FORME DU CORPS
Bien que le type de la famille des Aphroditiens eût été d'arbord caractérisé par son corps aplati et ovalaire, DE BLAINVILLE [28 n’hésita pas à rattacher à cette famille la Phyllodoce maxillosu, type du genre actuel Po/yodontes, qui par la forme de son corps rappelle beaucoup plus les Æunice par exemple que les Aphrodite ; nous avons vu aussi que les Sigalioniens, les Acoëtiens et les Polylepidiens ont un corps franchement vermiforme ; parmi les Polynoiniens, certains sont grèles et allongés, comme Polynoe scolopendrina SAV., comme aussi Acholoë astericola DELLE CHiyE et Lepidasthenia elegans GR. ; mais, dans la plupart des genres de cette tribu le corps est court, déprimé, et de forme ovalaire (Lepidonotus, Harmothoe, Hermadion, Lagisca, Iphione) ; celle disposition s’accentue encore lorsqu'on passe des Polynoiniens aux Hermioniens, pour atteindre son maximum chez le représentant le plus anciennement connu de la famille, chez Aphrodite aculeata L. ; cet Annélide est d’ailleurs connu des pêcheurs de Cette sous les noms caractéristiques de Ver plat ou de Pou.
Nous remarquerons que, si l'on ne s'occupe que de la forme du corps, les Polynoiniens peuvent être considérés-comme le groupe central de la famille ; en partant d'espèces à corps court, comme celles des genres /larmothoe et Lepidonotus, on peut constituer à l’intérieur de cette tribu deux séries dont l’une, par des Zphione, conduit aux Hermioniens, tandis que, dans l’autre, des formes telles que Lepidasthenia et Acholoe constituent un acheminement vers les Acoëtiens et Les Sigalioniens.
Une autre remarque qui s'impose aussi est relative aux Sigalioniens, tels que les définit GRUBE ; ils sont en général allongés et leur corps est presque cylindrique. Cependant le genre Æwlepis se distingue de tous les autres de la tribu par son corps court, massif et aplati. |
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Taille. — La taille des Aphroditiens n’est pas moins variable que leur forme. Les Sigalioniens appartenant au genre Pholoë peuvent à bon droit être rangés parmi les plus petits des Annélides errants; dans la même tribu, des Sfhenelais et des Sigalion atteignent 30 cent. de longueur; encore ne sont-ce là que de petits animaux à côté de certains Acoëtiens, qui peuvent mesurer 2 mètres de longueur sur une largeur de plus de 2 centimètres, d’après Sr-Loup [89].
Les Polynoiniens sont en général de taille moyenne ou même petite et l’on peut citer comme une exception la Polynoë(Lepidametria) gigas JoHxsoN, qui atteint une longueur de 23 centimètres.
Les Hermioniens peuvent, par contre, présenter un volume assez considérable ; les Aphrodite aculeata mesurant 10 cent. de longueur sur 3 cent. de largeur sont communes et l’on a conservé des exemplaires de cette espèce, qui, après un long séjour dans l'alcool, dont on connaît l’action ratatinante, mesuraient encore 18 cent. sur 6 centimètres.
Nombre des segments. — Le nombre des segments, toujours très considérable dans les espèces vermiformes, varie, chez ces types, dans des limites très étendues. Au contraire, dans les espèces à corps trapu, ce nombre, toujours assez faible, présente une constance remarquable et peut fournir un excellent criterium pour la détermination. C’est là, malheureusement, un caractère auquel les anciens auteurs n'ont pas toujours accordé une importance suffisante, alors qu'ils se sont, au contraire, appesantis parfois sur des détails d’un intérêt beaucoup moindre.
Coloration. — En ce qui concerne, par exemple, la coloration, il est facile de se rendre compte du peu d'intérêt des caractères que l'on en peut tirer, au moins dans la grande majorité des cas.
Chez la plupart des Polynoiniens, les élytres sont couverts descorps étrangers les plus divers (grains de sable, diatomées, vorticellides, spores d'algues, etc., etc.), qui masquent la coloration vraie de l'élytre ; l’on peut d’ailleurs, en comparant, après nettoyage, les élytres d'individus d’une même espèce, s'assurer que bien souvent leur coloration vraie varie dans des limites beaucoup trop étendues pour qu'il soit possible d'en tenir un compte sérieux dans une diagnose ; c'est ainsi, par exemple, que chez Lepidonotus clava
Moxr. l’élytre peut présenter, ou non, une tache blanche en forme de croissant, un peu en arrière et en dehors de l’attache élylraire.
La coloration du corps lui-même est des plus variables ; Hermudion pellucidum Euzers a, d'ordinaire, le dos marqué de taches brunes r'ansversales, ainsi que dit CLAPAREDE | 68 |. LANGERHANS | 79] en a signalé des exemplaires presque incolores à côté d'autres presque complètement bruns; il a observé un spécimen dont les segments 6 à 12 étaient dépourvus de toute pigmentlation et d’autres dont le corps était entièrement d’un brun rosé ; j'ai trouvé à Cette des individus qui présentaient ces mêmes particularités el d’autres dont les bandes transversales étaient d’un vert franc.
D'autre part, si Lepidonotus clava MonT. présente toujours sur le milieu du dos une ligne sombre formée par la juxtaposition de deux séries longitudinales de taches pigmentées, la distribution du pigment sur le reste du corps est sujette aux variations les plus considérables.
En outre, l’on peut dire d’une façon générale que les formes commensales ont une coloration qui varie avec celle de leur hôte.
Enfin, dans une même espèce, la coloration change suivant le sexe de l'individu et l’époque à laquelle on l’examine. J'en citerai seulement quelques exemples.
Chez Lagisca exlenuata GR., la femelle, normalement blanche. acquiert au moment de la reproduction une jolie teinte orangée due à la coloration d’un mucus agglutinant les œufs. À la même époque, le màle devient d’un blanc plus laiteux, opaque.
Chez Lepidonotus clava Moxr., la couleur habituelle (rose-chair) fait place, dès que l'élaboration des produits sexuels a acquis une certaine importance, à ‘une coloration brune chez les femelles, blanche chez les mâles.
Les femelles d’Acholoe astericola DELLE CHiaye chargées d'œufs présentent une coloration qui peut varier du rose pâle au rouge minium. Certaines S{henelais présentent un phénomène analogue. Dans ces deux derniers cas les mâles sont toujours d’une teinte blanche, qui est aussi celle des femelles après la ponte.
Transparence. — Quelques Aphroditiens seulement peuvent, en raison de la translucidité de leurs tissus, fournir un objet d’études favorable pour l'examen sur Le vivant ; je citerai seulement ici comme permettant l'étude grossière des principaux organes sur le vivaut
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les Lagisca, les Hermadion, les Acholoe et quelques autres Polynoiniens, pour la plupart commensaux, enfin les Sthenelais et des Sigalion. Mais ce ne sont là que de trop rares exceptions et la plupart des Aphroditiens sont absolument opaques.
Phosphorescence. — Laissant de côté, pour le moment, toute discussion sur les causes du phénomène de phosphorescence et sur le siège de ce phénomène, nous nous bornerons à constater qu'un nombre assez considérable d’Aphroditiens peuvent émettre une lumière bleuâtre ou verdâtre assez vive. On dit en général que ce fait a été signalé pour la première fois par EHRENBERG | 34] chez un animal qu'il appelle Polynoe fulqurans. En réalité il existe une observation antérieure, due à FRÉMINVILLE [13] qui a vu chez un Lepidonotus une lumière émanant de la base des pieds. Depuis EHRENBERG le phénomène a été revu par DE QUATREFAGES | 43, 50 a| par PANcERI [74,75], par Mac-Intosx [76 a], par GARD |82,86|, par KALLENBACH |83], par HasweLL [83]. Je l’ai personnellement observé chez quatre espèces : Lagisca extenuala GR. L.rarispina SARS, Harmothoe torquata Ciar.et Acholoe astericola DELLE CHIAE.
Autotomie. — C’est un fait bien connu que les Aphroditiens en général, mais plus spécialement certains Polynoiniens, autotomisent avec la plus grande facilité soit leurs différents appendices (cirres dorsaux, antennes, urites, élytres) soit même la partie postérieure de leur corps. Je rappellerai par exemple qu'il est excessivement difficile d'obtenir Hermadion pellucidum Eur. autrement qu’à l’état de fragments, souvent dépourvus de tout appendice. La Lagisca extenuata GR. autotomise aussi très facilement la partie postérieure de son corps, ses élytres et ses cirres dorsaux. Acholoë astericola DELLE CHIAJE est encore une forme des plus fragiles.
Cette fragilité est toujours compensée par un pouvoir considérable de régénération.
J'ai souvent constaté que lorsqu'une Polynoinien voisin de l’état de maturité sexuelle vient de pratiquer l’antotomie de sa région postérieure, il se produit immédiatement une émission rapide de produits génitaux par la voie naturelle: on voit les œufs ou le sperme sortir à la pointe des papilles ventrales,
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Il y à là un cas d'autotomie reproductrice comparable à celui que GraRD a signalé depuis longtemps chez Tipula.
Tous les zoologistes qui se sont occupés de l'étude des Polychètes ont reconnu, en dehors de toute théorie, que le corps de ces animaux comprend trois régions : le lobe céphalique (tête), le corps ou soma constitué par un certain nombre de segments disposés en . Série linéaire et enfin le pygidiwm, encore appelé telson ou poriprocte (1). Ainsi que l’a démontré Meyer, on doit considérer ces trois parties, tête, soma, pygidium comme morphologiquement équivalentes entre elles.