III. — Signification particulièrement funeste de certains
MOTS (pensés, prononcés, LUS, ÉCRITS) COMPROMETTANTS.
' L*onomatomanie se traduit dans ce groupe de déséquilibrés par une terreur, une crainte folle de certains mots auxquels ils attribuent une sorte de pouvoir maléfique, tantôt sur eux-mêmes mais plus souvent sur un parent^ un ami et parfois aussi sur des personnes étrangères.
Ces mots se rapportent habituellement aux cérémonies funèbres, à la mort, d'autres fois à Tenfer, au diable, aux crimes, etc. ; et les préoccupations qu'ils éveillent sont excessivement pénibles, même chez les individus non superstitieux, très surpris eux-mêmes de l'angoisse et de la profonde épouvante que ces craintes chimériques leur inspirent.
Une fois en butte à ces préoccupations maladives, ils se tiennent constamment sur le qui-vive ! Ils s'efforcent euxmêmes de ne pas réfléchir, de ne pas penser pour que ce' mot malfaisant n'intervienne point dans le cours des idées ; ils n'osent pas sortir craignant de l'entendre prononcer ; chez eux, ils s'isolent, restent silencieux, redoutant de parler ou d'entendre parler leur entourage, car le mot pourrait, par mégarde, malgré toutes les précautions et les recommanda* lions, se glisser dans la conversation. Dès que le mot appa* r^ty dès que le centre cortical Ta recueilli, que le mot vienne <ïu dedans ou du dehors, instantanément, sans réflexion, le ^nalaise se produit et le patient s'angoisse, tout en recon* naissant l'absurdité de son inquiétude.
Parfois it suffit d'un dessin, d'une image rappelant un
mot funeste, pour provoquer le malaise : c'est ainsi qu'une
dame était péniblement impressionnée à la vue d'iirie affiché
Se théâtre/ surmontée de l'image de Méphistophèlès poùi^
304 DE L'ONOMATOMANIE
une représentation de Faust. Un autre malade ne pouvait pas voir une carte ou une lettre bordées de noir; la vue d*un enterrement le bouleversait et il courait s'enfermer chezlui.
L'état d'angoisse est tel que rien ne leur coûte pour éviter le mot malfaisant, non seulement, ils cessent de lire, d'écrire, mais limitent parfois à quelques paroles indispensables les relations avec leur entourage. Une dame ne voulait jamais s'endormir avant minuit, afin, disait-elle, de commencer la journée par de bonnes pensées. Elle craignait, en s'endormant avant minuit, de se laisser surprendre, au réveil, dans la matinée, par un mauvais mot qui exercerait une influence fâcheuse sur tous les événements de la journée. Une autre onomatomane, de retour d'une visite pendant laquelle elle se souvient d'avoir prononcé le mot c mort », s'imagine qu'elle va porter malheur à l'amie visitée qui tombera en léthargie et sera enterrée vivante. Elle se couche très soucieuse, mais à peine au lit, elle s'angoisse, se sent suffoquée, ne peut plus y tenir, se relève brusquement, se rhabille et court chez son amie, s'assure qu'elle est vivante et bien portante, éprouve, dit-elle, un immense soulagement et rentre heureuse chez elle.
D'autres fois, ces malades s'imaginent que l'influence funeste du mot non seulement peut s'exercer sur les personnes, mais peut encore transmettre aux actes et aux choses une vertu malfaisante, si bien qu'ils recommencent les actes accomplis pendant l'émission du mot, que quelquesuns se dépouillent des vêtements portés à ce moment et refusent obstinément de s'en servir sous prétexte qu'ils pourraient opérer des maléfices. Une dame du monde avait successivement donné toutes ses robes, ses jupes, ses chemises et le jour de la consultation médicale elle ne portail qu'un peignoir acheté le matin même, c'était, dit-elle en souriant, toute sa garde-robe, elle avait dû successivement se débarrasser de tous ses vêtements contaminés par le mot malfaisant; elle avait abandonné sa dernière robe,
DE L'ONOMATOMANIE 306
d'ailleurs toute neuve parce qu'elle avait lu sur une grande toile étalée devant une baraque de saltimbanque une inscription en grosses lettres « les crimes célèbres ». Elle sait bien^ dit-elle, que tout cela est insensé, mais elle ne peut agir différemment, et malgré tous ses efforts, elle ne peut pas s*empêcher de se demander: t Mais, si c'était vrai? »
Observation XVII. — Doute dès quatorze ans; répétition des prières, quelques années après^ onomatomanie, mots compromettants ; images ou inscriptions malfaisantes^ poussant à la répétition des signes de croix^ à Fabandon des vêtements^ à la suspension d'un repas ou, au contraire, à la reprise d'un repas terminé. Angoisse avec la résistance. Réveil jusqu'à minuit , pour commencer la Journée sur un mot ou une pensée, sans signification mauvaise. Vertu maléûque du nombre 13.
M"^ R..., âgée de cinquante-trois ans, nous a été adressée au mois de septembre 1887, par notre confrère M. le D** Cherchewsky de Saint-Pétersbourg. Elle est née d*un père fort irritable, plus âgé de trente ans que la mère sur la santé de laquelle on n*a pas pu avoir des renseignements précis.
M"^ R., dès quatorze ans, est en proie au doute; elle se montre scrupuleuse, hésitante, s'interroge sans cesse; craint de mal faire 808 prières, les répète fréquemment, et parfois même Taube la surprend encore agenouillée dans sa chambre, n^ayant pas réussi à réciter, en entier, une prière qui ait pu la satisfaire.
A dix-huit ans, à Tépoque de ses fiançailles, ses craintes redoublent, parce qu'eUe se figure qu'une prière mal faite porterait malheur à son futur époux.
Peu à peu certains mots ou certains noms acquièrent à ses yeux une influence néfaste soit pour elle-m^me, soit pour les autres, quoiqu'eUe ne soit pas superstitieuse, quoiqu'elle considère comme profondément ridicule l'idée d'accorder une puissance maléfique à un mot quelconque, elle n'en est pas moins préoccupée lorsque intervient un mot tel que : cercueil^ mort, assassinat, diable, etc.
Tout d'abord, il s'agissait d'un mot entendu ou lu ou bien prononcé on écrit par mégarde, puis, c'est l'objet ou l'image de l'objet représenté par le mot, par exemple le Mophisto, de Faust, peint dans un tableau ou sur une affiche de théâtre ; ou bien encore une affiche portant les « crimes célèbres ». Enfin parfois c'est la simple pensée d'un de ces mots ou d'un crime ou d'un événement triste.
Tout acte commencé avec une pensée ou un mot compromettant doit être recommencé. En effet, si pendant qu'elle brode, le mot
MAtfKAM. u. 20
306 DE L'ONOMATOMANEE
diable intervient, elle e'imagine que ei elle CDntiaue mH complète son point, olle scelle en quelque sorte l'acte et expose à a malheur les siens ou elle-m^me. Si elle s'habille, si elle met son chapeau ou tout eutre objet et qu'uu mot comprometlaat sui-^ee, elle doit recommencer pour conjurer le maltieuc. Il en est de même pour une acquisition fuite dans un magasin, sous le coup d'un mauvais mot. M"* H, laisse là son emplèle, n'y touche plus, et finit par donner l'objet acheté k un pauvre. Cotte foie, dil-ello en sonriaal, j'ai, BU moins, dans ma manie, la satisfaction de faire du bien à quelqu'un. Il en a été ainsi pour une robe qu'elle n'a pas touId mettre, parce qu'au moment où on la coupait, elle avait eu une mauvaise pensée.
Si elle veut passer outre, elle éprouve un malaise exlrt-me, de la chaleur à la tète, de la rougeur à la face, des palpitations, un serrement à l'estomac ; une angoisse qui l'empêche do manger, de songer, de réfléchir à quoi que ce soit, de s'occuper à quelque chose et même de dormir. Aussi resto-t-elle éveillée jusqu'à minuit, afin de bien commencer la journée, de crainte que dormaol, à minuit, au commencement du passage d'une journée à l'autre, elle n'ait une maavaise pensée au réveil (la première pensée du jour) qui port«r«it malheur à toute la journée.
Si pendant qu'elle découpe la viande servie dans son assiette, ae produit une mnuvuiae pensée, elle ne mange plus et ne louaha plot à l'aesietto, lors mi}mo qu'elle a faim; d'autres fois, elle mange m delà de son appétit, pour ne pas finir son repas sur une mauvaiw pensée.
Pour contre-balancer l'influence fâcheuse de ces mots, imagot, pensées et en conjurer les funestes conséquences, M™' R-, ea dabon de la répétition des actes fait des pi'ières mentales et des signes da croix; elle se cache, croit les mal faire, et les répète jusqu'à cia^ cents et mille fois. Elle obtient de temps à autre de son mari, <]Bi a pour elle une vive aETection, tfa'U répète lui-même le signe de la croix pour être bien sûre qu'il est bien fait, et celui-ci la voit par moments si malheureuse, qu'il se prête à ses exigences maladîvea.
Elle est, en outre, obsédée quelquefois par le nombre treisa, auquel elle attribue également une influence malfaisante ou funeste. I^ périodes, celle obsession du treize devient insupportable, pans qu'elle intervient dans tous les actes de la vie.
A table, si les convives sont en nombre inférieur à treixa on d^ passent ce chiffre, elle est poussée malgré elle à tenir compte das domestiques et sou esprit inventif s'applique & de telles oombinsisons qu'elle fiait par arriver soit à treize, soit à un multiple de treize; effrayée, elle cesse alors de manger, s'angoisse, se lève et s'éloigne. Lorsque les recherches n'aboutissent pas au chiffre treise
DE L'ONOMATOMANIE 807
pour le nombre des convives, le 13 intervient néanmoins à propos du treizième morceau découpé^ de la treizième bouchée, etc.
SMl s'agit d^écrire, le treizième mot ou la treizième ligne deviennent un objet de crainte et tantôt elle s^arrête au douzième mot, tantôt, quand elle est parvenue à franchir cette première difficulté, elle se trouve très perplexe à la treizième ligne.
Le montant d'une acquisition dans lequel figure le chiffre treize suffit à faire immédiatement abandonner ce qui vient d'être acheté.
Les réceptions chez elle, les bals provoquent un extrême malaise au moment où arrive le treizième invité, elle redoute un malheur pour loi ou pour les siens et c'est en tremblant qu'elle l'accueille et le salue.
Elle a refusé une consultation médicale le treize, elle n*aime pas non plus à recevoir le médecin lo vehdredi. Elle a pleine conscience de son état, regrette ces craintes puérileS; ces préoccupations et ces actes bizarres, s'en attriste, mais il lui est impossible, dit-elle, d'agir différemment.
La folie du doute nettement dessinée à quatorze ans est suivie quelques années après d'onomatomanie et le mot compromettant ne tarde pas à envahir la vie entière de la malade; tous les actes quels qu'ils soient, sont à Tavenir entravés par cette obsession maladive, M"' R..., ne peut s'habiller, se déshabiller, parler, sortir, faire une empiète, manger, se coucher, etc., sans être forcée de compter sur le mot compromettant dont elle cherche à conjurer les effets par les pratiques les plus bizarres. Elle s'y abandonne d'autcmt mieux que son entourage, son mari même, au lieu de l'exhorter à la résistance, a la faiblesse de lui prêter son concours et en arrive à faire avec elle des signes préservateurs de croix.
OttsBRVATiON XVIII. »^ Déséquilibration mentale et doute dès le
jeune âge. Amélioration en 1870 sous les drapeaux, Onomatoma^
aie; mots compromettants; crainte du mot prononcé pesant sur les
actes. Phrases préservatrices. Crainte du toucher. En dernier lieuy
idées de persécution,
VL, S... Agé de quarante-six ans, se montrait dès son enfance scrupulettx et méticuleux dans ses actes. Il était lent à faire toutes choses^ les répétait quelquefois, ne croyait jamais avoir assez bien fait.
Al douze ans, au collège, le directeur eut Tidée de faire défiler tous
308 DE L'ONOMATOMANIE
les élèves devant le corps d'un camarade qui venait de mourir. Cette cérémonie l'impressionne beaucoup et à partir de ce moment, il devient plus Iriste, plus pointilleux, répète quinze, vingt fois ses prières, ne croyant jamais les avoir suffisamment bien faites; le soir, il inspecte la maison avant de se coucher par crainte du feu, ouvre plusieurs fois les portes pour s*assurer que le feu n*a pas pris au grenier ou ailleurs. Il se préoccupe de sa santé; deux ou trois heures après des repas très suffisants, il se sent faible, l'estomac vide, craint de tomber en défaillance et s'empresse de manger.
En 1870, il reste sous les drapeaux pendant toute la durée de la guerre, comme simple soldat, et ce nouveau genre de vie lui est des plus favorables; à la fin de la campagne il était presque affranchi de ses doutes, de ses scrupules, de ses hésitations, de ses répétitions; mais rentré chez lui, il reprend son existence désœuvrée et tous ces syndromes ne tardent pas à revenir et môme à s'aggraver.
Il se montre très occupé et, ainsi que nous le disait notre distingué confrère le D' Edouard Labbé qui lui donnait des soins, il tombe dans une profonde tristesse à propos de tout ce qui rappelle... ce qui succède à la vie.
Il s*angoisse, en effet, dès qu'un mot triste tel que cercueil^ enter' rement, noir, et surtout mort se trouve dans ses lectures ou est prononcé dans une conversation ou même qu'il se présente à son esprit. Il redoute un malheur et si, à ce moment, il pense à un parent, à un ami, il s'imagine, qu'il leur arrivera un accident, qu'il sera cause de leur mort. II fait alors tous ses elTorts pour chasser le mot de son esprit, il marmotte une série de mots insignifiants : histo, histoire, historien; nost, nostal, nostalgie, etc., et ne se calme qu'après la disparition du mot compromeltaot.
La crainte de ce mot pèse sur tous ses actes. II n'ose jamais changer d'habits redoutant un mot compromettant pendant qu'il endosse les vêtements neufs, et c'est ainsi qu'il conserve une partie de l'hiver les vêtements d'été et en été les vêtements d'hiver. Si après avoir mis un nouveau costume, il entend un mot compromettant, ou s'il aperçoit un enterrement, ou une lettre, une carte bordée de noir, il se débarrasse rapidement de ses habits que le mot ou la chose triste ont rendus» pense-t-il, dangereux et ne les remet jamais plus.
Léchant du coq, l'aboiement du chien, s'ils coïncident avec un mot compromettant, causent une vive angoisse, ou bien, au contraire, amènent le calme s'ils surprennent le malade avec une pensée agréable.
La moindre action devient impossible et insupportable pour le patient, il est poussé à la répéter jusqu'à ce qu'il puisse la faire sur une bonne pensée et il arrive à ne plus pouvoir l'accomplir qu'après épuisement, après une lutte terrible. Il ne peut presque plusse lever tout seul ; il est parfois des heures entières à mettre sa chemise, ses
DE L'ONOMATOMANIE 30»
Bouliers. Si au moment de passer une porte, un mot compromettant survient, il revient un très grand nombre de fois en arrière jusqu'à ce qu'une pensée indifTérente ou plus gnie lui permette de la franchir sans conséquences funestes. En parlant, il en est de môme, il s'interrompt parfois dans le cours de la conversation et souvent marmotte promptement quelques mots pour effacer l'image tonale pénible et reprend la conversation inten*onipue.
Depuis quelque temps il a la crainte du toucher et pour éviter le contact des pièces de monnaie, il charge son domestique de régler toutes ses dépenses. Il reconnaît que tous ses actes sont ridiculoS; il les déplore mais ne continue pas moins à les accomplir.
Depuis longtemps il a cessé d'écrire, de lire, il fuit la société, ne trouve du plaisir qu*à la chasse qui lui permet d'errer seul dans la campagne ou au fond des bois et éviter ainsi, dit-il, les occasions de se tourmenter. Du reste^ à diverses reprises, il a cru que les gens prononçaient intentionnellement des mots compromettants, et il a parfois manifesté une vive colère et même des menaces.
La folie du doute se développe dès l'âge de douze ans chez ce malade, et c'est à vingt-six ans que ronomatomanie intervient avec la crainte obsédante du mot compromettajit. Il cherche d'abord le moyen de s'en affranchir et pour débarrasser son esprit du mot funeste, il répète des séries de syllabes et de mots. Beaucoup de dégénérés syndromiques cherchent à combattre les obsessions par des moyens analogues et Legrand du Saulle, parmi les nombreuses observations réunies dans son mémoire sur la folie du doute avec délire du toucher, signale des malades qui s'affranchissent de Tobsession tantôt en récitant des pages entières d'un auteur favori, tantôt en chantant la Marseillaise ou des chansons de Béranger.
Observation XIX. — Dégénérescence mentale : Dès F âge de quinze ans, délire du toucher, puis crainte du mot compromettant : précautions infinies pour conjurer F influence néfaste de certains objets, de certaines images^ de certaines inscriptions. Doute.
M"* D..., âgée de trente-trois ans, est en proie, depuis Tâge de
<|Qinze ans, à la crointe obsédante du toucher. Elle ne touche les
boutons de porte qu^après s'être enveloppé la main avec un pan de
W robe; elle ne peut toucher les pièces de monnaie; elle essuie
un grand nombre de fois son verre, son couvert, chaque assiette.
BH DE L'ONOMATOMANIE
Plus tard, aile n'esl pas seulement angoissàe par le conUel, mais 1* simple vue de cerUiuB objets, de t^cux, par exemple, qui serveot lUX pompes funèbi'os, 1p i-erciieil, les voitures de deuil, les tentures noire» et aussi lee employés et surtout les ci-oque- morts. Dès qu'elle upervoil ud enleiTemcnt, elle renlie chez elle el se livre à de nombreux, lavages de lout le corps.
Plue lard, BU délire du touL-hcr s'ajoute une autre préoccupatiou, c'est la crainte que la vue d'une image à caraclére péoitile, que le récit ou la leolure d'un événement fatal, ou même un mot rappelant des choses tristes, ne portent malheur aux autres ou à elle-même, et pour se débarrasser de cette maléilque souillure, non seulement elle se lave, mais encore elle abandonne les vâlements el le ling« povidi i ce moment.
Si elle i-emeltait cette robe, dit-elle, elle éprouverait un malaise extràme, comme un frisson des pieds ii la I6le, une barro à l'estomac, des sufTouations 1 et lorsque, dans tes cas analogues, elle veut 1 passer outre, ces malaises dcvioiinenl lellemenl pénibles qu'elle ne peul s'empêcher de songer à la mort el qu'elle a mâme pensé pour se délivrer à se précipiter par la fenêtre.
I Tenez, Monsieur, ajoute-t-elle, cotte robe que vous me voyex a élé achetée ce matin et je porte, dessous, une chemise de laine achetée égiilemeat ce matin: j'ai dd me défaire de tout le reste. En passant hier, à la barrière du Trûne, en voilure, j'ai eu le malheur de jeter les yeux sur une baraque surmontée de l'enseigne ■ les crimes célèbres >, j'ai été prise d'une vive inquiétude, et rentrée chez moi, je me suis dépouillée de lout ce que je porlois et je me suis livrée &des lavage»^— ^ enns lin. Assurément, c'est insensé, ça ae signilîe lien, ma conduite^^S est ridicule, mais je soulTrirnis trop .si je conservais ces vi^tements. ^
M*"" D... a souvent du doute, recommence fréquemment tes mêma^^^ actes; chez les marchands, elle craint toujours de ne pas donner o»^^^ qui est dû; quand on lui rend la monnaie qu'elle louche avec da^0~9. gants seulement, elle compte plusiours fois, pour s'assurer qu'on n^^^* lui a pas rendu plus qu'il ne fallait.
Des scrupules el des craintes s'éveillent i propos d'idées parfoit-^ "• bizarres; après In visite d'un ami, pendant qu'il descend, elle se dit ^4 ,
s'il se cassait la jambe dans l'escalier, peut-être m'nrrivorait-il quel ~
que chose d'heureux; et aussitôt elle so reproche celle pensée, re^ — — ' doute du porter malheur, fait dos prières, répèle plusieurs fois le— i "* mêmes actes pour conjurer l'accident.
A propos des objets a l'inHuence funeste, une sorte de eonlamin^w-~ tien s'étend parfois, non seulement aux choses en contact avec l'objeKj mais même à tout ce qui l'environne. On remet un Jourâ M*"' D... d<r^ enveloppes pliées dans un journal illustré représentant la chambir^ oooupée par les victimes de l'assasain Pranzini ; elle ne peut plus toucher à ces enveloppes ni à aucun objet placé dans le même secré-