‹ Recherches sur les centres nerveuxChapitre 34 sur 93 · IRRÉSISTIBLE A LE RÉPÉTER · texte numérisé non relu

IRRÉSISTIBLE A LE RÉPÉTER

Dans un précédent article nous nous étions occupés de cet appétit irrésistible du nom ou du mot qui pousse & In recherche angoissante, ne laissant du repos qu'au moment où le mot retrouvé donne satisfaction au centre cortical qui le réclame.

Il s'agit aujourd'hui d'un autre groupe d'onomatomanes chez lesquels le mécanisme est tout nutre. I<oin d'être absent, au lieu de fuir, le mot, au contraire, s'impose, se pince au premier plan dans te centre perceptif dépositaire des images tonales et provoque parfois, sans nul retard, la décharge du centre moteur d'articulation. L'éréthisme de ce centre est tel qu'il échappe sinon au conli-ôle, du moins à l'inlluence modératrice des centres supérieurs. Si bien ([ue le mol obsédant s'impose, dans quelques cas, comme une production parasitaire, en dehors du cours ordinaire des idées, et que le malheureux patient surpris, en quelque sorte, non seulement le subit, mais est poussé malgré ses efforts, à le projeter brusquement au dehors.

Parfois, on effet, le malade parvient à pcpriraer l'impulwon, se lève et, se retirant dans un coin, expulse, à voix basse, cette image verbale obsédan le ; d'autres fois, plus fortement talonné, il détourne brusquement la tète et laisse échapper le mol, habituellement offensant pour l'interloculeurj dans quelques circonstances, il parvient à étouffer le mot et à n'éroellre que quelques sons gutturaux; mait, d'autres fois, l'impulsion rat tellement rapide et imprévue que s'intercalant brusquement dans la conversation, le mot

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s*échappe avec Tirrésistibilité du tic, à la confusion du malheureux patient, impuissant à le retenir. Dans ce cas, l'image tonale est apparue d'emblée, sans autre préparation, dans le centre psycho-moteur qui l'expulse incontinent.

M. Gilles de la Tourette et Tun de nous avons eu Toccasion de citer plusieurs cas dans lesquels les paroles grossières s'associaient aux tics (1). Ces deux phénomènes, tics et coprolalie, coexistent parfois, maiâ ils peuvent également se montrer isolément et quelquefois aussi, ils sont associés à Tun ou à plusieurs des autres syndromes ; ils font, en réalité, cortège à la folie héréditaire et n'en sont que des syndromes épisodiques.

L'obsession n'est pas toujours représentée par un seul mot, survenu spontanément ou recueilli dans le cours d'une lecture ou d'une conversation, elle comprend parfois plusieurs mots, une phrase traduisant une idée déterminée ; mais que l'obsession émane, comme dans ce dernier cas, de la région antérieure ou du centre cortical postérieur, elle amène Timpulsion. Dans tous les cas, le calme et le soulagement suivent l'émission du mot ou de la phrase. Chez tous ces sujets la conscience reste entière. Sur trois de nos malades, avec l'obsession du mot apparu en dehors du cours des idées et l'impulsion à le répéter, se montrent également les rires et les pleurs involontaires, sans nul rapport avec l'état cénesthésique du sujet.

Observation VIII. — Dégénérescence mentale. Alternatives d'excitation et de dépression. Hallucinations^ troubles de la sensibilité générale, prédominance d* idées de persécution. Craintes du toucher. Lavages réitérés. Rires et pleurs involontaires ; coprolalie.

P..., femme L..., âgé de cinquante ans entre à Tasile clinique (Sainte-Anne), le 30 octobre 1891.

La mère était nerveuse et paraît avoir eu la crainte du toucher : elle se livrait, en effet, à des lavages réitérés ; un frère est mort pa-

(1) Gilles dk la Tourette, Étude sur une affection nerveuse caractérisée par de rincoordination motrice ccompagnée d*écholalie et de co-

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ralytique général, et une oousine maternelle est actuellement en traîtemeni dans un asile pour de la mélancolie.

Mariée è^ trente ans, elle a toujours été bizarre et extravagante; dans son intérieur, elle était excessivement méticuleuse, d*une propreté exagérée, se fâchait si le moindre meuble venait à être dérangé , se lavait quinze fois les mains dans la journée avec du citron et était couverte d'engelures l'hiver. Dans ses relations sexuelles elle apportait les mômes soins minutieux, au grand désappointement du mari, obligé d'attendre la fin d'apprêts inutiles et en tout cas fort inopportuns.

Elle a toujours eu de longues périodes de tristesse, alternant parfois avec des phases d^expansion et de gatté. A quarante et un ans, à la suite de la mort de son père, elle a été prise de délire mélancolique avec hallucinations et idées de persécution : on la regardait avec mépris ; on lui envoyait des chaleurs dans le bas-ventre, on la poussait a la débauche : « Tu me céderas ou tu crèveras, » lui disait un de ses insulteurs imaginaires. Cet accès nécessita un séjour de cinq mois à Tasile (1882).

Rentrée chez elle, elle reprit ses habitudes premières, tenant bien son ménage, mais exagérant toujours les soins de propreté.

Au bout de quelques mois, les idées de persécution ont reparu avec la même intensité. E^le prétendait qu'on lui enlevait les droits de nature^ qu*on l'empêchait d'uriner, d'aller à la garde-rolie, qu'on mettait obstacle aux relations maritales. Elle avait, en effet, un peu de vaginisme. Elle entendHit dire : « Tu feras ça avec moi et non pas avec, lai. • On agissait sur elle par le spiristisme, la physique, le magnétisme; quand elle souffle le feu, celui-ci s'éteint au lieu de s'allumer; sa lampe s*éteint aussi quoiqu'elle soit bien garnie d'essence ; quand elle prend un lavement, l'eau jaillit jusqu'à son visage et c'est de Tair qui pénètre dans l'intestin. C'est probablement la vengeance d'un individu qui lui avait fait des propositions qu'elle a repoussées.

Très attristée, elle a manifesté à diverses reprises des idées de suici'le : d'autres fois, exaspérée, elle brise les chaises ou frappe avec un balai contre les murs pour faire cesser ses tourments.

Parfois, au contraire, elle est contente et sourit, ce sont des Invisibles qui lui font des compliments, lui adressent des paroles aimables, lui présentent des personnages, le comte de Paris, des généraux, etc.

On la fait rire ou pleurer malgré elle : plusieurs fois, sur le passage d'un enterrement, on la force à rire au moment où elle fait le signe de la croix ; d'autres fois, au contraire, on la fait pleurer dans des moments où elle est au contraire gaie.

prolalie {Arch, de neurol.y n<» 25 et 26, janvier et mars 1885, p. 19 et 15S.)

Charcot, Tics et tiqueurs, (Trib, méd,^ 25 novembre 1888.)

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' A plusiears reprisée, déd'mots grossiers, orduriers lui viennent i l'esprit et elle est obligée de les répéter : c véi*o1c, saleté de peuple, putain ». Parfois même, dit îe mari, elle les prononce à très haote voix, comme le ferait un perroquet. '

La crainte du toucher de cette malade semble prendre ses racines dans des dispositions maladives simiiaire|sde la mère, mais les signes de la dégénérescence sont nombreux, chez elle : Tonomatomanie, ses rires et ses pleurs involontaires, le vaginisme, le délire hallucinatoire d'emblée se présentent, en effet, tantôt ensemble, tantôt séparément sous Fiiifluence des causes les plus légères ou même sans cause déterminante appréciable.

Observation IX. — Dégénérescence mentale. HalIaoinûUoxi à sept ans; plus tard^ idées mélancoliques et de persécution. A vingt" huit anSy rires irrésistibles. Onpmatomanie : obsession de mois

^..grossiers et impulsion à les prononcer.

' L... (Berthe), âgée de trente et un ans, entre à Tasile clinique (Sainte-Anne) lé^ 11 avrit 1885. Son père est mori à la suite d^accidents eéirëbaux. Elle à fait, dans son enfance, une chute grave sur la tète; elle s^est toujours montrée nonchalante, apathique et parfois môme elle prétendait être incapable de sortir de son lit. A Tâge de sept ans, elle aurait eu des visions et apercevait des personnages nus qui ne touchaient pas à terre. Depuis trois ans elle est prise, par moments, de rires involontaires qu'on ne peut expliquer. Par moments, aussi, elle est poussée tout à coupa prononcer des mots grossiers. Elle entend depuis dix-huit mois des voix qui Tinterpellcnt et rinjurieut, et il y a quelques mois elle s'est mise en chemise à la fenêtre, s*est excitée et a craché sur une de ses parentes.

Depuis sept mois, elle a l'idée de se tuer ; elle s^est piqué une varice et s'est ouvert une veine à Tavant-bras drpit. Elle a voulu se noyer au bois de Vincennes, mais elle n*a pas fait de tentative, par crainte, dit-elle, d'être repêchée et de subir les manœuvres du sauvetage.

Elle nb sait pourquoi elle est prise de rires, ni pourquoi il faut qu'elle répète des mots grossiers. Parfois, ces mots lui viennent brusquement à l'esprit et elle les prononce machinalement, d'autres fois ce sont des souvenirs de choses sales qui l'obsèdent et qui la poussent à proférer des injures ou des obscénités.

De temps à autre elle manifeste des idées do persécution, elle prétend qu'on môle à ses aliments des flueùrs blanches de femme et

Uli LONOMATOMANIE iJt

e Is nuit, pendant son S'tmnit'il, on se livre sur elle à îles actes

Très déséquilibrée, celte malade, ilès son eni'ance, a été on l^vie à des hallucinations et à du délire, et ce n'est i[u'après blusieurs bouffées délirantes qu'ont apparu les syndrome» P^isodiques, les rires irrésistibles et la copralalie qui, depuis f trois ans, se manifestent tantôt dans le cours des accès déliftïBnts, tantôt au contraire, pendant les périodes de repos. PDans l'observation suivante, aux rires et aux pleui's irrésisbtîbles et â la coprolalie, viennent s'ajouter des discours involontaires.

I Observation X. — Dégéiirresceace mentale. Déséqnilibration de loat l'axe cérébro-Hpioal: mouvements involontaires des bras et des Jambes; rires et pleurs involonlairvs. Oitomatomanie : obsessiont de mots grossiers; récitations involonlairoB. Impulsions .î frapper.

C... (Clotilde), Bgée de Ircnle ans, est une déséquilibrée chez la-

•qnellfl aucune région de l'axe cérébro-spinal ne roni^lioniie d'une

hfou régulière. Tantôt elle avait, en pleine conscience, des mouve-

tenlB d'une main, d'un pied que ne pouvait i-égler In volonté. D'au-

, se produisaient des pliéDomènes inhibiloirea; debout, la

Kilade ne pou?ail plus e'aGsoir : assise, elle ne pouvait plus se rêver. La moello n'obéissait plus à l'influence psycho-motrice. Dans d'autres circunstances, c'est louls la mimique d'un clat pasiionnel, rires ou pleurs, qui surgit eu désaccoi'd avec t'élat cénes- Ofésique du sujet. Elle riait aux éclats à l'enterrement de son grande qu'elle avait cependant beaucoup aimé. Cliez elle, la protubéli, d'après les expériences dé Vulpion, est l'oi-gane îles iressions êmolionnelles, échappait au centrale de la région Tron- Ue. Par moments, elle prononce des mots le plus souvent grossiers b'elle ne voudrait pas dire; ai ollo essaye de résister, elle éprouve . malaise, elle est nngoissée ; ollo les prononce alors à voix , ou elle remue la langue sans les prononcer. DaulroB Tois, i relire dans un lieu êenrlc, les prononce à haute voix et se tant soulagée. Le centre audilirdo l'écorce (l"' lempoi'atei est dniia lai d'érèlhiâme que l'imnge vient aolliciler le centre moteur d'articulation qui l'expulse au dehors. Le centra uudilir, le centre moteur d'articulation agissent encore ici indépendamment des centres supérieurs.

' Parfois, enHn, ce n'est plus un mol, mais une série de (bits divers, mt un discours qu'elle devait râpéter témoignant ainsi de la déaé-

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quilibration des centres corticaux antérieurs. Ce n*est pas tout; elle est de temps à autre poussée à frapper un inconnu, un ami, un parent; elle résiste, s*isoIe, demande à être enfermée dans une chambre où elle reste quelquefois très longtemps sous le coup d'une décharge de la région psycho-motrice ^

L'observation suivante présente également de nombreux syndromes, la crainte du toucher, le doute, rarithmomanie, Fonomatomanie souvent associés ensemble et aussi T agoraphobie qui se montre plus rarement avec ces syndromes.

Observation XI. — Dégénérescence mentale, scrupules maladifs dès rage de quinze ans. Doute. Aritbmomanie. Crainte du toucher, Onomatomanie : mots obsédants ; coprolalie. Agoraphobie.

M™* G..., arrivée aujourd'hui à sa soixante*dixième année, s'est montrée, dès Fàge de quinze ans, scrupuleuse, craintive, préoccupée de commettre un péché. Après son mariage ses scrupules augmentent et le moindre incident devient un motif de craintes et de remords. Un monsieur lui ayant pressé la taille, elle se dit coupable, se désole parce qu'elle ne Ta pas énergiquement repoussé et qu^elle ne s'est pas suffisamment rebiffée ; les paroles bienveillantes de son mari ne parviennent pas à la rassurer, elle ne peut pas, dit>elle, se pardonner ces familiarités.

Elle craint constamment de pécher, mais plus elle cherche à repousser les mauvaises idées plus aussi elle se sent obsédée et poussée à penser à tout ce qui se rattache aux relations sexuelles.

Dès qu'elle aperçoit un objet arrondi, un long bouchon par exemple, elle ne peut s'empêcher de songer à la verge de Thommc. Elle s*empare d'un mot, d'une syllable ou d'une lettre d'un met, pour composer un des mots qui lui sont le plus pénibles, ainsi le nombre cinq lui est fort désagréable parce que la première lettre C la pousse, dit-elle, à former le mot cul et la lettre Q le mot queue. Aussi lorsqu'elle voit devant elle cinq objets, cinq assiettes, cinq bouteilles, etc., elle s'empresse d'en demander une sixième pour ne pas avoir a réfléchir au nombre cinq ou à le prononcer. Elle n*ose pas lire de crainte d'être entraînée à composer des mots orduriers. Elle surveille tous ses actes et se voit obligée à de grands efforts pour ne pas y trouver prétexte à des préoccupations sexuelles. Ainsi

(1) Magnan, Cas de folie héréditaire : syndromes épisodiques intéressant successivement diverses régions de Taxe cérébro-spinal. — Coexistence de folie héréditaire, de délire alcoolique et de délire épilepUque (Arch. médico-pêychol.^ 7° série, t. II, 1885, p. îJ35.)

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fCintroduf^tion du lorgnon dans son étui rémolionne parce que, Immèdintemenl, elle ee représente la copulalioa el qu'elle est obligée de liiller vigoureusement pour repousser celle idée.

S»uf son mari, elle craint le contact de tous les hommes, se Inve dès qu'elle a touche la main d'un parent, d'un ami, et plus lard, elle eu arrive à medi'e des gants el l'i ne présenter qu'une main ganlée

I quand elle doit loucher In main d'un homme ou loucher un objet qui tteut d'ôlre touché par un homme.

- Catto crainle du coulact d'un homme qui s'exagère, même après la jbénopause, lui est suggérée, dil-elle, pur l'idée que colui-ci ayaat feuché sa verge pourrait déposer sur ses mains du sperme qu'A son leur, elle pourniil par mégarde porter sur ses organes génitaux. Ia nuit, elle s'assure de In fermeture hermétique de toutes lea perles et fenêtres, barricade sa cheminée, pour se défendre contre l'approche d'un homme. Klle pousse la crainle jusqu'à B'lni)uidler de la fêlure d'une vitre de le feni^tre qui pourrait donner passage à la

P semence de l'homme; elle reconnaît que c'est absurde, mais elle s'en a pas moins peur.

Tous les soirs, avant de se coucher, elle senne son domestique, ■lie exige i[u'il reste derrière la porte, pHrfois des heures entières, pour répondre à ses questions niouoloaes: les portes sonl-ellos bien fermées? Avei-vous bien donné deux tours de clef? avei-vous vériHé telle ou telle porte, telle ou telle fenêtre? N'en aveï-vous oublié H' incune? Souvent, non salisfaite de ses inlerrogalians verbales, elle ^Bfkit pasber sous In porte des bouts de papier sur lesquels elle re- ^Hfaonvelle ses recommandations et pour Aire certaine que le domestique n'a pas de distraction el répond, nprès rélleiion, à ses demandes, elle l'oblige à ne répondre qu'après un silence de cinq, dix ou quinze miniiles, parfois même une pause plus longue. Elle passe ensuite aux recommandalions pour le feu, cl permet alors de se coucher, mais parfois loua ces discours uo s'aclièvenl que vers trois ou quatre heures du malin.

Tout son personnel bien dressé a pour mission de sa prêter à aes bizarreries, d'obéir sans réplique et d'éviter ainsi les angoisses qui ne manquent pas de se produire loisque, par hasard, elle no reçoit pas de réponse à une interrogation.

Le plus souvent, elle fait étaler un grand pbaie sur son lit et s'y installe aana se déshabiller; elle ronseiil rarement i laisser faire son lit. Quand elle veut se coucher dans les draps ou changer de linge, elle se dcahabille lentement, prenant grand soin de ne pas se découvrir, el demande avec inquiétude â sa femme de chambre si elle n'a pas aperçu ses mollets ou ses genoux. 11 faut que celle-ci riponde négstivi'menl, ut après do minutieuses précautions, elle se glisse dans le lit, enveloppée dans une longue chemise. Elle conserve habiluellemcnl ses vieux vëlemenls et il lui est arrivé plu-

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sieurs fois de laisser de côté ses robes neuves, touchées psr mi homme ou. déposées dans un endroit suspect.

Elle n*a jamais fait un traitement régulier, son mari et, à la mort de oelui-ci, ses enfants, se sont évertués à donner pleine satisfaet ion à ses exigences maladives qui ont ainsi suivi une marche pro-^, gressive.

; Depuis quinze ans, elle reste presque toujours confinée dans une chambre qu'elle a choisie dans un lieu retiré de son vaste hôtel; on y-arrive par un petit escalier, les fenêtres restent closes nuit et jour» •n ouvre quelquefois les chftssis, mais jamais les contrevents; la chambre est éclairée habituellement par une veilleuse, de temps à autre on allume une bougie. De tous côtés se trouvent amoneelés des paquets renfermant des bouts de papier, des chiffons, des journaux, toute sorte d*objets bien étiquetés, destinés à un examen qu'ils ne subissent jamais, et les paquets continuent à s^accumuter.

. Elle se décide un jour à recevoir le médecin, et, après une attente de quelques minutes pendant laquelle elle sUnforme auprès du domestique, si le visage du médecin lui sera sympathique, sur une réponse affirmative, elle frappe six petits coups sur la. serrure, pn septième coup sur le bouton et elle ouvre. Elle s'empresse de s'excuser du désordre de sa demeure, c'est, dit-elle, « un vrai capharnaam; est-ce étrange? je ne puis pas faire autrement ». Elit porte des gants doublés, mais elle consent à se laisser tâter le pouls et finit môme par se soumeltre à un examen assez complet.

En dehors du doute, de ronomatomanic, de la crainte du toucher, de rarithmomanie, elle est agoraphobe et parfois mémo dans sa chambre, elle doit s'appuyer contre les meubles. Au dehors, elle ne peut marcher sans s'appuyer sur le bras d'un domestique.

Dans les dernières années, elle devient coprolalique; elle profère, :malgré elle, des blasphèmes ou des paroles injurieuses. Devant U médecin, elle dit tout à coup : » Je me fous de Dieu, > •« le Christ >est un cocu, » « la Vierge est cochonne, » puis un instant après «lie reprend : c G... (son mari) est un cocu », et les larmes aux yeux 'elle s'écrie : a En voilà une torture! Etre obligée d'injurier Dieu et ce que j'ai eu, dans ce monde, de plus cher, mon pauvre mari » ! Parfois aussi, il lui échappe, en parlant de son mari : c Je te maudis! je te maudis! » tandis qu'elle conserve pour sa mémoire le plus pieux et le plus affectueux souvenir. De lemps à autre encore, quand elle parle à un de ses bons et vieux serviteurs, elle laisse échapper brusquement au milieu de la conversation : u Tu es un cocu. »

Parfois elle prononce ces mots grossiers à voix basse; elle essaie ^ quelquefois même de les retenir, mais elle n'y réussit point, elle est ^ •prise d'angoisse et elle doit les prononcer.

Pondant la conversation, elle surveille tous les mots, fait attention ^

«ax pa^ojes de riateplo^utear pour vepoasser tout& expression qui pourrait donner prétexte à une idée obscène.

Plusieurs médecins avaient conseillé réioignement de la famille et le placement dans un établissement spécial pour combattre successivement cçs différents syndrames, mais sur le refus de la famille non seulement pour le déplaceipent mais même pour le changement au personnel habitué à obéir sans réplique, tous les essais de traitement n*ont amené que de faibles améliorations et toujours passagères. .'.

Avec beaucoup de peine, on obtenait quelques promenades au dehors, des repas à heure plus régulière, le repos la nuit dans le lit, parfois même l'adminisiration d'un bain, mais le moindre inci> dent faisait promptement abandonner ces pratiques d*)iygiène et les habitudes maladives reprenaient leur empire.

Ce cas fort instructif donne une idée de la marche en quelque sorte naturelle des syndromes épisodiques livrés â eux-mêmes. DèsTâge de quinze ans, cette déséquilibrée présente les premières manifestations de la folie du doute. Très gâtée par ses parents, on lui laissé passer ses petites manies. EUe se marie à dix-huit ans, et son mari, dès les premiers jours, se plie à toutes ses fantaisies; au doute s'ajoutent bientôt rarithmomanie, la crainte du toucher, Tonomatômanie, plus tard Tagoraphôbie, les obsessions et lés impulsions deviennent de plus en plus impérieuses et pressantes, et la malade de plus en plus craintive et affolée finit par se confiner dans un coin retiré de son habitation où elle ne veut plus recevoir personne. On consulte beaucoup de médecins mais sans suivre leurs conseils. Dès qu'on aperçoit la moindre angoisse, on s'émeut, on s'inquiète et coûte que coûte, satisfaction est donnée à toute obsession. Un jour, oh envoie de Paris dans un petit village de la Toscane, un domestique avec mission d'examiner les fermetures de la fenêtre d'une chambre que M"** G... avait occupée, une nuit, dans un hôtel où Ton avait été obligé de s'arrêter en voyage. M"'G... veut être certaine que personne ne pouvait pénétrer dans la chambre, une fois les volets et les persiennes fermés; on devait aussi s'assurer qu'aucune vitre des châssis ne présentait de

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fêlure et que rien n'avait pu se glisser dans la chambre et la souiller pendant son sommeil.

Une dégénérée de trenle-lroisans, L... (Aglaé), dont l'un de nous a déjà eu à rappeler les nombreux syndromes (kleptomanie, kleptophobie, crainte du toucher, folie du doule, aberrations sexuelles) avait également l'obsession du mol et l'impulsion à le répéter'. Les mots chameau, puluin, salope, s'imposaient à son esprit, elle ne les entendait pas, mais Us se présentaient brusquement dans sa pensée et se plaçaient au premier plan. Elle se sentait poussée à les prononcer, el quand elle résistait, l'angoisse devenait si grande qu'elle se voyait forcée de les projeter â haute voix au dehors.

Ubsirvatioh XII. — Dégénérescence mentale, Hallactnatioas. Troubles de la sensibilité générale. Idées ambitieuses et de persécution. Onomalomanie. Obsession du mot. Impulsion à le répeter.

C... (Yves), professeur dans ua collège, âgé de Irenlo et un ans, eat entré à l'asile ctiaique (Sainte- Anne) le '^3 février 1S9I.

Ba mère, névropathe, a eu des attaques cODvuIsIves jusqu'à l'Age de dix-huit ans; il a présenté lui-inâme des uonvulsione dans son enfance juoqu'à dix une. Laborieux, iolelligent, il a fait de lionaea études; toutefois on le trouvait trop sérieux pouj' son âge; il jouait peu avec ses camarades, on avait remarqué également qu'il se rongeait complètement les ongles.

A vingt-quatre ans, il devient plus sombre, plus renfermé, et, pendaDi les vacances, il se conflao dans sa famille ne recherchant pins du tout la société de ses amis.

A vingt-six ans, il prétend qu'on trouble son sommeil, qu'on déplace ses bras pendant qu'il dort, qu'on agit sur lui par l'électricité il distance et par influence, sans que l'on ait besoin de piles ni de Bis électriques rapprochés de son corps. Il prétead qu'on lit dans sa pensée, puisque ses collègues s'emparent des sujets d'étude dêjli choisis par lui. Dans la rue, on lui donne des picotements à la peau, 0)1 tiraille S''S vêtements, ce sont là, dit-il, des phénomènes provoqués par réleclricité. Celle-ci est appliquée aussi a sa bouche, à ses mâcbciires, n ses lèvres, qui remuent malgré lui, pouvant laisser deviner au dehors ce qu'il pense.

Il ressent au crâne des tiraillemenis qui diminuent par la coupe des

m Maqnak, Élude clin (Reeue inenlijtqtie, 26 fé

r les

des aliénét.

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;, favorable à l'écoulemenl du Duide éleclrique. On lui comme aussi les poumons, on lui rerroidit l'œsophage, on lui lasse ra[ietisss la colonne vej'lébrale, on lui lunce des coups de 1 Vi</e dans la poitrine. It prétend ([ue le tassement de su colonne vertébrale s'est produit au moment môme d'un acuidenl de chemin de fer signalé le lendemain dans les Journaux, mais qu'il avait pressenti pur la douleur. PaiTois les décharges éleclriques, au lieu de le ^^nfroidir, le réchauiïent el lui Font du hien.

^^P II raconte qu'on lui envoie, par des tubes à travers la mur, des ^B^eurs qui stimulent son cerveau et provoquent de l'excitation gèni-

Autour de sa maison, on a installé de nombreux miroirs qui repro- ^ent, dit-il, tout l'c qu'il Tait, et des téléphones qui divulguent paroles et ses idées que les pubtiuisles, les députés, tout le monde lui vole. Il entend parfois des injures, d'autres fois des paroles Batteuses telles que : a C'est Victor Hugo >, il est sans doute appelé, dit-il, à un grand avenir, il pourra être député et ministre. Il est tourmenté par la résonnance de certains bruits extérieurs venant se répercuter dans ses narines. Parfois, un battement électrique se produit, dit-il, dans l'oreille; un bruil, un rire, un molenlendu indistinctement, viennent par une association de l'oreille et du aex, éclater dans la cavité nasale. Non seulement ces bruits existenteux-mômes, mais ils en éveillent d'autres en puisnance dons te nez. Ces bruits prennent parfois la forme de la voix articulée, et ce sont tantôt des mots insigniHanlB tels que copie, d'aulies fois des mots injurieux, le mol pédéraste, par exemple, ces derniers proviennent de gens i moeurs inavouables qu'il a stigmatises. Quelquefois il se sent, malgré lui, poussé à répéter ces mots, et spi'és avoir vivement résisté, il flnil par les prononcer en détournnnl la léte. D'autres fois, ces mots s'intercalent brusquement dans sa coovei'salion el s'échappent sans lui Inisser le temps de se délourner.

Non seulement il perç.oit, dll-il, des rèsonnances nasale*, mais par une sorte de vibration du nés «(ui se transmet au nei f optique, on lui met dons le nez des visions de femmes. Il en était parfois très ému, el ou l'entendait crier : • Encore celle femme qui vient dans mon nesl •

Pour diminuer ces resonnances, pour amortir ces bruits, pourempécher d'entendre lee mots qu'il était forcé parfois de prononcer, et aussi pour empêcher qu'on ne lise sa pensée sur ses lèvres, il enveloppe son visage dans un grand cai^he-nei'. qu'il ne quittait mémo pas pendant l'été, et qui Unit par provoquer les plaisanteries des élèves et rendre son enseignement impossible.

S'imagînanl que la franc-maçonnerie était pour quelque chose dans Ras toui-ments, il a porté plainte au Grand-Orient, puis il h adressé des lettres au préfet de police, an procureur do In Hépublique, pré-

tindwit fa'op lai «Bitfvât Iwàr rmpirmhim^ tt mutrm éàmÊmébm %^il a ftilK à la piuhiliiiiy il a élB

Chfiz ce dégénéré, les défires ambîtieizx et de perséentioa §e 90Oi développés ^rmnttanéinent» a^arrampegMat d'kdbiehartioiis et de trtmbles de !a seosbâifiê génénle. UoBooitbMànfe s'est présentée snrtoot sons fimie d^ofasesaons et d'onpolsioas œprolaliqoes ; mais oa ae peat s'empérher de releirer les râioos et les toix na«tw Toas les cenlie& pereeptib encéphaliques, on le sait, qnotqœ indépendanl? les ans des antres, commaniqaent néanmoins entre eux par des faî^yaiTf de fibres d'associatioa qm étabCsseol une certaine aoGdariié grâce à laqnelle nos perceptioas se complèteot. Les haffarinations s'étaient dérdoppées de très bonne beore et certaines odeors imaginaires proToquaientrérectioD, c'est là sans doute la cause des visioas de femmes à la snîled'uie sensation olfactive favorable à Texcitation seinielle. Cette sorte d'oUaction visuelle semble, en effet, s^expUqner chez C... par rinfluence de certaines odeurs sur Taf^iareil génital et le réveil simultané de l'image de la femme ; la représentation visuelle surgit avec la représeatation olfactive.

0B?»rRVATi05 XUI. — Dégtffi'fresceace mentale. Délire polj'morpbe très actif fi la suite d'abus de boissoas. ODomatomaaie. Obsessions des mots grossiers et impuL<ioas à les répéter. Doute.

H... 'Jean;, âgé de ciaqaante-deux aos, eotrc a Tasile cliuique iSeÎDte'Annei. pour la troisième fois, le ^ avril 1888.

Son père s'adonnait a Tivrogoerie, son frère est bizarre, original. Quant à lui, il a été constamment déséquilibré, il a fait, de bonne heure, des excès de boissons qui ont provoqué non le délire toxiqoe habituel, mais de la dépression mélancolique avec idées de persécution ou de Texcitation avec des idées ambitieuses.

A sa dernière entrée, il est triste, en proie à des préoccupations hypocondriaques et û des idées de persécution; il prétend qu'on le poursuivait, que les curés lui en veulent, qu'ils l'empêchaient de travailler et détournaient les clients de son café. Au bout de quelques jours, le délire perd de son activité, mais quelques idées de persécution persistent.

Depuis cinq ans, il lui arrive fréquemment d'être poussé, tout d*un coup, à dire une injure à une personne avec qui il cause, ou même,

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dans la rue, à un passant. Plusieurs fois, le mot « putaio » lui vient sur les làvres quand il rencontre une femme et4iartieu!ièrement une personne respectable. Il fait de grands efforts pour ne pas le prononcer; quelquefois, il réussit à Tarticuler doucement, la bouche fermée; mais d'autres fois le mot s*échappe brusquement.

Pendant qu*on Tinlerroge, il parait tout à coup inquiet» préocupé ; un petit bruit guttural se fait entendre^ L... détourne immédiatement la tète, et son visage exprime un profond désappointement . Pressé de répondre, il dit que c'est une grossièreté qu'il a dû laisser échapper, et qu'il s*est détourné pour la chasser au loin, qu'il ne se permettj*ait pas de l'adresser au médecin pour qui, igoute-t-il^ il « on profond respect. Un instant après, la même mimique recommence, el il finit par raconter que c'est le mot « cochon • qu'il est foroë de prononcer malgré loi, et que c'est avec beaucoup d'efforts qu'il est parvenu à le dire à voix basse ; il se trouverait, affiime-tril, en faoe d*un canon de fusil qu'il ne pourrait pas retenir le mot. Quand :il Ta prononeé, il se sent soulagé.

Ces mots lui arrivent parfois sans qu'il y pense, mais d*autres fois ils sont présents dans son esprit, l'obsèdent, et il ne peut s'an débarrasser, d'autres fois encore, il croit les entendre dans l'estomac, et enfin quelquefois il les entend par l'oreille comme s'ils venaient du dehors, mais quel que soit le mode d'apparition du mot il se sent poussé à le répéter.

Si quelqu'un chante près de lui, il lui semble que les «chants se répercutent comme une sorte d'écho dans son estomac, et s'il s'agit de chansons grivoises, il est poussé irrésistiblement à les répéter.

11 est parfois vivement impressionné par la lecture des faits divers, surtout quand il s'agit de vols ou de meurtres; le sujet lui en revient fréquemment à l'esprit, surtout pendant la nuit; il ne peut s'empêcher de se laisser aller à une série infinie d'interrogations, se demandant s'il n'en est pas la cause. Cette recherche le trouble et l'angoisse, il reconnaît que c*est absurde, mais il ne peut pas cesser de se poser des questions.

Ce cas est intéressant par son délire polymorphe qu* éveillent les excès de boissons, et au point de vue spécial qui nous occupe, il n*en est pas moins curieux, car il nous montre L'embarras profond du malheureux onomatomane qui lutte ;|)Our refouler les grossièretés intempestives ; il exprime bien le caractère impulsif de Tacte quand il dit : c même devant \e canon d'un fusil je ne pourrais pas retenir le mot. »

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nois n ■* ip- *ii:'i3 m liiâ^ i:r«. ;«is rsff • MnSL-ia. -m^afc, easaOle, ixis«fni}ic . -. 1l.i x'iîs- i^s ^'ii-^ i«:»ijr «» rtCem*. tjîs il eproave liur^ xt^ ^■ztr'ir^ -H i^* rii it^'ir^ lur "-jtrî > ^r^s; ii est <*nervé» a^Ac«. .. -wr î-.-ii:. I;.-- . !'i njit» ^err-. Mtnate rrease, et il moctre \t

P'iff'iiif. .. > iv^^.^ la-is u !^:i:î. :a >e loirae Ters un arbre oa :i-i 1L17. tt .1. :^— . .^ *î :-*-!ajrir;. i- rroaoace rspidement et plui^jears jJu:? .-fr? iiocs rr;*».-»-^. «c . ^e *ea: soala^. Quelquefois, il ii-ïfî ,»is à iT-c^r lais a riî. et s*^aii>nfsse i*e rentrer ehex lui pour --TT-Ji-^îr :-?^ tl:c^ iz.±-. ii:is quel-ques circoosUnces, il parv.r«: i .ciez.^ -i r^ao* *z. Us pr:2oa«^aitl à voix très basse en r^niJd-: i p-rize -i ÎAn^i-f- ec îes îevres.

Ici tTuore i'aajTjisse acoomj.'agne la résistance à Timpulsion et le malaie tiouve une solution convenable en se détournant ver3 un arbre ou un mur pour expulser les paroles ordurières.

(1) Magnan, Des hallucinations bilatérales à caractère différent suivant le côté affecté (Arck. de neuroL, n« 18, novembre 1883.)

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