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DE LA FOLIE DES ANTIVIVISECTIONNISTES

Depuis quelques années, un sentiment, une idée, d'ailleurs fort respectables, Tamour et la défense des animaux contre des brutalités ou des sévices inutiles, sont devenus le poini de départ de la formation de Sociétés dites protectrices des animaux. Dans ces milieux, éminemment zoophiles, on oublie volontiers ce qui, dans notre état social, reste encore à faire au point de vue philantropique ; aussi ne craint-on pas de présenter des propositions telles que la création de caisses de retraite pour les animaux vieux et infirmes. Dans ce courant d'idées qui les captive, des êtres trop sensibles, des cerveaux mal équilibrés, des dégénérés trouvent de nombreux thèmes dont ils s'emparent, qu'ils exagèrent et qui finalement deviennent chez eux un véritable délire. C'est ainsi, nous allons le voir, qu'est engendrée la folie des antivivisectionnistes, dont je désire vous entretenir un instant.

Tout d'abord, il va sans dire qu'il ne s'agitpas d'une espèce pathologique nouvelle, c'est simplement un syndrome épisodique, une des manifestations variées par lesquelles se traduit la folie héréditaire. C'est, si vous le voulez, au point de vue intellectuel un des stigmates psychiques de la folie héréditaire.

(1) Maomam, Com. à la Soc. de BioU, 27 février 1884.

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 côté des antivivisectionnistes, il faut placer des végétariens d*une espèce particulière, ceux qui poussent à Talimentution exclusivement végétale, non point par mesure d'hygiène, mais uniquement pour éviter le sacrifice ou Tabatage des animaux. Un exemple de ce genre nous sera fourni par une malade entrée à Tasile Sainte -Anne à la auite d'un scandale aux abattoirs de la Villette.

C'est une fille de trente-sept ans, dont la grand'mère paternelle est morte à Charenton, et dont la mère, âgée de soixante ans, atteinte de délire chronique, a successivement traversé les périodes d'inquiétude, de persécution et commence à entrer dans la phase ambitieuse qui aboutira vraisemblablement à la démence, la maladie ne s'arrêtant guère à la troisième période. L'hérédité vésanique est donc conver^rente chez cette fille, aussi les dispositions maladives se sont-elles montrées de bonne heure. Toujours scrupuleuse, toujours méticuleuse, un incident assez important de sa vie, une rupture de mariage, est venu donner à ces tendances une activité plus grande : elle est persuadée que son fiancé n'ayant pas pu l'épouser, va se tuer ; elle en est très afîectée, très émue et s'attend, à chaque instant, à recevoir la fatale nouvelle; elle se reproche d'hêtre la cause de cette mort.

Elle est, en outre, très superstitieuse et s'alarme à la vue d'un peu de sel ou de poivre répandu sur la table : c'est signe de malheur, il va se produire quelque catastrophe. De même l'apparition d'une araignée la trouble et la remplit, toute la journée, de crainte.

Une période plus active de délire se produit ensuite ; pendant quelque temps surviennent des hallucinations avec des idées de persécution, des craintes, des frayeurs : des individus la surveillent, l'observent, se cachent dans la cave, l'écoutent. Après une courte période d'excitation, elle se calme, mais bientôt apparaissent des phénomènes d'un autre ordre.

Depuis six mois elle refuse de manger de la viande et s'en

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tieiit à une nourriture végétale. Elle voudrait s'opposer à Tabatage des animaux ; elle veut également prendre soin déâ plus malheureux et elle sort chaque jour avec un panier renfermant des provisions qu'elle distribue aux chiens vagabonds les plus maigres qu'elle rencontre. Elle se rend également dans les abattoirs, où elle exhorte les garçons bouchers à cesser leur tuerie : c Nous n'avons pas le droit de tuer les animaux, leur dit-elle : les animaux sont des frères qu'il faut protéger. » Elle est allée dans plusieurs' établissements poursuivre sa croisade et elle a été arrêtée aux abattoirs de la Villette dans le feu même de ses discours.

Entrée à Sainte- Anne, elle refusait absolument de manger^ elle . prétendait que la sainte Vierge l'inspirait, et elle a dû quelque temps être nourrie à la sonde. Elle s'est améliorée assez promptement et elle a été rendue a sa famille, beaucoup plus tranquille, mais non guérie.

La seconde malade, l'anlivivisectionniste, avait demandé des conseils à M. Charcot, qui, avec son obligeance habituelle, a bien voulu me l'adresser en la signalant à mon attention.

Elle est âgée de quarante ans et, malgré l'absence de renseignements précis sur ses antécédents héréditaires, elle a été toute sa vie si émotive, si nerveuse, si impressionnable, que les troubles morbides qui se sont développés depuis cinq ans ne sont que la traduction plus active de ses dispositions natives.

Sa sollicitude pour les animaux est tellement grande, que quand il pleut, la nuit, elle ne dort pas, songeant aux fatigues des chevaux sur un sol glissant et aux mauvais traitements que, dans certaines circonstances, leur infligent les cochers.

Le bruit d'un coup de fouet l'émotionne à un tel point, qu'elle tremble de tous ses membres, pensant à la malheureuse bête qui a reçu le coup. Un jour, dans la rue Drouot,

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voyant frapper un cheval, elle s*est évanouie et serait tombée sans le secours d'un passant.

L'idée seule d*une expérience de physiologie, d'une vivisection, comme elle dit^ lui arrache des larmes, la jette dans nn état d'angoisse extrême ; elle ne voudrait pas, pour sauver sa vie ou la prolonger, que Ton fit la plus petite expérience sur un animal, et elle donnerait, dit-elle, de grand cœur son existence, non pas demain, mais à Tinstant même, si en échange on lui promettait qu'il n'y aurait plus jamais un animal sacrifié.

Cette disposition d'esprit, cette préoccupation incessante rend sa vie insupportable, la pousse parfois aux actes les plus extravagants et les plus ridicules pour éviter une fatigue ou un mal quelconque à un animal, chien, cheval, chat, grenouille, tortue, etc. A peine dans la rue, son œuvre de protection commence : elle ramasse les morceaux de verre, de crainte qu'un cheval dans sa chute ne vienne à se blesser. Un jour, elle a passé, elle, en toilette de dame, plus d'une demi-heure è ce travail de chiffonnière.

Demeurant à la banlieue, dans une localité où Ton se propose d'élever de nouvelles constructions à côté de sa maison, elle voulait faire empierrer le chemin pour empêcher les lourdes charrettes chargées de matériaux de s*embourber dans les temps de pluie et éviter ainsi les coups de collier inutiles ; mais elle s'est décidée, au dernier moment, à déménager, ne se sentant ni la force ni le courage d'entendre les cris, les jurons et les coups de fouet des charretiers.

Arrivée à une station de voitures, elle fait de vives remontrances à toute personne qui prend un fiacre à la queue de la file, parée que le cheval récemment arrivé est encore fatigué ; elle ne peut s'empêcher de récriminer, lorsqu'elle voit choisir également un fiacre dont le cheval mange l'avoine.

Un matin, tandis qu'elle passait devant la boutique d'un charbonnier, elle aperçoit cet homme rudoyant un vieux

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