‹ Recherches sur les AphroditiensChapitre 41 sur 69 · PHOSPHORESCENCE · texte numérisé non relu

PHOSPHORESCENCE

Nous avons signalé déjà ce fait que certaines espèces d’Aphroditiens peuvent émettre une lumière bleuàtre ou verdâtre, et présentent ainsi le phénomène de la phosphorescence.

Sur le fait en lui-même, il n’y à aucune contestation el nombreux sont les auteurs qui l'ont observé; le premier en date est fort probablement FRÉMINVILLE [13] qui, parlant de lAphrodite clavigera, dit que cet animal (qui est certainement un Polynoinien) émet une lumière qui provient de la partie inférieure du corps.

Mais cette observation semble avoir passé inaperçue et l’on attribue en général à EHRENBERG | 34] la découverte de la phospho- Jescence chez les Aphroditiens; il a signalé dans la Baltique un animal qu'il désigne sous le nom expressif de Polynoe fulqurans ; la description qu'il en donne ne permet pas de voir à quelle forme il à pu avoir à faire.

Plus tard, DE QUATREFAGES [504a|, après avoir donné, d’après Van BENEDEN, un tableau où se trouvent indiquées les diverses espèces d’Invertébrés chez lesquelles la phosphorescence a été constatée, ajoute: « Nous croyons que cette liste est loin d’être complète; nos observations personnelles nous permettent d'y joindre au moins deux espèces de Polynoe…. >. L'auteur résume ensuite les opinions de ses prédécesseurs sur les causes du phénomène ; pour lui, il pense que la lumière se produit, chez les animaux vivants, de deux manières :

1° Par la sécrétion d’une substance particulière suintant soit du corps entier, soit d’un organe particulier ;

2° Par un acte vital d’où résulte une production de lumière pure et indépendante de toute sécrétion matérielle.

Et, d'accord en cela avec KHRENBERG, DE QUATREFAGES voit dans la phosphorescence des Annélides un phénomène purement

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vilal ; mais, tandis qu'EnReNBERG à décrit chez Polynoe fulqurans un organe spécial émettant la lumière, le savant français n’a jamais aperçu de semblables appareils; il avait déja indiqué, dans un mémoire antérieur [43], que «les muscles seuls, et plus particulièrement les muscles des pieds » lui ont paru présenter le phénomène de la phosphorescence, au moment de la contraction.

PancERI [74,75] s'étonne que le phénomène en question n'ait pas été étudié chez les Aphroditiens et ne comprend pas que lon n'ait pas constaté qu'il a un siège localisé et exclusif, les élytres. D’après lui, les élytres et eux seuls, s’illuminent lorsqu'on irrite l'animal ; l'irritation se transmet de proche en proche à partir du point touché, amenant la phosphorescence ; les élytres autotomisés continuent à luire quelque temps et l'animal privé de ces appendices n'émet plus aucune lumière. PANCERI croit pouvoir déduire de là que, chez les Aphroditiens, il n’y a pas sécrétion d’une matière lumineuse, comme cela a lieu chez lez autres Annélides phosphorescents (Chætopterus, Odontosyllis, Polycirrus); et il dit avoir constaté qu’en effet il n'existe pas, chez ces animaux, de glandes capables de secréter un mucus lumineux ; il ne doute pas que la lumière n'émane des nerfs et, par ainsi, se trouve amené à la même conclusion que les deux auteurs précédemment cités, dont il ne connaît pas les travaux, à savoir que la phosphorescence des Aphroditiens est un acte purement vital, indépendant de toute secrétion matérielle.

Mac-Ixrosx | 76a] dit que l’'Harmothoe lunulata a une belle phosphorescence qui, lorsqu'on irrite l'animal, apparaît à la base des pieds, pendant un temps assez long, et que souvent l’on aperçoit des éclats de lumière au moment où l’on plonge ce Polynoinien dans l'alcool.

GrarD [82] signale la phosphorescence chez une Polynoe commensale des Synaptes ; il s'agit du Zepidonotus dont j'ai parlé déjà el qui émet une lumière bleu turquoise d'un éclat incomparable, visible en plein jour.

HasweLL [83] constate que, chez certains Polynoiniens les élylres peuvent devenir phosphorescents.

KALLENBACH | 83] a vu que Polynoe cirrata O. F. MuLer émet une lumière assez vive.

JourDax [85] a montré que, chez Harmothoe torquata Ci» la région de l’élytre où se produit la phosphorescence présente des

cellules offrant tous les caractères de cellules à mucus et faisant partie de l'épiderme de la face inférieure. Ainsi donc, la luminosité serait liée, chez cet animal, comme chez les autres Annélides où elle a été signalée, à l'existence de cellules secrétant un mucus spécial.

Enfin HAëCKER | 94 |a vu chez la larve d’une Harmothoe (reticulata CLpo ?), dans la papille ventrale une cellule présentant tous les caractères d’un élément à mucus lumineux.

L'on voit, somme toute, que les divergences entre les auteurs portent sur les deux points essentiels suivants :

1° La détermination du point où se produit le phénomène lumineux ;

2° La nature et les causes de ce phénomène.

Comme je l'ai dit plus haut, j'ai moi-même observé la phosphorescence chez un certain nombre d’Aphroditiens, dont je rappelle ici les noms: ZLagisca extenuata GR., L. rarispina Sars, Harmothoe torquata Cr et Acholoe astericola DELLE CHIAJE.

Ces divers animaux n’émettent qu’une lumière assez faible; il faut, pour en constater la production, se placer dans une demi obscurité, et pour étudier le phénomène il m’a fallu expérimenter dans une chambre noire. J'ai pu ainsi observer tout d’abord que les élytres et eux seuls s’illuminent lorsqu'on irrite l'animal; ces appendices peuvent d’ailleurs émettre la lumière soit par toute leur surface (Acholoe) soit par une partie seulement, située en dehors de l’élyvtrophore (les trois autres formes).

J'opérais, naturellement, par tàtonnement, cherchant dans l'obscurité à toucher l’Annélide avec le bout d’une allumette; et dans mes premières expériences je fus souvent victime d’une illusion qui me montra bien le rôle défensif de la phosphorescence ; lorsqu’après une première attemte quelques élytres s'étaient ïlluminés, j'essayais instinctivement, en irritant ces appendices devenus visibles de renouveler le phénomène et de lui donner plus d’extension; je ne songeais plus à la faculté d’autotomie que présentent toutes les formes énumérées plus haut, et dont elles usent largement en pareille circonstance : tout élytre lumineux est aussitôt autotomisé. Et c’est là une condition qui n’est pas sans présenter de grands avantages pour le Polynoinien; il y a évidemment chez lui un perfectionnement de ce moyen de défense que GARD a désigné sous

le nom d'aulolomie évasive, en ce sens que la partie sacrifiée attire et retient l'attention de l'ennemi, grâce à l'éclat qu’elle prend.

Chez toutes les formes qui m'ont présenté la phosphorescence existaient dans l’épiderme de la face inférieure de l’élytre et précisément au point qui devenait lumineux, des cellules à mucus bien développées ; aussi en puis-je admettre la théorie de PANCERI: el je érois avec Jourpax que chez les Polynoiniens phosphorescents comme chez tous les Annélides phosphorescents, la production de lumière est liée à la secrétion d'un mucus, secrété par les cellules que j'ai signalées. Il m'est d’ailleurs arrivé à diverses reprises de voir sur mes instruments ou sur mes doigts des traces de luminosité lorsque je venais de préparer quelques-uns des animaux cités plus haut; les élytres caducs restent ‘en pareil cas adhérents aux objets qu’ils rencontrent et peuvent y déposer un fe du mucus auquel 1ls doivent leur éclat.

Malgré ies résultats très concordants de mes observations, je suis tout disposé à admettre que la production de mucus lumineux n’est pas partout localisée dans l’élytre ; il n’y a rien d’impossible à ce que dans des régions où l’épiderme a pris un grand développement et où il est littéralement bourré de cellules glandulaires énormes la secrétion de ces éléments soit douée de phosphorescence : la papille néphridienne, la base du cirre ventral pourraient donc, chez des formes autres que celles que j'ai vues, devenir lumineuses et cecl expliquerait très bien le désaccord apparent entre les observalions de FREÉMINVILLE, d'A. DE QUATREFAGES et de MAc-INrosn d'une part et celles des autres auteurs, d'autre part.

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