CHAPITRE II
Du principe de rassociation , appliqué à ramélioration morale des individus.
Nos volontés sont, en général, déterminées par trois genres d'intérêts différents : l'un est
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celui résultant des croyauces religieuses, de la foi dans lesréçQmpepses ou les châtiments d'une via future; les. ilepx autres ^çrattacbent à la vie présente et ont pour objet, d*une part, la satis*^ faction des besoins ordinaires de la vie au moyen des richesses produites ; de l'autre, la satisfaction des besoins d'affection, d'estime,de considération, d'influence, que tous les honunes prouvent à différents degrés.
,, Pour distinguer ces trois genres d'intérêts, nous nommerons le premier intérêt religieux, le deuxième intérêt matériel, le troisième intérêt moral.
, Chacun de ces intérêts est assez puissant pour s'emparer entièrement de notre intelligence et devenir le principal mobile de notre conduite. On sait quelle action énergique peut exercer le sentiment religieux ; on connaît la force de l'amour çxclusif des richesses, et celle que peut acquérir le désir de la distinction, de la gloire, etc. Dans la vie des peuples, ces diverses tendances ont prédominé tour à tour, et l'expérience de leurs résultats autorise à penser que ce n'est pas lorsque l'une d'elles dirige trop exclusivement nos volontés qu'elles agissent le plus favorablement sur pptre sort, surtout si elles ne sont pas éclairées. La domination exclusive de l'intérêt re-
ligieux prodait, aux époques d'ignorance, la superstition et le fanatisme ou, tout au moins, le dédaîh et la négligenoe des travaux nécessaires au soutien et à Tamélioration de la vie; si Tintée rêt matériel «laissait seul sur les esprits, il surexciterait le dérelô^pement des besoins sensuels et il affaiblirait la générosité, les affections bienveillantes, les jouissances intellectuelles et morafes ; enfin, la prédominance de Tintérêt mo* rai peut produire de mauvais résultats lorsque Topinion générale qui, seule, détermine les objets auxquels il s'attache, n'apprécie pas raisonnablement le mérite des actes auxquels elle attribue l'estime^ la considération, la gloire, etc.; elle donne alors aux tendances de la vanité, au désir de la renommée, de la domination, etc., des directions souvent funestes.
Il me semble que le perfectionnement de la vie humaine tîeùt à une direction éclairée et à une sage pondération de ces trois intérêts ou mobiles principaux. Rien assurément n'est plus propre à favoriser le développement normal de nos forces physiques, intellectuelles et morales que Ift ferme éroyance à Texisténce d'un Être tout-puissant, qui anitne et dirige le monde, qui veut l'amélioration et le bien-être de notre espèce îàâniï lès limites qu'il leur a assignées, et
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qui nous réserve une existence inconnue, mais sûrement heureuse, pour tous ceux qui auront été guidés dans la vie actuelle par des motifs élevés et bienfaisants et qui, dans la sphère plus ou moins restreinte de leur activité, auront contribué au bien de Thumanité. Une semblable croyance, conforme d'ailleurs aux plus saines indications de la raison, ne saurait affaiblir la puissance de l'intérêt matériel, et elle peut aider à le diriger dans la voie la plus avantageuse pour tous par la réprobation qu'elle impose,à ses écarts ; elle peut aussi épurer l'intérêt moral en sanctionnant seulement les actions utiles aux hommes et en empêchanl l'opinion générale d'accorder ses récompenses, son admiration, à des actes, qui n'ont pas ce caractère.
Ainsi, les trois genres d'intérêtsqué nous avons signalés peuvent agir simultanément, et ce n'est même qu'à cette condition, et lorsque d'ailleurs ils ne sont pas faussés par l'ignorance ou les passions , que leur action peut nous être constamment favorable.
Chez les populations civilisées de notre époque, l'opinion générale apprécie assez bien le mérite des actions et des habitudes privées, et, sous ce rapport spécial, l'intérêt moral paraît suffisam-
SUR LES CAUSES DE l'IWDIGEWCE. — CH. II. 261
ment éclairé pour que l'accroissement de sa puissance soit avantageux: or, on peut trouver des moyens efficaces de le développer, de loi donner plus d'empire sur la volonté et la conduite des individus, dans Tapplication du principe de l'association. L'influence des associations se révèle d'une manière particulièrement remarquable dans les corporations religieuses ; le nombre des personnes qui, après s'être soumises aux règles qu'elles imposent, s'en écartent ostensiblement, est relativement fort restreint ; presque toutes s'y soumettent pendant leur vie entière, alors même que nul autre obstacle que l'opinion ne les empêche de s'y soustraire et de rentrer dans la vie civile, et cette persistance, dans l'observation de règles souvent opposées aux penchants naturels les plus difficiles à vaincre, ne doit pas être attribuée uniquement à la foi religieuse, car la surveillance qu'exercent les uns à l'égard des autres les membres de la corporation, le désir d'obtenir la considération des associés et celle du public , la crainte d'encourir leur réprobation et leur mépris, y prennent incontestablement une grande part ; il est hors de doute que le sentiment religieux ne produirait pas chez des individus isolés une soumission aussi constante aux règles dont il s'agit.
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Puîsq^ FaBfiodàttoii pëuteserc^ une} assez graIld^ î&fluBaDee sur les habitudespiâtëes pour maintenirrobseryation de règles^diamëtratemeiit opposé6$ k.nos |)encbaiits les plus . forts ^ il est permis de penser qu*eUë pourrait contribuer puisfiai^mei^tiàsl^tFeiEdre lesbabitudes qui én-^ ^ndreQtiripdigence^ et. à propage celles qui
ont;}e filus )fay<»raklea à raméiiora;tioxi du sort (i€is classas laborieuses. V
. ' Il e8ti{>êu de personnes qui , en reçoiinai^nt les fÂcheuseç coni^éqùences dé leurs habitudes vicieuses «n'aient pris plusieurs fois la résolutioii dç.les réformer; mais le nombre de celles qaii p^sistanC dans cette résolution, se réfornkent effectivement, est encore plus restreint, parce qu'il faut, pomr suivre isolément et avec constance un plan de réfdrme morale , une force de cara(> tère qui ne se rencontre que rarement. Mais, sî un certain nombre d'individus se soumettent en^ semble au même plan de réforme, s'ils contrac^ tent l'obUgatiicm de suivre des règles positives \ ét£^bUes dates le but de supprimer leurs mauv^ses haMbides et d'en . feîre naître . de contrair es ; si cette Q6sadiation,placéesous la direction dequefc quesbammës; de mérite, est conduite! et organisée de manière à obtenir l'attention des^dassés éclairées et influentes ; si elle est fortement ap-
prouvée, à raison de son objet, par ropînibn générale, ceux qui s*y seront liés volontairement trouverônf, ponr persister ddn^ Ieiâ%l*é^cilUtioy, des auxiliaires d'une grande puissance , dans là surveillance qu'ils exerceront mutuelletoent sur leur conduite ; dans r*T^j?ttbatiôns la considération qu'ils pourront obtenir ;d'e(bcird parmi leurs associés, ensuite dans le publié, et datis la crainte du mépris que ferait rejaillir sur eux une expulsion motivée par la négligence ou TÂbandoiï dés des règles qu'ils auraient acéeptées : les sucées Dbtefnus aux États-Unis p*r les gééîétôs-de ïem*pérance sont un exemple de l'influence que peuvent exercer les associations sur la réforme des mauvaises habitudes.
La tendance des réformes pourrait porter principalement sur l'inteînpérance, sur la paresse, sur le défaut d'économie et de prévoyance et aussi sur l'ignorance. La plupart des vices se décèlent par des actes qu'il est possible de constater et qui donneraient lieu à certaines répressions, graduées selon l'importance dès infractions et consistant soit dans un sacrifice pécuniaire, soit dans l'expression d'un blâme, dans une expulsion temporaire ou définitive. Des instructions orales ou écrites données aux associés par les personnes appelées à les diriger, et ayant
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pour objet de leur faire connaître toutes les conséquences des mauvaises habitudes et tous les faits qui intéressent leurs travaux,contribueraieiit à assurer le succès.
L'intérêt matériel pourrait facilement apporter son contingent d'action dans les sociétés dont il s'agit. En ajoutant à l'instruction morale des associés des renseignements, des indications ou des conseils sur les industries auxquelles ils se livrent ; en leur faisant connaître les circonstances qui pourront exercer de l'influence sur leurs travaux; en leur apprenant à apprécier les chances diverses qu'ils peuvent courir, on servirait leurs intérêts matériels en même temps qu'on les habituerait à la prudence et à la prévoyance. Ces associations pourraient en outre, à l'exemple de sociétés de secours mutuels, posséder en commun une caisse alimentée par de faibles prélèvements opérés sur le salaire et dont le produit serait destiné à subvenir à des besoins éventuels, prévus et déterminés par les statuts.
L'intérêt religieux est très-conciliable avec le but de semblables associations. Si, par un motif bienveillant, les doctrines chrétiennes ont attaché à la pauvreté une sorte de faveur, de prédilection, ce n'est qu'afin d'appeler l'intérêt sur les pauvres, de stimuler la bienfaisance, et il est
évident qu'elles n'ont pu vouloir encourager les habitudes qui peuvent étendre l'indigence. Rien n'empêcherait donc les ministres des cultes d'exercer sur les sociétés dont il s'agit une action favorable par des instructions, des prédications, appropriées à leur objet.
Il est facile de concevoir que les conditions de détail de ces associations devraient varier en raison de la position des ouvriers des diverses classes, et de la nature de leurs habitudes. Nous nous bornerons à signaler les conditions principales qui nous paraissent le plus généralement applicables.
SiCTiON ir«. — De la nature de nnstrucUon A propager au moyen des associations.
L'un des premiers services que pourraient rendre des associations formées pour l'amélioration morale des ouvriers serait d'aider à répandre, parmi eux et parmi les classes dans lesquelles ils se recrutent, la connaissance des conditions d'instabilité auxquelles leur industrie se trouve assujettiç. Dans cet objet, on pourrait rechercher, pour chaque branche de travaux, les vicissitudes qu'elles ont éprouvées à diverses époques, et, autant que possible, en indiquer les causes, faire connaître l'influence qu'elles ont exercée sur le
sort des ouvriers, sur le taux des salaire», sur ractivîté ou la stagnation des trfeivaui. lieâfésui^ tàts de ces recherches seraient exposés^ dânâ des recueils, écrits simplement et claîreinent/^î seraient lus dans les réunions des associations-, et distribués entre les associés; on pourrait «ànssi faire connaître aux ouvriers dans des écrits périodiques les circonstances présentes qui peu* vent exercer de Finfluence sur leur industrie, et les habituer à en prévoir les suites probable^, en leur ra|)pelant les résultats que des cirConst^c^ semblables ont produits dans le passé; on pourrait encore les informer, parles mêmes^mbyens, des perfectionnements ou changements de procédés introduits dans les travaux dont ils s'occupent^ et leur expliquer les avantages ou les inconvénients qui peuvent s*y rencontrer; on t)ourraît, enfin, leur fournir des moyens déjuger par eux-mêmes de la portée d'une multitude de circonstances intéressantleurpositîon, en leur donnant des notions élémentaires d'économie politique.
Un autre enseignement non moins important consisterait dans l'exposition, aussi simple et aussi complète que possible, des effets que produisent pour l'individu, pour la famille et pour la société les diverses habitudes privées. Les classes pau-
YTès toimaîsseDt moins qu'on ne le supposé gêné- Ta]jeiii^tie$'C6n8éqUeiiGesdes ces diverses babi* tudesisauf cjuelquès'exGeptioiis, dles n'ontà'cet égard que des notions confuses et très-incompLèies^ et des .analystes bien ^ites seraient d'autant phiseffleacespouren^ propager la connaissante parmi tes ouvriers, qu'ils peuvent observer autour â'^ut âé nombreux exemples des résultats qu^entraftieàt les vices ou de ceux qui sont là suite tfttoe sage conduite (1).
Là ^ôpagation de ces divers ensëîgneinenis IÂ)ttrrait avoir lieu au moyen de traités spéciaux et #iitte publicaUon périodique, rédigés et publiés aux frais de rÉtaft, sous la directiotii d'une commission <^hoi&ie principalement panbi les membres de l'Académie des sciences morales et politiques, et dont chaque association organisée recevrait des exemplaires. Ces écrits seraient lus, expliqués et commentés lors des réunions, et ils seraient laissés à la disposition des associés qui voudraient les consulter. Les directeurs, ou patron»', de chaque association, ou les ministres des cuhes qui s^y seraient attachés, pourraient ajouter aux instructions écrites dès leçons orales,
(1). On:|rôuvff ^es modèles de ces analyses, telles ^ue nous les concevons, dans le Traité de Législation de Ch. Comte (liv. i, chap. 3 et liv. 2, chap. 11 }.
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dont Tobjet serait de rendre renseignement plus complet, en le développant, en Tappuyant par des exemples et par Tautorité des doctrines religieuses.
Il nous paraît indubitable que de pareilles inr structions, fréquemment renouvelées et continuées avec persévérance, finiraient par rendre familières aux ouvriers les connaissances qui leur importent le plus, par les mettre en état d'apprécier sainement les chances favorables ou nuisibles auxquelles leur industrie peut se trouver soumise ; elles les habitueraient à juger de leur position d'après ce qu'elle a été, en moyenne, dans une période de plusieurs années > et non d'après les circonstances du moment ; elles les rendraient ainsi plus prévoyants et moins disposés àétendre le cercle de leursbesoins dès qu' une prospérité passagère vient leur en offrir les moyens. L'enseignement relatif aux conséquences des habitudes privées, apporterait assurément d'heureuses modifications dans les mœurs d'un grand nombre d'individus, dont l'imprévoyance ou les vices tiennent plus à l'ignorance qu'à la vivacité des passions ; toutes les suites de leurs actions pouvant alors se présenter simultanément à leur esprit au moment d'agir, ils trouveraient dans cette prévision complète une force morale qui
les aiderait puissamment à surmonter Tentraînement des mauvaises habitudes, et à suivre avec constance la ligne de conduite qui peut seule améliorer leur sort.
Les ouvriers sont plus aptes qu'on ne le pense généralement parmi nous, à acquérir un degré d'instruction avancé sur les branches de connaissances qui se lient intimement à leurs intérêts. Dans un meeting, tenu le 4 août 1845, les ouvriers fileurs de Bolton ont manifesté des connaissances économiques qui ne se rencontrent que bien rarement en France , même parmi les classes qui tiennent le premier rang ; plusieurs de leurs motions ne seraient pas désavouées par les économistes les plus instruits; ils savent et ils professent que « les coalitions ou les grèves ne « produisent que du mal ; que ce n'est point des « manufacturiers que le taux des salaires dé- « pend ; que dans les époques de dépression les « maîtres ne sont, pour ainsi dire, que le fouet « dont s'arme la nécessité ; que le principe ré- « gulateur du prix du travail est le rapport de « l'offre avec la demande (l). »
Les associations seraient un moyen de pro-
(1) Les coalitions condamnées par les ouvriers anglais^ article de M, Léon Faucher (Journal des Économistes, tom. 12, paé..li5etsuiv.).
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pager rapidçiQjçnt les connaissances que tatous avons indiquées; ce que nous ayons dit des lectures, des explications, des commentaires qui seraient donnés dans les assemblées , suffit pour | l'établir. I
Section 9. — De remploi des peines et des récompenses dans les
aSBOoÎAtions. «,.-(.•»
Nous avons à exposer, dans ce paragraphe et I dans les deux suivants, un assez grand nombre de règles que nous formulerons brièvement et sans développer les motifs à l'appui de chacune d'elles, afin d'éviter la répétition d'observations ' que nous avons déjà présentées : un peu d'attention fera, d'ailleurs , reconnaître facilement ces | motifs et la manière dont chacune des règles i proposées peut concourir au but qu'il s'agît d'atteindre. Il n'est guère possible en présentant, ainsi que nous allons le faire, une sorte de formule de statuts, d'éviter la sécheresse et d'éveiller l'intérêt ; mais ce procédé nous paraît offrir FâvâMa^ de la concision , et il permet , mieux que tout autre, de soumettre nos idées à l'é- , preuve de leur valeur pratique. i
• Nous avons dit que les associations pourraient | influer sur la conduite des ouvriers par l'applica- |
tion de peines ou de récompenses. [
Les peines à appliquer seraient l'amende, l'in- ,
scriptîoD des fautes sur un livret, Texpulsion de Tassociation.
On s'attacherait principalement à réprimer, au moyen de ces peines, Tivrognerie, la paresse, le désordre ou le défaut d'économie.
Ainsi quenousrexpliquerons piu&toin « chaque association aurait un conseil et des surveillants.
Chacun des associés serait muni d'un livret sur lequel seraient indiquées la coinposition de sa famille, les ressources qu'il peut §e procurer au moyen du travail , en supposant une occupation continue, enfin toutes les circonstances qui peuvent servir à déterminer l'impprtance des économies mensuelles qu'il lui serait possible de réaliser,. Cette appréciation serait faite par le conseil de l'association et, quelque minimes que fussent les économies reconnues praticables, le taux en serait indiqué sur le livret au moment de la réception de chaque associé et avec son adhésion.
A la fin de chaque mois, et avant le jour fixé pour les. réunions mensuelles de la société, l'ouvrier ferait inscrire sur le même livi;et, par l'eçirepreneur ou le manufacturier qui l'emploierait, les quantités, de travaux ou le nombre de journées faites pendant le mois et le prix qu'il en aurait reçu.
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Ces livrets seraient soumis, lors des réunions, au conseil de l'association qui trouverait, dans les quantités de travail inscrites, un moyen de reconnaître ceux des associés qui se seraient abandonnés à la négligence ou à la paresse. Si l'ouvrier, dont le livret accuserait une réduction notable sur la quantité ordinaire de ses travaux, ne fournissait pas au conseil des justifications suffisantes, sa faute serait signalée dans une partie du livret réservée à cet effet. Trois inscriptions d'une faute semblable, dans le cours de la même aiyiée, entraîneraient la radiation du contrôle de l'association ; toutefois, le conseil pourrait, sur la demande de l'ouvrier, substituer à la première inscription une amende au profit de la caisse commune , dont il déterminerait le taux dans les limites d'un minimum et d'un maximum fixés par les statuts: la deuxième Inscription pourrait être rachetée de la même manière, mais l'amende imposée dans ce cas serait plus forte que la première; il ne serait accordé qu'un mois de délai pour le paiement de ces amendes, lorsque l'ouvrier ne pourrait pas les acquitter immédiatement; passé ce terme, les inscriptions seraient portées sur le livret et elles ne pourraient plus être rachetées.
Les économies mensuelles et particulières dont
SUR LES CAUSES BI L'iKBIGElfGE. — GH. II. 273
le taux aurait été déterminé, aiasi qu'il est dit plus haut, devraient être portées à la caisse d'épargne ; à cet effet, chacun des associés serait muni d'un livret de cette caisse , qui serait soumis au conseil, lors des réunions. Lorsque le dépôt mensuel n'aurait pas été opéré, l'ouvrier devrait en faire connaître les motifs ; il devrait également justifier devant le conseil les retraits qu'il aurait effectués. Si, dans le cours d'une année , il était reconnu que le taux de l'épargne mensuelle, primitivement imposé, fût trop élevé, ce taux pourrait être réduit par le conseil, sur la demande de l'ouvrier ; à la fin de chaque année, tous les ouvriers qui n'auraient pas à la caisse d'épargne une somme au moins égale à celle qu'aurait dfr produire l'économie mensuelle fixée pour chacun d'eux, seraient jugés par le conseil; ils exposeraient les motifs qui les auraient empêchés de satisfaire à cette obligation, et si ces motifs n'étaient pas reconnus valables ou suffisants, une inscription sur leur livret d'associé constaterait leur défaut d'économie: deux inscriptions semblables et consécutives entraîneraient, après deux ans , la radiation du contrôle de l'association.
On interdirait aux associés la fréquentation habituelle des cafés ou cabarets ; celui qui au-
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rait contrevenu à cette règle, on qni aurait été vu en état jd'ivreâ&e, serait, Lors des réunions, jugé par le eonsdU et les Sautes seraient insectes ou rachetables comme pour les cas de paresse ou de négligence.
Les associés seraient rigoureusement tenus d^assister aux réunions mensuelles. Deux absences consécutives non justifiées , ou trois absences consécutives ou non,, dans le cours d'une année, donneraient lieu à une inscription sur le livret; deux inscriptions , pour cette cause , donneraient lieu à la radiation ; la première inscription pourrait être rachetée par une forte amende. Le défaut d'exactitude dans le paiement des cotisations ou des amendes, pourrait également donner lieu, sur la décision du conseil, à la radiation.
Tous les ouvriers qui auraient été exclus de Tassociation, par application des règles que nous venons d'indiquer, ne pourraient y être admis de nouveau, qu'après l'intervalle d'une année, et moyennant le versement à la caisse commune d'une taxe importante , déterminée par les statuts. Quant à ceux qui se seraient rendus coupables de fautes graves contre la probité ou les mœurs, ils seraient exclus définitivement, après tout jugement infligeant des peines flétrissantes.
Ht
Les récompenses de l'association consisteraient dans Tinscription, sur les livrets, des actions -mé^ ritoires qiitôî chaque associé aurait pu accomplir,' et dans des- certificats annuels signés par les membres'du' côn&eîl d'association, et également inscrits sur les livrets, constatant l'exacte observation des règles imposées.
Il nous semble que ces livrets, tenus avec soin, et offrant en quelque sorte l'historique de la conduite de chaque membre des associations, pourraient devenir un moyen puissant d'améliorer les mœurs des ouvriers. La crainte de l'effet que devraient produire, lorsque la communication de leurs livrets leur serait demandée, les annotations défavorables qui s' y trouveraient inscrites et, d'un autre côté, la sécurité et la satisfaction que leur procurerait la possession d'un livret prouvant la régularité ou l'excellence de leur conduite, l'accueil bienveillant qu'il leur assurerait auprès des maîtres et de tous ceux à qui ils pourraient avoir besoin de fournir des preuves de leur moralité , exerceraient assurément sur eux une salutaire influence.
Sbctiom 5. — Caisse commune.
Cette caisse serait alimentée; 1** par les cotisations mensuelles imposées aux associés; 2** par
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une taxe qui pourrait être exigée au moment de la réception de chaque membre ; 3* par le produit des amendes ; la" enfin, par les dons que la bienfaisance privée Voudrait y consacrer. Les cotisations mensuelles devraient être fort modiques, afin de ne pas faire obstacle aux épargnes particulières de chaque associé ; en général, elles ne devraient pas dépasser un franc par mois.
Les fonds de la caisse commune seraient employés, 1° au paiement du loyer de la salle des réunions, lorsqu'il ne serait pas possible d'obtenir ce local gratuitement; 2** au paiement d'une indemnité suffisante à celui ou ceux des associés qui seraient chargés dé la caisse et des écritures, aux frais de registres, de livrets, d'impressions, etc. ; 8** enfin , à la distribution de secours en numéraire entre tes membres qui seraient privés de travail pour cause de maladie constatée.
Lors des réunions mensuelles, les surveillants feraient connaître au conseil les associés malades qui demanderaient des secours ; ils produiraient des certificats délivrés par un médecin attaché à l'association et indiquant la nature de la maladie et le nombre de jours pendant lesquels le malade a été empêché de travailler dans le cours du mois précédent. Le conseil se ferait rendre compte de
SUR LES CAUSES DE L'iWDÏGENCE. — CH. II. 277
Tétat de la caisse commune ; il réserverait dans tous les cas la somme nécessaire pour le paiement des frais annuels de l'association , de manière que ce paiement fût toujours assuré, puis il déterminerait la portion du fonds restant qui serait appliquée en secours à répartir proportionnellement au nombre de journées de maladie constatées. La somme à partager serait divisée par le nombre de ces journées, et la part de chaque malade serait en raison de la durée de la maladie.
La quotité du secours à accorder pour chaque jour devrait s'élever, toutes les fois que l'état de Ja caisse le permettrait, aux trois quarts du prix ordinaire de la journée de travail , sans jamais dépasser ce taux ; si la situation de la caisse ne comportait qu'une distribution de moins de vingtcinq centimes pour chaque journée de maladie , il ne serait pas fait de distribution.
Les associés malades n'auraient droit à leur part entière de secours, que lorsque la maladie ne dépasserait pas une durée d'un mois; passé ce terme, leur'part serait réduite de moitié pendant deux autres mois, à l'expiration desquels ils cesseraient d'être admis aux distributions de la caisse.
Ces dernières règles auraient pour objet d'em-
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pécher qu-une trop grande partie de la réserve <:;ommuiie ne fût absorbée par les chargés qui résulteraient de longues maladies ou d'infirmités incurables, et de conserver à tous les associés plus de chaûces d'être secourus d'une manière efficace en cas de maladies temporaires, auxquelles ils sont plus généralement exposés. Toutefois^ sîv par suite de l'abondance ou de Timportance'des dons qu'aurait reçus l'association, il y avait possibilité de faire des exceptions à ces règles, sans compromettre le service des secours temporaires, elles pourraient avoir lieu à l'égard des associés malades qui, par leur conduite antérieure, seraient jugés avoir mérité cette faveur. Une décision du conseil de Vassociation pourrait dans ce cas leur attribuer, pendant un temps déterminé, un secours qui leur serait payé tous les mois ; mais cette décision serait soumise à la sanction de la majorité des associés.
Si l'importance de la réserve commune le permettait, l'association pourrait décider de la même manière l'attribution de quelques "secours en faveur dés associés qui seraient privés de travail , par d'autres causes que des maladies et, par exemple , par la vieillesse.
Les fonds de la réserve commune seraient déposés à la caisse d'épargne. Le conseil détermi-
SUR LES CAUSES DE L'iNDIGEIfCE. — GH. ir. 279
nerait chaque mois la portion de cette réserve , qui pourrait être retenue par le caissier pour les ctépenses courantes.
ScCTio!! 4. — Organisation des associations.
Chacune des associations dont il s'agit ne pourrait être composée de plus de 250 à âOO membres; lorsque plusieurs seraient formées dans une même localité, elles se distingueraient par des noms de quartiers. Dans ce dernier cas, deux ou plusieurs associations pourraient s'entendre pour affecter un même local à leurs réunions mensuelles; il suffirait, pour éviter toute confusion , qu'elles assignassent à ces réunions des jours différents.
Les ouvriers ne pourraient être admis dans l'association avantTâge de 21 ans, ni après l'âge de 40 ans ; ils ne seraient reçus que sur la justification de leurs bonnes mœurs et de leur état de santé ; ils ne seraient inscrits sur le contrôle de l'association , qu'après avoir exprimé devant le conseilla promesse de se conformer à ses règles, et après avoir acquitté la taxe d'adtnission.
Chaque association serait divisée en sections de vingt ouvriers, dont chacune élirait un surveil-tant choisi parmi les membres* La mission des
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surveillants consisterait à reconnaître «t à signaler au conseil les actes répréhensibles des membres de la section, et spécialement les infractions aux règles sur la fréquentation des cafés ou cabarets ; à recueillir les cotisations mensuelles et à les verser lors des réunions dans la caisse commune ; à procurer aux associés malades les certificats du médecin qui devraient servir de base à la répartition des secours ; à recevoir le montant de ces secours et à les distribuer entre les malades de leur section.
Le conseil de l'association serait composé d'un directeur et de deux adjoints pour les sociétés de cent membres et au-dessous ; de deux directeurs et de trois adjoints pour celles de cent un à deux cents membres; enfin, de trois directeurs et de quatre adjoints pour celles de deux cent un à trois cents membres.
Les directeurs seraient, autant que possible, choisis parmi les anciens magistrats , manufacturiers, ou négociants retirés des affaires; ils seraient nommés, par le ministre de l'intérieur, sur la présentation de l'autorité locale et sur une liste qu'elle aurait arrêtée de concert avec la majorité des surveillants de section, et qui devrait contenir trois fois autant de noms qu'il y aurait de directeurs à nommer. Ces derniers pourraient conser-
SUR LES CAUSES DE L'iHDIGEKGE. — GH. II. 281
ver leurs fooctioBS pendant un temps indéfini ; il n'y aurait lieu*à de nouvelles nominations qu'en cas de démission, décès, ou d'une demande écrite formée par la majorité des membres de l'association et adressée au préfet du département.
Les fonctions des directeurs des associations d'ouvriers seraient considérées par le gouvernement conmie un service public ; elles pourraient donner lieu , comme celles des membres des commissions administratives des hospices , à des distinctions ou récompenses honorifiques.
Les directeurs désigneraient , en dehori? de l'association, l'un des'adjoints, si le conseil ne devait pas en compter plus de trois ; ils en désigneraient deux, s'il devait en compter quatre ; les autres adjoints seraient nommés par les surveillants de section et choisis parmi eux ; ces dernières nominations seraient renouvelées à des époques déterminées.
Un ministre du culte, résidant dans la localité, pourrait être désigné par le directeur pour assister aux réunions mensuelles de l'association ; lorsqu'il voudrait y assister, il prendrait place au conseil et aurait voix délibérative sur tous les objets soumis à ses décisions.
Lorsque l'un des directeurs ou des adjoints n'aurait pu se rendre à une réunion, les autres
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membres du conseil dési^eraientipour le remplacer provisoirement run d'entre eux ou Ytm des swveillants. Le conseil serait présidé par le directeur, ouïe plus âgé des directeurs, et ses décisions seraient prises à la majorité.
Le conseil nommerait, soit parmi les membres de Tassociation, soit en dehors s'il le jugeait convenable , un ou ou plusieurs commis chargés de la tenue de la caisse et de toutes les écritures ; il fixerait Findemnité annuelle qui serait allouée pour ce travail sur les fonds de la caisse commune ; il pourrait révoquer et remplacer ces agents. Il désignerait aussi le méitecin de Tassociation.
Les réunions seraient fixées au premier, deuxième , troisième ou quatrième dimanche de chaque- mois, de manière que, dans les lieux qui compteraient plusieurs associations, elles pussent s'entendre au besoin pour se servir du même local.
A l'ouverture de chaque séance , un appel serait fait au moyen du contrôle des associés, et les absences, non justifiées par les surveillants de section, seraient notées.
La première partie de la séance serait consacrée aux lectures (indiquées § 1"), qui seraient faites à haute voix par l'un des membres du con-
sua LES CAUSES DE L'iNDIGENCE. — GH. II. 283
seil, et aux ii^tructions verbales que les directeurs ouïe miaiâtredtt culte voudraient y ajouter.
Le conseil s'occuperait ensuite de Texamen de la conduite des associés ; il entendrait à ce sujet les rapports des surveillants de section ; il vérifierait les livrets; et après avoir interrogé les ouvriers sur lès fautes ou infractions présumées , il prononcerait sur Tapplication de la peine , ciomme il est dit au § 2. La dernière partie des séances serait conàaci^ée à la vérification des comptes ^t à la répartition dés secours^ quand il y aurait lieu.
La durée des séances serait ainsi de plusieurs heures pour les associations nombreuses ; mais comme elles n'auraient lieu qu'une fois par mois, elles n'imposeraient pas aux directeurs des obligations trop pénibles, et quant aux ouvriers, ils ne sauraient employer leur temps (un jour de dimanche sur quatre) d'une manière plus profitable pour eux.
Ces premières associations pourraient être formées dans les lieux de fabrique, par les soins et sur la provocation de l'autorité locale. On n'y appellerait d'abord que des ouvriers laborieux , économes et recommandables par leur conduite, car il serait très-important qu'elles obtinssent dès l'origine l'estime publique , et que les ou-
vriers pussent considérer leur admission comme une distinction honorable, comme uoe faveur.
Les directeurs devraient veiller , dans les premiers temps , à ce que le nombre des associés ne s'accrût que lentement et au moyen de sujets dont les antécédents offrissent des garanties suffisantes de bonne conduite. Ces ménagements, dès le début , seraient indispensables pour assurer le succès des associations et leur procurer la considération sans laquelle elles ne sauraient être efficaces. Lorsqu'elles auraient acquis l'appui de l'opinion générale et que le nombre des associés -formés à une conduite régulière serait devenu considérable, l'adjonction successive de membres dont la conduite antérieure ne serait pas exempte de vices, n'offrirait pas de danger, et l'on pourrait alors rendre les admissions plus faciles.
Les règles que nous venons d'exposer nous ont paru les plus propres à atteindre le but principal des associations d'ouvriers; l'amélioration de leur conduite : nous sommes loin de penser, néanmoins, qu'elles rie pussent être modifiées avec avantage, mais nous croyons que l'expérience seule pourra fournir à cet égard toutes les indications nécessaires.
On pourrait objecter contre ces règles, 1* qu'il
serait difiQcile de trouver un nombre suffisant d'hommes de mérite qui voulussent accepter la mission que nous avons assignée aux directeurs des associations ; ^ que la sévérité des conditions prescrites devrait faire supposer, chez ceux qui consentiraient à s'y soumettre, des habitudes de travail, d'économie, de tempérance, déjà contractées ou, du moins, une ferme détermination de renoncer aux vices opposés, et que les ouvriers qui se trouvent dans de semblables dispositions n'ont aucun besoin de l'association pour se bien conduire ; 8* enfin, que les principales améliorations à apporter dans la conduite des ouvriers consisteraient dans la réforme des habitudes d'ivrognerie, de désordre, de paresse ou d'imprévoyance, et que ceux qui, ayant contracté ces habitudes, n'ont pas eu la force d*y renoncer, malgré les maux qu'elles ont fait peser sur eux et sur leurs familles, manqueraient également de résolution ou de constance pour remplir lès conditions de l'association.
Nous croyons que ces objections seraient peu fondées. En premier lieu, nous ferons observer que l'on ne manque pas de personnes de bonne volonté pour administrer les hôpitaux, les bureaux de charité ou d'autres établissements de bienfaisance publique, dont la gestion exige
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plus de travail et de soins que n'en demanderait la direction des associations proposées : assurément, le perfectionpement moral et intellectuel d'une catégorie d'ouvriers honnêtes et valides, offrirait plus d'intérêt et d'attrait que la surveillance et FadministratiQiades'seëour&À donner aux malades, aux infirmei^,. a«is: ândigetits,. aux pri^Qmers, etc., et nous ne doutons pas qu'avec le temps les fonctions de directeur d^ associatiops d'ouvriers ne furent recherchées. Enise* cond lieu , il nous paraît incontestable que des associations, formées et dirigées ainsi que nous l'avons indiqué, ajouteraientaux causes déterminaijLtes de h conduite des ouvriers Tinfluence de CQimaissancesqui lesrendraiantplus prévoyants, et celle d'up puissant intérêt moral. L'associatlpuL iiider^it ceux qui ont déjà ccmtracté de bon* ne&habitijide&à y persister, et l'on sait qu'il n'est pas i;a;ï:e que des ouvriers, après avoir suivi penômt quelque temps une bonne ligne de conduite, l'abandoonent lorsqu'ils sont entièrement livrés à Içiurs propres impulsions. Elle offrirait également^ à ceux qui prendraient la détermination de réformer leurs mauvaises habitudes, de nqjive^^ux^ çt puissants inotifs de persister dans cette résolution. Bifin,.si les associations étaient impuissantes pour réformer la conduite d^' ou-
vriers attaqués de vices invétérés, elles empêcheraient, du moins, que cette classe dégradée ne se recrutât aussi facilement qu'elle le fait aujourd'hui.
Il faudrait probablement quelques ^^orts et une persévérance soutenue pendhnb plusieursi années pour obtenir ces différents résultats ; mais, à ces conditions, il nous parait poi^ible d'y parvenir et, dans tous les cas, il vaudrait la peine de le tenter.