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TROIS CAS DE CONFORMATION VICIEUSE DES ORGANES GÉNITAUX

ATROPHIE TESTICULAIRE — CRYPTORCHIDIE PSEUDO-HERMAPHRODISME MALE (1)

L'étude des dégénérescences héréditaires est, depuis quelques années, à Tordre du jour. Les médecins, les criminalistes, les anthropologistes, tous ceux qui s'occupent de sciences biologiques trouvent là un fonds inépuisable d'observations. Les dégénérés, en effet, sont fort intéressants aussi bien au point de vue psychique qu'au point de vue physique. Sous le rapport psychique, vous savez combien est curieux leur état mental, cette déséquilibration intellectuelle, cette déchéance des facultés qui nous fait assister quelquefois à ce spectacle étrange d'une aptitude, d'une faculté prédominante, remarquable à côté de la nullité la plus complète pour d'autres modes de l'activité cérébrale. Et puis, lorsque ces déséquilibrés sont pris de troubles intellectuels, de délire, ils ont une folie tout à fait spéciale, comme mode d'évolution, comme marche, comme durée, même comme caractère des manifestations déhrantes, et enfin, eux seuls présentent, avec une rare netteté, des obsessions, des impulsions, des phénomènes d'arrêt dont \ aboulie fournit un bel exemple ; tout autant de troubles, du reste, que l'on peut regarder comme de véritables stigmates psychiques des dégénérescences hé-

(1) Maonan , Corn, à la Société et anthropologie^ 17 février 1887.

no CONFORMATION VICIEUSE

réditaires, au même titre que les vices de conformation qui en sont les stigmates physiques.

Parmi les troubles psychiques, les anomalies, les aberrations, les perversions sexuelles sont des plus importantes sous le rapport de la physiologie pathologique et de la médecine légale. Pour éviter toute confusion et se faire une idée plus précise de ces anomalies, il est nécessaire de les distribuer d'après leurs principaux caractères anatomiques et physiologiques en quatre groupes distincts :

Les spinaux, qui forment le premier groupe, sont réduits au réflexe simple, leur domaine se trouve limité à la moelle, au centre génito-spinal de Bûdge. C'est l'onanisme chez l'idiot complet.

Pour les seconds, \es spinaux cérébraux postérieurs^ le réflexe part de l'écorce cérébrale postérieure et aboutit à la moelle. La vue seule, l'image d'un sujet de sexe différent, quelles que soient ses qualités, qu'il soit beau ou laid, jeune ou vieux, provoque l'orgasme vénérien. C'est Tacte instinctif purement brutal.

Un troisième groupe comprend les spinaux cérébraux antérieurs. Le point de départ du réflexe est dans l'écorce cérébrale antérieure ; c'est une influence psychique, comme dans l'état normal, qui agit sur le centre génito-spinal ; mais l'idée, le sentiment ou le penchant sont ici pervertis. Comme exemple, je rappellerai le penchant d'une femme de trente ans pour un petit garçon de trois ans, et ses appétits irrésistibles de copulation avec lui. D'autre part, l'acte conjugal chez un homme, sous la dépendance exclusive du souvenir de la tête d'une vieille femme ridée, couverte d'un bonnet de nuit. Par suite, frigidité complète la première nuit des noces, l'image n'étant pas évoquée.

Le dernier groupe comprend les cérébraux antérieurs ou psychiques, ce sont des extatiques, des érotomanes. Un jeune élève des Beaux-Arts vit dans la chasteté absolue ; son amour c'est Myrtho, qui s'est réfugiée dans une étoile ; il contemple

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tous lessoirscetie étoile, lui adressedesvers,brûlederencens.

Parmi les malades du troisième groupe, à sentiments et à penchants pervertis, se trouvent les sujets atteints d'inversion du sens génital, c'est-à-dire des sujets qui, avec tous les attributs, la conformation extérieure d'un sexe, offrent des sentiments, des aptitudes, des appétits et des instincts d*un autre sexe ; un cerveau d'homme, par exemple, au service d'un corps de femme et réciproquement, ce qui crée cette anomalie étrange de l'homme exclusivement amoureux de l'homme et indifférent pour la femme, et réciproquement la femme manifestant d'une façon exclusive du penchant pour la femme.

Aujourd'hui, je demande la permission d'entretenir la Société de trois cas de conformation vicieuse des organes génitaux. Ces stigmates physiques se traduisent chez l'un par l'atrophie des testicules, chez le second par de la cryptorchidie et une atrophie considérable de la verge ; le troisième est un hypospade scrotal à forme vulvaire, un pseudo-hermaphrodite mâle. L'un des sujets, le cryptorchide, offre un degré notable de faiblesse intellectuelle ; les autres, tous deux déséquilibrés, ont été pris d'accès délirants à évolution rapide, comme nous en voyons chez les dégénérés héréditaires ; l'un d'eux a présenté de l'inversion du sens génital.

Observation I. Mariage consanguin et dispositions névvopathiques des ascendants. Débilité mentale ; émotivité dès Fenfance ; impui* sions ; plus tard, accès délirant. Atrophie testiculaire ; seins du volume d*une mandarine.

S. . . (Antoine), ftgé de trente ans, est issu de germains ; sa grand'mère maternelle et sa mère sont hystériques ; son père, mal équilibré, se faisait remarquer par des emportements et des accès de colère que rien ne justifiait. Sa sœur est mélancolique.

Quant à lui, venu à terme, il a eu des convulsions dans Tenfance ; d'une intelligence au-dessous de la moyenne, il a acquis avec difficulté une instruction élémentaire ; il sait toutefois lire, écrire et compter d*une manière satisfaisante. Il a appris au sortir de Tccole le métier de peintre sur porcelaine, et, au bout de plusieurs années, il a fini par devenir un ouvrier passable»

Il est habituellement trÔB impressionnable, irritable; dans les rues, il est pris souvent de craintes vagues, il redoute des aooidenls; dans l'enfance, il croyait parfois en marchant qu'il allait perdre Tôquilibre; il lui semblait par moments qu'il s'enlevait au-dessus du sol.

Il s'est senti, à diverses reprises, poussé à frapper ; il prenait tout à coup des objets et les brisait : « Je deviens enragé, disait-il, je briserai tont. » Il avait confié à son frère un revolver qu'il ne voulait plus garder, ne se sentant plus maître de lui et redoutant de faire usage de cette arme soit contre les autres, soit contre lui-môme.

Dans les derniers temps, en proie à des préoccupations b^fpochon* driaques, il avait rapidement présenté des hallucinations, des troubles de la sensibilité générale et des idées de persécution; très excité sous l'influence de ce délire, il avait été amené, le 28 février 1885, à TAsile, d'où il est sorti au bout de trois mois, guéri d'un accès délirant, mais non de sa déséquilibration mentale.

Il présente une atrophie considérable dos testicules, qui sont réduits au volume d^un haricot, les bourses et le scrotum sont très peu développés, la verge est petite, mais l'extrémité antérieure relativement volumineuse, probablement à la suite de manœuvres de masturbation. Il a du penchant pour les femmes, recherche leur société, et il vivait avec une maîtresse quand il a été pris de délire. Les seins, comme on le voit sur un plfttre obtenu par le moulage, sont du volume d^une grosse mandarine, l'aréole est asses étendue, mais le mamelon est petit comme celui de l'homme. Le ventre est proéminent, arrondi, mais le bassin a les apparences masculines. Le larynx est peu saillant, la voix féminine. Les poils, d'un blond p&Ie, sont fins et peu abondants.

Le second malade est atteint d'imbécillité, il n'a aucun sentiment de pudeur, il est indifférent à tout examen, et nous pourrons sans nul inconvénient nous rendre compte immédiatement de la conformation vicieuse de ses organes génitaux qui le rapprochent par certains côtés du pseudohermaphrodite que nous verrons après lui. Voici en quelques mots son histoire.

Observation II. Père mélancolique suicidé; oncle et tante mater* nels débiles. Imbécillité^ microcépbalie ; prognathisme intérieur ; colobome irien doubla: déformation de la papille ; émergence anor^ maie des vaisseaux centraux ; atrophie do la verge, cryptorchidie ; scrotum réduit à une petite bande médiane plissée transversale^ ment.

(i... (Paul), âgé de vingt-cinq ans, est entré à l'asile Sainte-Anne le 18 mai 1885. Son père, mélancolique, faisait parfois des excès de

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