‹ Recherches sur les anésthesiques en général leurs effets physiologiques et pathologiques et sur l'agent chimique qui, spécialement, produit l'anethésieChapitre 5 sur 16 · ANESTHESIE LOCALE · texte numérisé non relu

ANESTHESIE LOCALE

Peu (le temps après l'emploi de l'éthérisalion pour déterminer l'aneslhésie générale, un chirurgien distingué de la marine, M. Jules Roux , voulut essayer l'action directe de l'édicr et du chloroforme dans l'espoir de déterminer une anesthésie locale. Ce chirurgien a soumis les parties sur lesquelles il voulait agir, soii aux vapeurs d'éther ou de chloroforme, soit au chloroforme liquide. Cette dernière manière de procéder lui a paru beaucoup plus avantageuse que l'autre. Il a constaté que cette substance, déposée sur les plaies, détermine d'abord de la chaleur, et une douleur peu intense, qui ne larde pas à se dissiper et à faire place à un bien-être sensible. L'insensibililé de la plaie dure plus ou moins longtemps, suivant que cette dernière est plus ou moins récente, mais elle ne s'étend jamais à toute l'économie.

I\l. Jules Roux a employé l'élher et le chloroforme sur les plaies, les ulcères , la peau, les membranes muqueuses ; il a

■ Brilischmed. journal elJourn. de méil. el de chir. praliq., septembre 1857.

— lofait des injections clans les fistules, dans la tunique vaginale pour guérir riiydroccle. Les résultats de ees nombreuses expérimentations lui ont paru satisfaisants et d'une application utile à la thérapeutique.

Depuis très-longtemps, on sait que le froid engourdit les partics et y diminue la sensibilité. M. Arnott s'est emparé de ce fait, pour produire une anestliésie locale par réfrigération. Les médecins de la Grande-Bretagne ont suivi son exemple, et MM. Bellingham et Margrave ont rendu compte ii la société chirurgicale d'h-lande, des succès qu'ils ont obtenus. Après quatre minutes el demie d'application d'un mélange fuit avec le sel et la glace à parties égales, on put diviser en quatre lambeaux les téguments couvrant une exostose du crâne el enlever celle-ci à l'aide de la gouge et du maillet. La patiente, jeune fille de dix-sept ans, déclara n'avoir pas eu conscience des incisions cutanées *.

Afin de le maintenir plus longtemps en contact avec les parties souffrantes ^ on tenta de convertir l'éthei' en une substance demi-solide et l'on y parvint en l'incorporant à lalbumine de l'œuf. Ces reclierches faites par M. Griniault, engagèrent M. Ruspini, professeur à Bologne, à faire les mêmes essais avec le chloroforme. Mais cet expérimentateur remarque que le chloroforme, en raison de sa densité supériem'e, est un peu plus difficile que l'éther i\ incorporer à l'albumine de l'œuf. Ces expériences furent répétées par MM. Aldir, Ortega el Espino à Madrid , elles donn: rent des résullals satisfaisants en calmant de vives douleurs locales produites principalement parle rluimatismc **.

Depuis cette époque, on s'est servi très-fréquemment de pommade et de linimenl chloroformés et souvent avec un avantage incontestable. Ces moyens toutefois parurent insuffisants à plu-

■ Dublin , médical press , 20 décembre 1854 , p. 383.

" Bultelino délie science mediche de Dotogm , 24 mars 1856, p. 40J.

sieurs pralicicns el noiammciil M. S.-L. Hardy, qui, en vue de calmer les souffrances atroces causées par un cancer de l'utérus, fil un emploi local de la vapeur de chloroforme. L'appareil dont se sertie piaticien anglais est assez simple : c'est un récipient métallique auquel on adapte, d'une part, un insufflaleur en caoutchouc, de l'autre un lube terminé par une canule de la longueur et la forme des plus propres à porter l'agent anesthésiquc sur les parties malades. Il recommande de ne placer dans le récipient qu'une éponge imprégnée de chloroforme, el non du chloroforme en nature. Sans celte précaution on s'exposerait lorsqu'on comprime ensuite l'insufflateur, à pousser sur les parties ma'ades , non seulement de la vapeur, mais du chloroforme liquide , ce qui doit être évité.

Cette douche anesthésiquc produit un calme qui dure plusieurs heures ; la douleur ne revient ensuite que sensiblement affaiblie '.

L'année suivante, M. Gonzalez Coudé répéta les essais de M. Hardy, afin de combattre également les douleurs cancéreuses du rectum. M. Coudé modifia un peu l'appareil. Il adapta à une bouteille un bouchon futé à cire d'Espagne , puis, par un trou fait à ce bouchon, il passa une grosse sonde de goumie élastique ; quinze grammes de chloroforme avaient été préalablementversésdansla bouteille. On commença alors à favoriseï' la vaporisation du chloroforme ; d'abord en appliquant les mains sur la bouteille qui le contenait, puis en rapprochant à une certaine distance un réchaud chargé de charbons embrasés. Ce moyen réussit , les souffrances furent promptement apaisées **.

M. Heurteloup eut recours plus tard à l'administration du chloroforme et des agents anesthésiques par projection en se servant d'un petit appareil qui consiste en un gros tube de

Dvbliii-Qualeilij journal, nov. 1853, p. 30ti. Gaielleltebdomadaire ,T . l,p. 698.

verre bouché à ses deux exlréinilés par deux bouchons de liège. Ces deux bouchons sont percés d'un trou et traversés tous les deux par un tube ; l'un de ces luhes (init en cône ouvert à son extrémité ; le tube qui traverse l'autre bouchon se continue avec un long tuyau flexible au bout duquel on introduit la tuyère d'un petit soufflet. Dans le gros tube «le verre, il y a de la gaze pour recevoir et étendre le chloroforme. L'éiher ou le chloroforme élaiil introduit, l'air poussé par le souftlet traverse le liquide et entraine les vapeurs qui sortent par le petit tube étant ainsi mêlées à l'air *.

Aces divers anesthésiques, M. Folliii proposa de sui)slituer le gaz acide carbonique déjà conseillé en 1794 par Jugcn Housz. Le premier en France, il renouvela ce procédé en inetlant des surfaces ulcérées et douloureuses en i'ap|)orl avec un courant continu de gaz acide carbonique. Son premier essai eut lieu le 29 se[)!embre I8S() sur une femme aileinte d'un ulcère cancéreux du col de l'utérus. Les douleurs ftu'ent promptemcnt calmées, le même succès suivit cliaque retour des souffrances.

On obiini une anesthésie plus ou moins complète en dirigeant des vapeurs de gaz acide carboiii(iue à la surface d'un œil enflammé cl douloureux, sur mi cancroïde de l'oreille, entre les lèvres d'im abcès que l'on venait d'ouvrir et sur une plaie très-douloureuse du doigt.

Le mo(l(! d'application est très-simple ; après avoir déiragé du gaz acide carbonique par l'un des moyens connus, on se sert d'un sac en caoutchouc ou en guiia-perha pour entourer les surfaces malades cl les mainlenir dans de véritables bains de gaz acide carbonique **.

M.Broca appliqua les propiiétés anesthésiques du gaz acfde carbonique aux affections douloureuses de la vessie. Son pre-

■ Compte-rcnilu des séances de l'Académie des Sciences, séance du 3 aont 185'.

■■ Arcliives générales de médecine, novembre 185(j, p. G08.

mier essai remonte au mois de septembre 1856. Il injecta le gaz clans la vessie au moyen d'une sonde flexible et d'un ballon en caoutchouc ; il parvint ainsi à calmer les douleurs violentes chez un jeune homme qui depuis plus de deux ans était atteint île cystite *.

Aux recherches sur l'action anesthésique de l'acide carbonique, succédèrent bientôt de nouveaux travaux sur le gaz oxyde de carbone.

Le 29 novembre 18S6, le docteur Ozanam présenta à l'Académie des sciences de Paris un mémoire sur l'action anesthésique (lu gaz oxyde de carbone. I\l. le professeur Tourdes lut une note sur le même sujet dans la séance du 26 janviei' 1857. M. Tourdes avait pour but d'établir la spontanéité de ses recherches , en constatant, par les bulletins autographiés de son cours à la faculté de médecine, qu'à la date du 21 mars 1850 et du l'''' février 1853, il avait déjà classé le gaz oxyde de carbone parmi les gaz anesthésiqiies, avec l'hydrogène bicarboné , l'acide carbonique et l'hydrogène proto-carboné, qui possède une action analogue, mais avec une intensité biaucoup moindre. Le 18 décembre 1856, il a ré|)été ses expériences en public. Le 31 décembre, une première application thérapeutique a été faite à l'une des cliniques de la faculté de Strasbourg *'. Il résulte des recherches de ces deux expérimentateurs, MM. Ozanam et Tourdes, que le gaz oxyde de carbone, peut être employé comme agent anesthésique général ou local.

Nous avons déjà rapporté l'observation du fait signalé par M. Coze. M. Ozanam de son côté, aidé de M. Fabre, a fait des expériences sur l'action du gaz proloxyde de carbone, appliqué sur la peau recouverte de son épidémie, puis sur la peau

* Moniteur des Iwpilaux, I août 1857.

" Gabelle médicale de Sliasboiiry , février 1857.

dénudée et enfin sur les plaies. Il résulte de ces recherches que la peau recouvcrle de son épidémie peut séjourner pendant trente minutes sans éprouver aucune altérationf de la sensibilité, tandis que lorsqu'elle est dénudée, le gaz agiid'une manière prompte et efficace. Une minute, et quelquefois moins, suffit pour calmer de vives douleurs.

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