‹ Recherches sur les centres nerveux (volume 2)Chapitre 13 sur 29 · ÉPILCPSIB : ALCOOL ET ESSENCE D' ABSINTHE · texte numérisé non relu

ÉPILCPSIB : ALCOOL ET ESSENCE D' ABSINTHE

éructations désagréables qui lui font secouer la tête et amènent un peu de bave à la gueule.

9 heures 40 min. Secousses dans les muscles de la tète, du cou ; soulèvement brusque, rapide de la partie antérieure du corps, absolument comme sous Tinfluence de violentes décharges électriques ; Vanimal se baisse, s*accroupit comme pour diminuer les secousses; il marche, se couche, se relève et ne peut rester en place.

9 heures 48 min. Chute subite à terre, sur le côté gauche, roideur des membres, les pattes du côté droit s'écartent en se portant en dehors ; expulsion de gaz par Tanus, roideur du cou, extension de la tête et rotation à droite ; serrement des mâchoires, occlusion incomplète des paupières, courbure en arc du côté droit du corps, avec léger soulèvement de la tête et du train postérieur. Au bout de 30 secondes, aux convulsions toniques succèdent des convulsions cloniques des membres avec secousses de la tête, claquement des mâchoires, bave et écume aux lèvres ; clignotement des paupières, dilatation des pupilles, grimaces de la face ; urine s'échappant par jets ; respiration stertoreuse, ronflement; puis profondes inspirations, et cessation des convulsions. L'animal reste étendu de son long, immobile. Au bout d'une minute, sans changement de décubitus latéral, l'animal est pris de mouvements dans les pattes, simulant le galop. T. R. 39\

9 heures 55 min. Il se relève, s'étire, regarde d'un air hébété, fait quelques pas, se retourne quand on l'appelle, marche, se couche ; au bout de 2 minutes, il se relève, parcourt la salle, parait inquiet.

10 heures. Deuxième attaque : chute, roideur des membres, extension de la tête, contraction des masséters, puis secousses convulsives dans les quatre membres ; claquement des mâchoires, secousses de la tète, respiration bruyante: T. R. 39^ 1/5.

L'attaque finie, J'animai soulève la tête, regarde, se re-

\)'2 kpilep«ie: alcool et espkncr d'absinthe.

lève, marche d'un air étonné, peu à peu reprend ses allures habituelles, accourt dès qu'on rappelle, est caressant, fait un tour sur lui-même et se couche tranquillement.

10 heures 12 min. Tout à coup, et sans aucune provocation, il se dresse sur ses pattes, le poil hérissé, Faspect courroucé, les yeux injectés et brillants, il dirige ses regards vers un mur complètement nu et dont rien ne peut attirer Tattention ; fléchi sur les pattes de devant, le cou tendu, prêt à s'élancer, il avance et recule successivement, il aboie avec rage et se livre à un combat furieux, entre-choquant les mâchoires, se déplaçant brusquement comme pour saisir l'ennemi; il secoue ensuite latéralement la tête, serrant les dents comme pour déchirer une proie. Peu à peu il se calme, regarde encore plusieurs fois en grognant vers la même direction, puis se rassure entièrement.

10 heures 25 min. L'animal est tranquille; par moments, il éprouve encore quelques secousses isolées dans les oreilles, dans les muscles de la face, mais elles diminuent peu à peu et cessent entièrement ail heures.

Dans sa thèse, M. Challand donne, à la page 13, une expérience faite à la clinique de M. le professeur Béhier, à l'Hôtel-Dieu, et dans laquelle le délire s'est montré chez un chien de la manière la plus manifeste, à la suite de l'injection intra-veineuse d'essence d'absinthe. Nous avons eu encore l'occasion d'observer le délire chez le chien, à la suite de l'inhalation de vapeur d'absinthe, ou d'injection d'essence dans le tissu cellulaire sous-cutané. Dans tous ces cas, l'absinthe provoque, à l'inverse de l'alcool, du premier coup, sans préparation préalable, un délire très-actif. Par cette évolution rapide des phénomènes intellectuels, l'action de l'absinthe se rapproche de celle de la belladone, de lajusquiame, du datura, du haschisch, etc., qui provoquent chez l'homme, on le sait, un empoisonnement accompagné souvent de délire. Pour le haschisch nous pouvons, d'après une note que M. Moreau (de Tours) a bien voulu

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nous communiquer sur ses recherches expérimentales, indiquer les troubles intellectuels qui surviennent, sous son influence, chez le chien. « A faible dose, dit M. Moreau, le haschisch détermine une légère somnolence et de Thébétude dans le regard; à dose plus élevée et successivement croissante, après la période d'hébétude, Fanimal devient excité, inquiet, ses yeux sont vifs et brillants, il court de çà de là, dans Tappartement, se dirigeant de préférence vers l'angle du mur, furetant, secouant les oreilles, poussant de petits cris, sous le coup évidemment de vives préoccupations se rattachant à des hallucinations de la vue et de Touïe. Cette période d'excitation ou de rêve éveillé ne tarde pas à faire place à une sorte de torpeur, d'assoupissement pendant lequel on l'entend se plaindre, grogner, comme travaillé par un cauchemar ^ . »

Les expériences précédentes II et III nous montrent deux degrés de l'empoisonnement : à faible dose, l'essence d'absinthe a provoqué des secousses convulsives et du vertige ; les secousses musculaires dans les parties antérieures du corps ne font jamais défaut et sont chez tous les animaux, chien, chat, lapin, cochon d'Inde, rat, oiseaux, le premier indice de l'empoisonnement. Cette action de Tabsinthe plus spécialement vers la tête et le cou, c'est-à-dire son influence sur la région bulbo-cervicale de la moelle, est d'autant plus remarquable que l'alcool agit en sens inverse : celui-ci, en effet, amène d'abord la paraplégie avant de paralyser les parties antérieures du corps ; l'absinthe, au contraire, provoque des secousses dans le train antérieur avant de produire des convulsions généralisées.

Quant au vertige, il est plus rare et ne peut guère être apprécié avec exactitude que sur le chien ; c'est le seul animal, en effet, chez lequel les symptômes intellectuels se

* MoREAU (de Tours), Du haschisch et de l'aliénation mentale, 1843. — F. V'iLLARD, Du haschisch, étude clinique, physiologique cl thérapeutique. Thcsc de Paris, 1872.

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dessinent assez nettement pour qu'on n'ait pas à craindre de leur donner une interprétation erronée. Ces vertiges, d'ailleurs, se montrent aussi chez l'homme 8*adonnant à l'absinthe.

A dose élevée, quand l'intoxication est entière, il se produit des attaques épileptiques avec perte de connaissance, puis du délire dans l'intervalle des attaques. Les convulsions toniques constituent le premier stade de la crise convulsive. Le plus souvent les muscles extenseurs du cou et du dos se contractent énergiquement pour produire l'opisthotonos, mais avec lui, presque toujours, on remarque un léger pieurothotonos soit à droite, soit à gauche. Quelquefois, au lieu d'une extension de la tête, c'est la flexion qui prédomine; et chez un chien qui avait pris 4 grammes d'essence d'absinthe, la flexion fut tellement prononcée au début de la crise que, la tète s'appliquant sur le devant de la poitrine; la partie postérieure du cou, les épaules, le dos portèrent successivement sur le sol; et l'animal, avant de tomber, tourna une fois sur lui-même dans Temprosthotonos le mieux accusé. Dans une deuxième attaque, la tête fléchie d'abord se porta rapidement dans l'extension; trois autres crises très-violentes se produisirent successivement avec extension de la tête au stade tonique, et l'animal mourut à la cinquième crise. Nous ajouterons à propos de la mort prompte de ce chien, qu'en général, les attaques, dans l'empoisonnement par Tabsinthe, puisent leur gravité beaucoup plus dans leur intensité que dans leur nombre.

Chez les oiseaux, l'opisthotonos a marqué constamment le premier stade de l'attaque absinthique : un merle placé sous une cloche remplie de vapeurs d'absinthe, au bout de quatre minutes tombe sur le côté, étend les ailes, roidit les pattes, porte la tête en arrière dans une extension forcée qui entraîne tout le corps dans un mouvement de recul, puis les pattes et les ailes sont secouées par des convulsions cloniques.

Un pigeon placé sous la même cloche offre une attaque

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au bout de douze minutes : les pattes et les ailes s'étendent, la tète se porte en arrière, fortement étendue, et toul le coiçs, entraîné par la contraction extrême des muscles du dos, tourne une fois sur lui-même d*«vant en arrière, en sens inverse du chien dont nous venons de parler ; puis des convulsions cloniques se produisent dans les pattes et les ailes, et l'attaque suit sa marche habituelle.

La contraction tétanique des muscles du dos a atteint un très-haut degré chez un pigeon auquel les lobes cérébraux avaient été enlevés depuis six jours.

Exp. IV. — 9 heures 5 min. Injection de 1 gramme d'essence d^absinlhe sous la peau d'un pigeon privé de lobes cérébraux.

9 heures 29 min. Roideur des pattes, extension des ailes, roideur du cou, opisthotonos, la tête continue à s'étendre, tout le corps suit le mouvement et Tanimal tourne sur luimême d'avant en arrière, les ailes déployées comme autour d'un axe; il fait ainsi très-rapidement trente tours, puis reste étendu sur le côté, les ailes et les pattes secouées par des convulsions cloniques.

9 heures 28 min» Extension des ailes et des pattes» opisthotonos, mouvement de rotation d'avant en arrière ; l'animal tourne, mais beaucoup plus lentement qu'à la première attaque, cinq fois sur lui-même ; il reste ensuite étendu sur le côté, sans mouvements ; il meurt au bout de dix minutes.

On voit par ce fait que Tablation des hémisphères cérébraux n'empêche nullement l'attaque épileptique de se produire ; j'ai obtenu les mêmes résultats, ainsi que M. Bouchereau» sur des cochons d'Inde, de jeunes chiens et de jeunes chats privés de lobes cérébraux. D'ailleurs, M. Brown-Séquard, depuis longtemps déjà> avait signalé l'existence d'attaques sur des animaux devenus épileptiques à la suite de sections médullaires et nerveuses, et auxquels il enlevait les parties supérieures de l'encéphale, en ne lais-

IH5 LPILEPSIE : ALCOOL ET ESSENCE D'aBSINTHE.

sant subsister que la protubérance et la moelle allongée ^ .

Néanmoins ce serait, pensons-nous, une erreur de croire que le cerveau n'entre pour rien dans la crise épileptique. Les convulsions sont évidemment sous la dépendance du pouvoir excito-moteur de la moelle^ sollicité directement, dans les cas qui nous occupent, par un poison déterminé ; mais la perte de connaissance qui caractérise l'attaque épileptique, le délire dans l'intervalle des crises, montrent que tout Taxe cérébro-spinal intervient dans ce complexus symptomatique, et que les diverses régions des centres nerveux donnent lieu aux phénomènes qui; après tout, ne sont qu'une perturbation de leurs fonctions habituelles.

B. — L'exaltation, la perversion ou T abolition des fonctions intellectuelles, en dehors des convulsions, démontrent assurément Tindépendance du cerveau et de la moelle dans l'empoisonnement par l'absinthe ; les deux expériences suivantes, faites dans le laboratoire de M. Cl. Bernard au Collège de France , avec le concours éclairé de mon confrère M. Gréhant, fourniront la preuve que les diverses portions de la moelle elle-même peuvent agir dans Tépilepsie absinthique d'une manière indépendante. Quand, en effet, on sectionne la moelle chez un chien, de manière à séparer le bulbe du reste de Torgane, et qu'avec l'essence d'absinthe, on stimule son pouvoir excito-moteur, on obtient isolément, et à des moments différents, une attaque d'épilepsie par le reste de la moelle.

Exp. V. — Sur un chien vigoureux, la tète dans la flexion, un fort bistouri introduit entre l'atlas et l'occipital sectionne le bulbe à sa partie inférieure. L'animal, posé ensuite sur le dos dans une gouttière, continue à respirer à l'aide d'une canule placée dans la trachée et communiquant avec l'appareil à respiration artificielle, réglé de manière à donner vingt

«Brown-Séquard, Researches on Epilepsy, ils arlificial Production in Animais, and ils Elioiogy, Nature and Treatmcnt in Man. Boston, 1857.

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respirations par minute. 1*6 tube en caoutchouc qui va de Tappareil insufflateur à la canule porte, près de celle-ci, une fente oblique sur sa paroi, laissant passer Tair expiré.

2 heures 3 min. Injection par la veine fémorale droite de CjlB d'essence d'absinthe. Une minute après, l'expiration exhale l'odeur d'absinthe.

2 heures 7 min. Les masséters se contractent et serrent fortement la mâchoire inférieure, puis des secousses convuîsives, brusques, irrégulières se montrent dans les joues, les paupières et au pourtour du museau, qui devient grimaçant. Les masséters se détendent, mais la mâchoire inférieure ne s'abaisse pas.

2 heures 16 min. Injection de Og%10 d'essence dans la même veine. Au bout d'une minute, trismus, contraction des muscles de la face pendant dix secondes, suivie de convulsions irrégulières, saccadées dans les joues, les oreilles, les paupières, le pourtour du museau; les globes oculaires sont également convulsés, La mâchoire inférieure reste immobile. Les convulsions cloniques continuent deux minutes, s'arrêtent ensuite, reparaissant, par instants, d'une façon irrégulière ; les yeux, convulsés d'abord dans tous les sens, offrent ensuite des oscillations latérales seulement.

2 heures 35 min. Injection de 0^',30 d'essence dans la veine.

Aucun mouvement dans la tête. Au bout de deux minutes, roideur tétanique des quatre membres, la patte droite antérieure est portée en avant et en dehors, la gauche directement en avant, les deux postérieures sont portées en avant et le train postérieur se soulevant légèrement quitte le plan de la gouttière. Après 20 secondes, les quatre pattes sont agitées de secousses cloniques et le train postérieur retombe peu à peu sur la gouttière. Les secousses convulsives se continuent pendant deux minutes, s'arrêtent et ne se montrent plus que par intervalles irréguliers et dans quelques

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muscles isolés. On ne voit pas d^évacuations de matières alvines. Le pouls devient petit, les battements du cœur trèsfaibles. Pendant la durée de cette dernière attaque, on ne note aucune convulsion dans les muscles de la tète.

2 heures 45 min. Injection intra-veineuse de 8«'",40 d'essence d'absinthe, mais l'animal épuisé ne réagit plus et meurt.

A l'autopsie nous trouvons le bulbe sectionné dans sa moitié droite au niveau de l'hypoglosse, qui est coupé ; la portion bulbaire gauche est fortement contondue à ce niveau, et comprimée de plus par des caillots sanguins du volume d'une noisette.

Dans cette expérience, on voit agir isolément le pouvoir excito-moteuF du bulbe, le pouvoir excito-moteur de la moelle; mais dans les deux cas, les accidents convulsifs offrent le même enchaînement, la même évolution régulière; ils se montrent d'abord dans l'extrémité céphalique, dans les parties innervées par le bulbe, puis dans le reste du corps. Les convulsions toniques se produisent les premières, apparaissent ensuite les convulsions cloniques, c'est-à-dire dans l'ordre de succession des accidents épileptiques. Nous devons remarquer, chez ce chien, l'absence de claquement des mâchoires ; les masséters se sont contractés, la mâchoire inférieure a été soulevée, elle s'est appliquée contre la mâchoire supérieure et ne s'est plus abaissée. Ce fait s'explique par la section de l'hypoglosse droit et par la compression et la dilacération de l'hypoglosse gauche. Dans d'autres cas, nous avons eu l'occasion d'observer pendant l'épilepsie absinthique l'absence de convulsions ou des mouvements convulsifs très-limités des pattes postérieures après la section des nerfs sciatiques.

Exp. VL — Sur un chien vigoureux du poids delâkilogr. la moelle est coupée au-dessus de l'axis, et la vie entretenue comme dans le cas précédent, par la respiration artificielle.

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2 heures 21 min. Injection dans la veine fémorale droite de 0^,10 d'essence d*absinthe. Au bout de deux minutes, en approchant des narines de l'animal, on sent Todeur de l'absinthe, mais il ne se manifeste aucun mouvement convulsif.

2 heures 31 min. Injection dans la même veine de Og',10 d'essence. Rien de particulier pendant deux minutes, puis trismus et convulsions toniques des muscles de la face, suivis de convulsions cloniques, de mouvements convulsifs des yeux et des oreilles, de clignotement des paupièrss et de claquement des mâchoires. Repos pendant une minute.

2 heures 36 min. Roideur tétanique des quatre pattes, le corps se courbe en avant, en emprosthotonos, le train postérieur se soulève et quitte la gouttière ; au bout de vingtcinq secondes, on voit quelques convulsions cloniques dans les pattes. Pas de mouvements ni de secousses dans les muscles de la tête.

2 heures 40 min. Nouvelle attaque spinale ; roideur tétanique et convulsions cloniques du tronc et des membres.

2 heures 42 min. Trismus et légère extension de la tête, puis convulsions cloniques des muscles de la face ; mouvements saccadés des oreilles, clignotement. Repos; sensibilité de la conjonctive conservée.

2 heures 44 min. Attaque spinale. Roideur tétanique des pattes, courbure légère du tronc suivie de quelques légères convulsions cloniques.

2 heures 48 min. Trismus ; claquement des mâchoires, qui demeurent écartées ; convulsions irrégulières des muscles de la face.

2 heures 55 min. Attaque spinale; contraction des pattes et simultanément trismus, suivi de faibles claquements des mâchoires. Secousses irrégulières tantôt à la face, tantôt dans le tronc. Cessation des battements du cœur et mort.

L'autopsie fait voir une section de la moelle à deux centimètres au-dessous de l'origine de l'hypoglosse et une hé-

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morrhagie s'étendant, inférieurement, à dix centimètres environ entre la dure-mère et l'arachnoïde.

Le bulbe ouvre ici encore la scène convulsive, puis se produisent successivement deux attaques spinales suivies d'une attaque bulbaire, puis encore une attaque spinale et une attaque bulbaire, et enfin des accidents simultanés à la tète et au tronc quand les centres nerveux épuisés ne peuvent plus réagir.

Ces expériences ne laissent pas de doute sur Tintervention de la totalité de la moelle dans les attaques complètes où les convulsions se généralisent. Ce fait mérite d'être noté avec d'autant plus de soin que beaucoup d'auteurs considèrent le bulbe comme exclusivement responsable de la crise épileptique, et que, d'autre part, les recherches de Kussmaul et Tenner, soit en déterminant une hémorrhagie après la section de la moelle, soit en interrompant la circulation dans cet organe, tendraient à faire négliger au profit du bulbe l'influence de la moelle dans la production de ces accidents convulsifs * .

C. — Dans un dernier ordre de faits, mettant à profit la propriété que possède l'essence d'absinthe de provoquer d'emblée une crise épilep tique, nous avons cherché à fixer l'un des points le plus souvent discutés dans les diverses théories émises sur l'épilepsie, nous voulons parler des changements dans la circulation cérébrale pendant l'attaque convulsive ^

Sans vouloir assimiler Tépilepsie absinthique a l'épilepsie ordinaire, on ne peut néanmoins s'empêcher de reconnaître, dans les deux cas, une analogie parfaite entre les attaques

i Kussmaul et A. Tenner, Untersuchungen ûber Ursprung und Wesen der fallsûchtigen Zuckungen bei der Verblutung sowie der Fallsucht ûberhaupt, in MolescbotVa Untersch. zur Naturlebre der McuscbeUf 1857.

a Voy. dans les Arcb. gén. de méd.y février et mars 1862, la revue critique très-judicieuse de M. J. Falret, sur les théories physiologiques de 'épilepsie.

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convulsives. On trouve toujours, en effet, comme principaux caractères, la perte de connaissance, les convulsions toniques suivies de convulsions cloniques, les évacuations involontaires, la morsure de la langue, le stertor, l'hébétude consécutive. Des symptômes communs aussi nettement accusés permettent de supposer, dans les centres nerveux^ des modifications fort analogues dont ils doivent être l'expression phénoménale.

Les expériences qui vont suivre montreront que le premier stade de l'attaque absinthique qui correspond, comme dans toute attaque franche d'épilepsie, à la roideur tétanique des muscles et à la perte de connaissance, . s.'^cçompagne instantanément de congestion intense de T encéphale ; il n'y a pas de succession entre ces deux ordres de phénomènes, il y a simultanéité : con vulsion tonique et congestion cérébrale sont deux faits de même date.

Nous examinerons d'abord les modifications circulatoires du fond de l'œil, nous étudierons ensuite les changements dans la circulation cérébrale, pendant l'attaque absinthique.

Nous avons fait ces expériences avec l'utile concours de notre ami le docteur Jolyet, ce qui nous a permis de porter toute notre attention sur les points principaux dont nous venons de parler.

Exp. VII. — Chien en bonne santé, pesant 11 kilogr. L'animal est attaché sur une gouttière, la iête élevée et maintenue immobile par une muselière fixée à une tringle de fer. Avant Texpérience la T. R. donne 39°: l'examen ophthalmoscopique fait constater l'état normal du fond de l'œil des deux côtés : les deux papilles, pâles au centre, trèsfaiblement rosées à la périphérie, sont enveloppées d'un tapis très-brillani à nuance verdâtre.

3 heures 35 min. Injection par la veine fémorale droite de 0sr,15 d'essence d'absinthe ; la respiration exhale aussitôt l'odeur de cette substance. Deux minutes après, une première attaque se produit : convulsions toniques suivies, au

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bout dequinza secondes, de convulsions cloniques. Pendant l'attaque, les paupières maintenues écartées, le fond de Tœil est examiné avec soin du côté droit ; avec les convulsions toniques (1" stade), se produit la dilatation de la papille, qui rend facile l'exploration ophthalmoscopique pendant toute la durée de l'attaque . Au moment même des convulsions toniques, les vaisseaux de la papille s'injectent, non-seulement les gros vaisseaux du centre, et surtout les veines, mais aussi les petits vaisseaux delà périphérie, à peine visibles, avant l'attaque, et que l'on voit se dessiner rapidedement pendant les convulsions et conserver ensuite la dilatation anormale. T. R. 39** 1/5.

Quelques secousses isolées dans les muscles du cou et de la tête.

3 heures 55 min. Deuxième injection intra-veineuse de O^S 07, suivie d'une nouvelle attaque épileptique. Pendant toute la durée de l'attaque, la rétine, examinée avec soin, s'injecte, le pourtour de la papille prend une teinte rosée très- vive et de fins capillaires, jusque-là invisibles, deviennent apparents. T. R. 39° 2/5. Quelques secousses dans les oreilles ; l'animal grogne, pousse de petits cris et parait effrayé.

4 heures 5 min. Troisième injection de 0g'",15. Troisième attaque épileptique avec stade tétanique et convulsions cloniques. Injection de plus en plus accusée de la papille et de la rétine ; on aperçoit maintenant au pourtour de la papille une zone rougeàtre au milieu de laquelle se montre un lacis vasculaire très-fin, nullement visible au début de l'expérience. Tout le globe oculaire est injecté. T. R. 39M/5.

4 heures 15 min. Cessation des convulsions, sauf quelques secousses isolées des muscles de la tète. La température rectale baisse légèrement 39"* 2/5.

4 heures 25 min. Quatrième injection de 0^,15. Doux attaques successives plus faibles que les précédentes. Le fond de l'œil continue à s'injecter, la papille est rougeàtre

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dans sa totalité, les vaisseaux de la périphérie sont turgescents; les grosses veines centrales sont distendues et bosselées, noirâtres par places.

La pupille reste dilatée, immobile, malgré l'action de la lumière. T. R. 40"*, la température continue à s'élever, et à 4 heures 35 min. elle atteint 40** 1/5.

4 heures 45 min. Cinquième injection de 0*^,15. Il se produit quatre attaques ; le fond de Tœil reste très-injdcté ; les veines sont turgescentes, variqueuses, mais on n'aperçoit d'hémorrhagie en aucun point, T. R. 40'' 3/5.

Les battements du cœur, irréguliers, se multiplient à la fin de l'inspiration, s'arrêtent à plusieurs reprises dans l'expiration ; pouls 86 inégal, irrégulier ; respiration 26.

4 heures 50 min. Secousses isolées dans les muscles de la partie antérieure du corps, T. R. 40° 4/5; même état du fond de l'œil.

4 heures 55 min. Irrégularités des battements du cœur ; 30 respirations ; le pouls est petit, inégal, irrégulier, trèsdifficile à compter. T. R. 41". La cornée droite se dépolit au centre, s'altère superficiellement ; la papille est rouge, surtout à la périphérie.

5 heures 2 min. Attaque faible, suivie de repos. La cornée devient vitreuse ; on peut, toutefois, apercevoir encore le fond de l'œil, qui reste injecté.

5 heures 5 min. Arrêt de la respiration ; arrêt des battements : mort. Immédiatement les vaisseaux du centre de la papille s'affaissent et reprennent un volume qiïi parait moindre que celui qu'ils avaient au début de l'expérience ; la papille perd sa vive coloration, mais elle conserve une teinte rosée qu'elle n'avait pas à l'état normal. T. R. 41"*.

Le thermomètre, maintenu dans le rectum pendant une heure et demie après la mort, donne l'abaissement progressif suivant :

5 heures 15 min. T. R. 41^

5 heures 35 min. T. R. 40° 3/5.

104 ÉPILBP8IE : ALCOOL ET ESSBlfCB d'aBSINTRE.

6 heures. T. R. 40".

6 heures 30 min. T. R, 38* 2/5. La température de la salle de + 10 centigrades.

Autopsie. — Les os du crâne brisés et le sinus longitudinal ouvert, il s'écoule un sang fluide, noirâtre, répandant l'odeur d'absinthe. Les méninges cérébrales sont faiblement injectées ; on aperçoit par transparence des lignes noirâtres le long des scissures de Sylvius et dans l'espace interpédonculaire ; en enlevant l'arachnoïde, on trouve audessous des veines turgescentes, distendues, mais sans cxlravasation sanguine. Toute la couche corticale des hémisphères et les noyaux gris du centre offre une teinte rosée trés^notable ; la couche corticale du cervelet est également rosée.

Les méninges rachidiennes sont injectées à partir de la région cervicale ; la moelle allongée et le bulbe sont plus rouges et les vaisseaux plus distendus qu'à la région dorsale. Les coupes pratiquées sur la moelle font voir une injection de la substance grise prédominant au niveau du bulbe.

Les cavités du cœur sont remplies de sang difDuent et de caillots mous, noirâtres, sentant l'absinthe. On ne voit d'hémorrhagies ponctiformes ou lenticulaires ni sur le péricarde, ni sur l'endocarde. Les poumons offrent à la surface de nombreuses marbrures d'un rouge noirâtre, au niveau desquelles le tissu est déprimé ; ces marbrures répondent à des infarctus du volume d'un grain de blé à celui d'un haricot ; il s'écoule à la coupe un sang noirâtre répandant une odeur d'absinthe et laissant apercevoir au microscope de fines gouttelettes huileuses, d'un jaune verdâtre (essence d'absinthe). Le foie est rouge, uniformément hypérémié. Les reins paraissent normaux.

Au moment où Tinjection d'essence a pénétré dans les veines de ce chien, l'œil droite examiné avec soin, n'a ofiTert aucun changement; deux minutes se sont écoulées sans modification particulière, mais â l'instant même où les convul-

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sions toniques se sont produites, la pupille s'est dilatée et le fond de Tœil s*est fortement injecté. L'association de ces deux phénomènes, congestion d'une part, et dilatation pupillaire de Tautre, se trouve en désaccord avec ce qui est signalé habituellement par les auteurs ; ainsi, M. Langlet^ dans son excellente thèse, indique le resserrement des pupilles avec la congestion cérébrale pendant le sommeil ; dans Texpérience de M. Cl. Bernard sur la section du grand sympathique au cou, nous voyons le resserrement de la pupille d'une part et la congestion due à la paralysie des vaso-moteurs d'autre part ; l'électrisation de ce même nerf produit la dilatation de la pupille et le resserrement des capillaires, l'anémie. Donc anémie et dilatation pupillaire, congestion et resserrement pupillaire, tels sont les résultats habituels de l'excitation ou de la paralysie du grand sympathique. Or, dans Tépilepsie absinthique, la dilatation pupillaire et la congestion marchent ensemble, persistent pendant toute la durée des attaques, et sont probablement des phénomènes d'un ordre différent. Il y a là, on le voit, des différences dont il faut tenir compte et qui nous paraissent réclamer de nouvelles recherches en ce qui touche le rôle du grand sympathique dans l'attaque d'épilepsie. La congestion s'empare de tout le globe oculaire ; nous trouvons nonseulement la dilatation des vaisseaux du centre de la papille, mais aussi des petits vaisseaux de la périphérie.

La température s'est élevée successivement avec les attaques de 39 à 41". L'élévation de la température est en raison directe des attaques, chez tous les animaux soumis à l'absinthe dans des conditions physiologiques normales; nous verrons plus loin que l'intervention de certaines causes accidentelles peut amener des résultats différents.

Nous indiquons la marche du refroidissement après la mort, à cause des conditions particulières où les animaux ont été placés pendant la vie par les attaques convulsives.

L'autopsie montre une prédominance de l'hypérémie au

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