. Cette ionisation, d’abord très faible, augmente avec une vitesse extraordinaire quand la température augmente. La température vraie est difficile à mesurer, car elle varie beaucoup dans l’épaisseur de la flamme, et présente un maximum lui-même variable le long du jet d’air injecté dans la vapeur de soufre ainsi

EE (1) Cf. Moissan, Loc. cit.

qu'aux endroils où ce Jet rencontre la paroi. Il n’y a aucune invraisemblance à croire que l’ionisation dont il s’agit ici est d’origine purement thermique. Elle se rattache à l’émission decharges parles corps incandescents. Après les expériences où l’ionisation a atteint des valeurs notables, on a pu constater un ramollissement et une déformation du verre. En rapprochant ce fait de l’accroissement extrêmement rapide avec la température si souvent signalé dans l’ionisation par incandescence, on est en droit d'admettre qu'il s’agit bien d’un phénomène thermique. Étant donnée la grande quantité de chaleur dégagée par l'oxydation du soufre, on conçoit qu'il faille opérer à débit très modéré si l’on veut observer sans perturbation le caractère isolant de la flamme du soufre (1).

Au cours de ces expériences, on a été amené à faire la constatation suivante : tant qu’on a la flamme de phosphorescence, il ne se produit dans les flacons laveurs aucun brouillard sensible. Sitôt que la flamme de combustion s’amorce, la partie supérieure des flacons laveurs s’emplit d’un nuage épais. Il ressort de là que la combustion du soufre, si elle ne donne pas lieu à des centres chargés, fournit néanmoins en grande quantité des centres de condensation.

Conclusion. — l'oxydation du soufre donne lieu à des phénomènes très différents de ceux que donne l’oxydation du phosphore. Il faut renoncer à trouver un lien entre la nature chimique de la réaction et l’apparition de

(:) Cette remarque s'applique aux expériences où, postérieurement à la publication des résultats ci-dessus, on a encore cru constater une conductibilité des fumées produites par la combustien du soufre, Voir M. DE BROGLIE, Comptes rendus, 1909. Le caractère isolant de la flamme du soufre paraît aussi avoir été observé incidemment par G.-C. Schmidt, Ann. der Phys., t. X, 1903, p. 704. Mais cet auteur conclut malgré tout à la formation d'ions dans la combustion du soufre.

la conductibilité. Non seulement l'oxydation n’entraîne pas conductibilité quand elle a heu sans luminescence (oxydaion du phosphore en anhydride phosphoreux), mais il peut en être de même des oxydations accompagnées de phosphorescence ou de flamme (cas du soufre).

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