‹ Recherches sur les anésthesiques en général leurs effets physiologiques et pathologiques et sur l'agent chimique qui, spécialement, produit l'anethésieChapitre 14 sur 16 · APPLIQHÉE A LA MÉDECINE OPÉRATOIRE · texte numérisé non relu

APPLIQHÉE A LA MÉDECINE OPÉRATOIRE

Si la crainte de la douleur eiïrayait souvent les blessés et leur enlevait le courage de suppoiter une opéralion, aujourd'hui, grâce aux effets merveilleux des aneslhésiqucs, ils ne redoutent plus les mesures extrêmes que l'art chirurgical vient leur offrir. Aussi, l'anesthésie est devenue un auxiliaire précieux dans la pratique des opéiations, elle a concilié le premier désir de l'humanité, la soustraclion de la douleur avec les exigences des méthodes opératoires qui presque toutes exigent la patience et l'immobilité du malade. Elles donnent encore à l'opérateur plus de calme dans l'esprit, plus de liberté dans les mouvements et enfin elle ajoute cet immense avantage de hâter presque toujours la cicatrisation des plaies.

D'après une statistique publiée par M. Malgaigne, il succombait à Paris dans les cas d'amputations un malade sur deux ; à Glascow, un sur deux et demi ; dans les hôpitaux de la Grande-Bretagne, un sur trois et demi.

Depuis l'introduction des agents anesthésiques, les mêmes opérations faites dans les conditions identiques, ne donnent puisqu'une mortalité de 22' pour 100, c'est-à-dire un mort sur quatre opérés.

L'anesthésie devient un auxiliaire pi'écieux dans tous les cas où la contractilité musculaire est un obstacle au rétablissement des rapports normaux des parties; ainsi dans les luxations récentes ou anciennes, dans la réduction des hernies étrangi«»6s, dans celle des fractures compliquées et trés-

■ The Ameiiciiii. Journal of I lie médical sciences , avril, 1854.

— Gl -

douloureuses, dans les opérations qui se praliquenl sur les yeux, pour des affeelions dans lesquelles il esl très-importanl d'obtenir l'immobilité du globe oculaire.

On a proposé l'ancslhésie dans les cas d'alfeetions diverses el notamment du croup, nécessitant la traclicotomie. Nous pensons, contrairement à M. Henri Smith, fjue ce cas est précisément du petit nombre de ceux où les inhalations de vapeurs anesthésiques doivent être évitées.

Il Y aurait en effet imprudence extrême à augmenter les chances de l'asphyxie lorsqu'il y a déjà menace de suffocation.

Nous n'énumérerons pas tous les cas spéciaux dans lesquels les chirurgiens ont fait usage du chloroforme pour exécuter des opérations longues ou douloureuses, nous nous bornerons à dire que l'usage a été poussé jusqu'à l'abus, et qu'on n'a point hésité très-souvent pour complaire à des malades pusillanimes de les plonger dans l'aneslhésie pour ouvrir un petit abcès ou faire l'avulsion d'une dent: chose remarquable, c'est principalement dans ces circonstances où l'usage du chloroforme n "était point nécessaire que des accidents graves ou la mort sont survenus.

Les médecins ont encore eu recours à l'anesthésie pour découvrir les maladies simulées telles que la surdi-mutité, l'idiotisme, les incontinences d urines, les conlraclurcs musculaires el les ankyloses. Nous avons vu plusieurs faits qui nous ont démontré l'utilité de cette méthode; toutefois, il ne faut pas lui accorder une valeur absolue surtout lorsqu'il s'agit de rétraction des muscles ; ici, comme dans le tétanos, la résolution générale suffit pour faire cesser momentanément le spasme local, mais il reparait dès que le sommeil anesthésique cesse.

Les anesthésiques ontétéplusiuurs fois employés pouraccomplirdes idées de suicide. Dans quelques cas le but a été atteint, mais le plus souvent les tentatives ont échoué. Tout récem-

ment, nous avons été appelé à donner des soins à un homme qui s'était placé sous le nez et dessous la bouclie une éponge fortement imprégnée d'élher, mais les mouvements qu'il fit pendant le sommeil anesthésique , dérangèrent l'appareil et les fonctions respiratoires se rétablirent d'elles-mêmes.

Le crime a aussi voulu s'emparer de ces redoutables agents, des abus de confiance ont été commis et la justice est intervenue. Mais jusqu'ici, malgré de coupables pensées, on n'est pas parvenu à occasionner la mort.

Nous ne reviendrons point sur l'anestbésie locale , ayant eu à traiter ce sujet lorsque nous nous sommes occupés de l'acide carbonique et de l'oxyde de carbone.

CLASSIFICATION THERAPEUTIQUE

DES ANESTHÉSIQIJES.

Pendant longtemps on ne s"esl point occupé de la classification thérapeutique des agents anesthésiques ; leur nondjrc était si restreint qu'il semblait faire une catégorie à part dont le nom seul indiquait la puissance et la nature d'action.

Mais , la catégorie de ces merveilleux agents s'est si rapidement élargie, qu'ils constituent aujourd'hui un des groupes les plus riches de la médication stupéfiante.

M. Fonssagrives * s'est occupé avec habilité de cette question. Il fait remarquer, dans le mémoire qu'il a publié à ce sujet, que la découverte des anesthésiques a nécessité un remaniement particules classifications thérapeutiques. En effet, il y a peu de temps encore, les agents compris sous cette dernière

Mémoire sur lu comlilulion du groupe lliérapeulique des slupéfianls diffusihles, et fur la nécessilé d'y faire entrer toutes les substances dites antispasmodiques, par le D"' J.-B. Fonssagrives, Archives 'jénérales de médecine , avril , IS51.

nomination , occupaient dans les classificaiions les plus acréditées , des places très-distantes les unes des autres. Ainsi certains auteurs considéraient les élhers comme dos stimulants diffiisibles ; d'autres, comme des antispasmodiques purs ; quelques-uns comme des hyposthcnisunls à détermination céphalique.

Les alcooliques étaient relégués dans le groupe des stimulants généraux ; Vacide carbonique et Voxyde de carbone n'avaient point de place déterminée. Les cyaniques étaient disséminés dans le groupe des antispasmodiques et dans celui des stupéfiants. Enfin les huiles essentielles étaient considérées par l'école française comme des agents stimulants, tandis que l'école italienne les classaient au contraire parmi les liyposthenisanls.

M. Fonssagrives a remanié la classification de tous ces corps et il propose d'établir entre eux des rapprocliemenis nouveaux lires de leur mode d'action. D'après cet auteur les stupéfiants doivent être divisés en deux grandes catégories : 1° stupéfiants fixes, 2° stupéfiants volatils ou diffusibles. Il admet que la propriété stupéfiante , diffusible ou anestliésique est liée d'une manière nécessaire à l'odoréité et à la volatilité des produits organiques ou inorganiques , et que toute substance odorante peut réaliser, à des degrés divers, les symptômes de l'aneslhésie chloroformique , ainsi, le camphre, le musc, le castoréum , les huiles essentielles, les plantes odorantes, les produits odorants et volatils engenJrés par la combustion et la distillation des substances organiques , l'ambre, le succin , l'ammoniaque, les cyaniques, les alcaloïdes odorants et volatils tels que: eonicine, nicotine, etc., sont des insensibilisants ou plutôt des stupéfiants diffusibles au même titre que la classe variée des éthers et du chloroforme.

Les substances volatiles et odorantes se rapprochent toutes les unes des autres par des caractères communs que nous rap-

pellerons en peu dv mots. Tous les élliers se volalilisent rapidement et pénétrent avec facilité dans l'économie par les voies ordinaires de l'absorption ; ils y exercent promptement une action qui varie selon la dose à laquelle ils sont employés. C'est d'abord une excitation légère suivie d'un engourdissement passager de l'appareil nerveux ; à plus bautcs doses, ils provoquent l'expansion et la suractivité cérébrale ; plus tard, ils déterminent l'engourdissement successif des diverses parties des centres nerveux, puis, l'insensibilité complète et enfin la mort.

Les huiles essentielles, volatiles, liquides ou concrètes tiennent par des Jiens très-étroits aux substances que nous venons d'indiquer. Ces agents ont une action stupéfiante générale trèsrapide pouvant aller jusqu'à déterminer la mort. L'odeur de certaines fleurs porte à la léle, elle détermine la céphalalgie, la pesanteur de tète, l'hébétucle mentale et sensorielle, la syncope et même la mort. Les parfums suaves de l'oranger, du jasmin, de l'héliotrope, ont déterminé plus d'une fois des accidents de cette nature.

Ces huiles essentielles agissent comme les alcools, leur premier effet est de déterminer, sur les centres nerveux, une excitation qui est bientôt suivie de la stupéfaction. La forme, l'intensité, la rapidité, varient nécessairement suivant la nature et la volatilité de l'essence, mais ces dissemblances ne troublent en rien les rapports de composition chimique et d'action thérapeutique de ces divers corps.

Page 1