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huit francs par mois et parvient ainsi, dit^elle, à prolonge son existence de cinq mois.
Un jour encore, elle se trouve mal après avoir relevé un chien dont la patte venait d'âtre écrasée par une roue de voiture. Elle recueille les chiens misérables qu'elle rencontre dans la rue, elle les emmène chez elle ou les place dans une infirmerie.
Elle fait un testament en faveur de cinq ou six chiens qu'elle soigne à sa maison. Elle a légué à chacun vingt-^inq francs par mois, mais craignant que cette somme ne soitinsuffisante, elle se propose de l'augmenter. Elle m'a raconté, avec de grands éloges, qu'une dame protectrice avait, plusieurs jours de suite, aux Halles, acheté toutes les grenouilles pour les enlever aux vivisecteurs.
Sous les instigations d'une autre malade dont nous allons parler, elle a écrit à différents journaux contre MM. Paul Bert, Brown-Séquard, Laborde, etc.
Mais voici le passage d'une lettre qu'elle m'a adressée le 7 décembre dernier et qui montre une fois de plus sa nature compatissante : « 11 neige, il fait froid, le pavé est gelé. Un surcroît de souffrance pour les pauvres chevaux ! Vous ne pouvez pas vous faire une idée de ce que je souffre en pensant aux souffrances de ces malheureuses bêtes.
» Je vous en prie, je vous en supplie, si vous avez de l'influence sur M. Laborde et autres vivisecteurs, employez-la en faveur des chevaux. Un animal qui rend tant de service» à rhuraanité a droit à notre pitié. »
En dehors de cet amour pour les animaux les plus malheureux, qui la tient en émoi, elle présente, fait important à noter au point de vue des stigmates psychiques de la folii héréditaire, elle présente des bizarreries d'un autre ordre ^ Ce sont des craintes du contact de certains objets, crainter -^ analogues à celles que M. J. Falret a associées à cette form^^^ de folie désignée sous le nom de folie du doute et qui n'esl après tout, qu'un syndrome épisodique de la fohe héréditaii
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Notre malade ne peut supporter la moindre poussière sur un meuble et elle essuie tous les objets après sa domestique ; elle passe elle-même à Teau, avant de s*en servir, la vaisselle déjà lavée ; elle ne se sert jamais d'une serviette revenue du blanchissage, sans F avoir préalablement trempée dans Teau et fait sécher. « Je ne me laverai jamais la figure, dit-eUe, avec une serviette qui revient du blanchissage, sans la passer à Teau ; et cependant je pose sans le moindre dégoût mon visage sur le museau d'un cheval ; je panse les plaies des animaux, même les plus malpropres, sans la moindre répugnance. »
Elle se lave plus de vingt fois par jour ; elle est, sans cesse, en mouvement chez elle, et dans l'appartement elle craint constamment de manquer d'air. Elle a une hyperesthésie des sens et particuliôiiement de Touïe ; elle ne peut supporter
le pas des domeflAilues ; elle les oblige à quitter les souliers et à prendre des Onaussures qui ne fassent aucun bruit
Tel est l'antiviv^ectionniste triste, modeste, bon, qui n*a qu'un but : faire du bien aux animaux malheureux. Un autre exemple va nous montrer l'antivivisectionniste ambitieux, batailleur, pour qui Tamour des animaux n'est qu'un prétexte à démonstrations bruyantes.
Il s'agit d'une dame âgée de trente-huit ans, dont la mère, atteinte de délire chronique, est morte au bout de vingt ans dans la démence. Cette antivivisectionniste est très remuante^ très agressive; c'est, en un mot, la véritable héroïne du genre. Gomme beaucoup d'héréditaires mal équilibrés, elle n'est pas dénuée d'esprit ; elle m'avait adressé ces quelques mots avant de venir me trouver : t Je ne' pense pas, Monsieur, que ce 8oit à titre de simple cas pathologique que j'aurai l'honneur de me présenter devant vous. Néanmoins, je ne m'en trouverais nullement humiliée, les toqués et les fous, à notre épo- <iue, me paraissant à peu près les seules personnes dignes d'estime. »
EUé éprouve une certaine satisfaction à raconter la part
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active qu'elle prend dans la campagne contre la physiologie expérimentale. Elle a, dit-elle, Tesprit de l'avenir, elle est le Progrès, • la Lumière, elle ne tient pas à appartenir à un milieu bien pondéré, à avoir une intelligence d'un niveau moyen, un esprit égal ; on ne peut rien faire dans ces conditions. Elle ne tient pas à garder les réserves de son sexe, elle s'affranchit de toutes ces conventions ridicules, et au besoin elle ne craint pas de jurer et de recourir à un langage un peu épicé. Elle a du courage, elle ne redoute pas la lutte, elle veut soutenir les faibles. Les peines physiques la touchent peu, elle marche en avant, elle hait l'humanité qui est méchante, et elle aime les bêtes.
Une expérience sur un animal devrait sauver, dit-elle, son fils, qu'elle s'y opposerait formellement, ne voulant pas devoir la vie de son fils à la vie d'un animal. Du reste, la douleur humaine la touche peu, tandis qu'elle s'émeut à la vue et à l'idée de la souffrance des animaux. Elle trouve plaisir à raconter qu'elle est entièrement détachée des affections humaines ; elle aime son fils parce qu'elle le tient sous la main, qu'elle le domine et qu'elle espère l'élever dans la haine de l'humanité et l'amour des animaux. Elle estime son mari, elle le considère comme un ami, comme un camarade, et, si elle éprouve un autre sentiment pour lui, c'est, sans doute, le résultat de l'habitude.
II y a quelques années, elle avait recueilli chez elle douze chats; mais comme elle occupait un appartement dans une des dépendances d'une grande administration, elle avait été invitée à se débarrasser de tous ces animaux ; elle décida son mari à abandonner une situation avantageuse plutôt que de se séparer de ses chats. Aujourd'hui, elle n'en a plus que cinq ou six; elle en prend d'ailleurs grand soin, elle les baigne de temps à autre ; parfois ils la griffent, mais ça ne l'arrête point; elle les laisse une heure dans une couverture de laine pour les bien sécher ; elle les surveille attentivement et se lève la nu . pour jeter leurs ordures et les tenir proprement.
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Ce contraste étrange entre cette préoccupation incessante pour ranimai et Tindifférence pour Thomme est une anomalie qui aurait lieu de surprendre avec la lucidité d'esprit que présentent ces malades, mais qui devient cliniquement un fait vulgaire, quand on se reporte aux bizarreries et aux singularités des dégénérescences intellectuelles.
Je dois encore rappeler un fait. Lors du congrès de Norvsrich, en 1874, au moment où je me disposais à répéter les expériences sur l'action comparative de Talcool et de Tabsinthe, la salle fut envahie par plusieurs individus, à la tête desquels se trouvait un véritable énerguméne qui, Fœil étincelant, le visage injecté, vint avec un couteau couper le lien qui retenait Tune des pattes d'un chien. Il se disposait à continuer, quand je Técartai doucement et priai deux assistants de le maintenir, absolument comme j'ai l'habitude de faire pour certains aliénés agités. Je poursuivis ensuite ma démonstration. J'ai le regret de n'avoir pu obtenir de renseignements sur- les antécédents de cet impulsif, mais à coup sûr on eût trouvé une tare originelle expliquant cet étrange accès de fureur.
En'résumé, ces faits nous montrent, une fois de plus, combien peuvent être variées les couleurs sous lesquelles - se manifeste la folie héréditaire. Chez les dégénérés, tout devient, en leffet, occasion de délire, et, grâce à leur puissante prédisposition, ces malades n'ont pas besoin pour arriver à la systématisation de passer par les étapes longues et progressives que parcourent méthodiquement les délirants chroniques.
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Par l'expression Onomatomanie ^ nous n'entendons pas désigner une espèce pathologique nouvelle, nous désirons simplement attirer l'attention sur un groupe de symptômes dans lequel le mot ou le nom jouent un rôle prépondérant; ces troubles psychiques s'observent habituellement chez des sujets très élevés dans l'échelle des dégénérescences mentales (les simples déséquilibrés), et constituent un des syn* dromes épisodiques de la folie héréditaire.
Pour que la préoccupation du mot surgisse au point de provoquer Tangoisse, que celte préoccupation repose sur une recherche pressante et active du mot, sur une obsession ou une impulsion, il faut nécessairement, nous le verrons, un terrain de choix. Ce syndrome, de même que la folie du doute, l'inversion du sens génital, les anomalies sexuelles, la terreur des épingles, la folie des antivivisectionnistes, la dipsomanie, etc., ne peut se développer que ^^® chez les seuls prédisposés.
Tous ces états si nombreux, si variés, confondus sous les ^^ ^^ titres de folie avec conscience, folie raisonnante, manie sans^^ ^^ délire, pseudo-monomanie, etc., ne sont que les stigmates^^^^^ psychiques de la folie héréditaire. Aussi, ces syndromes épi
(l) En collaboration avec M. Ch argot (Arch^ de Neurologie ^ n* 29 el suivants.)
de: l^onomatomanië ^
sodiques peuvent-ils être déterminés par les causeâ les plus insignifiantes : le souvenir d'un simple fait divers peut faire naître la recherche angoissante du nom; un coup de tonnerre amène, comme chez un malade de M. Blanche, la crainte du phosphore ; la chute sur la table d'un corps métallique suffit à provoquer la terreur des épingles. Mais ce n'est là assurément que la goutte d'eau faisant déborder le vase; derrière la cause prochaine, souvent banale, se trouve totgours la cause éloignée, la prédisposition; le sujet était mûr pour Téclosion de pareils accidents. -,
Pour bien comprendre le rôle que peut jouer le mot dan^ tes préoccupations des héréditaires, il faut examiner les principales situations qu'il peut créer : ï^ la recherche angoissante du nom ou du mot ; — 2** l'obsession du mot qui s'im^ pose et l'impulsion irrésistible à le répéter; — 3* la signification particulièrement funeste de certains mots prononcés, dans le cours d'une conversation; — 4» Tinfluence préser-^ vatricé de certains mots ; — 5* le mot devenu pour le patient un véritable corps solide indûment avalé, pesant sur l'estomac et pouvant, être rejeté par des efibrls d'expulsion et le crachement. — Dans tous ces cas, le malade a urle entière conscience de son état; il regrette et déplore, dit-il, ces idées absurdes, mais il n'en reste pas moins l'esclave de ces bizarreries.
L — Étudions d'abord les faits se rattachant à la recherché
angoissante du nom ou du mot.
Obsb^tation I. — Hérédité morbide; — dégénérescence mentale^ déséquilibrêtioB dès F enfance; — à dix^huit ans accès mélancolique: — Plus tardj perversions sexuelles. — Recherches angoissantes dû moi. — Recherche angoissante du nombre, — Rires et pleurs involontaires analogues aux tics, — Doutes sur V Infini. — Périodes dépressive^ irrégulières dans tout le cours de la vie; tendances au suicide dans les dernières années.
M. 8..., ftgéde soixanto ans, que nous avons vu avec notre distingué eonfirère M. le D' Deiion, est très inégal, très irrégulier de mœurs &\ de caractère; il a gaspillé sa fbrtune et n'a jamais pu se livrera une
je des Champs-Ély- [1 voyage à Home, il
I cherche i sa 8ou-
taO DE L'ONOMATOMANIB
oGcuptilion suivie. Sod grand-père palernel, qui passait poor no
homme bizarre et original, avait fait Mtonner un de ses fils pour le punir d'avoir projeté une mésnllianco. Son pèro avait une grande psasion pour le jeu; toutefois il occupait dans l'armée un grade snpéi'ieur et s'était faîl remarquer par sa bravoure. Un oncle paternel était mort fou; une soeur avait été prise d'accès maniaque à la suite de couchée et une seconde sceiir, délii-ante clu-uoique, est encore dans une maison de santé.
A dix-huit ans, M. S... éprouve un accès de mélancolie qui dure deux mois. Il avait depuis longtemps déjà contracté des habilades d'onanisme, il se livre plus tard à la pédérastie et s'adonne au coit debout. Depuis cette époque jusqu'à soixante ane, il a traversé des époques iri'égulières de dépression auxquelles se sont ajoutées, dans les dernières années, des idées de suicide.
Au mois d'avril 1S84, il rencontre, dans l'avec sées, un monsieur qu'il avait .jonnu pondant i s'arrèle, cause avec lui et, après l'avoir quitté, i venir de sou nom; n'y parvenant pas, il essaye de penser à autre chose; mais, loin de réussij', le Lcsoin de retrouver ce nom s'impose et devient pressant; obsédé, il Fouille vainement dans sa mémoire, il éprouve un très grand malaise, il se seul oppressé, serré A reslomac; son visage so couvre de sueur, ses mains sont froides et, craignant de s'évanouir, il s'empresse de rentrer chez lui, se lamentant, ee désolant, parcourant à grands pas son appartement dans un état d'angoisse extrême.
Quinze jours après, étant en soirée, il aperç.oît un ancien camarade qu'il n'avait pas vu depuis plusieurs années ; ils s'entretiennent longuement ensemble, puis il se relire. De retour chez lui, M. S..., qui ne s'est pas souvenu du nom du camarade, le cherche d'abord, m remémore diverses circonstances qui pouvaient l'y aider, mais sans succès; il s'efforce de se débarrasser d'une pareille fantaisie : o'est vainement; l'obsession, de plus en plus pressante, ne laisse place à aucune autre pensée; il ne peut se coucher, il pleure, gémit, s'agite et, accablé, il finit par se laisser tomber sur un canapé dans le plus violent désespoir. Le repos n'arrive qu'avec la découverte du oom. A parlir de ce moment, il est constamment sur te qui-vive, préoccupé du nom et du prénom des personnes avec qui le hasard le met en relations, les cochers, les marchands, les fournisseurs, etc. Is'empresse, dos qu'il a vu quelqu'un, d'inscrire le nom sur un feuillet de papier et se sent alors tranquille. Peu à peu, cependant, le champ de ses recherches s'étend et il est poussé à demander le nom d'inconnus, de gens qu'il rencontre dans In rue, puis encore le nom de personnes qui passent en voiture, puis enfin des voyageurs que conlienl un train de chemin de fer qui siffle devant lui. ^L'impossibilito de réaliser do tels désirs le désole, l'exaspère, te rend
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furieux et le force à ne regarder personne dans les rueti ou à chercher k'S lieux solitaires, puis enfin à se coniinâr dans son appartemenl.
Au bout de trois mois, l'obseBsion du nombre s'ajoutant à l'obsession du mol, M. B... se voit de plus ea plus tourmenté, et sa vie devient de plus en plus pénible. Il comple tout ce qui lui est servi à table, il dresse à chaque repas un tableau sur lequel sont indiqués le nombre do morceaux ou de bouchées de pain, de viande, le nombre de cuillerées d'eau, de via, de lail qu'il va prendre. Pour le lait, il compte le nombre de gouttes contenues dans une cuillerée, et le nombre de cuilleréee dans une tasse. Pourquoi se livre-l-il à ce calcul? Il n'en sait rien, dit-il, c'est ridicule, mais il doit le faire. Si on lui sert une tomate. Il s'empresse de compter le nombre de graines qu'elle renferme; il en est de même pour les pommes, les poires.
Un jour, il avait man^é vingt cerises, mais il n'avait recueilli que dix-neuf noyaux; il cherche le vingtième de tout c6té. Ne le découvrant pas, il pense qu'il la probeblemenl avalé. Dès le soir, il fouille dans les garde-robes et ptiasc la nuit à pétrir fiévreusement entre ses doigts les malières fécales. 11 se lamente de l'iusuccès de ses recherches. Sur les instances de sa famille, il se couche quelques heures vers le matin après avoir consenti à faire un grand lavage. Il se l'élevé pour se présenter à la chaise, et révacualion obtenue, il recommence, avec plus d'ardeur encoi'C, la recherche du vingtième noyau qu'il finit par trouver le soir seulement, après une nouvelle déjection. Il se calme alors, prend un bain, se couche et passe uae bonne nuit.
Il pousse, par moments, sans cause appréciable, de grands éclats de rire qu'il ne peut réprimer; quelquefois aussi il se sensibilise et pleure sans motifs. Par crainte de ces obsessions, il refuse absolument de sorlir et manifeste des idées de suicide. Enfin, depuis quelque temps, il devient 1res méticuleux, il collectionne des débris de toute sorti!, des épluchures, des morceaux d'os, des allumettes, des bouts de cordon et de fil, des vieilles plumes, etc. Il ne ve»t pas, dit-il, avoir âse demander ce que sont devenus ces objets, il fait tous ses elTorts pour éviter de telles fiuestions; l'idée de VlnCtni le jette, ajoute-t-il, dans le doute et l'effraye.
Celle observalion est un exemple frappant de la multiplicité des troubles cérébro-spinaux auxquels peut succeisivemenl êlre soumis le dégénéré héréditaire. En elTet, toujours mal équilibré, dès dix-huit ans, surgit brusquement un trouble général de l'intelligence, un accès de lélancolie de courte durée, et de temps à autre, depuis
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celte époque, se produisent des périodes dépressives s^ compagnRnt parfois d'idées de suicide. Plus lard, se mon- Irenl des perversions sexuelles; plus tard encore, des accès 4é rires ou des pleurs qui s'imposent à k façon de lies. . L'obsession du mot, l'obsession du nombre se développent successivement, puis enfin arrivent le doute et les interrogations sur riniini. Ce sont là tout autant de syndromes épisodiques réunis dans ce cas cJiez te même sujet, mais qui peuvent, nous le veiTons, se montrer isolément, comme troubles distincts, chez différents individus,
Dans le fait suivant, le syndrome est plus limité. Il s'agil d'unedamedc Lorient, sur laquelle noire excellent collègue, M. le D' Le Diberder, ancien inlerne des hôpitaux de Paris, nous a demandé notre avis.
Voici en quelques mois l'observation.
OnsRBVATiDN II. — Névi-algio inlercoataie : préoccupations hypocliaoâriaqaes; — chagrins violents; — besoin irrésistible de retrouver des mots ou des phrases; eoffoisse, désespoir jasqu'A la découverte des mots.
M"» X..., âgée de Irenle-cinq ans, d'un tempérament très nerveax, mais dont les aniècédenis héréditaires ne nous sont paa cannas,^ avait été aHeclée d'abord d'une névralgie intercoatele très douloul'ciise; vivement préoccupée, M""> X... s'élnit imaginé que cette douleur était duo ù un commeucement de cnncer. Toulefoie, il n'a plua été question de celte grave maladie une fois la névralgie guérie. Peu de temps après, k la auile d'un violent chagrin, de la perle b pou d'intervalle de son père et d'un do ses Trères, elle est devenue triste, moins active, obsédée, d'abord d'une façon intermittente, puis, au bout de quelques mois, presque constammcul, du besoin de rechercher des mots ou des phrases prononcca quelquefois depuis plusieurs semaines. Quand il lui ai-rivo do no pas retrouver promptement ces mots, elle gdmit, se Inmeute, elle est prise de sueurs, de tremblement et avec l'expression de la plus vive anniété elle ne cesse de rêpéler ■ " Je ne pourrai donc jamais retrouver cela, que vais-je devenir? Je voudrais être morte, je suis folle et vous allez m'enfermer, etc. • Elle nâglige son intérieur, se désintéresse de tout, mSmo de son enfant; elle passe ses journées ù réQéchir pour retrouver lea souvenirB parfois les plus futiles. Ses recherches ne cessent b pas la nuit et la sommeil est devenu rare et agité.
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En préseace de pei-aonoBa élrangàro», elle peut msUrieer ees obsessions, le calme se rétablit en apparence et l'on ne se douterait poiot du trouble profond dout elle est l'objet. Elle a, d'ailleurs, poi'faitemeut conscience de son état, et, par instants, elle déplore son impuisi sanee à ne pouvoir résister à d'aussi ridicules obsessions.
OsBERVATioN m. — Mère très i-wolive. — Dùséqiiilibratiùn mentale^ I — Période dépressive et aecùs de délire alooolii/ae avant Ib re- H cherche angoissante du nom. — Mesures de prévoyance : cahiers, P Boltin. — Reclierche aoijoiasante des physionomies el des traits. M. L..., âgé de quarante-six an», qui nous n été adressé par M. le D' E. Collin, médeciD inspecteur de Snlut^Honoré-K-s-Bnlns, est Ois d'une mère trâs nerveuse, irritable, pleurant facilement et se mettant, à la moindre contreriélc, â trembler de tous ses mcmbrea. Quant h lui, toujours nerveux, émolir, il a été pi-is, peu de temps après son mariage, eans motîTs apparents de tristesse, de découragement, d'inBomnie pendant six mois.
F,n 1881, il a éprouvé, pondant quelques Joura, un noces de délire hallucinatoire : il voyait dos personnages défiler devant ses yeux, il enleadait des chnnis, parfois des menaces; il élnit inquiet, elîrayé et dormait mal. Tout a disparu assez rapidement. Il buvait à ce moment du vin blanc le malin et parfois des liqueurs. En iSHi, il éprouve pour la première foie rirrëeiatiblo besoin de chercher des
Étant venu à Paris pour ses affaires, et se reposant au cafc, il avait lu dans uu journal un fait divers dans lequel il élail question d'une petite fllie qui, api-és ovoir glissé dans la rue de Provence, était tombée dans un égout en réparation. Il ne connaissait nullement la famille de cette enfant, et le fait en lui-même l'intéressait médiocrement. Il reprend le chemin de fer et rentre chez lui; le soir, il se couche comme d'habitude, sans te moindre incident. Au milieu de la nuit, il s'éveille et la lecture du lait divers lui revient à l'esprit; il cherche à se rappeler le nom de la petite illte. Ce nom no venant pas, il s'efl'orce de ne plus y penser et de dormir, mais c'est vainement; le besoin qu9 rien n'explique de. trouver ce nom est impéi-ieux et le force Jt réfléchir et k chercher. H se retourne plusieurs foie dans le lit, s'assied, réveille sa femme, gémit et, la tCte dans les mains, cherclio le nom qui ne vient pas. Tout à coup, il saule hors du lit, pâle, ungoissé, couvert d'une sueur froi'le; il se sent, dit-il, comprimé, sa poitrine est resserrée comme dans un élou, surtout du cOté gauche, il ne peut respirer, il étouffe, il se lamente, parcourant la chambre en se désolant et passe ainsi le reste de ta nuit dans la plus vive anxiété. Dès le matin, on va chercher aa journal, il voit le nom • Georgette >, éprouve aussitôt un immense soulagement et se sent guéri. Quelques temps après, Is mémo soèns
iW DE L'ONOMATOMAME
ee raproduiL fa propos du nom d'un ami, et comme la premiers foia,
la crise finit aprtiB la découverte du nom.
K psriir do ce jour, la roishei'oho du nom devient plua pressante, il est obsédé et se voit dans la Déceseité de retenir toue les Doms qu'il ontend; il se muoit aloi'B d'un petit cahier et s*empreBse de notei- sucuessivemeni les noms qu'il uraint de ne pas se rappeler. Dnns ce cahici*. il classe les noms par groupes; les noms de commerçonts, de députés, do ronclionnaires; les noms de ville, elc, Dans une loltre qu'il nous écrivait à cetle époque, il dit lui-même : « J'ai la manie de chercher des noms dont je n'ai pas besoin, ou de trouver celui d'une personne que j'ai connue '. liîcnlât aux noms de personne, s'ajoutent les noms de choses et les pi'éooou patio as de M. L,.. augmentent d'autant; puis encore. ce sont des phrases, des pensées dont il doit se rappeler; il se voit alors obligé de Tuir la sociclé, d'éviler les conversntions ; toutes ses habitudes snnt chsng'êes et il n'a de repos ni le jour, ni la nuit. Parfois le révs luiiniime devient l'occasion de nouvelles recherches et, pour les éviter, dès qu'il se réveille, il s'empresse do noter les incidents du rêve. Le» pensées ou les noms qu'il cherche à se rappeler se ratlaohenl le plus souvent à difTérents actes de la viu ordinaire, et c'est ainsi qu'il est amené & ne plue oser embrasser ses deux Hlles, par crainte d'avoir à se Gouvonii soit des paroles entendues, soit des pensées qu'il aurait eues à ce moment. Dans les rues, il baisse la léte, ferme quelquefois le^ yeux pour ne voir ni les noms, ni les enseignes sur lef devantures; il ne lit slriclenient que ce qui lui est indispensable, el à la fin, pour plus de sécurité, il ne voyage plus qu'avec un Bottin. A diverses périodes, il a été poussé à se rappeler des airs qu'il avait entendus chanter ou jouer et, pour rien au monde, il n'eQt voulu assister à une rei>résenlation au thé&lre, pas plus qu'il n'eût vouk entendre un discours.
Pendant quelque temps, ce besoin de se souvenir s'est étendu même aux physionomies et aux imogcs. Une femme entre un jour dans son mai^çasin pour faire une empiète, il la regarde comme les autres clientes; mais, dès qu'elle est soriie, il a eu, dit-il, comme un pressentiment et, s'adressent à sa femme, il ajoute : ■ Voilà uoe tète qui, je le crains bien, va me faire de l'ennui. •■ Ceci se passai! à dix heures. A midi el demi, il cherche è. retracer dans son esprit les traits de cette femme. Ne pouvant pas se rappeler l'image, il s'inquiète, cherche, s'angoisse et se sent eom/jrijne comme pour les noms. Il n'a pas pu dîner, il ne s'est pas couché; il pleure, gémit, se lamente jusqu'à quatre heures du malin où subitement, commo une apparition, raconte-t-il, il a pu retrouver dans son esprit l'image el les traita de cette femme. Aussitôt, il se calme et il peut dormir. La photographie eût surtï, dil-il, à conjurer tout ce malaise. Une autre fois, ne pouvant se rappeler la physionomie d'une autre cliente, il
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s'est empressé de faire cinq kilomètres pour la revoir et il a pu de la sorte éviter une grande crise.
Cet état a duré deux ans, avec des alternatives d'aggravation et d'amélioration, et il a cessé après un changement complet d*hygiène, après des exercices physiques, de longues promenades, du jardinage et après un traitement hydrothérapique de trois mois régulièrement suivi dans un établissement.
Les premiers jours, il ne quittait pas son petit cahier d'inscrip-. tion, il le tenait même à table devant tout le monde à côié de Tassiette et prenait des notes sur tout ce qui se disait. Au bout de quinse jours, il s'est mis à table sans cahier, puis il est resté plusieurs heures dans une journée sans écrire, puis enfin il a cessé toute inscription pendant des journées entières; les recherches sont devenues de moins en moins pressantes et M. L... est arrivé insensiblement à se débarrasser de toute obsession.
Depuis un an environ, la guérison se maintient. Toutefois, il est très probable que sous Tinfluence soit d'une cause morale vive, soit de fatigues, soit d'excès ou de toute autre cause, il se produirait de nouveaux troubles. M. M..., en effet, est un prédisposé chez lequel il a suffi des fatigues du mariage et plus tard d'un écart de régime pour voir se développer tout aussitôt un accès de dépression mélancolique et un délire hallucinatoire très actif, puis l'obsession des noms et des figures. Le terrain est chez lui bien préparé, et la porte reste ouverte à tout le cortège d'obsessions et d'impulsions qui accompagnent le dégénéré héréditaire. Les deux faits suivants montrent le syndrome à l'état de simplicité; mais l'obsession du mot était-elle isolée? Nous xie pouvons l'affirmer, n'ayant vu qu'une seule fois les malades et n'ayant pas pu nous renseigner sur les antécédents.
Obscrvation IV. — M. X..., âgé de cinquante ans, négociant à Xlouen, se présente un jour à la consultation disant : <r Voici mon affaire » : il tire, en même temps, de sa poche un cahier où se trou- "vent indiennes par lettre alphabétique les noms et les adresses des personnes avec qui il est en relation. Il raconte que si, se rappelant telle personne, il ne pouvait pas immédiatement en dire le. ^om, il surviendrait un tel état d^anxiété quUl se verrait décidé à reprendre le- chemin de fer pour retrouver son cahier.
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Observation V. — M. X..., cinquante-six ans, industriel belge, raconte son état de la manière suivante : « J*ai une maladie qui consiste dans l*obsession des noms propres. » Interrogé sur l'existence d'an cahier, il en est surpris et le tire immédiatement de sa poche. Sur ce cahier se trouvaient des noms français et dos noms flamands rangés par lettre alphabétique. 11 avait fait des croix devant les noms des membres d'une même famille ou les noms des personnes amies. En lisant les journaux, certains mots le frappaiesi, tammaûément, indirectement, par exemple, et ces mots, dit-il, passaie&t à rétat d*idée fixe.
Voici encore une observation très courte rapportée par M. Moreau, lors de la discussion sur la folie raisonnante devant la Société médico-psychologique.
Observation VI. — « Il (M. Moreau) a vu un homme qui se rend malheureux par Timpossibilité de se remémorer certains noms; s'il le trouve, tout est bien; sinon, il aune crise qui le fait horriblement Souffrir. Il est obligé d*a voir constamment sous les yeux VAImanacb des 25,000 adresses. • (Ann, médieo-psfob.^ juillet 1866, p. 07.)
Le dernier fait de ce groupe que nous tenons à rapporter, nous offrira un curieux exemple de l'hérédité directe de ces stigmates psychiques des dégénérés. Le sujet dont nous allons, en quelques mots, rapporter l'observation, est le père d'une malade sur laquelle nous aurons plus tard à insister longuement à propos du mot pénétrant dans Testomac à la façon d'un corps solide.
Observation VII. — Il 8*agit d'un homme de soixanteMlix ans^ toujours mal équilibré et d^une avarice sordide, quoique dans une position aisée. Il a été pendant longtemps en proie à la recherche angoissante du mot. Pour mettre fin à son anxiété, à ses lamentations, sa femme et sa fille venaient à son secours et prononçaient des mots pouvant se rapporter à celui qui était cherché: elles arrivaient quelquefois à le trouver. Il se sentait immédiatement soulagé, se tranquillisait^
Lorsque ces premiers elTorts n'étaient pas couronnés de succès, on avait recours à un dictionnaire dont On lisait parfois un grand nombre de pages avant de trouver le mot. La famille ne se couchaiti en général, qu'après la découverte du mot.
Ces observations suffisetit, croyons-nous, à mettre en
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saillie ce syndrome bizarre qui pousse impcrieiiseraent à la recherche du mot effacé du souvenir. Examinons maintenant l'état tout opposé, celui dans lequel ce mot, loin de fuir, s'impose au contraire et force le sujet à le répéter.
II, L'obsession du mot qui s'impose et l'impulsion