CAVITÉ GÉNÉRALE
Chez les Aphroditiens, comme chez tous les Annélides d’ailleurs, la cavité générale est divisée en un certain nombre de chambres par: des cloisons transversales qui ont reçu le nom de dissépiments ; comme ces dissépiments se trouvent placés à la limite des anneaux successifs composant le corps, la cavité est divisée en autant de chambres qu'il y a de segments.
Dissépiments. — Les dissépiments sont en général concaves vers l'avant ; je n°y ai jamais rencontré de fibres musculaires bien développées sauf, chez quelques types, dans la région supérieure :
deux séries d'éléments musculaires développés en ce point forment un collier dans lequel passe le vaisseau dorsal ; mais le plus souvent les dissépiments m'ont paru simplement composés de cellules pavimenteuses présentant sur celle de leur face qui borde la cavité générale de nombreux cils vibratiles dont le mouvement constant provoque un tourbillonnement continu du liquide cavitaire. La cloison formée par chacun des dissépiments n’est d’ailleurs pas complète : des fenestrations qu’elle présente permettent l'intercommunication des contenus de deux anneaux successifs.
Amas lymphatiques. — Chez les Hermioniens, les dissépiments, comme aussi les différentes membranes péritonéales qui recouvrent divers organes présentent de nombreux petits amas de cellules que CuExoT | 97 | a désignés sous le nom de glandes lymphatiques. Je n'ai pu lesétudier chez l’'Hermione dont jé n'ai eu à ma disposition aucun exemplaire vivant ; je les ai, par contre, retrouvés sans peine chez lAphrodile avec lous les caractères qui leur ont élé assignés par Cuëxor. Ce sont done, comme ille dit, de petits aroupes de cellules dans lesquels 3 les éléments de la périphérie ont une forme amiboïde et émettent de nombreux pseudopodes (fig.
46) Quelques-uns des éléments peuvent contenir des globules graineux ou des produits de réserve, ou enfin des produits d’excrétion. Il est d’aiileurs facile de se rendre compte du rôle de
FE m2 , , EPA SN dite uleat Ë:
ces éléments ou du moins d'un F6 46 FN AGENTS ES à L \ RE Amas lymphatique de la paroi de leurs rôles : il suffit d’injecter péritonéale.
dans la cavité générale une £
petite quantité d’eau de mer tenant en suspension des parti cules de carmin aussi fines que possible. En disséquant l'animal au bout de quelques heures et en portant un lambeau de dissépiment tous le microscope on retrouve sans peine dans les cellules péritonéales amiboïdes les grains de carmin qu’elles ont absorbés en raison de leur pouvoir phagocytaire. J'ai d’ailleurs eu l’occasion de constater maintes fois des faits analogues au début de mes recherches sur l’excrétion : des solutions mal faites tenaient en suspension des
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particules solides des colorants étudiés et, tandis que la substance dissoute était absorbée par divers organes que je signalerai plus loin (cæcums ou néphridies, suivant le cas), les particules solides étaient ingérées par les cellules amiboïdes péritonéales. Ceci prouve, une fois de plus, qu’il n’y a pas, dans la phagocytose, de sélection analogue à celle qui s'opère dans l’excrétion et que tout corps solide introduit dans la cavité générale peut être englobé par les phagocytes, sous la seule condition que son volume ne soit pas trop considérable.
Liquide cœlomique. — CuEnor | 91] dans le chapitre de son travail consacré aux Annélides indique que, chez la grande majorité des chétopodes, le liquide de la cavité générale ne contient qu'une seule sorte d'éléments figurés, les amibocytes, isolés ou formant des amas plus ou moins volumineux.
C’est le cas, en effet, chez la plupart des Aphroditiens, si j'en juge par ceux que j’ai pu étudier. Chez les différents Hermioniens, Polynoiniens et Sigalioniens que j'ai examinés, le liquide de la cavité vénérale, incolore, peu riche en albumine, charrie toujours des éléments figurés, également imcolores, de taille variable suivant l'espèce ; lorsque l'animal est suffisamment transparent on peut voir ces corpuscules tourbillonner dans le liquide cœlomique sous l’action des cils péritonéaux ; ils ont, en général, une forme elliptique ou arrondie et n'émettent que peu de pseudopodes.
J'ai, à diverses reprises, tenté d’injecter dans la cavité générale de Polynoiniens transparents une très faible quantité d'encre de Chine. L'expérience ne réussit que fort rarement, les formes étudiées (Lagisca rarispina SaRs, Hermadion pellucidum Eur.) s’autoto misant avec une extrême facilité; deux ou trois échantillons qui avaient supporté l'opération m'ont cependant permis de m'assurer que les corpuscules noirs très fins ainsi introduits dans la cavité générale sont englobés par les amibocytes.
CuEnor dit qu'il n’a pu observer que très peu d’amibocytes chez l'Hermione et point du tout chez l’Aphrodile : une goutte du liquide cavilaire, examinée au microscope, ne lui à montré dans ce dernier cas que quelques granules de graisse (et des produits génitaux au moment de la reproduction).
N'ayant eu à ma disposition que des Hermione fixées et qui, au
moment de la fixation, avaient dà perdre, par les larges déchirures des téguments qu'amènent les contractions brusques de l'animal, une quantité considérable de liquide cavitaire, je ne puis rien dire sur le nombre des amibocytes dans gette espèce.
En ce qui concerne l’Aphrodite, que j'ai pu examiner à loisir à Cette, j'ai vu bien souvent flotter dans le liquide cavitaire de cet animal des corpuscules, parfaitement arrondis il est vrai, mais qui présentaient tousles autres caractères des amibocytes: pourvus d'un noyau assez volumineux, ils renfermaient dans leur protoplasme des gouttelettes réfringentes rappelant absolument celles que CuËNoT décrit dans les amibocytes de diverses formes et considère comme autant d’amas de ferment albuminogène. J'ai vu, mais plus rarement, de semblables corps présentant la forme amiboïde et il. m'est arrivé de trouver dans le liquide cavitaire d'une Aphrodite injectée au carmin un pareil amibocyte qui avait englobé un grain de la matière colorante (fig. 47).
Après avoir constaté, chez l’Aphrodite, la présence des amas lymphatiques dont nous avons parlé plus haut, Cuénor dit que l’on s'explique, en voyant le rôle phagocytaire que jouent leurs éléments, l'absence complète des amibocytes qui, au point de vue physiologique, sont remplacés par les cellules amiboïdes péritonéales. Ce qui précède montre que la suppléance des amibocytes par les cellules des glandes Iymphatiques n’est que partielle ; ces dernières finissent par se détacher pour flotter librement dans le liquide cœlomique. Outre les preuves directes données plus haut, j'en trouve une preuve indirecte dans ce fait que l’on retrouve dans le tissu entourant le système nerveux de l’Aphrodite des corpuscules jaunâtres, analogues à ceux que l’on peut voir, au même point, chez beaucoup d’Annélides; ces corpuscules, qui ont intrigué beaucoup de zoologistes, ont été étudiés par Racovirza [95]: il à montré que ce sont des amibocytes qui, chargés de produits de déchet, viennent se loger dans les mailles du tissu de soutien du systéme nerveux.
Fig. 47. — Aphrodite aculeata L. — Amibocyte.
Chez tous les Aphroditiens que j'ai examinés, j'ai trouvé de semblables amibocytes au sein de la névroglie, soit dans l’encéphale soit dans la chaîne ventrale.
En ce qui concerne les amibocytes des Polynoiniens et Sigalioniens leur formation m'a paru localisée sur les vaisseaux ventral et dorsal ; elle à lieu aux dépens du revêtement péritonéal de ces troncs vasculaires.