‹ Recherches sur les anésthesiques en général leurs effets physiologiques et pathologiques et sur l'agent chimique qui, spécialement, produit l'anethésieChapitre 9 sur 16 · INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS · texte numérisé non relu

INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS

Jusqu'à ce jour, Tobservation dénionlre que, ni la constitution, ni l'âge, ni le sexe, ne sont des conditions suffisantes pour découvrir l'impressionnabilité des individus que l'on veut soumettre au chloroforme. Des hommes robustes tombent presque subitement dans le sommeil anesthésique, tandis que déjeunes enfants résistent longtemps. 11 n'est pas rare de voir des femmes rester presque réfractaires à l'aclion du chloroforme, malgré les doses énormes employées pour les endormir. Nous avons vu une demoiselle à qui on se proposait de pratiquer l'opération de la fistule lacrymale, et chez laquelle quatre-vingt-dix grammes de chloroforme de très-bonne qualité et très-régulièrement administré n'ont pas suffi à déterminer le sommeil.

Par contre, d'aulres personnes sont douées d'une susceptibilité extraordinaire. M. Scoulellen^ médecin en chef de l'hôpital militaire de Metz, en cite un exemple très -remarquable présenté par une demoiselle. « Me trouvant |)lacé à côlé d'elle, dit-il, pour voir l'un de ces spectacles forains où l'on exécutait la suspension dite éthéréenne, l'acteur, pour mieux tromper les spectateurs, jeta sur le parquet du théâtre une petite quantité d'éther dont les vapeurs se répandirent dans la salle au lever du rideau, A l'instant, et sans aucun prélude, celte demoiselle tomba endormie, .la sensibilité était éteinte et tout sentiment de relations extérieures avait disparu. Ce fait m'impres-

' Soiireiiirs d'une tnissioii médicale à l'armée d'Orient, par L. Boudens , iii-8", 1857, p. e

sionna vivement ; j'interrogeai plus tard cette demoiselle, et j'appris qu'il suffit de déboucher un flacon d'élher, dans une chambre et même dans une église, pour que le sommeil arrive aussitôt que les vapeurs de ce liquide lui parviennent*. »

Le même auteur rapporte un fait non moins curieux d'anesthésie intermittente, qui est peut-être unique jusqu'à ce jour; il a été signalé par un de ses confrères, le docteur Defor.

11 s'agit d'une malade à laquelle on avait administré six grammes d'élher en lavement. Le sommeil et l'insensibilité furent complets, mais ce qu'il y eut de remarquable, c'est que, pendant près de dix-huit jours, à dater de l'éthérisalion, la malade eut des alternatives périodiques de veille et de sommeil, avec insensibilité et abolition des fonctions de l'intelligence.

Une seconde étliérisation, nécessitée par la maladie, amena les mêmes résultats. On vit se reproduire les alternatives de veille et de sommeil précédemment observés, et qui durèrent à peu près le même laps de temps que la première fois. Cette fille voulait-elle manger, porter une cuillerée de soupe à la bouche, tout à coup la cuillère lui échappait de la main, la tête retombait sur l'oreiller, un sommeil calme survenait pendant quelques minutes, puis, le réveil s'opérant, elle leprenait sa cuillère et mangeait. Ces effets surprenants se reproduisirent sous l'influence d'une troisième administration de l'étiier.

Quels que soient les faits que l'on pourrait citer, on ne peut méconnaître qu'il existe des conditions individuelles, inappréciables par le médecin, conditions extrêmement variables, |)erniettant de chloroformer plusieurs fois le même sujet sans inconvénient; puis, des modifications inconnues survenant, l'anesthésie détermine tout à coup des accidents graves ou même la mort, "

• Histoire du chloroforme el de Vaneslkésie en général. Travaux de la Sociéli des Sciences médicales de la Moselle, 1852-1853.

Nous pourrions mainlenanl traiter des indications et des contre-indications de l'emploi des aneslhésiques ; mais, des explications déjà données nous permettent de nous borner à quelques remarques très-courtes.

Beaucoup de praticiens ont recommandé de ne jamais recourir à i'anestliésie chez les enfants au-dessous de dix-huit mois : cette réserve nous parait exagérée. Nous l'avons employé et vu très-souvent mettre en usage chez les enfants de cinq et six mois, et toujours sans aucun inconvénient.

L'aneslhésiea encore été proscrite pour les cas d'ablation des amygdales ou de différentes mahidies de la bouche nécessitant une opération. C'est encore pousser |a réserve trop loin ; on peut y recourir, dans une sage mesure, pour obtenir du calme cl supprimer les mouvements violents qui peuvent troubler l'opérateur et exposer le malade ù des blessures fâcheuses.

Mais il y a véritablement contre-indication dans toutes les maladies graves ayant amené l'épuisement, dans les affections des organes de la respiration ou de la circulation.

Il faut la proscrire chez les personnes prédisposées à la syncope, aux hémorrhagies et à l'exaltation du système nerveux.

Dans tous les cas, la sagacité et l'expérience du médecin , sont les véritables guides delà conduite à tenir. Toutes les recommandations seraient insuffisantes si la prudence et les enseignements de la science ne dirigeaient sa décision et ses actes.

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