CHAPITRE V
De Tagriculture, de l'industrie manufacturière et du commerce, considérés dans leurs rapports avec les causes de discontinuation ' des travaux et d'insuffisance des salaires.
Nous étudierons dans ce chapitre l'action exercée par les diverses causes de l'indigence que
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nous venons de signaler sur chacune des trois grandes divisions de l'industrie générale; on verra que l'agriculture, l'industrie manufacturière et le commerce n'en sont pas affectés au même degré.
On comprend dans Vindustrie agricole tous les travaux qui ont pour objet de faire naître ou de recueillir des produits que la nature se charge de former.
Les services industriels sont , en général , moins spécialisés dans cette branche d'industrie que dans les autres : les travailleurs y sont exercés à un grand nombre d'opérations différentes, auxquelles ils se livrent successivement aux diverses époques de l'année. Lorsque, dans une localité, certaines cultures viennent à être abandonnées et remplacées par d'autres, ce changement n'entraîne aucune suspension dans les travaux, parce que les mêmes cultivateurs peuvent presque toujours être employés aux nouvelles opérations.
L'industrie agricole est arrivée depuis longtemps à un état qui semble ne plus permettre qu'une partie considérable du travail humain y soit remplacée par l'action de nouvelles machines; du moins, les tentatives faites dans cet objet
depuis un demî-sîècle n*ont eu que des effets trèsbornés.
Le défaut d'écoulement des produits, soit qu'il provienne de la substitution d*une denrée à une autre dans les consommations, ou delà surabon*dance de certaines récoltes, n'entraîne pas d'interruptions dans les travaux de l'agriculture ; si, pour certaines classes de produits, ce défaut d'écoulement se manifeste pendant plusieurs années consécutives, il amène seulementdes modifications dans la nature des exploitations, et l'emploi des fonds agricoles est si indispensable, ils se prêtent d'ailleurs avec tant de facilité à tous les changements d'application dont chaque sol est susceptible, que la nécessité de modifier les cultures, loin d'occasionner des chômages, est presque toujours, grâce à la diversité des aptitudes du cultivateur, une cause d'activité dans les travaux*
On voit que la plupart des causes d'interruption de travail liées à la liberté industrielle et aux variations des besoins sont à peu près sans influence sur l'industrie agricole; les accidents atmosphériques, le défaut de sécurité, les guerres, tes troubles publics ou la mauvaise administration, sont les seules causes qui puissent ralentir ou arrêter les cultures.
L'insuffisance de la production, c'est-à-dire, dans l'industrie qui nous occupe, la médiocrité ou l'infériorité des récoltes, affectent gravement, parmi les revenus attachés à l'agriculture, ceux des fermiers, des métayers et des propriétaires : ceux des cultivateurs journaliers n'en sont atteints que plus faiblement, parce que leur salaire est fixé d'avance indépendamment des résultats des opérations, et si leur position est aggravée par les mauvaises récoltes, c'est seulement parce qu'elles n'exigent qu'une moindre quantité de travaux pour les recueillir et parce qu'elles les obligent, en leur qualité de consommateurs, à consacrer une plus forte partie de leur salaire à l'acquisition des denrées de première nécessité.
Si l'insuffisance des récoltes se manifeste malgré la réussite des opérations, c'est-à-dire, si elle provient de la surabondance de la population, les revenus attachés à l'agriculture sont diversement affectés: ceux des propriétaires s'accroissent, ainsi que ceux des fermiers et des métayers à exploitations importantes dont les baux sont à longue échéance; ceux des cultivateurs jouma* liers diminuent, au contraire, non-seulement en raison de l'abaissement de salaire résultant de l'augmentation survenue dans leur nombre et dans l'offre de leurs services, mais encore parce
qtf ils sont obligés d'affecter une partie plus considérable de ce salaire réduit, à leur nourriture, attendu que la circonstance dont il s'agit en élève le prix. Après un certain temps, les seuls revenus agricoles affectés favorablement par la surabondance de la population sont ceux des propriétaires fonciers.
Mais, si l'on ne considère que les services industriels, l'inégalité dans la répartition des valeurs est beaucoup moins grande dans les travaux de l'agriculture que dans les autres branches de production. Les^ rétributions obtenues par les diverses classes de travailleurs qu'ils occupent n'offrent jamais entre elles l'énorme disproportion que l'on observe entre les parts de valeurs attribuées aux difïérents services industriels engagés dans la production manufacturière ou commerciale. Cela tient principalement à ce que la nature des travaux agricoles s'oppose, ainsi que nous l'avons vu, à ce que l'on puisse diminuer le nombre des entreprises en augmentant indéfiniment l'importance de quelques-unes {i ). Cette condition est évidemment favorable au maintien d'un certain degré d'égalité dans la rémunération des services industriels, car, d'une
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part, elle empêche qu'il ne se produise de trèsgrandes différences dans l'importance relative des entreprises et, de l'autre, elle accroît le nombre des entrepreneurs comparativement à celui des travailleurs simplement salariés. En France, et sur le continent européen, la majeure partie de la population rurale est composée de familles d'entrepreneurs (fermiers, métayers, propriétaires, cultivateurs) (1) , tandis que l'on remarque le contraire dans les travaux manufacturiers ou commerciaux organisés en grandes entreprises.
La plupart des économistes ont rattaché à l'industrie agricole l'exploitation des mines et carrières et la pêche ; nous nous bornerons à faire observer, quant à cette classe de travaux, que leur organisation diffère de celle de Tagricullure, en ce qu'ils donnent lieu à de très-grandes entreprises. L'exploitation des mines peut être assimilée aux cultures, en ce qui concerne l'action de la plupart des causes de discontinuation des travaux ; mais la rémunération des différents services industriels qu'elle emploie offre des inégalités plus ou moins considérables, selon le degré de
' (i) Il paraît qu'il n'en est pas de même en Angleterre, et que le nombre des cultivateurs journaliers y est supérieur k celui des fermiers ( roir un article publié par M. Léon Faucher, dans la Revue des Deux-Mondes yViYVdison de mai 1844, p. 644etsuiv.).
monopolisation des travaux, retendue, le nombre et la situation des gisements exploitables, ou des concessions faites par l'État, selon les lois qui règlent, dans chaque pays, la propriété des mines.
Vihdmtrie manufacturière comprend tous les travaux qui ont pour effet de modifier la forme ou la nature primitive des matières sur lesquelles on opère.
Dans l'acception vulgaire, cette division de l'industrie serait beaucoup plus restreinte, mais il faut lui faire embrasser toutes les opérations auxquelles peut s'appliquer la définition qui précède, si l'on vent pouvoir classer tous les travaux de la production matérielle dans le petit nombre de catégories adoptées par les économistes ; ainsi, l'on doitcomprendre,dansrindustrie manufacturière, non-seulement les travaux qui s'exécutent dans de grandes fabriques ou manufactures, mais encore tous ceux qui s'opèrent dans de petits ateliers ; il faut y classer aussi tous les travaux appliqués à la construction des maisons ou autres bâtiments, à celle des ponts, des routes, des canaux, à la production de toutes les machines ou outils servant au commerce et à l'agriculture. C'est pour n'avoir pas considéré toute l'étendue de cette division de l'industrie générale que plu-
sieurs publicistes, qui n'avaient en vue que les travaux manufacturiers organisés en grandes entreprises, et même plus particulièrement certaines classes d'entre eux et, par exemple, les grandes fabriques aiTectées à la production des fils et tissus, ont pu soutenir que les développements de l'industrie manufacturière étaient plus funestes qu'utiles aux populations.
Il est facile de coftcevoirque les causes de discontinuation des travaux et d'insuffisance des salaires ne doivent pas agir d'une manière égale et uniforme sur toutes les professions comprises dans l'industrie manufacturière ; pour décrire leur action avec exactitude, il faudrait l'observer en particulier dans chaque branche de travaux, mais cela nécessiterait de trop longs détails et, afin de les éviter, nous généraliserons autant que possible nos observations ; dans cet objet, nous diviserons les travaux manufacturiers en deux grandes séries. Nous comprendrons, dans la première, tous ceux qui s'exécutent par petits ateliers et par des ouvriers qui sont en même temps entrepreneurs ou qui, pour la plupart, comptent le devenir à leur tour ; nous grouperons, dans la deuxième série, tous ceux qui s'opèrent en grandes fabriques ou manufactures, par des ouvriers recevant un salaire fixé d'avance, indépen-
damment des résultats de l'entreprise, et sous la direction d'un ou de plusieurs entrepreneurs qui courent les chances de l'opération.
Nous manquons de renseignements précis sur la distribution de la population dans les différents travaux manufacturiers ; toutefois, les notions générales que l'on peut obtenir à cet égard permettentd'affirmerqu' en France, plusdesdeuxtiersdès travailleurs voués à la production manufacturière appartiennent encore à la première des deux se- |
ries que nous venons d'indiquer. Pour se convaincre de la vérité de cette assertion, il suffirait d'établir une nomenclature complète des travaux j manufacturiers qui s'exécutent par petites en- 1 treprises. On reconnaîtrait facilement qu'ils occupent, dans presque toutes les villes de quelque i importance, et à part le petit nombre de celles I vouées à des fabrications spéciales, la majeure partie de la population laborieuse ; la plupart des professions s'y rattachent : telles sont celles de I maçon, tailleur de pierres, plâtrier, menuisier, charpentier, charron, bourrelier, ébéniste, for- | geron, serrurier, tailleur d'habits, cordonnier, chapelier, boulanger, cuisinier, pâtissier, charcutier, etc., etc.
Dans ces professions, et dans beaucoup d'autres qu'il serait superflu d'indiquer, celui qui
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court les chances de l'entreprise travaille seul ou ne se fait aider que par un petit nombre d'ouvriers ou apprentis qui, le plus souvent, deviennent eux-mêmes entrepreneurs dans le cours de leur vie. En général, les produits qui résultent de cette classe de travaux sont destinés à la consommation de la localité où ils s'exécutent, et ils ne se transportent pas au loin ; c'est là une des conditions qui s'opposent à l'extension des entreprises.
Les services industriels sont plus spécialisés dans ces diverses professions que dans l'agriculture, mais ils le sont beaucoup moins que dans les travaux des grandes manufactures; le charpentier, le menuisier, le forgeron, le maçon, éto., peuvent appliquer indifféremment leurs facultés^ industrielles à la production d'un grand nombre d'objets variés, et il est rare que la réduction où la suppression des demandes frappent à la fois tous les produits qu'ils peuvent fournir.
Depuis longtemps les services exécutés par les machines dans la plupart de ces industries, en remplacement du travail humain, n'ont pas reçu de notables accroissements : la construction des maisons, la coupe et la couture des vêtements, la confection des chaussures en cuir, la prépa-' ration du pain et des autres aliments, les travaux)
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de charpente, de menuiserie, etc., emploient à peu près autant de travail humain, pour la même quantité et la même nature de produits, qu'ils en employaient il y a des siècles.
La plupart des produits qui récitent de la classe de travaux qui nous occupe, nepouvantêtre suppléés par d'autres exigeant des facultés industrielles différentes, il n'arrive pas fréquemment que les professions qui s'y rattachent viennent à manquer d'emploi par cette cause.
Il y a rarement dans ces branches de travaux ralentissement ou suspension d'emploi par suite d'une surabondance relative dans la production antérieure, attendu qu'en général les produits ne s'y confectionnent qu'à mesure des demandes et qu'ils ne sont pas accumulés d'avance; toutefois, il peut y avoir surabondance dans la quantité des facultés industrielles qui s'y trouvent engagées et, par suite, réduction d'occupation pour chaque travailleur en particulier; mais, lorsque cette surabondance se manifeste dans une localité, à l'égard de certaines professions, ceux qui les exercent peuvent, avec beaucoup moins de difficultés que les grands entrepreneurs et les ouvriers qu'ils occupent, transporter leur établissement en d'autres lieux où l'offre de leur travail soit plus en rapport avçcla demande ; l'excès de l'of**
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fre des services de cette classe de travailleurs ne se manifeste guère sur tous les points d'un pays à la fois que dans le cas, assez rare, où de grandes calamités ont réduit la masse des revenus.
Dans la production des petits ateliers manufacturiers les résultats des opérations ne se trouvent pas, comme ceux de Tagriculture, dans la dépendance d'un concours éventuel d'agents naturels, et ils sont presque toujours proportionnés; ils ne pourraient être insuffisants que relatî vement à la demande, et cette circonstance est toujours favorable à l'augmentation du taux des salaires.
Quant à l'inégalité dans la répartition des valeurs obtenues par les services industriels, elle est beaucoup moins marquée dans la classe de travaux dont il s'agit que dans la fabrication par grandes entreprises, parce que les entrepreneurs y sont très-nombreux ; nous avons vu que cette condition tend à maintenir un certain degré d'égalité dans les revenus.
La deuxième série des travaux manufacturiers comprend principalement la fabrication des fils et tissus de toute espèce, celle de certains outils, ustensiles ou machines, les premières préparatioiis que l'on fait subir aux métaux avant de les soumettre aux travaux qui leur donnent leurs
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formes définitives et, enfin, la plupart des fabrications de produits d'un usage général et qui peuvent être transportés à de grandes distances sans de trop grands frais relativement à leur valeur.
Les grandes entreprises manufacturières ont porté au plus haut degré la spécialisation des services industriels et elles tendent toutes à diviser de plus en plus leur application, parce qu'elles obtiennent ainsi de plus grandes quantités de produits avec la même valeur en services productifs ; il résulte de là que les ouvriers qu'elles occupent n'ont, en général, que des aptitudes fort restreintes.
C'est aussi dans ces entreprises que l'emploi des machines produit le plus fréquemment des réductions ou des suppressions temporaires de travaux.
Le remplacement de certains produits par d'autres pouvant satisfaire les mêmes besoins, mais nécessitant des travaux qui n'appartiennent plus aux mêmes professions, est très-fréquent dans cette subdivision de la production matérielle : les fabricants desdifférents genres d'étoffes, par exemple, luttent sans cesse pour obtenir la préférence du consommateur ; le genre qui prévaut sur les autres occupe plus activement toutes
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les facultés industrielles qui y sont attachées, et il donne lieu à l'engagement de nouveaux services, mais en même temps l'emploi des services attachés aux autres genres se trouve réduit ou suspendu, jusqu'à ce qu'ils parviennent à leur tour à obtenir la préférence du consommateur ; l'instabilité de travaux résultant de cette lutte continuelle entre les différents genres d'étoffes de laine, de soie ou de coton, est d'autant plus grande, que les mœurs de la population se prêtent davantage aux changements de modes dans les divers objets de vêtement, de parure, ou d'ameublement. C'est ici l'une des causes principales des fréquentes alternatives d'activité et de stagnation que présentent les industries de cette catégorie.
Ces changements n'affectent pas également toutes les grandes manufactures; les fabriques de tissus et particulièrement celles dont les produits servent plutôt à la parure qu'au vêtement nécessaire y sont les plus exposées.
Les réductions dans les ressources générales, quelle qu'en soit la cause, affectent plus fortement les fabrications d'objets d'un prix élevé; d'un usage peu répandu et peu urgent, que celles des produits à bon marché et dont l'usage est général, parce que les | consommations les moins ur-
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gentes et les plus chères sont les premières que l'on supprime lorsque les revenus diminuent.
La surabondance de la production, relativement à l'étendue des besoins qui peuvent être satisfaits, se manifeste fréquenament dans les grandes manufactures, même lorsqu'il n'y a pas eu réduction dans la demande de leurs produits. Ces établissements, obligés pour la plupart par leur organisation de fabriquer d'avance des masses de produits, ont en commun un marché trèsétendu ; ils sont dispersés dans diverses contrées éloignées les unes des autres et n'ont entre eux que peu ou point de relations, en sorte qu'il serait difficile à chaque entrepreneur de connaître l'importance des fabrications de tous les autres et d'apprécier les quantités de produits qu'ils pourront offrir dans une durée déterminée ; d'un autre côté, l'évaluation des probabilités de consommation que pourront offrir, dans toute l'étendue du marché, les besoins et les ressources de la multitude, est nécessairement fort incertaine. Les grands établissements, manufacturiers manquent donc, en général, de bases positives pour déterminer d'avance l'étendue qu'il convient de donner à leurs travaux; lorsqu'ils dépassent la limite des besoins, le défaut d'écoulement des produits vient à la vérité les avertir de leur surabon-
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dance, mais alors le mal est fait; Us ont engagé dans une fausse voie une certaine quantité de facultés industrielles qu'ils ne peuvent plus occuper avantageusement et qui restent inactives, ou insuffisamment rétribuées, jusqu'à ce qu'elles se soient rendues propres à d'autres applications. Il est cependant certains cas où les gérants de grandes entreprises peuvent connaître d'avance approximativement la quantité de travaux ou de produits qu'ils auront à fournir et prévoir ainsi l'époque où ces opérations spéciales devront être réduites ou supprimées; cela a lieu toutes les fois qu'il s'agit de grands ouvrages d'utilité générale qui, après leur création, ne devront plus donner lieu qu'à des travaux de simple entretien, tels que la construction des routes, canaux, ponts, etc. L'exécution du réseau de chemins de fer projeté en France, par exemple, va donner un développement extraordinaire à plusieurs branches de la production manufacturière organisée en grandes entreprises ; la seule fabrication de rails, si l'on ne laisse pas arriver sur le marché national ceux des fabriques étrangères, va doubler pour un temps la production de nos forges ; ce surcroît temporaire d'activité influera favorablement sur les intérêts des concessionnaires de mines, des propriétaires de forêts, des maîtres
de forges, etc.; les ouvriers eux-mêmes pourront obtenir pendant la durée des travaux une augmentation de salaire, mais la construction achevée, la plupart de ceux dont les services n'auront été engagés que pour cette production particulière resteront sans emploi, et il est malheureusement probable que le plus grand nombre d'entre eux s'engagera sans prévoir ce résultat; la quantité surabondante de services industriels qui se trouvera alors appliquée aux travaux des forges entraînera la réduction des salaires de tous les ouvriers de cette classe.
• On voit que les causes de discontinuation des travaux agissent fortement sur la plupart des grandes entreprises manufacturières, et qu'ainsi le salaire des ouvrierisqu'ellesemploient est moins assuré que dans d'autres branches de production ; il nous reste àexaminer , pour cette série d'industries, l'action des causes qui peuvent rendre le salaire insuffisant même lorsque les travailleurs^ sont constamment occupés.
Dans les grandes manufactures comme dans les petits ateliers, la production, une fois les matières premières obtenues, est généralement proportioimée aux services employés, et les salaires y sont affectés d'une manière favorable, si les quantités produites restent inférieures à l'importance
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des besoins et de la demande; mais la répartition de la valeur créée s'y opère avec bien plus d'inégalité que dans les travaux organisés par petites entreprises. Parmi les travailleurs qu'elles occupent, la fraction qui participe aux chances des opérations est relativement très-faible ; elle n'^st probablement pas, en moyenne, du trentième* du nombre total. Tous les autres n'ont qu'un salaire fixé d'avance, qui rarement est suffisant pour compenser les chômages auxquels ils sont exposés et pour leur permettre de faire des accumulations.
L'étendue des entreprises, dans la plupart des travaux dont il s'agit, n'est limitée que par la difficulté de concentrer de grandes masses de capitaux. En France, et surtout en Angleterre, quelques établissements manufacturiers sont arrivés à des proportions vraiment colossales; il en est qui, employant déjà d'immenses capitaux et plusieurs milliers d'ouvriers, tendent encore à s'accroître et paraissent destinés à accaparer entièrement certains genres de production. Parvenues à ce degré de puissance, les grandes entreprises manufacturières rendent impossible la concurrence des petits établissements; indépendamment de ce qu'elles peuvent fabriquer à meilleur marché, elles se résignent quelquefois à établir tera-
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porairement le prix de leurs produits au-dessous des frais de production, afin d'amener la chute des entreprises rivales qui ne pourraient supporter les mêmes sacrifices, de rester maîtresses du marché et d*obtenir ainsi tous les avantages du monopole. Déjà, l'on peut observer en France quelques exemples de cette tendance: les marnufactures de glaces de Saint-Gobain etdeSaint- Quirin sont parvenues à s'attribuer le monopole de cette fabrication, en achetant ou en ruinant toutes les entreprises rivales; plusieurs grands établissements de forges ont accaparé de la même manière diverses parties du marché national; on peut encore remarquer la même tendance dans la fabrication de différents genres de fils ou tissus.
Il est reconnu que la production manufacturière organisée en grandes entreprises est généralement plus économique que celle des petits ateliers, parce qu'elle permet de profiter de tous les avantages que peuvent offrir les machines et la division du travail ; mais il est bien à remarquer que ces avantages ne sont partagés par la généralité des consommateurs que lorsque les établissements restent assez nombreux pour se faire une concurrence suffisante; dans le cas contraire, les entrepreneurs profitent seuls de toute réconooûe
que peut procurer la fabrication en grand; il arrive même que, lorsqu'ils ont atteint un degré de puissance suffisant pour rendre toute rivalité, sinon impossible, du moins très-difficile, ils tiennent leurs produits à des prix plus élevés que ceux que pourraient établir de petites entreprises; des hommes compétents estiment qu'une concurrence régulière ferait obtenir des produits, semblables à ceux des manufactures de glaces de Saint Gobain et de Saint-Quirin, à 30 ou 40 pour 100 au-dessous des prix de ces fabriques; nous avons pu observer plusieurs essais de petites entreprises, fondéesdansl'objetde faire concurrence à l'un de nos grands établissements de forges, celui de Terre-Noire ; dès l'origine, ces usines pouvaient, en se réservant un bénéfice, livrer leurs produits à des prix inférieurs à ceux établis par leur puissante rivale, mais aucune d'elles n'a pu soutenir la lutte pendant longtemps ; celles qui paraissaient avoir à leur disposition des capitaux assez considérables pour se maintenir ont été achetées, les autres sont tombées à la suite de réductions temporaires opérées sur les prix par l'usine principale; tous les jours on voit de grandes entreprises parvenir, par des moyens semblables, à interdire toute concurrence sur des marchés plus ou moins étendus.
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Mais les prix de monopole qui peuvent résulter de la concentration, dans un petit nombre de grands établissements, de certaines branches de la production manufacturière, ne constituent pas ses principaux inconvénients; son résultat le plus funeste est d'empêcher, par des obstacles à peu près insurmontables, que de nombreuses familles d'ouvriers puissent jamais arriver à l'indépendance que procure la position d'entrepreneur ; elle tend ainsi à diviser une partie importante de la population en deux classes, dont l'une, composée d'un petit nombre d'entrepreneurs ou de capitalistes associés et de leurs familles, se réserve exclusivement toutes les chances d'accroissement de fortune que peuvent offrir les travaux, tandis qiie l'autre, formée d'une multitude de familles d'ouvriers, est condamnée, quels que soient le mérite et l'activité des individus, à ne jamais sortir de la condition des salariés, attendu qu'elle ne saurait en trouver les moyens dans des salaires presque toujours insuffisants pour permettre des accumulations importantes.
Ainsi, la réduction du nombre des entreprises manufacturières, par l'accroissement de l'importance donnée à quelques-unes d'entre elles, a pour résultat une plus grande inégalité dans le partage des valeurs produites; elle tend à former un
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petit nombre de fortunes considérables et à priver de toute chance d'élévation les familles d'ouvriers engagées dans ces travaux.
On comprend, dans V industrie commerciale, tous les travaux qui, sans rien changer à la forme ou à la nature des produits, concourent à les placer à la portée de ceux qui en ont besoin. Cette dernière division de l'industrie peut être subdivisée en trois branches principales, savoir :
1° Les travaux dont l'objet est de transporter les produits, d'un lieu où ils ont moins de valeur dans un autre où ils en ont davantage; cette branche comprend les opérations des négociants et de leurs agents, la marine marchande, les services des commissionnaires de roulage, des voituriers par terre et par eau, des entreprises pour le transport des voyageurs, etc. ; l'ensemble de ces opérations constitue le commuée de transport.
2° Ceux qui ont pour objet de tenir constamment, à la portée des marchands et des consommateurs, des entrepôts et des magasins où les uns et les autres peuvent, à mesure des besoins, venir acheter ce qui leur est nécessaire ; ces travaux constituent le commerce de vente en gros et en détail.
â° Enfin, ceux dont l'objet est, pour ainsi dire.
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de transporter les produits d'un temps où ils ont moins de valeur dans un autre où ils en ont davantage; c'est ce qui constitue le cotnmercè de spéculation.
En outre, toutes les professions qui ont pour objet de faciliter les échanges, telles que celles de banquier, courtier, commissionnaire en marchandises, etc., se rattachent à l'industrie commerciale.
Dans la classe de travaux qui comprend, avec ces dernières professions, les entreprises de vente et le commerce de spéculation, les entrepreneurs sont en grande majorité ; laplupartd'entreeux travaillent seuls ou seulement avec les membres de leurs familles, et, dans les établissements assez importants pour exiger le concours d'un ou de plusieurs commis, la rétribution de ces derniers est ordinairement beaucoup plus élevée que le salaire moyen des ouvriers. Cette catégorie de travaux est soumise à des alternatives d'activité et de stagnation qui sont presque toujours la suite des résultats, bons ou mauvais, obtenus dans les autres branches de production ; mais le défaut d'activité ou de réussite des opérations y pèse presque uniquement sur les entrepreneurs, qui forment le grand nombre, ou sur les capitalistes qui leur ont confié des fonds ; il n'atteint les travailleurs
salariés attachésaux établissements considérables, que lorsqu'une stagnation trop prolongée ou des pertes successives amènent leur ruine ou leur abandon, et la nature des facultés industrielles des salariés de cette classe leur permet, le plus souvent, de trouver d'autres emplois avant de tomber dans Tindigence ; aussi, la partie de la population vouée à ces diverses industries fournit relativement peu d'indigents; nous nous bornerons, en conséquence, à examiner l'influence des causes de discontinuation du travail et d'insuffisance des salaires sur le commerce de transport seulement.
Parmi les travaux decette dernière série, la spécialisation des services industriels n'est bien marquée que dans les transports maritimes et dans ceux qui s'opèrent par les grandes voies navigables, la plupart des travailleurs qui effectuent les transports par terre exerçant en même temps d'autres professions. L'apport des différents produits de l'agriculture, des lieux de production sur les marchés des villes, constitue la plus grande masse de ces transports, et il est opéré, presque exclusivement, par des cultivateurs; une partie considérable des transports sur les grandes routes s'exécute aussi par des cultivateurs qui utilisent ainsi leurs bêtes de sommç aux époques où leg
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travaux des champs n'en réclament pas remploi ; toutefois, les voituriers qui font leur unique profession de transporter les marchandises ou les voyageurs sont encore très-nombreux.
Le remplacement du travail humain, par l'action des machines, a une très-grande influence sur cette classe de travaux. Si l'on considère comme des machines, les grandes routes, les canaux, les chemins de fer, et si l'on y ajoute les bateaux à vapeur, les locomotives, etc., on reconnaîtra que cette cause de discontinuation ou d'interversion du travail agit plus fortement sur les professions exclusivement vouées aux transports que sur toutes les autres industries.
Les changements d'habitudes, de modes, etc., qui entraînent la réduction ou la suppression de certaines consommations en les remplaçant par d'autres, ont peu d'influence sur l'industrie des transports, parce qu'elle peut être alimentée par les produits substitués à ceux délaissés et que, d'ailleurs, ces changements n'afl'ectent guère qpe des objets dont le poids est peu considérable relativement à leur valeur ; mais, lorsqu'il y a réduction dans la consommation générale par suite d'un déficit dans la masse des revenus, les travaux du commerce de transport s'en ressentent d'autantplusfortement,quelespremièresconsom-
mations réduites ou supprimées dans ce cas sont principalement, et à part quelques exceptions, celles des produits qui viennent de loin.
Il peut y avoir réduction temporaire dans les opérations de transport par suite d'une surabondance antérieure dans les mêmes travaux ; elles perdent de leur activité chaque fois que les négociants ont encombré de produits les entrepôts et les magasins, et elles ne la reprennent que lorsque l'écoulement des marchandises nécessite de nouveaux approvisionnements.
Les changements de procédés industriels, qui ont pour effet de reporter, d'une classe de travailleurs à une autre, la mission de pourvoir à certaines classes de besoins, peuvent exercer une assez grande influence sur l'industrie des transports ; ainsi, par exemple, on a signalé dans ces derniers temps que l'admission dans les consommations de l'Europe d'une quantité considérable de sucre de betterave, en remplacement de celui de canne , avait réduit la masse des transports maritimes.
Cette industrie est enfin soumise, comme l'agriculture, à des interruptions de travaux occasionnées par les accidents atmosphériques ; les longues sécheresses, les fortes gelées suspendent les transports sur les rivières ou les canaux ; d'au-