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CHAPITRE PREMIER

Du principe de l'association et des applications que Ton peut en faire dans le but d'atténuer Tindigence.

Il est une classe nombreuse de publicistes qui, à chaque manifestation de la misèrp qui pèse encore sur une partie des classes laborieuses, ne manquent pas de déplorer, de concert, le défaut d'association des travailleurs; ils paraissent attribuer à l'association une sorte de puissance magique, capable d'anéantir toutes les causes de l'indigence. Cependant, parmi les formules d'associations nouvelles qu'ils ont proposées jusqu'ici, aucune n'a paru devoir produire des résultats efficaces ou bien importants, mais cela vient de ce

qtië ia véritable foiwule est encore à trouvelr ; et en attendant la solution du pfroblèpie, \h s^accor^ dentà repié^entisr les sociétés modernes eommé étaiit exposées à une dissolutioii prochaine vers kqiiielletils'assurent/qu'elles' sont eiitrafhéel^ par l^antagomstné des intérêts, par les progrès de l'isolement, dé PindividuaKsmè, etc.

C'est particulièrement à l'état social des pays les plus civilisés de l'Europe, que s'appliquent les craintes manifestées à ce sujet. On affirme que tes différentes classes de travaux sont dans un «tat d'hostilité permanente les unes à F égard des autres; quQ, dans chaque classe en particulier, les ouvriers d'une part, les capitalistes et les entrepreneurs de l'autre, se divisent en deux camps ennemis; que lé fractionnement des partis, les prétentions opposées des diverses localités, produisent de semblables divisions dafus Tordre politique; en up mot, que tous les intérêts tendent à se séparer, et que les liens sociaux se relâchent de plus en plus. Une situation aussi dangereuse réclame desï^nèdes énergiques et prompts, et on espère les trouver dans de nouveaux modes d'organisation et d'association. *

Nous avoûS déjà essayé d'assigner les résultats probables d'une organisation des travaux fondée sur 'de vastes associations, et dans la-

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quelle on voudrait établir Tunité d*action et de gestion. On a pu reconnaître que, si cette nouvelle organisation était possible, il y aurait plus de raisons pour la repousser que pour en désirer rétablissement; il reste à examiner, si les craintes manifestées sur Tétat présent des sociétés sont justifiées par les faits, et si les différents modes d'association que comporte Torganisation actuelle pourraient être remplacés avec avantage.

L'association consiste dans la communauté des intérêts ou dans une réunion d'efforts personnels pour atteindre un but commun ; son principe est dans l'intérêt de chacun et dans les sentiments d'affection et de bienveillance. Le mérite des applications que l'on peut en faire doit être apprécié d'après les avantages qui en résultent pour le grand nombre. Une société est d'autant plus unie, d'autant pljas solide, si l'on peut s'exprimer ainri, que les liens d'intérêts, d*affection ou de bienveillance, qui existent entre toussesmembres, sont plus nombreux et plus puissants.

Si nous observons l'état de la société en France, par exemple , nous reconnaîtrons d'abord que les liens de famille n'ont rien perdu de leur force, qui s'est accrue, au contraire, de tout ce que l'aisance, la facilité des moyens de subsis-

tance, le développement intellectuel et le perfectionnement moral, peuvent ajouter à Tintensité et à la durée des affections domestiques ; nous verrons ensuite toutes les familles associer une partie importante de leurs intérêts dans la commune^ institution qui, malgré les entraves que lui impose chez nous une centralisation exagérée, embrasse des intérêts collectifs dont l'importance grandit tous les jours, ce qui est démon^ tré par Faccroissement continuel des revenus et des dépenses communales, par le perfectionnement des voies de communication locales, par la propagation de l'enseignement élémentaire, par Tembellissement, Tassainissement, l'éclairage des villes et par beaucoup d'autres améliorations ; nous remarquerons encore que d'autres intérêts collectifs, régis pour le compte des fractions plus nombreuses de la population se groupent dans le département ; nous verrons enfin l'État, le gouvernement, en ne considérant que la partie utile de son action, gérer pour le compte de l'ensemble des familles une multitude de services qui leur sont indispensables et qui mettent en commun une partie considérable de leurs intétêts : il dirige les forces destinées à préserver de toutç atteinte les personnes et les propriétés, il crée et entretient les grandes voies de commu-

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nicatioD, fabrique les monnaies, transporte les lettres, régit les établissements de secours pubUcs, protège Ies> opérations du commerce lointain, etc.

Quoiqu'il existe encore aujourd'hui, dans la gestion de tous ces intérêts collectifs, des abus, des vices nombreux, il serait impossible de citer une autre époque où elle ait été mieux entendue, aussi favorable à l'intérêt général et moins oppressive, et où, par conséquent, les liens nombreux qtfelle établit entre toutes les fractions de la population aient présenté plus de force et de probabilité de durée.

Dans l'ordre industriel, les liaisons d'intérêts sont également multipliées et puissantes. En général, toutes les branches d'industrie sont intéressées à leur prospérité mutuelle , puisqu'il est vrai que chacune d'elles écoule d'autant plus avantageusement ses produits, que les succès obtenus dans toutes les autres ont fourni à la masse des travailleurs plus de moyens d'acheter et de Consommer; mais, outre ce lien général, il en existe d'autres qui établissent des communautés d'intérêts plus intimes entre les diverses branches de travaux.

Toutes les industries quixoncourent à la construction d'une maison, par exemple^ ont les

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mêmes intérêts; les circonstances qui influent d^une manière favorable ou nuisible sur Tune déciles, exercent généralement une influence semblable sur toutes les autres. Un accroisse-^ ment dans la demande des travaux du maçon ne fevorise pas seulement les services industriels engagés dans cette profession, il augmente en même temps les travaux du charpentier, du menuisier, du serrurier, du plâtrier, etc. ; il favorise les propriétaires et les exploitants de carrières, de mines de fer, de forêts, les producteurs d'objets d'ameublement et une multitude d'autres industries.

Il en est de même des professions diverses dont le concours est nécessaire pour la production d'un habit. Les cultivateurs qui ont fourni les matières premières dont il est composé, le cardeur, le fileur, le tisseur, le teinturier, le constructeur d'outils ou machines servant à la fabrication et, enfin, le tailleur, subissent en commun . l'influence des circonstances favorables ou nuisibles qui agissent sur cette production.

Les mêmes communautés d'intérêts sont également faciles à observer dans les opérations commerciales. Examinons, par exemple, une entreprise de commerce d'épiceries ou autres produits exotiques : nous ne verrons d'abord autour del' en-

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trepreneur qu'un petit nombre de conunis pour ' la tenue de ses magasins, de ses écritures et pour j la vente de ses marchandises ; mais la moindre ' étude de ses opérations nous fera reconnaître que la sphère des intérêts qui s'y rattachent s'étend bien au delà de ce rayon restreint, et qu'il met en activité bien d'autres services industriels que ceux placés sous sa direction immédiate. 11 intéresse réellement aux chances de son entreprise les producteurs agricoles des denrées, objet de son négoce, puis, tous les travailleurs qui amènent ces denrées aux différents points de départ; puis, l'entrepreneur de transports maritimes, les ouvriers des ports et des entrepôts, les commissionnaires, les voituriers par terre et par eau; enfin, toutes les industries qui se lient au commerce de transport, telles que la construction des navires, des bateaux, des charrettes, les fabrications dé voiles, de cordages, etc., etc.

On voit que l'industrie générale pourrait être divisée en groupes plus ou moins considérables dont chacun serait formé d'industries diverses, mais étroitement liées entre elles par un but commun, mutuellement intéressées à leur prospérité et soumises à une sorte de solidarité pour les bonnes comme pour les mauvaises chances.

11 ne peut y avoir opposition d'intérêts entre

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deux ou plusieurs industries diverses que dans un seul cas, c'est lorsqu'elles tendent, chacune par des moyens spéciaux qui lui sont propres, à satisfaire une même espèce de besoins. Ainsi, par exemple, les circonstances qui nuiront à la production du vin pourront favoriser le débit de la bière; la création d'un chemin de fer diminuera les transports par les routes ordinaires; la mode, en répandant l'usage d'un certain genre d'étoffes, nuira aux industries exclusivement vouées à la production d'étoffes d'un autre genre, etc.; mais ce sont là des inconvénients qui ne pourraient être évités qu'à la condition de rendre l'industrie stationnaire, d'arrêter tout progrès et d'imposer à la société entière les règles d'une communauté de moines, afin de rendre ses besoins invariables.

Quant aux luttes d'intérêts qui naissent de la concurrence que se font entre eux les producteurs voués à des branches d'industries semblables, elles ne peuvent avoir de mauvais résultats que lorsque le nombre des entreprises, et l'importance des capitaux et des facultés industrielles engagés dans chacune d'elles, dépassent assez les proportions que comportent les débouchés ouverts à leurs produits, pour qu'il ne soit plus possible de vendre à des prix qui couvrent les frais de pro-

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duction. Hors ce cas, qui ne peut jamais constituer un état durable, la concurrence ne présente que des avantages : elle est le stimulant le plus puissant du perfectionnement de Tindustrie; elle peut seule donner à remploi de nos facultés in* dustrielles toute l'activité nécessaire pour que la production générale ne reste pas au-dessous des besoins ; elle empêche que le prix de chaque service et de chaque produit ne dépasse son taux naturel : et elle garantit les consommateurs contre les abus qui accompagnent les monopoles.

Ainsi il y a, en général, et sauf des exceptions qui sont une condition indispensable de toute amélioration, communauté d'intérêts entre les industries diverses ; et quant aux rivalités entre les différentes entr^rises vouées à la formation d'un même genre de produits, elles sont un élément nécessaire de toute bonne organisation des travaux.

L'opposition, que l'on a cru remarque^ entre l'intérêt des entrepreneurs et ceux des ouvriers liés à une même entreprise , n'existe que dans certains cas exceptionnels , hors desquels il y a, au contraire, communauté intime entre ces intérêts. Dans la plupart des opérations productives, la part obtenue par chacun est d'autant plus avantageuse que l'entreprise a plus de suc-

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c^, et les circoQStaaces qui lui sont défavorables pèsent sur les ouyriers comme sur les entrer pi;eneurs» Cest là une vérité que Telpérience confirme tous les jours dans la plus grande partie des travaux, oh Ton voit généralement les bénéfices et les salaires s'élever et s'abaisser ensemble. Il n'y a guère d'exceptions à cette règle, que dans les industries organisées en grandes entreprises et assez concentrées pour ne plus laisser une concurrence suffisante. Dans ces conditions, les entrepreneurs peuvent réduire les salaires sans diminuer le prix des produits, attendu, d'une part, qu'étant seuls chargés de l'approvisionnement, ils peuvent déterminer, à leur gré et sans rivalité, les quantités offertes et que, d'autre part , les ouvriers formés à leurs travaux sont, relativement au taux de leur salaire, d'autant plus privés de garanties, que le nombre des entrepreneurs qui peuvent leur accorder de l'emploi est plus restreint : dans ce cas, la difficulté de changer de profession doit presque toujours les obliger à subir les réductions de salaires que les entreprises ainsi monopolisées jugent convenable de leur imposer (1) .

(i) Si Ton dautait de la yérilé de ces assertions, déduites de la nature des choses^ il serait facile de s'assurer qu'acnés sont pleinement confirmées par l'expérience. Nous citerons à ce sujet

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Partout où il y a concurrence suffisante, les entrepreneurs ne sauraient profiter d'un abaissement dans le taux des salaires, parce qu'il serait suivi presque aussitôt par une baisse équivalente dans le prix des produits ; les consommateurs seuls en profiteraient. Ainsi, dans la généralité des travaux, et sauf les cas où la concurrence est restreinte , les entrepreneurs n'ont

quelques fails authentiques et concluants, signalés par un ingénieur des mines, dans un rapport récemment publié à Saint- Etienne.

L'exploitation des différents bassins bouillers de la France est divisée en un plus ou moins grand nombre d'entreprises, selon retendue des concessions faites par TElat, et selon les réunions ou les subdivisions de concessions que l'on a laissés s'opérer. Dans une partie du bassin de la Loire, après un morcellement extrême des exploitations, d^s tentatives ont été faites pour réunir toutes les entrepcises en une seule, ainsi que cela a eu lieu pour les mines d'Anzin, et pour d'autres gissements houillers. Le rapport que nous venons de mentionner avait pour objet de signaler le danger de ces tentatives , et il établit que partout l'affaiblissement des salaires et la cherté des produits se proportionnent au degré de concentration des exploitations. Pendant que ta société d'Anzin atteignait une prospérité inouïe et que son capital social sextuplait de valeur, les ouvriers tombaient dans une misère extrême ; ils ne gagnent que de 1 fr. 30 c. à 1 fr. 30 c. par jour , tandis qu'à Saint-Etieune, le salaire moyen des ouvriers mineurs est de 2 fr. 50 c. k 5 fr. Dans les bassins où la concurrence est efficace, le prix de vente du charbon se maintient à un taux modéré; il est de 55 c. dans l'Âveyron, 67 c. dans l'Allier, 77 c. dans le Gard, 75 à 80 c. dans la Loire; mais, dans les bassins peu subdivisés, il s'élève, selon le degré de concentration des entreprises, de i fr. 20 c, i fr. 47 c, 1 fr. 53 c, 2 fr. 30 c, 2 fr. 59 c, jusqu'ë 4'fr. 14 c, comme dans le Haut-Rhin , quand le monopole est complet.

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point intérêt à réduire le salaire de leurs ouvriers, et c'est, le plus ordinairement, lorsque ce sa-laire est élevé, qu'ils font de plus grands bénéfices; les uns et les autres profitent de l'activité des travaux et du succès des entreprises , et ils subissent en commun les mauvaises chances auxquelles elles sont soumises; il y a donc bien réel* lement entre eux solidarité d'intérêts. Ce sont les ouvriers eux-mêmes qui, le plus souvent, nuisent à leurs intérêts en se multipliant outre mesure, en se jetant en trop grand nombre dans une même branche de travaux, et en permettant ainsi aux consommateurs d'obtenir leurs services à trop bas prix. S'il arrive que, dans l'ignorance des véritables causes de leurs maux, ils se soulèvent contre les entrepreneurs, ces hostilités ne prouvent nullement qu'ils aient des intérêts opposés, car on ne change pas la nature des choses en la méconnaissant ; et les actes de violence auxquels ils peuvent se livrer , n'empêchent pas que leur sort ne soit lié à celui des entreprisse : de pareils actes auront toujours pour résultai d'aggraver leur position.

On a signalé encore, comme une cause de misère pour les ouvriers etd'aflfaiblissement dans les liens sociaux, la prétendue opposition qui existerait entre le capital et le travail, c'est-à-dire

entre les intérêts ^ ceux qui disposent de Tun ou dePautre dé«esfond& productifs.

Les capitaux sont èe» instruments, des moyens de travail ; ils ne produis^[it rien s'ils ne sont pas employés, et^leurs possesseurs sont fortement intéressés à ne les laisser chômer que le moins possible; d'un autre côté, aucun travail productif ne peut avoir lieu sans remploi d'un capital plus ou moins important: les services industriels et les services de capitaux ne peuvent être employés les uns sans les autres, on ne peut en tirer parti qu'en les unissant; dès-lors il devient difficile de concevoir comment les intérêts de ceux qui en disposent pourraient être opposés. Cependant, il est vrai que cette opposition peut se manifester, mais dans un seul cas : c'est lorsque l'emploi de machines puissantes vient, dans quelques branches de production , réduire le besoin des services industriels. Le capital ainsi transformé, substituant une force aveugle aux bras d'un certain nombre d'ouvriers, nuit aux intérêts de ces derniers, en les privant de travail ou en les obligeant à chercher d'autres emplois; mais nous avons vu que cette substitution est assez étroitement limitée dans les travaux qui occupent la plus grande partie de la popu-

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latioD (1). D'ailleurs, l'emidoi des machines n'a pas toujours pour effet de réduire la quantité du travail humain, même dans les branches ^e pro^ ductiw OH. 'elles sont introduites; souvent, au contraire, il donne à ces productions un tel développement qu'il devient nécessaire d'y appeler un plus grand nombre d'ouvriers; c'est ce qui est arrivé pour l'imprimerie, pour l'industrie du cotpn, pour celle de la soie, etc. Toutefois, si dans ces industries l'emploi des matières est loin d'avoir amené une réduction de travail humslin, il a presque toujours occasionné des interversions de travaux : tous les copistes dont le service a été rendu inutile par l'imprimerie, toutes le& fileuseâ à la main remplacées par les machines à filer , n'ont pas trouvé de l'emploi dans les' Nouveaux procédés, et beaucoup ont dû souffrir pendant un temps plus ou moins long. Au surplus, les interruptions, les suspensions de travaux, résultant de l'emploi de machines nouvelles, et les souffrances qui peuvent en être la suite, pour quelques classes de travailleurs, sont essentiellement passagères; les ouvriers remplacés ^missent tôt ou tard par trouver d'autres occupations dans les développements industriels

(i) Chapitre v.

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que provoque Taccroissement des capitaux, auquel contribuent puissamment les machines ellesmêmes. L'Angleterre est le pays où Ton fait Tapplication la plus étendue de la puissance des machines, et nulle part la population n*est aussi occupée; rengagement, sous cette forme, d'énormes masses de capitaux, n'empêche pas que ceux restant disponibles et cherchant des placements n'y soient plus abondants qu'ailleurs. .

Ainsi, quelle que soit la forme qu'affectent les accumulations de capitaux, on ne peut soutenir , d'une manière générale, qu'il y ait opposition entre le capital et le travail. Dans la production matérielle, ceux qui disposent d'un capital, ainsi qu'un petit nombre de travailleurs doués de facultés industrielles supérieures, peuvent seuls devenir chefs d'entreprises ; tous les autres sont obligés de se contenter d'un salaire qui leur offre peu de chances d'améliorer leur situation ; et l'observation de ces faits a probablement contribué à faire naître l'opinion que nous examinons. Cependant, il n'^en résulte nullement qu'il y ait opposition d'intérêts entre les capitalistes et ceux qui ne peuvent apporter dans les opérations productives que des services industriels de valeur ordinaire ; bien que la position des derniers ne soit pas la plus avantageuse, les motifs qui

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portent les uns et les autres à se rechercher et à réunir leurs services, ne sont pas moins puissants. Ce n'est pas, au surplus, la multiplication des capitaux qui peut réduire le nombre des entrepreneurs et la facilité d'arriver à cette position ; mais leur trop grande accumulation dans un petit nombre de vastes entreprises. Nous avons vu que cette concentration, lorsqu'elle dépasse certaines limites, peut produire des maux très-graves. Hors le cas de cet emploi abusif, qu'il n'est pas possible d'empêcher, l'abondance des capitaux ne peut offrir aux classes laborieuses que des avantages, parce qu'elle permetaux travailleurs, capablesdedevenir entrepreneurs, de s'en procurer plus facilement et à plus bas prix. Les fournisseurs de services industriels sont donc intéressés à la multiplication des capitaux, comme les capitalistes le sont k l'activité des travaux; et il y a, en général, entre les uns et les autres, intérêt commun.

11 existe, d'ailleurs, dans l'ordre industriel, bien d'autres communautés d'intérêts que celles qui viennent d'être indiquées. L'industrie manufacturière et le commerce, considérés dans leur ensemble, sont fortement intéressés aux succès de l'industrie agricole ; celle-ci, à son tour, est toujours favorisée par le développement et les pro-

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