‹ Recherches sur les anésthesiques en général leurs effets physiologiques et pathologiques et sur l'agent chimique qui, spécialement, produit l'anethésieChapitre 13 sur 16 · DANS LES MALADIES INTERNES ET EXTERNES · texte numérisé non relu

DANS LES MALADIES INTERNES ET EXTERNES

L'emploi ihérapeuiique de l'éiher est trop ancien et trop connu pour que nous voulions essayer de rappeler les effets heureux qu"il produit dans un grand nombre d'affections où domine l'élément nerveux.

L'amyléne est au contraire un agent trop récemment découvert pour qu'il ait pu donner lieu à des expériences utiles et bien constatées. Nous ne nous occuperons donc point de ces deux corps, tout ce que nous dirons se rapportera exclusivevementau chloroforme que nous allons étudier dans son adiiiinislralion interne et externe.

Les effets puissants du chloroforme sur l'économie animale ont promptement entraîné les médecins à faire usage de cet agent, pour combattre les maladies graves ou rebelles contre lesquelles la médecine habituelle échoue trop souvent.

Le docteur Gibson en a fait usage dans l'aménorrhée ; il cite cinq cas dans lesquels les règles étant irréguliéres, insuffisantes ou supprimées, l'inhalation prolongée du chloroforme donna lieu, après vingt à trente minutes, à l'éruption des menstrues *.

Des applications du chloroforme ont été faites au traitement de la coqueluche, de la rage et de plusieurs maladies nerveuses, par MM. Pape, Grœbenschnelz, Malmsten, Gordon et par plusieurs autres médecins.

Le docteur Pape préconise les inspirations de chloroforme dans la coqueluche, il en cite des effets heureux. La dose du médicament employé en trente-six heures put être portée jusqu'à soixante-dix grammes sans inconvénient, et cette dose a été dépassée chez quelques enfants.

• Revue de Thérapeutique médko-clilnirg., 15 avril 1853, p. 210.

Le professeur Malmsten (de Stockholm), à l'exemple de plusieurs médecins anglais ei allemands, préconise les inlialalions de chloroforme dans les convulsions de l'enfance. Il a employé aussi ce médicament pour combattre les violentes douleurs causées par l'otite aiguë ; il verse douze gouttes de chloroforme dans l'oreille, ce qui cause une douleur immédiate très-forte, mais qui se dissipe rapidement pour faire place à un calme absolu. Ce moyen , il faut le reconnaître, n'a pas obtenu des résultats aussi heureux entre les mains d'autres médecms* it'i'id >.i'

Un autre médecin suédois, M. Lamchen, vante les heureux effets qu'il a obtenus de l'emploi du chloroforme contre les coliques hépatiques produites par des calculs biliaires.

Le delirium Iremens parait avoir été combattu plusieurs fois avec succès en Amérique par le docteur Pratt, puis en Angleterre et en France.

Aux yeux de M. Helin, les inspirations de chloroforme, associées à l'huile de lin, ont une grande utilité en médecine comme sédatives des appareils de la respiration et de la circulation, dans la plithisie pulmonaire chronique ou aiguë, dans l'emphysème du poumon, dans les affections organiques du cœur, et enfin dans des névroses comme l'hystérie, la névralgie faciale, la colique de plomb, etc. La quantité de liquide, employée chaque jour, varie de huit grammes jusqu'à quarantehuit et cent grammes; pour chaque inspiration, on verse quinze à vingt gouttes du mélange sur un linge qu'on maintient audessous du nez du malade. On répète ces inspirations jusqu'à ce que les douleurs soient calmées.

Les inspirations de chloroforme contre la pneumonie et la bronchite ont été employées par les docteurs Richler et Waren- Irapp; ce dernier cite vingt-trois exemples de succès.

Le chloroforme a été administré en potion à la dose de quinze à vingt gouttes dans cent grammes de véhicule pour

combaltre les convulsions, I eclampsie, les nàvralgies rebelles et la plupart des autres affections nerveuses.

Le tétanos est l'une des maladies contre lesquelles les inhalations d'éther ou de chloroforme ont été le plus souvent employées. Les médecins de tous les pays, désespérés des insuccès habituels observés à la suite des essais des moyens thérapeutiques ordinaires, ont eu recours aux anesthésiques. Les résultats ont beaucoup varié, on a cité beaucoup d'exemples de guérisons et quelques insuccès, mais il est probable que dans celte dernière circonstance on a gardé le silence, conduite trop généralement suivie lorsqu'il s'agit de revers.

Le professeur Roux a fait connaître à l'Académie des sciences en 1847, un cas malheureux dans lequel l'éiher parait avoir accéléré la mort. M. Scoutetten rapporte également deux cas d'insuccès fort remarquables : dans le premier, il s'agit d'un jeune officier qui, dans une chute, se fit une plaie profonde à la partie supérieure de la cuisse gauche, le tétanos survint le troisième jour de l'accident, le chloroforme fut employé à hautes doses, l'anesthésie se manifesta rapidement, les muscles se relâchèrent, mais, au réveil, les contractions musculaires reparurent rapidement et avec leur intensité première. La mort arriva vers la fin du second jour de l'apparition du tétanos. La seconde observation est celle d'une femme de vingthuit ans qui, après avoir pris des boissons violentes pour provoquer un avortement, fut prise d'accidents graves bientôt suivis de tétanos. Après avoir fait inutilement usage de beaucoup de médicaments, le médecin eut recours aux inhalalions du chloroforme, elles procurèrent un soulagement momentané, mais les contractions tétaniques reparaissaient dès que la malade n'était plus sous l'influence de l'anesthésique. Cette femme vécut trois jours et trois nuits en conservant sous le nez un mouchoir imprégné de chloroforme, elle consomma ainsi cinq cent cinquante-cinq granïiiies de te liquide, et cepen-

danl, maigre le soulagement apparent dont se félicitait la malade, elle succomba à la maladie dont elle était alteinle.

Le docteur Maclinloscli a publié, en 1833, un mémoire dans lequel il analyse 48 cas de tétanos se subdivisant ainsi : tétanos spontané, 12 cas, 9 guérisons; 9 traités par le chloroforme, 5 par l'éther. Tétanos iraumatique, 5t> cas, 16 guérisons ; par le chloroforme, 9 succès sur 1 7 malades ; par l'élher, 7 succès sur 19 malades. En soujmc, 25 guéiisons sur 48 cas.

Déjà en 1851, M. Prévost cite dans sa thèse inaugurale, 22 guérisons sur 58 cas de tétanos traités soit par l'élher soit par le chloroforme.

Les Académies de France et de Sardaigiie se sont beaucoup occupées de celte question, et il résulte des documents que possède aujourd'hui la science que, sur un certain nombre de sujets, l'elfet d'inhalations d elher ou de chloroforme a été nul ; il a été nul en ce sens que, si un peu de calme est survenu, si les muscles se sont plus ou moins détendus pendant l'inhalation aneslhésiquc, l'ensemble des accidents s'est reproduit immédiatement après et la mort a eu lieu à peu près aussi promplement que si l'on n'eut rien fait pour la conjurer.

Toutefois, les observations de WM. Barth, Borand, Henry Boulay, Caigncl, Cary, Cooper, Deiwart, Forget (de Strasbourg), Perlusio, etc., tendent à faire admettre que les anesthésiques ont fait ce-ser rapidement les symptômes les plus graves du tétanos qui avaient résisté à l'emploi de beaucoup d'autres moyens, et qu'ils ont exercé assez clairement une action curative directe.

Il faut encore remarquer que l'immense majorité des cas heureusement terminés se rapporte au tétanos idiopalhique, tandis que les insuccès ont été très fréquents dans les cas du télanos traumalique.

L'emploi du chloroforme, dans la pratique obstétricale, a donné lieu à de vives discussions dans lesquelles les meilleurs

esprits oni pris un parti opposé. C'est à M. Simpson qu'on doit les premiers essais faits à l'aide du eliloroforme pour calmer les douleurs de la femme pendant l'accouchement naturel ou contre nature. Au commencement de l'année 1834, la Sodèlé chirurgicale de Dublin agita très-sérieusement la question qui nous occupe, et l'on vit, à côté d'encouragements réservés, une opposition empreinte d'esprit systématique. La même question, posée devant la Société de chirurgie de Paris (séance du 24 mai 18o4), y a sulii un sort bien différent. Personne ne s'est prononcé pour la proscription absolue de la méthode, c'est au contraire en sa faveur que se sont produites les opinions exagérées.

Le débat s'est engagé à l'occasion d'un rapport de M. le docteur Laborie, sur un travail de M. Houzelot. M. Laborie veut que l'on applique la chloroformisation même aux accouchements naturels, dans le but d'éviter la douleur et la déperdition des forces. MM. Dangau, Forget et Voillemier en circonscrivent l'emploi à des cas particuliei's et exceptionnels, tels qu'une trop grande rigidité du col, la trop longue durée et la forme tro|) douloureuse de la période de dilatation et même très-exceptionnellement de la période d'expulsion. Tout le monde enfin est d'accord, sur ce point, que l'action aneslhésique ne doit pas dépasser la limite d'une simple atténuation des douleurs. Ces préceptes ont été récemment adoptés par M. Blot qui les a longuement développés dans sa thèse de concours pour l'agrégation en chirurgie*.

Nous terminerons ce sujet en faisant remarquer que, malgré l'assertion suivante de cet auteur, formulée en ces termes : « Jusqu'à présent, lanesthésic n"a pas paru exercer d'influence fâcheuse sur la vie ou la santé de la mère, pas plus que sur celle de l'enfant ; » il ne faut pas oublier le cas de mort par le

■ De l'aneslhésie appliquée à l'art des accouchements , Paris, 1857.

cliloroforme pendant le travail de l'accouchement rapporté par le docteur Wolf*.

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