V. ALUiHTDE 8ALICTUQUE
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Deux atUqnes épileptiques subintrantes. (Les deux tracés supérieurs se rapportent aux coovolsions du tronc (thorax), et les deux tracés inférieurs, aux convulsions des membres) : 1. 1. Première attaque : tétanos respiratoires et des pattes. — 9. 9. Deuxième attaque : tétanos moins intense.
tituent un bouquet artificiel, l'aldéhyde salicylique, qui est un épileptisant moins actif que Tabsinthe, mais donnant
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lieu, toutefois, à dose plus élevée que celles-ci, à des accidents convulsifs analogues.
L'aldéhyde salicylique G^*H«0*— [CH^O* (atomique)] découvert dans Tessence de reine des prés {spirea ulmaria)^ est un aldéhyde phénol. 11 se prépare industriellement en faisant agir une partie de bichromate de potasse et huit parties d'eau sur un mélange d*acide sulfurique et d*eau. On distille et on recueille le produit oléagineux qui se trouve au fond du récipient. L'aldéhyde salicylique est un liquide neutre, incolore, mais prenant une teinte rouge au contact de Tair, d'une odeur aromatique agréable ; il est un peu soluble dans Teau, très soluble dansTalcool et Téther.
Il suffira de rappeler une des expériences dont vous avez été témoins pour se rendre compte de la nature des accidents déterminés par ce poison.
Expérience VL Chien de 12 kilogrammes, — R. 16. P. 108. T. R. 39%5 avant rinjection. — A3 h. 42 m., injection lente par la veine saphène externe d'un demi-centimètre cube d'aldéhyde salicylique.
Deux minutes après l'injection, aura motrice dans le cou et dans les pattes antérieures ; à 3 h. 47 m., convulsions toniques ; la tète se relève, est portée dans l'extension et un peu à droite ; trismus ; la période tonique très courte est suivie de claquements des mâchoires, de secousses dans la tête et les membres, et de légère voussure du dos. L'attaque à peine finie, une deuxième attaque se produit avec convulsions toniques, puis cloniques ; la tête, portée d'abord dans l'extension, est fléchie fortement, et le museau vient se placer entre les pattes antérieures, les oreilles se redressent ; les secousses, d'abord petites, serrées, succèdent aux convulsions toniques, puis l'animal tombe dans la résolution ; la tète, soulevée, se laisse aller comme une masse inerte. Pendant toutes ces convulsions, les pupilles se sont légèrement dilatées, de l'écume sanguinolente recouvre les lèvres. Des secousses irrégulières
succèdent aux attaques, Tanimal paraît accablé. Â 3 h. 55 m. ^ R. 40. P. 180. T, R. 40%6.
Tl. Agios salicyuque.
Vodifieatloiis des mouvements respiraioires après Tattaque : amplitade considérable
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 4 h. 20 m., résolution, anesthésie, la piqûre des pattes ne provoque aucun mouvement : Tintroduction d'une sonde cannelée dans les narines ne donne lieu à aucun réflexe ; le contact de la conjonctive et de la cornée est suivi de l'occlusion des yeux. On ne remarque plus de secousses; la respiration devient fréquente, saccadée. Les pupilles sont moins dilatées. P. 190. R. 96. T. U. 40^,4.
A 4 h. 45 m., l'animal reste étendu sur le côté, les yeux à demi clos, la respiration fréquente; il ne répond pas à rappel ; une forte pression sur les pattes postérieures provoque un mouvement dans les quatre membres. Le réflexe oculaire est conservé. Relevé et soutenu un instant, l'animal se laisse tomber dès qu'on cesse de le maintenir et se jette sur le côté.
C'est encore de Tépilepsie que produit l'aldéhyde salicylique; et ainsi se trouve éclairé un côté resté obscur jusqu'à présent de la pathogénie de l'alcoolisme. Certains buveurs de vermout et de bitter présentaient parfois des attaques d'épilepsie; nous Tavions nous-mêmes signalé et nous avions dû nous en tenir comme étiologie à la présence d'une faible dose d'absinthe dans certains vermouts et certains bitters. Nous sommes renseignés maintenant : les buveurs de vermout et [de bitter ont droit à l'attaque épileptique comme les buveurs d'absinthe.
c, Salicylale de méthyle. — Le salicylate de méthyle est introduit dans la fabrication des vermouts et des bitters à la place de l'essence de gaultheria procumbens (Wintergreen).
On obtient artificiellement le salicylate de méthyle en soumettant à la distillation un mélange de deux parties d'acide salicylique cristallisé, deux parties d'acide méthylique pur et une partie d'acide sulfurique à 66°. C'est un liquide incolore d'une odeur forte et agréable, très persistante; peu soluble dans l'eau, très soluble dans l'alcool et dans l'éther. Sa dentité est de 1.18, son point d'ébullition est à 222.
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Le salicylate de méthyle provoque aussi des convulsions^ mais celles-ci ont une physionomie spéciale; elles se traduisent simultanément par la raideur et du tremblement; elles ne rappellent en rien le cycle méthodique de Tattaque épileptique.
Expérience VII. Chien de 14 kilogrammes. — 1 h. 43 m., avant Texpérience, T. R. 39*,6. — 1 h, 54 m., injection d'un demi-centimètre cube de salicylate de méthyle. Au bout de trente secondes raideur avec vibrations musculaires sur tout le corps; petites secousses dans les muscles du cou; excitation; yeux grands ouverts; regard porté de tous côtés; cris plaintifs; salivation. Odeur de salicylate à Texpiration. P. 104. R. 64. T, R. 39*,3. — 2 h. 17 m., injection d*un demi-centimètre cube ; raideur plus accusée dans le train postérieur, avec tremblements musculaires ; petites secousses en arrière. — 2 h. 20 m., repos. Aspect inquiet, regard porté de tout côté ; bave blanchâtre s'écoulant des lèvres ; pupilles légèrement dilatées.
2 h. 30 m., P. 112. R. 68, anhélante. T. R. 39%1. — 2 h. 38 m. y répond à l'appel, remue la queue. — 2 h. 38 m., injection d'un demi-cenlimètre cube; contracture et secousses plus fortes, plus étendues et plus prolongées. Pupilles très dilatées. Respiration très accélérée. Salivation abondante. P. 88, R. 74. T. R. 39^,1. — 3 h. 3 m. injection d'un demi-cenlimètre cube; l'animal, placé immédiatement à terre, ne peut se tenir debout, il est pris de raideurs tétaniformes des quatre membres avec prédominance dans le train postérieur; tremblement bilatéral de la tête; regard étrange, paraissant suivre un objet imaginaire; impossibilité de marcher; tentatives infructueuses pour se redresser et marcher. Respiration anhélante, accélérée; bave continuant à couler de la bouche.
Après cette crise, qui dure environ dix minutes, l'animal s'aplatit sur le ventre comme épuisé et dans une sorte de
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résolution ; puis il s'essaie à se remettre sur les jambes, et, après quelques tâtonnements, finit par marcher dirficilement avec une certaine désharmonie du mouvement des pattes et comme s'il craignait de les poser par terre. •
3 h. SO m., vomissement de mucosités bilieuses et légèrement sanguinolentes. R. 120. Odeur prononcée de salîcylate à Texpiration. À 3 h. 30 m., obtusion de la sensibilité. Photophobie marquée ; dès qu'il aperçoit la lumière d'une bougie à 30 centimètres, il détourne la tête, cherche à fuir, se cache dans un coin obscur;' Il boit avec avidité. Respiration de plus en plus anhélanle asphyxique : 156. La langue devient violacée. A 4. 18 m., vomissement de sang.
Autopsie. — Cœur : En diastole; les deux ventricules* sont remplis de caillots noirâtres. Poumons : violacés, marbrés. Les deux poumons crépitent. Le lobe inférieur est plus dense, noirâtre, très congestionné. Reins : légèrement injectés. Estomac : muqueuse rougè dans le voisinage du cardia. Intestins injectés. Vessie pleine. Odeur de salicylate se dégageant de la plupart des organes.
Là raideur tétanique et le tremblement suivent toujours de près rinjoction, et les phénomènes deviennent plus intenses tout en conservant les mêmes caractères avec les doses progressives du poison. Le pneumo-gastrique paraît plus particulièrement intéressé; avec les vomissements, nous voyons, en effet, des modifications considérables de la respiration. Des tracés recueillis pendant Texpérience donnent une idée nette des troubles moteurs et respiratoires.
d. Essence de noyau, — La liqueur de noyau, dont Tusage est assez répandu, renferme 5 grammes d'essence ou bouquet par litre. Ce bouquet est composé d'une petite quantité de benzonitrile et d'aldéhyde benzoïque. Ces deux corps seront étudiés isolément ; mais voici deux expériences faites avec le produit complexe, d'ailleurs fortement toxique.
Expérience VIII. Chien de 7 kilogrammes. — A & h. 45 m., injection par la sonde œsophagienne dans l'èstomiac,
as
de 5 œntimèlre$ cubes: d*essence de noyau mêlés à 5 cen-: timètres cubes d*eau, puis on injecte encore 10 centimètres eùbes d*eau. Quelques efforts de vomissement après Tin* jectioh.
A 5 h. 50 m., raideur tétanique des quatre pattes, trismus, déviation conjugée des yeux en haut et en dehors avec léger nystagmus ; emprosthotonos ; la tête, fortement fléchie vient
se placer entre les pattes antérieures. La contracture persiste deux minutes dans les pattes, mais le trismus continue
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avec la contraction tétanique des muscles zygômaliques qui portent fortement en arrière les deux commissures labiales. La respiration se ralentit, les battements cardiaques continuent, mais plus lentement. Au bout de quelques minutes (4 à 5), la respiration s'arrôte et il se produit à quinze ou vingt secondes d'intervalles, de larges inspirations. Le cœur continue à battre.
A 6 heures, résolution des membres et mort.
Autopsie. — Cœur : cavités droites remplies de sang noirâtre, ventricule gauche en systole dur, renfermant deux petits caillots sanguins au-dessous de la valvule, retenus par les brides tendineuses.
Poumons : rosés ; on n'aperçoit que deux petites taches ecchymotiques à la base du poumon droit. Reins : faiblement injectés. Estomac : n'est pas distendu, la muqueuse paraît normale. Cerveau : méninges injectées surtout à la base au niveau du bulbe et de la protubérance, toutefois on* n'aperçoit pas de suffusions sanguines. Les coupes ne font rien découvrir.
Expérience IX. Chien de 8*^^,600. — A 4 h. 15 m., avant l'expérience, R. 36. C. 84. T. R. 38%8. Tracé de la respiration normale, à l'aide du polygraphe de Marey. — 4 h. 21 m., injection, dans la veine saphène externe, de 20 centigrammes d'essence de noyau ; raideur tétanique de tout le corps ; excitation, cris ; tracé de l'attaque tétanique. — 4 h. 25 m., injection de 30 centigrammes; respiration large, suspirieuse; contraction diaphragmatique à la fin de l'inspiration ; expiration lente, prolongée ; réflexes très amoindris ; le contact direct de la cornée ne provoque aucune réaction ; léger clignotement des paupières quand on touche l'angle interne de l'œil. Urine en jets saccadés, expiration odorante. La respiration se ralentit ; la muselière est enlevée, grandes inspirations; peu à peu, la respiration se rétablit, devient plus fréquente ; la sensibilité revient et les réflexes oculaires
ET DES BOUQUETS ARTIFICIELS tb
se montrent de nouveau; selles dures. -^ 4 h'. 55 m., injection de 90 centigrammes. Au bout d'une minute environ, attaque tétaniforme, tracé musculaire et respiratoire. La respiration se ralentit et s*arrête promptement ; le cœur continue à battre ; un premier tracé est pris avec la pince cardidgraphique, puis un deuxième tracé à Taide d'une aiguille plantée dans le cœur ; les battements cardiaques ont
continué environ huit minutes après la cessation de la rcbpiration.
Autopsie. Poumons : marbrures rougeàtres sur tous les lobes, léger emphysème marginal. A la coupe, on ne voit
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pas d'épanchement, mais une vive injection parptaoes; odeur pénétrante de noyau. Cœur : ventricule droit distendu, par des caillots noirâtres diffluents ; ventricule gauche contracté ne renfermant qu*un peu de sang fluide; pas de tache ecchymotique sous Tendocarde ni le péricarde. Foie légère*^ ment injecté. Reins : légère injection. Cerveau : légère injection méningée. La couche corticale est d'un ro8e un peq foncé : pas de piqueté de la substance blanche.
Voilà encore un convulsivant à caractère particulier ; ici c'est du tétanos. La respiration et le cœur sont profondément troublés, et dans les deux expériences, nous trouvons lei ventricule gauche fortement contracté. Tous ces faits méritent d'être examinés avec soin et expliqueront sans doute certains symptômes cliniques dont Tinterprétation est encore très difficile. Ainsi, dans T alcoolisme aigu, se produisent parfois des morts subites survenues sans phénomènes prémonitoires. Le malade est debout, il parle, se montre plus ou moins agité, suivant Tintensité des hallucinations ; mais tout à coup il s'affaisse et meurt comme foudroyé, sans convulsions. A Tautopsie, on ne trouve pas trace d'hémorragie cérébrale ; on ne trouve pas non plus d'embolie pulmonaire ; tantôt le cœur est dur, en systole, complètement vide ; d'autres fois, au contraire, il reste en diastole, les quatre cavités distendues et gorgées de sang ; c'est donc tantôt du tétanos, tantôt de l'inhibition cardiaque, sans que rien, dans les symptômes présentés par le malade, ait pu faire pi*évoir l'une ou l'autre de ces terminaisons. N'est-il pas probable que l'on finira par découvrir, parmi les poisons ingérés, l'agent responsable de pareils accidents ?
Quoi qu'il en soit, cet exposé de la première partie de l'enquête poursuivie par votre commission fait déjà toucher du doigt la gravité du mal, et nous montre avec quels pelrsistants efforts un industrialisme avide s'acharne contre la santé de tous ; car il ne faut pas l'oublier, Talcoolisme des parents engendre chez les enfants des affections nerveuses
durables, affections qui se transmettent à leur tour, si bien qae Tivrogne, non seulement remplit nos asiles, mais encore en devient pour Tavenir le triste pourvoyeur.
L'alcoolisme est donc une véritable calamité publique, et c'est ainsi que Ta envisagé M. Jules Rochard (1), dans son travail si instructif sur le rôle de l'alcool dans les sociétés modernes ; c'est ainsi que le considère également M. Claude (des Vosges) (2), dans son consciencieux rapport ai; Sénat, et c'est ainsi que Ta compris la Société de médecine publique en portant à son ordre de jour cette grave et importante question.
(1) Jules Rochard, L'alcool, son rôle dans les sociétés modernes {Revue des DeuW'Mondeê, avril 1886, p. 871).
(2) Claude (des Vosges), Rapport au SÔtiat, fait au nom de la Commission. Enquête sur la consommation de V alcool en France^ février