C. Ghez Harmothoe torquata CLpp
D. Chez Hermione hystrix Sax.
B’ et C’ représentent à un plus fort grossissement les région b et c de B et C.
Harmothoe torquata GLep. espèce des plus fragiles ; (comparer les fig. 43 B’ et 43 C’). Chez l’'Hermione hystriæ Sav. enfin (fig. 43 D) la surface d'insertion, très large, est reportée tout à fait à la partie externe de l’élytre.
Examinons maintenant cet élytre en lui-même.
L'étude des formes diverses qu’il peut présenter ne saurait trouver place ici; nous pouvons seulement constater que cette forme varie beaucoup selon l'animal étudié et, chez un même animal, suivant la place occupée sur le corps par l’élytre considéré. La surface peut être lisse ou hérissée de petits tubercules que Pruvor et RACOviITzA [95 | appellent des scabrilles ; le bord est, ou non, pourvu de franges dont la forme varie beaucoup: c’est ainsi, pour ne citer ici que quelques types, que le bord de l’élytre est complètement lisse chez Sthenelais limicola Exr..; que, chez Hermadion pellucidum Eur..,
il porte des petits tubercules plus où moins piriformes ; ailleurs, et c'est le cas par exemple pour la Séhenelais ctenolepis Cp». et pour un grand nombre de Polynoiniens, les franges sont cylindriques, grèles et allongées ; enfin chez beaucoup de Sigalioniens ces appendices du bord de l’élytre se ramifient de façons diverses: chez Leanira tenera Gr. ils sont bifurqués à leur extrémité; j'ai représenté plus haut les franges ramifiées de l’élytre chez Leanira Giardi, Sigalion squamatum, S. Mathildæ.
Quant aux scabrilles leur formé varie depuis celle d’un peti tubercule hémisphérique à peine visible aux plus forts grossissements jusqu'à celle d’une massue hérissée d’épines, comme celles que l'on peut observer sur les élytres de Lepidonotus clava Moxr. Il convient d'ailleurs de distinguer, avec JourDAN, des verrues, simples éminences à surface recouverte d’une couche épaisse de chitine et diversement ornée, et des papilles, petits appareils tactiles à structure beaucoup plus complexe. Verrues et papilles n'existent jamais qu’à la face supérieure.
L'examen de l’élytre entier sous le microscope permet, dans beaucoup de cas, de constater l'existence d’un plexus nerveux s’irradiant à partir de l’élytrophore dans toutes les directions ; quand il existe des franges, il y a toujours un filet terminal de ce plexus qui pénètre dans chacune d’entre elles. L'on peut auss constater par ce procédé l'existence sur chacune des faces de l’élytre d’un épiderme formé de cellules à contour polygonal.
Mais il faut pour se rendre un compte plus exact de la structure de ces organes avoir recours à l'étude des coupes.
Examinons donc une coupe dont le plan soit perpendiculaire à celui de l’élytre, chez Harmothoe torquata par exemple.
Au-dessous de la cuticule épaisse de la face supérieure nous trouverons l’épiderme alvéolaire, à alvéoles réduits ; puis vient un tissu fibrillaire interposé entre cet épiderme et celui de la face ventrale, au-dessous duquel nous apercevons encore ‘une cuticule, beaucoup plus mince que sa congénère dorsale.
L'épiderme n'offre rien de particulier si ce n’est à la face dorsale les verrues et les terminaisons nerveuses, sur lesquelles nous reviendrons et, à la face ventrale, des cellules à mucus, particulièrement bien développées dans le type choisi, dans {certaines régions du moins.
Jourpan [85 et 87] n’a vu que l’une des deux séries d'éléments
qui constituent le tissu fibrillaire. Ce tissu est en effet formé : 1° par les fibrilles dont parle Jourpan, et 2° par des cellules de soutien sous-épidermiques. Les fibrilles ne vont d’ailleurs pas d'une cuticule à l’autre; ce ne sont pas, du reste, des éléments distincts, mais seulement des dépendances de l'épiderme.
Dans les dissociations l’on trouve très souvent des cellules du type a (fig. 44), plus rarement des cellules du type b (ibid), le tout entremêlé des fibrilles en question.
Fr Or, les filaments en lesquels se ramifie la
ar Ba" Le partie profonde des
#50 6e cellules b, ont l'aspect
hyalin, la rigidité, la cassure nette des :# fibrilles ; je pense donc | © | que le type D est nor-
mal et que le type «
est une forme dérivée
Fig. 44. — Éléments cellulaires des tissus de l'élytre de b par chute des
(OR as fibrilles, chute causée a et b Cellules épidermiques. r ec Cellules sous-épidermiques. sans doute par l’action d fibrilles (JOURDAN). brutale des aiguilles à
dissocier ; ce qui me confirme dans cette opinion, c'est que je n'ai jamais vu sur mes coupes une fibrille arrivant jusqu'à la cuticule, comme celles que JOURDAN a représentées [85, fig. 3]; je me hâte d'ajouter que la fig. 6, PI. III de son mémoire de 1887 laisse supposer qu'il est revenu sur sa première Opinion à ce sujet. Je suis du reste en complet accord, sur ce point avec Soucier | 91] et mes résultais confirment encore les siens en ce qui concerne l'existence de fibro-cellules de soutien sous-épidermiques, telles que celle que j'ai
figurée (fig. 44, c); ces fibro-cellules mont paru faire défaut ou du moins être beaucoup plus rares au voisinage des bords de l'élytre.
Mais l’on voit combien JourDAN avait raison de ranger les fibrilles au voisinage des membranes basales; la partie du tissu fibrillaire qu’elles constituent n'est somme toute qu'une membrane vitrée à structure lâche, dans les mailles de laquelle se sont logées les cellules sous-épidermiques.
Les terminaisons nerveuses dans les papilles de la face supérieure de l'élytre ont été étudiées par JourpaN chez Lepidonotus clava Moxr. Je les ai retrouvées exactement avec les mêmes caractères chez cette forme et chez Harmothoe torquata (CLPD.… Lagisea rarispina SARS, L. extenuata GR., Hermadion pellucidum ExL., Lepidonotus squamatus L. Harmothoe areolata GR. présentent aussi des papilles tactiles de forme à peine différente et du même type (fig. 45). Chez l'Hermione hystrix Sav. et l'Acholoe astericola DELLE CHiaJE les terminaisons m'ont paru très rares ; elles sont d’ailleurs d’un type un peu différent, décrit chez la première de ces formes par JourDAN [87] au mémoire duquel je renvoie. Chez les Sigalioniens, je n’ai jamais observé de terminaisons nerveuses à la surface de l’élytre ; il est fort probable que dans ce dernier cas les franges suffisent à donner à l'élytre une sensibilité assez grande ; ces organes reçoivent en effet, partout où ils existent, un filet nerveux qui peut se ramifier encore à leur intérieur.
Pour les verrues se sont de simples excroissances sans fonctions
Fi. 45. — Harmothoe torquata CLpn. Papillo sensitive de l’élytre.
sensorielles.
Rôle physiologique. — J'ai rappelé plus haut que pendant longtemps l’on atlribua aux élytres un rôle respiratoire. Cette
opinion ne pouvait déjà plus être soutenue après les travaux d'HasweLL et de Bourne et elle est, je crois, complètement abandonnée aujourd’hui.
Les élytres jouent cependant un rôle très important dans la vie de Fanimal et peuvent remplir, simultanément ou successivement, différents rôles.
Nous avons vu, en étudiant la musculature, que des muscles venaient s'insérer en différents points du pourtour de lélytrophore. C’est sous l’action de ces muscles que se produisent les mouvements des élytres, mouvements très peu étendus, mais très nets néanmoins. I est facile, sur un Aphroditien au repos, de constater que chaque élytre s'élève et s’abaisse alternativement et que le mouvement se produit successivement sur les paires successives, de la première à la dernière ; le résultat est facile à prévoir : il se produit sur la face dorsale un courant d’eau continu, assez vif et c’est par suite dans un milieu externe sans cesse renouvelé que se trouvent placées les branchies Iymphatiques de la face dorsale.
Il est presque inutile de faire remarquer que, en même temps qu'ils assurent ainsi, d’une façon indirecte, l’accomplissement, dans les meilleures conditions, de la fonction respiratoire, les élytres protègent plus ou moins la face dorsale qu'ils recouvrent en totalité ou en partie.
Leur innervation, toujours très riche, en fait des organes des sens et plus spécialement du sens tactile. Grâce aux papilles tactiles de leur surface et aux franges de leur bord ils peuvent remplacer au point de vue physiologique, le cirre dorsal dont leur apparition a empêché le développement.
Enfin, chez beaucoup de Polynoiniens, et chez Polynoe cirrata O. F. MULLER en particulier, les œufs, après la ponte, sont chassés, sans doute par le jeu des mouchets de cils vibratiles des parapodes, jusque sous les élytres; c’est là qu'ils seront fécondés et qu'ils commenceront aussi leur évolution; on comprend sans peine combien une pareille circonstance est favorable à leur développement.
En résumé.
Les élytres protègent la face dorsale.
Ce sont des organes sensitifs.
Leurs mouvements entretiennent sur le dos un courant d’eau continuel dirigé d’avant en arrière.
Ils peuvent, dans certains cas, devenir de véritables organes incubateurs au même titre que les pléopodes des Arthrostracés.
A ces fonctions importantes, déjà nombreuses, peuvent, chez quelques Polynoiniens, s'en ajouter d’autres encore: je fais allusion ici à la phosphorescence des élytres et aux conséquences qu’elle peut avoir.