‹ Recherches sur les anésthesiques en général leurs effets physiologiques et pathologiques et sur l'agent chimique qui, spécialement, produit l'anethésieChapitre 11 sur 16 · PRÉCAUTIONS A PRENDRE · texte numérisé non relu

PRÉCAUTIONS A PRENDRE

Lorsque la nécessité de l'aneslhésie est démontrée, il est indispensable de prendre plusieurs précautions avant et pendant ro|tération.

Le chirurgien doit d'abord s'assurer delà pureté de la substance qu'il a entre les mains. En effet, plusieurs procédés de préparation ont été proposés et employés par MM. Flandin , Pierloz, Soubeiran et Miallie. Quel que soit celui de ces procédés employés pour la préparation, on reconnaît que ce liquide est de bonne qualité lorsque quelques gouttes de chloroforme étant versées dans un verre à expériences à moitié plein d'eau, elles gagnent immédiatement le fond du vase en conservant leur limpidité. Lorsqu'au contraire le chloroforme est impur, il prend, en se précipitant, une teinte blanchâtre opaline des plus prononcée. En général lorsque le chloroforme

n'esl pas pur c'est qu'il contienl une cerlaine poilion d'alcool absolu, condition fâcheuse qui le rend très-irritant et peut même aller jusqu'à cautériser la membrane muqueuse.

Lorsque le malade doit élre soumis aux inhalations de l'étlier ou du chloroforme, il sera à jeun, car, ainsi que l'ont remarqué plusieurs praticiens cl particulièrement M. Ancelon, la plénitude de l'eslomac détermine de l'anxiélé, de l'agitation, le développement des gaz, circonstance qui peut interrompre mécaniquement la circulation veineuse et la respiration. Mais ce que l'on doit particulièrement craindre, c'est le vomissement qui, en s'ajoutant à l'affaiblissement produit par l'anesthésie , peut être rapidement suivi d'une syncope grave et même mortelle. Le malade devra être couché horizontalement, situation favorable pour s'opposer au développement d'une syncope. Le corps sera tout à fait libre, afln de n'entraver aucun mouvement, U cravate enlevée, la chemise déboutonnée, toute compression abdominale supprimée afin de ne gêner en rien l'action des muscles dans l'acte de la respiration. M. Giraudet a signalé la compression de l'abdomen comme pouvant élre une cause de mort.

Au début de la méthode anesthésique , plusieurs praticiens ont pensé qu'il était prudent avant de pratiquer l'opéralion , de soumettre le malade à des tentations qui permissent d'apprécier son degré d'impressionnabilité aux agents aneslhésiques. Mais cette méthode n'ayant d'autre résultat que d'incominoder inutilement les blessés et de multiplier peut-être les chances d'accidents, on a tout à fait renoncé à ces expériences inutiles auxquelles on avait donné le nom de période d'essai.

La première condition pour déterminer l'anesthésie, est de ne point agir avec précipitation. Il convient d'abord de bien constater l'état du pouls , de compter même les pulsations, puis, soit qu'on se serve d'un appareil spécial ou simplement de la serviette, de procéder de façon à introduire constamment

une quantité notable d'air avec l'agent aneslhésique. Celte quantité d'air atmosp'nérique a été aussi l'objet d'un examen sérieux. Quelques médecins ont pensé qu'il devait être dans la proportion des trois quarts avec un quart de vapeur aneslhésique. D'autres ont admis qu'un tiers et même moitié suffisait. Ce dosage exact est tout à fait impossible. Les effets produits tiennent moins en raison à la quantité de vapeur aneslhésique qu'à riinpressionnabli!ité des individus. Aussi ne saurions-nous trop répéter que, en toutes circonstances, il faut agir avec une grande circonspection. On devra donc approcher lentemenlla serviette chargée de chloroforme des voies respiratoires, puis, selon les phénomènes qui se manifestent, on la rapprochera peu à peu en diminuant la masse d'air atmosphérique sans jamais la supprimer complètement. Durant tout: le cours de l'opération , un aide suivra attentivement les battements du pouls, et il indiquera promplement à l'opérateur les changements qu'il aura remarqués. La même surveillance devra s'exercer sur les phénomènes respiratoires, et il sera également utile d'étudier l'état de la face pour reconnaître s'il ne se produit point une congestion cérébrale manifestée par l'injection des yeux et la turgescence des tissus.

Il est prudent de ne jamais employer les anesthésiques sans être assisté d'une ou de plusieurs personnes intelligentes. Souvent il sera utile d'encourager le malade par de bonnes paroles, de lui indiquer la position qu'il doit prendre et le soin qu'il doit mettre à ne point opérer des inspirations trop larges et trop profondes.

Lorsque les premiers temps de l'opération se passent simplement et avec régularité, on peut hâter l'anesthésie en augmentant la puissance des vapeurs que l'on fait respirer. Pour atteindre ce but, on renouvelle les doses de chloroforme et l'on rapproche le mouchoir de la face. Dès que le malade ne répond plus aux questions qu'on lui adresse , dés qu'il ne ma-

nifesle plus aucune douleur , lorsqu'on le pince ou qu'on lui pique la peau, lorsque les membres soulevés relombenl par leur propre poids, l'aneslliésie est complète.

Arrivé à ce terme, il ne faut pas le franchir, car quelques inspirations de plus pourraient entraîner l'asphyxie et compromettre sérieusement la vie. L'attention doit toujours être jjortée sur le pouls, qu'on ne doit jamais laisser descendre audessous de cinquante pulsations

Quelques chirurgiens et spécialement MM. Blandin, Gerdy , Baudeiis ont fixé pour limite d'action le moment où le malade est dans l'insensibilité. D'autres au contraire, MM. Velpeau , Maisonneuve attendent la résolution complète pour commencer l'opération. Selon nous, et en consultant la large expérience à laquelle nous avons pris part, le moment le plus favorable est celui qui est intermédiaire entre la période d'agitation et celle de collapsus. C'est aussi l'opinion de M. Valleix et de M. Chassaignac. Toutefois, ici comme dans beaucoup d'autres circonstances, il n'y a rien d'absolu, car il est quelquefois nécessaire d'obtenir un relâchement musculaire complet.

Lorsque l'opération est longue, il est parfois indispensable de maintenir le sommeil anesihésique ; pour y parvenir, on renouvelle les inhalations par intermittences, on les suspend, puis on les reprend lorsque le blessé est sur le point de retrouver connaissance. En agissant ainsi, on a pu prolonger l'anesihésie pendant une demi-heure et plus sans faire courir aucun risque au malade.

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