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CHAPITRE VII

Pes causes d*indigence qui existent dans les inatitutioos et dans lea mœurs, ou habitudes collectives des populations.

Nous avons vu que, sous un ré^me de liberté industrielle, les valeurs annuellement produites se distribuent entre ceux qui fournissent les services productifs, d'après des conditions librement débattues et plus ou moins avantageuses pour les diverses classes de contractants, selon le rapport existant entre les quantités offertes et demandées de chaque espèce de services. Mais ce régime n'existe encore nulle part à l'état complet, et il résulte, des diverses institutions politiques ou administratives de chaque nation, de nombreuses perturbations dans la distribution naturelle des valeurs. Toutes les populations régulièrement organisées sont, d'ailleurs, soumises à certains prélèvements sur les revenus, plus ou moins considérables, plus ou moins équitablement établis et répartis, selon la nature de leurs institutions gouvernementales. ' Dans une organisation politique, fondée sur l'équité et la raison, la somme de ces prélèvements

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représenterait, aussi exactement que possible, la valeur réelle des services rendus par les agents qu'ils sont destinés à entretenir, et la part contributive de chacun serait proportionnelle à l'intérêt qu'il peut avoir au maintien des services publics, c'est-à-dire, à l'importance de ses revenus.

Les prélèvements dont il s'agit sont d'autant plus nécessaires, que les besoins et l'industrie des populations sont plus développés, parce que leurs intérêts sont alors plus importants et qu'elles ne peuvent les protéger efficacement qu'en établissant, à frais communs, des corporations ou des forces chargées de ce soin. Elles ont à pourvoir ainsi à différents besoins collectifs, dont le plus urgent est celui de la sécurité : il est évident que, si les personnes et les propriétés n'étaient protégées que par la force isolée des individus, il serait trop souvent impossible d'empêcher les violences et les spoliations ; la crainte de la dépossession qui, dans ce cas, agirait sans cesse, ferait bientôt abandonner la production, puis disparaître les propriétés et, par suite, les sociétés ellesmêmes ; on ne peut les maintenir qu'en les plaçant sous la protection de forces organisées de manière à agir dans l'intérêt de tous, à garantir à chacun toute possession légitime d'état et de

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propriété, et à empêcher toute agression, tel est Fobjet raticMinel de rentretien d'une armée, des Institutions judiciaires, de la police, et de plus, des administrations financières,idestlnées à asôu*rer le paiement de ces services publics.

Il est d'autres besoins, collectifs auxquels il peut être également nécessaire ou convenable de pourvoir à frais communs ; tels sont, par exemple, ceux que les administrations municipales ont mission de satisfaire. Tout le monde comprend que les familles, agissant isolément, -ne pourraient créer et entretenir des fontaines,^ des promenades publiques, 'ni parvenir à paver et éclairer convenablement les rues des villes, ni construire l'ensemble de leurs habitations, de manière à satisfaire aux conditions de salubrité, de facilité de la circulation, etc. ; il est donc indispensable qu'elles chargent une corporation de subvenir à ces différents besoins et qu'elles lui en fournissent les moyens. D'autres besoins collectifs du même ordre, mais plus généraux, exigent un concours semblable de la part de la population entière de chaque État; l'établissement et l'entretien des grandes voies de communication, par exemple, ne pourraient guère s'effectuer convenablement, même par de grandes compagnies, si un pouvoir quelconque n'avait

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pas la missioii d'opposer à leur iotiârêt propre ^ rmtérét: du public, et de diriger le^. opérations dans le^^ns de ce dernier intérêt, qui. ne ^rait pas toujours satisfait, si les entrepreneurs de grandes voies de coaununication n'itvaient à subir aucun contrôle, aucune autrei condition que celles résultant de leurs convenances particulier res ; il est donc nécessaire que la haute direction et la surveillance de ces travaux, ^nsi que la détermination des conditions À imposer aux entrepreneurs dans l'intérêt général, 'épient confiées aux pouvoirs qui ont mission de {nrotéger les intérêts collectifs de la nation. Il est encorei convenable de leur réserver certaines c4)érditions productives, qui ne pourraient être laissées sans inconvénient ou sans danger à l'industrie privée; telles sont, par exemple, la fabrioatiân deà monnaies et le transport des lettres qui, presque partout, sont dans les attributiofis des gouvernements, et la direction de l'exploitation des forêts et des cours d'eau, que de puissants motife devraient faire placer dans ces.attributions plus entièrement qu'on ne Ta fait^ encore nulle part. Ces indications suffisent pour donner une idée de l'action taile que peuvent! exercer les institutions gouvernementales et administratives en dehors de leur objet principal, quiestlemaintien

de la sécurité. Nous ne parlons ici que de la destination rationnelle des institutions dont il s'agit, et non des applications plus ou moins opposées à cette destination que Ton a pu en faire et que Ton en fait généralement encore : dans le passé, presque tous les gouvernements ont eu pour objet, non l'accomplissement, à des conditions équitables, des services nécessaires à la satisfaction des besoins collectifs de la population, mais l'exercice d'une domination établie sur le grand nombre au profit de quelques classes puissantes; il est peu d'États, même parmi les plus civilisés, où les institutions ne se ressentent plus ou moins de cette origine.

L'opinion qui tend à faire considérer l'action utile que peuvent exercer les gouvernements, comme renfermée dans les limites que nous venons d'indiquer, n'est pas nouvelle ; elle a été formulée depuis longtemps par Adam Smith, et d'éminents publicistes français se sont appliqués à démontrer combien elle est fondée (1). Mais elle a maintenant, en France, de nombreux adversaires ; on trouve qu'elle assigne aux institutions gouvernementales un rôle trop restreint ; on assure que l'objet principal de ces institu-

(1) J. B. Say, Ch. Comte, Ch. Dunoyer.

tioQs n'est pas simplemeDt de favoriser le déve^ loppement naturel des sociétés, en maintenant Tordre et la sécurité, en réprimant," autant que possible, les mauvaises actions et les mauvaises mœurs, mais de diriger l'activité des populations en tout ce qu'elle peut embrasser. L'un des plus éloquents défenseurs de cette dernière opinion écrivait déjà en 1821 :

« Que faites-vous, vous qui proclamez que le « pouvoir n'est qu'un serviteur à gages, avec qui « il faut traiter au rabais, qu'on doit réduire au « degré le plus bas, en activité comme en salaire ? « ne voyez-vous pas que vous méconnaissez ab- « solument la dignité de sa nature et de ses re- « lations avec les peuples ? Le bel hommage à « rendre à une nation, que de lui dire qu'elle « obéit à des subalternes, et reçoit la loi de ses « commis! ou bien, les nations seraient-elles « formées d'êtres supérieurs qui, pour vaquer a librement à des travaux plus sublimes, au- « raient, sous le nom de gouvernement, un cer- « tain nombre de créatures inférieures chargées « de veiller pour eux aux soins matériels de la « vie?

« Les esprits supérieurs ne se résignent point « à se laisser ainsi déposséder, humilier. Us « sentent le pouvoir en eux et s'indignent de la

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« condition où l'on prétend les réduire. Ils « prennent en courroux cette insolence de la « multitude, qui ne veut voir dans les magistrats € que ses siqets et prétend que Tautorité s*avi- « lisse devaûl elle avant de lui commander. Ils t sont trop ïiers pour accepter ainsi l'empire « avec l'insulte ; et comme ils ont V expérience des . • hommes^ comme ils savent tous les chemins par € oùon peut les envahir, ils appliquent leur su- « périorité tout entière à les dominer entière- « ment. »

Si l'on reooûnaît qu'une action gouvemCTaentale légitime îfe doit se composer que" de services rendus à ceui^qui en font les frais, le nom que l'on donnera aux personnes chargées de l'exercer importe peu ¥ la qualification de serviteurs dû public, appliquée aux magistrats , n'aurait rien qui dut blesser la susceptibilité d'esprits vraiment supérieurs, car les hommes doués d'une haute capacité et d'un caractère généreux s'honorent des services qtf ils peuvent rendre au public ; ils savent ^ue c'est là le plus noble usage qu'ils puissent faire de leurs facultés ; mais il importe de savoir si les dépositaires de l'autorité publique,. quelles que soient leurs dénominations, doivent user de cette autorité pour leur propre compte, pour i^tisfaire des vues particulières ou

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des désirs ambitieux, ou s'ils ne doivent l'exercer que pour le compte du public et dans son intérêt. Il est naturel que ceux qui ne recherchent Fautorité que pour dominer, prennent en courroux tout obstacle apporté à l'exercice iUimité de leur volonté, et il peut arriver qu'ils soient assez habiles pour en triompher ; mais cela n'arrive que lorsque les populations sont assez ignorantes, assez corrompues ou assez lâches pour se laisser asservir.

Penserait-on que les nations sont intéressées à se laisser diriger d'une manière absolue par les hommes pourvus d'une capacité supérieure et que, dans ce cas, elles gagnent en bien-être plus qu'elles ne perdent en liberté ? Ce serait là une déplorable erreur. Si, dans d'autres temps, quelques populations à demi sauvages ont pu être poussées jians une voie de progrès et de civilisation par des hommes supérieurs, pourvus d'un grand pouvoir, de semblables moyens ne sont plus applicables aux populations civilisées de notre époque ; le développement intellectuel des masses a fait assez de progrès pour qu'il ne soit plus possible de substituer avec avantage un petit nombre d'activités individuelles à l'action indépendante de toutes les intelligences que renferme une nation. Peu d'hommes, peut-être, ont été

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