‹ Recherches sur les anésthesiques en général leurs effets physiologiques et pathologiques et sur l'agent chimique qui, spécialement, produit l'anethésieChapitre 8 sur 16 · EPOQUE DE LK MORT · texte numérisé non relu

EPOQUE DE LK MORT

LiElX

Homme

Thomas Herbert .

Anne Pni'kinson. .

Albin Bm'fiU

Dolorès Lopez . . .

Ouvrier bavarois

Enfant

Homme

Lolli

Dame

Homme

Dame

Hamr.ih-Greener .

Mlle Stocli

Homme

Femme

Femme

Arthur Walkes. . .

Mislriss Simmons

Homme

Fois d'Hjdérabad .

Walter Badger. . .

Daniel Schlyg . . .

Blessé (le juin. . .

Pélronille .....

Ch. Desnoyers . . .

Samuel Bennetl .

.leunc garçon.. . .

Femme

Jeanne Morgan . .

Cas de mert par l'éther.

ib. après l'opération

50 h. après l'opération

40 h. après l'opération

3 h après l'opération

"i h. après l'opération

Mort immédiate

ans.

ans.

ans.

ans.

ans.

ans.

France.

Angleterre.

Angleterre.

Angleterre.

Espagne.

France.

as de mort par le chloroforme.

i5 ans .

40 ans.

13 ans.

18 ans.

33 ans.

56 ans.

25 ans.

15 ans.

30 ans.

43 ans.

40 ans.

22 ans.

19 ans.

35 ans.

moyen :i|^( Inconnu.

23 ans.

24 ans.

I"e hom .

36 ans.

22 ans.

36 ans.

19 ans.

40 ans.

59 ans.

12 b. ' !■: après l'opérât" |12 b. après l'opération

Pendant l'opération. .

Pendant l'opération . .

Mort immédiate

24 h. après l'inhalation

Mort subite

Pendant l'opération. .

Mort immédiate. . . .

2 min. après le com-

menc"' del'inhalation

Mort pendant l'opérât.

Presque immédiate . .

Mon immédiate

Pendant l'opération . .

2 jours aprèsl'opérat.

Mort immédiate

10 minutes

Un '/, d'heure après

l'inhalation

2 min. après l'inhalai, Moit immédiate

France

France.

France (Orléans]

Angleterre.

ftalie.

Amérique.

Amérique.

Amérique.

Angleterre.

France.

Angleterre.

Angleterre.

Angleterre.

Angleterre.

Amérique.

Angleterre.

Inde.

Angleterre.

France.

France

Italie.

France.

Angleterre.

Allemagne.

France (Paris).

Angleterre.

Ab-

NOJIS.

Hull

M™" Labrune

Serrirr

Inconnu

Mme Simon

H, MolliniîWorlh . , Soldat nu27i;c)elig.

Caroline Barlies. . .

Min! VV

BriHon

Homme

Homme mulàlre . .

Femme

Hommes

AfiE.

19 ans.

33 ans.

17 ans.

36 ans-

25 ans 28 ans.

32 ans.

3i ans.

iô ans.

20 ans.

EPOQUE IIE 1..4 liOnT.

iOh apr, l'ailm.ilu chl Mort immédiate

Deux minutes

Pendant l'opération .

Mort imniédiate . . . .

iDeux minutes

MEIX.

Angleterre.

France.

France.

Angleterre.

France Angleterre.

France.

Angleterre.

Allemagne.

Fruiire.

Angleterre.

Allemagne.

France.

Cas de mort par i'amylcne.

33 ans. |Pendant l'opératinn. . Angleterre.

il 85; 'l857

Il résiillc de ces lableaiix qu'on eonnait, jusqu'à ce jour, 4.8 cas tlo mort pi'oduils par les aïK stliésiqnes, 52 chez, les hommes, IG chez les femmes.

Si on s'occupe de l'âge, on trouve que le plus âgé avait Si) ans et le moins âgé H ans.

En ce qui concerne les pays divers où les cas de mort onl élé observes, on trouve :

Pour la France 17

— l'Anglelerre 20

— l'Amérique 4

— l'Allemagne 3

— l'Kspagne I

— l'Italie 2

— rinde 1

Les médecins sont loin d'être unanimes dans les explications données sur les causes de la mort. Les uns y ont vu une asphyxie véritable , d'autres l'ont considéré comme un empoison-

nement ; à ces assertions ils ont ajouté la syncope el la prostration nerveuse. Chacun d'eux a cité des faits à l'appui de son opinion.

MM. Blatin el Labarre considèrent comme causes principales de l'asphyxie mécanique, l'occlusion de la bouche, l'obstruclion de la trachée par des mucosités, le refoulement de la langue vers le larynx et l'application trop exacte de la serviette imprégnée de chloroforme sur le nez et la bouche. L'asphyxie toxique est déterminée par l'introduction d'une trop grande quantité de vapeurs anesthésiques sans un mélange suffisant d'air atmosphérique. Dans ce cas, les nerfs qui se rendent aux organes respiratoires sont vivement impressionnés et déterminent la paralysie des muscles du larynx.

Nous ne nous arrêterons point à discuter l'exactitude théorique de ces explications; tout ce que nous constaterons, c'est que dans l'un et l'autre cas, l'hématose est empêchée par le défaut d'air respirable et que les caractères nécroscopiques ne permettent point de saisir la plus légère différence entre ces deux formes d'asphyxie.

Pour M. Jules Guérin, la mort est produite par l'ébranlement du système nerveux et par sidéralion. Il a formulé dans la gazette médicale les trois propositions suivantes : 1° Que l'agent toxique ne cause ni n'a jamais causé d'accident par asphyxie passive, par insuffisance d'air; 2" que la mort peut arriver de deux façons : tantôt par une succession régulière et progressive des effets de l'anesthésie, par une sorte d'asphyxie toxique, tantôt subitement et par une sorte de sidération ; 3" qu'à une certaine dose, le chloroforme tue toujours, mais qu'à la même dose il est sans danger pour le plus grand nombre et mortel pour certaines personnes en raison de dispositions particulières inconnues.

M. Robert admet la syncope et la sidération. La mort, ditil, paraît causée en général par la cessation brusque des mou-

vemenls du cœur, par une véritable syncope, lîn effet, dans la plupart des cas de morts observés jusqu'à ce jour, il n'y avait pas eu administralion excessive de l'agent aneslliésjque. Il y a plus, les mûmes sujets ont pu être soumis plusieurs fois impunément à l'action des aneslbésiques bien que finalement, sous l'influence de causes inaperçues, ils aient succombé à la dernière expérience.

Les recherches toutes récentes de M. Em. Fernet* serviront peut-être bientôt à jeter la lumière sur les causes jusqu'ici fort obscures de la mort produite par les agents aneslbésiques. Ce cbimisle est parvenu à démontrer que les phénomènes d'absorption ou de dégagement du gaz qui ont lieu dans les organes lespiratoires des animaux, soii normalement, soit d'une manière accidentelle, peuvent être expliqués par la simple loi de la dissolution. Or, tous les faits cotmus tendent à faire admettre que, pour le sang en particulier, l'absorption des différents gaz s'accroît en raison de la quantité plus ou moins considérable des différents sels contenus dans le sérum. Mais dans ce cas, l'absorption est un phénomène complexe, dépendant à la fois de la dissolution simple et de la combinaison chimique, ainsi, l'absorption de l'oxygène détermine des combinaisons très-promptes , tandis que l'acide carbonique pénètre dans les organes sans subir de modification chimique sensible.

Il résulte de ces faits que , pour l'acide carbonique , il s'opère une action dissolvante cl que la quantité totale de gaz absorbé est une fois et demie égale à celle qu'absorberait l'eau pure dans les mêmes circonstances. Pour l'oxygène , au contraire, c'est surtout une action dissolvante , que tend à diminuer la présence de certains sels tel que le chlorure de sodium.

■ Sur l'absorption et le ilégayement des (jaz par les dissolutions salines et par le sanij. Comptes-rendiis de V académie des sciences. T. XLVI , p, C20 , 1858.

M. Em. Fernet s'exprime ainsi en indiquant les conclusions de ses travaux: « Il en résulte que le sérum n'est pas seulement un liquide contenant les éléments de la nutrition , et d'une densité telle, que les globules s'y puissent conserver, c'est encore un liquide dont la constitution chimique est appropriée au maintien d'un équilibre particulier pour chacun des gaz auxquels il doit servir de véhicule. Tout porte à croire même que , dans les cas où l'on observe des perturbations apportées dans la respiration par des changements dans les proportions des substances dissoutes, elles sont dues bien plutôt à une différence d'action du liquide sur le gaz , qu'à une différence de densité altérant la constilulioii des globules. Toutefois le sérum n'est qu'un intermédiaire qui dégage, sous de simples actions physiques , les gaz qu'il a absorbés '. »

Si nous appliquons maintenant le résultat de ces importantes expériences aux phénomènes produits par le chloioforme, dont les éléments chimiques offrent une quantité considérable de carbone, nous expliquerons facilement l'absorption des vapeurs de ce liquide , puis le changement rapide du sang noir en sang rouge et peut-être aussi la présence des globules gazeux dans les veines , observés chez plusieurs individus qui avaient succombé pendant l'anesthésie et qui ont pu se dégager du sérum du sang sous l'induence d'une pression ou d'une température différente de celles qui agissaient primitivement.

Les autopsies ne nous ont pas éclairé d'une manière plus satisfaisante sur les causes de la mort.

Amussat qui a fait de nombreuses recherches sur ce point a constaté sur les animaux qu'il avait fait périr par l'inhalation prolongée de l'éther que le sang était cxtraordinairement fluide, qu'il était noir dans les veines et dans les artères , que le cœur était distendu par une grande quantité de sang , que le cerveau

■ Comples-rendus de l' Académie des sciences. T. XLVI, page 675, t858.

élait un peu injecté; les poumons ne lui ont rien offert de pariiculicr.

Le docteur de Confervon, médecin des hôpitaux de Langres, a fait l'autopsie d'une jeune dame de trenle-lrois ans qui venait de succomber à i'élhérisation en moins de quinze secondes. Il a trouvé le cerveau et parliculicremont les veines du crâne, gorgés de sang noir et fluide ; la substance de l'encéphale incisée était picotée de points rouges , les vaisseaux capillaires, ouverts par l'instrument, laissaient suinter du sang noir en gouttelettes, une sérosité assez ahoiidante remplissait le canal vertébral et s'élevait jusqu'à la base du crâne. Dans toutes les veines de cette dernière région , dans celle même du plus petit calibre, il existait une quantité notable de bulles d'air facile à déplacer et fractionnant le liquide par petites colonnes. Le cœur était flastpie , une ponction pratiquée à l'oreillette gauche laissa échapper du sang noir, fluide, accompagné d'un dégagement d'air sous forme de bulles. Les poumons , parfaitement crépitants dans toute leur étendue, offraient une teinte grise, ardoisée , uniformément répandue.

Ces caractères n'ont aucune valeur spéciale. On ne les a |)as retrouvés chez d'autres sujets qui ont également succombé à l'aneslbésie. Chez le jeune garçon qui a succombé à l'Hotel- Dieu de Lyon en 1849, l'autopsie a présenté: Le cœur d'un volume normal, affaissé , vide d'air et de sang , les parois ventriculaires étaient seulement humectées par une écume fine, irès-rouge, donnant l'idée du sang battu par les colonnes charnues du cœur . Les veines caves et la veine porte étaient distendues par un sang noir, fluide très-abondant; les poumons offraient une teinte noire ardoisée , fort prononcée.

Dans l'un des deux cas de mort déiérminés par l'amylène , et rapportés par M. Snow, on constata que le sang élait liquide, sans aucune odeur d'amylène , les cavités du cœur étaient à

nioilié distendues par du sang noir ; celui-ci, examiné au microscope, fui reconnu sain. Les poumons étaient pleins île sang avec des extravasations disséminées dans plusieurs point'^. Le cerveau el la moelle épini^re étaient à l'étal normal.

On ne possède aucun cas de mort occasionnée chez l'homme par l'acide carbonique ou le gaz oxyde de carbone, mais il esl évident que dans ce cas d'asphyxie on reirouverail tous les caractères connus el très-souvent observés chez les individus qui, volontairement ou accidenlellemcnt, ont succombé à l'action prolongée de l'un de ces gaz.

L'opinion publique et les tribunaux de l'Angleterre el de la France se sont émus des déplorables événements occasionnés par les anesthésiques. La question de responsabilité médicale a été soulevée et longuement débattue; malgré tout l'intérêt qu'elle peut offrir, nous ne la traiterons pas dans ce mémoire, car elle nous parait s'éloigner des termes du programme donné par la Société des sciences médicales.

D'ailleurs, malgré l'opposition de quelques médecins, malgré les avertissements et les condamnations de plusieurs tribunaux, l'emploi des anesthésiques est tombé dans la pratique habituelle des médecins, il ne se passe point de jour sàtis que plusieurs malades ne soient soumis à l'aclion de ces agents, et le nombre d'accidents, comparé aux expériences multipliées, se trouve dans des proportions si minimes qu'il ne saurait arrêter l'opérateur le plus timide à moins de contre-indication évidente.

La guerre récente de Crimée est venue d'ailleurs fournir un argument presqu'irrésistible en faveur des anesthésiques. M. Baudens rapporte « que les médecins de l'armée d'Orient ont administré le chloroforme -avec une grande prudence, s'arrélant à la période d'insensibilité el ne la dépassant jamais avec inlenliou. Aussi n'a-t-on eu aucun accident mortel à déplorer, quoique pendant la campagne d'Orient le

chloroforme ail été employé trente mille fois au moins*. » Ces fiiils importants sont confirmés par M. l'inspecteur Scrive, clans sa Relation médico-chirurgicale de la campagne d'Orient (page 46S).

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