‹ Recherches sur les centres nerveuxChapitre 38 sur 93 · IV. — Mots paésBRVATBims · texte numérisé non relu

IV. — Mots paésBRVATBims

Nous venons de voir que sous l'influence du mot compromettant, les onomatomanes finissent par s'efforcer de ne plus penser, évitant de parler, d'écrire, de lire, de rega^ der, s'éloignent dès qu'ils entendent causer, se confinent chez eux ou, s'ils sortent, ils s'empressent, quand ils le peuvent, de se retirer dans des lieux écartés, loin de toute habitation. Malgré ces nombreuses précautions, le mot compromeltant intervient encore et ils recourent pour le conjurer à des moyens variés et fatigants; signes de croix, abandon des vêtements, changement de domicile, etc.

Avec le mot préservateur, ces malheureux déséquilibrés ont momentanément un répit, mais souvent, ils trouvent encore moyen de s*inquiéter et de s'angoisser par Tobliga* tion de répéter un grand nombre de fois soit le mot, soit le mot accompagné d'un mouvement plus ou moins fatigant* qui paraît lui donner plus de force. Ils finissent par être tellement obsédés par Tidée de se protéger ou de protégef les autres que la vie se passe à répéter puérilement les fo^ mules ou les mots préservateurs. Les uns emploient un mot insignifiant auquel ils attribuent une influence préservatrice ; d'autres mettent à contribution des expressions à ca*

DE L'ONOMATOMANIE 319

Mctère favorable; d'autres recourent à une sorte d'oraison .^culatoire (Bonne sainte, protégez-moi. — Jésus souffrant, agonisant, mourant, expirant!) ou de formule cabalistique : - bière, linceul, tombeau); d'autres, enfin, à un ■lot pénible ou funeste, opposent un mot agréable ou préier\'ateur : au mot malheur, par exemple, ils s'empressent de substituer bonheur; à erreur, vérité. Nous verrons encore une malade se hâter anxieusement de substituer le ■igné graphique mouton ou bœuf à celui de chien qui t'épouvante ou bien l'image réelle du bœuf à celle du chien; Vangoisse ne cesse qu'après cette superposition d'images dans le centre cortical correspondant, la seconde efface l'influence pénible de la première.

Une autre malade est dans l'obligation en terminant un ouvrage de le sceller, en quelque sorte, par un mot (ours, aerpent) sans relation aucune avec le travail accompli, c'est une sorte de moyen mnémotechnique, une affirmation qui Mssure; sans le mot, tout repos est impossible et le malaise devient si grand qu'il faut finir par prononcer ce mot.

Toutes ces bizarreries, même les plus étranges, sont 'appréciées à leur juste valeur par le malade, tout à fait 'Conscient de l'absurdité de ses actes; mais l'obsession est là, pressante, impérieuse, tyrannique, et le patient, honteux, ■désolé, mais angoissé, est forcé d'obéir.

Obskuvation XXIV. — Dégénérescence mentale. Accès mélancolique, Ononiitomanie, formule préservatrice. Crainte du toacber; doute; erithmomanic.

L... (Berthe), Agée de quarante et un ans, entre à Sainle-Anae le 16 décembre t891. La mère très nerveuse avait sans motifs sérieux des accès de désespoir dans lesquels elle se roulait fi terre en pleurant i le père est mort hémiplégique. L... a eu une dcvro (ypholde i dix ans et depuis cette époque, elle a préscuté fa diverses reprises de courtes périodes de Irislcsse, jusqu'à vingt-deux ans. A celte 6{toque, elle a ële prise d'un véritable accès mélancolique avec pré-

^H frooupations hypouhondriaques et tendances a

^^h Puia ee sout montrés plusieui's syndr-omes épisodiques, l'onoma-

DE L'ONOMATOMANIE

' certaiQB mois pour éviter tait forcée de dire * mnlDs I cruciQê. dil-elle; quand

tomiaie avec l'idée obsédante d un malheur. En se lavant les m divines ■ en souvenir des mains du div elle mettait ses bns eile devait répéter " également du Chrisl, et en ee coifiaul, elle devait dire : ■ divins taie couronnée d'épines > ; ces souvenirs pieux ainsi espriniéB, devaient la préserver, elle et les siens, d'un malheur prochsin; • Jésus sourTraat. agonisant, mourant, expirant >. elle se seul, malgré elle, poussée ii dire ces mots; il le faut, dit-elle; si elle résiste, elle est énervée, anxieuse, elle a l'estomac contracté, la gorge serrée, elle voudrai! parfois ne plus les dire, mais elle est Toroée de le faire. Tantôt elle prononce ces mots à haule voix, d'aulres fois, elle remue simplement la langue, muia sans émettre do son. enfin parfois elle voudrait se conlenler d'avoir ces phrases présentes à son esprit, mais cela ne sufOl pas, il faut qu'elle les prononce, alors seulemeol elle sa seul rassurée et soulagée.

D'autres syndromes épisodiques, la folie du doute, l'arithmomanie, les craintes du loucher, tourmentent la malade tanidt simultanément, d'autres fois à des iulervallea éloigués.

Cette malade avail adopté ces formules jaculatoires en rapport avec ses sentiments religieux; toutefois, elle afûnne nettement que ces phrases se sont présentées spontaoémenl à son esprit sans qu'elle ait eu à les cbei'cher. Elle ne comprend rien à ces préoccupations étranges et elle a parfaitement conscience du caractère maladif de ces obsessions el de ces impulsions.

Observation XXV. — Dégénérescence menlalc. Folie du doute. Ointmatomenie: mots pvéservaleuvs. laflaence funeste des croix.

H... (Marie), Agée de vingt el un ans, enlre à l'asile Sainte-Anne It S3 octobre 18S8. Son p^re s'adonne à l'ivrognerie et une de tti sœura, émotive, a présenté au huitième mois d'une grossesse, une allaque d'éclampsie. Dans sou enfance, Marie esl intelligente, a uoe excellente mémoire, fait des progrés à l'école, mais elle ne comprend rien au calcul el tandis qu'elle est une des premières pour l'orthographe, l'histoire, lo géographie, etc., elle est la plua faitil) en arithmétique. A quinze ans, à l'apparition des régies, elle devint irritable, pleure ou rit sans motifs, a des cauchemars la nuit, se réveille parfois en poussant des cris.

A dis-sepi ans, elle est prise de doute, le soir, avant de se coucher. elle inspecte tes portos, pour s'assurer qu'elles sont bien ferDién< fait tourner les clefs dix, quinze fois et se rassure senteniMt lot^

DK L-ONOMATOMANIE Ml

B mère couBenl à venir elle-mâme visiter la porte et toucher la Mi-rure.

Plus lard, elle est obsdilée par l'idée qu'elle doil accomplir plusieurs fois (leitaios actes, ou répéter certains tnols préscrviilcurs pour éviter qu'une muladie grava ne vienne frapper l'un de ses parents. Elle se croit obligi^e de répéter plusieurs fois < M. Nicolas • pour éviter la maladie. Pourquoi ? Elle n'en amt rieo, mnis elîe doit le répéter et, lorsqu'elle résiste, elle esl prise de palpilatiotts, son Tisoge s'empourpre, son oalomao so serre, elle éprouve un très grand malaiNe, elle s'angoisse, se hAte alors do dire plusieurs fois le mot el elle ae sent soulagée. De même, elle a parfois la crainte des Toleura et c est en répétant plusieurs fois « M. Gaquet ■ qu'elle se flént protégée, elle et les siens.

Dès qu'elle aperçoit des couteaux ou des fourchettes eu croix, elle esl vivOiiiBot émue et s'empresse de les déplacer par crainte de la maladie. Dans la rue, elle fail granile attention sur les trottoirs à ne pas poser le pied perpendiculairemenl en croix sur la ligne de juxtaposition de deux dalles. Si elle aperçoit des brins de paille ou des morceaux de bois entre-croisés, elle prend mille prélexles pour s'approcher de ces objets et les déplacer ; si parfois elle a le eoursge de passer outre, elle est forcée, au bout d'un ioâtaol, de rebrousser chemin pour retrouver les pailles croisées et les déplacer; elle met à ces recherches une telle atienlion, qu'elle ne prend garde à rien et qu'aile a failli plusieurs fois Être reovei-sée par des voitures.

La déséquilibralion mentale de celle dégénérée s'est révélée dès l'enfance par l'inégalîté de ses aptitudes : très bonne élève pour les études littéraires, elle ne comprenait absolument rien en arithmétique. Plus tard, interviennent le dûiile et l'onomatomaiiie. Ici, c'est un nom propre, indifférent par lui-même, qui s'impose tyranniquement comme agent préservateur.

hsRRVATioN XXVI. — Dijgéaérescence formules préscrvairi

5... (Mbertiiie), âgée de seize ans, ontn I 4t juillet litHa. Sa ^Tand'oière pnlerm I mersion el sa lanli.-, i<i IDIe de celte dem [ tfiè père est uq débile. I.h

,. est allée s l'école, i F ^no lire et écrire.

)ntale. OnomaComanie ;

tre â l'asile Sainte-Anne !e ille s'est suicidée par sub-

ere, s'est égiilemeul noyée, d'une faible inielligence.

elle apprenait ditliollemest et elle sait à

DE J:4'0N01IAT0MAN1E.

...Depuis un an, on «'aperçoit qa^elle touche pluneuni fois le mèniB olget en prononçant quelques paroles à voix basse; panois mênne^ on ia voit s'éloigner ou se retirer dans un ooîn et prononeêr rapidement plusieurs mots. Éne raconte que le plus spnyeiit, elle est forcée de dire • Non, je n*obéirv pas' au diabïe i\ on bien n Bonne sainte, protégez-moi ». Ces mots, qu'elle accompagne habituellement d'un mouvement en cercle de la main, .ont pour vertq^ pense-t-, çlle^ d'éviter dés malheurs et de chasser le démon. Quand elle les a prononcés, sa physionomie exprime le contentement, elle se sent soulagée. Lorsqu'elle résiste, qu'elle lutte, qu'elle a*ose pas prononcer ces mots devant des personnes étrangères, elle éprouve on très. grand malaise et elle finit par être forcée de le dire à voix basse.

Elle est aussi parfois poussée à toucher les objets, et elle accompagne ce contact d'une de ses phrases habituelles, c'est également pour conjurer le mal. Elle ne se rebd pas bien compte de oe que peuvent faire ces contacts, mais elle ne peut pas, dil-elle, agir a»; trament.

' Uéloignèment de la famille, Tinfluence d'un entourage êxj^érimènté et Thydrothéràpie ont, au bout de trois moi^ fait disparaitre œs. obsessions.

Nous avons trouvé des formules analogues ches un malade que nous venons de voir récemment. C . . . , Honoré, âgé de trente ans, issu de parents très nerveux, est fort ému par Tanniversaire d'événements dramatiques ; le 27 juillet, depuis la catastrophe du chemin de fer de Saint- Mandé et Texécation des assassins Borland et Doré, esl devenu une date funeste qui lui fait craindre soit un accident, soit un assassinat, soit un suicide, et il s'empresse de conjurer ce futur malheur par une oraison jaculatoire: € Sainte Marie, accordez-moi la grâce d'une bonne mort! » c Saints anges, protégez-nous! » Il en est de même lorsqu'il passe devant une maison où s'est accompU un crime. Obsédé par ces idées tristes, il est obligé de répéter plusieurs fois ces phrases préservatrices.

Le chiffre 13 l'impressionne, de même que les combi-» naisons qui rappellent le nombre 13. Ainsi, il paye 27 sou^ un objet qu'il achète dans un magasin, aussitôt il lui Vient i

DE L*ONOMATOMANIE â^

l'esprit qu'avec le chiffre 13 U arriverait à 40, ou bien encore que 2 et 7 font 9 multiple de 3, également nombre compromettant, c Tout cela est fort extravagant, dit-il, mais n*en procure pas moins du souci. >

Chez la malade suivante, le mot pénible est tellement désagréable que, aussitôt entendu, elle lance le mot préservateur pour conjurer rinfluence funeste du premier.

Observation XXVII. — Dégénérescence mentale. Onomattomanie: mots compromettants et mois préservateurs. Aritbmomanie. Crainte du toucher. Doute,

M"** X... (Adèle), âgée de soixante ans, fille d*un père fort intelligent, mais déséquilibré, est en proie, depuis un gr^nd nonil^re d^années, à des syndromes épisodiques multiples. Eile a actuellement, surtout, la crainte du mot exprimant une idée de tristesse qui pourrait, peuse-t-elle, porter malheur. Aussitôt qu'elle entend le mot compromettant, elle prononce comme correctif le mot à sens contraire, parf<>is elle se borne simplement à protester contre remploi du mot. C'est ainsi que si on lui propose d*aller à TOpëra entendra Robert le Diable^ elle répond : oui, Robert! Si elle entend prononcer \e moi nuisible^ elle réplique immédiatement ud'/e; no/'r. elle dit bleu ; malheur y elle àii ^yonheur, et comme elle attribue une influence néfaste à vendredi, elle répond immédiatement samedi ou dimanche. Le mois d^avril ayant commencé un vendredi, elle n'n pas voulu, malgré quelques journées de fortes chaleurs, changer les vêtements d'hiver contre des vêtements plus légers, le mois ayant mal commencé, un changement de toilette aurait pu être nuisible. Elle re*doate les nombres 3 et 13 ; le 13 de chaque mois, elle reste silencieuse, se tient à l'écart, ne rit pas, ne commence aucun travail.

Dès qu'elle aperçoit 3 bougies allumées, elle en éteint une ; si elle entend énoncer le chiffre 13, elle s^empressc de dire 14. Elle a également la crainte du toucher : elle ne porte la main aux boutons de porte qu'en la protégeant avec le pan de la robe; elle a peur des débris de verre, des verres ou des carafes ébréchés.

Elle a du doute, elle ferme elle-même ses armoires, s'assure plusieurs fois de leur fermeture et donne de petits coups sur la serrure. Elle craint de perdre ou qu'on ne lui vole des papiers insignifiants qu'elle collectionne, elle les met sous clef, ou bien elle les prend sur elle, dans ses poches, dans ses bas, suspendus en paquets sous sa i*obe ; elle se retourne fréquemaient pour s^assurer qu'elle n'a rien laissé tomber.

Elle s'arrête quelquefois, ou recule de deux ou trois pas avant

9S4 DE L'ONOMATOMANIE

de franchir une porte; elle hésite avant de s'asseoir, de prendre un objel ; quelquefois ses lèvres remuent et elle prononce quelque paroles à voix très basse, mais elle ne veut dunuer aucun renseignement; • Ce n*est rien •>, dit-elle.

Cette malade a été fort longtemps abandonnée à elle-môme, donnant pleine satisfaction à toutes ses idées obsédantes; dans sa famille, on fermait les yeux sur ce qu'on appelait ses petites manies, et elle était libre d'agir comme elle Tentendait. Elle suivait une très mauvaise hygiène» elle mangeait mal et ne dormait presque plus. Il a été fort difficile de régulariser un peu son existence et d'obtenir quelques eCTorts de sa part pour se débarrasser des dispositions maladives les plus pénibles.

Observation XXVIII. — Dégénérescence mentale. Crainte de la foudre. Folie du doute. Arithmomanie. Onomatomanie,

M. M..., dont lu mère est nerveuse et très impressionnable et le père méticuleux et émotif, a deux frères plus âgés que lui, Tatné est affecté d*un tic de la face, le second vient d^ôtre frappé d*un accès mélancolique avec hallucinations, préoccupations hypochondriaques et idées de persécution. M. M... s^est adonné à Tonanisme dans son enfance et, à quatorze ans, il a commencé à subir Tinfluence de quelques phénomènes obsédants et impulsifs.

« Une nuit, dit-il dans une note qu'il a rédigée, je me vis dans un lève frappé par la foudre: jo me réveille en sursaut très émotienne et, à partir de ce moment, je suis très effrayé quand éclate un orage ; c'est dans cet clat d'esprit que j'ai fait le premier acte insensé. Me souvenant, sans doute, des miracles du Christ qui par l'apposition des mains ressuscite les morts, multiplie les pains, etc., j^ai pensé qu'avant de me coucher, l'apposition de mes mains sur les pantoufles et plus tard sur d'autres objets pouvait me préserver do la foudre. Je me contentai d'abord de quelques attouchements, mais je me vis bientôt obligé de répéter l'acte un' très grand nombre do fois et j'en vins U employer des nuits entières à ce manè^^e. Plus je m^y adonnais, plus il m'était impossible de ne pas m'y livrer. Je n'en disais rien c^'pendant, j'aurais eu honte d'avouer de telles idées, et je ne me plaignais que d'insomnie.

« Puis, mon esprit a été envahi par l'idée de la fatalité du nombre treize ; j'évitais de mettre 13 mots dans une phrase écrite et sou^ vent, il m*arrivait de compter les mots de phrases parlées. Vous pensez quel travail tout cela me donnait et combien cela devait me

DE L'ONOMATOMANIt;

) et utiles. Enfin, rnliguè et voyant

dJIoDrner des choses aér que la reisoD était impuîg à lutter ''Oitli'c cee idéi s Toiles pnr des idées nussi ahsiir<li.'R. J'avisais de mo servi'r du nombie 13 lui-même ctomme engin do combst. Et parlanl en nioi-;nSme comme si le monde m'était soumis : si je fiiis d'ici demain un seul acte supeiptilieux, me dis-je en moi-mSme, un soir que jrt me promenais, qne toutes ces étoiles que je vois soient 13. Et en m?me temps je m'imnginois au-dossua île ma tOle tous les astres cheof^és en nombre i'i, compoeés d'une infinilé de molécules ayant pour essence le nombre 13. Je ne eomprcnais pas bien ce que pouvait vouloir dire une éloUe treiie, mais j'avais une telle horreur du nombre 13 que je ne Ils pns d'actes absurdes jusqu'au lendemain. Le prooédé ayant léussi, j'en usai tellement qu'il ne réussit plus à ht longue. J'en inventais un autre semblable et je dis en moi-m^me que ■• Dieu soit treize >, si je fii^ un seul acte superstitieux d'ici demain.

" Imaginer Dieu treize n'était pas plus abnurde que d'imaginer les étoiles du ciel ayant pour essence le nombre 13. El puis absurde ou non, je ne raisonnais plus. Cette idée da Dieu Treize m'efTrayait et cela Bufill pour m'empécher quelque temps de me livrer h des actes

Parfoia le mot erreur s'installe dan» son esprit sans qu'il puisse s'en débarrasser, il s'imagine que toutes ses idées vont devenir des erreurs, qu'il va âtre obligé de douter de tout, de la réalité mâme des personnes ou des choses qui l'enloupent; il éprouve dans ces conditions un mnl.tlse qui vu grandissant et contre lequel il invoque un autre mot, vérité, qui combat l'inlluence du premier. Souvent il ajoute treize au mot dont la signiUcalion devient ainsi plus énergique: mais peu à peu, ce mot protecteur ou préservateur, par sa répétilion Irop fréquente, devient à son leur une cause de poucis et de fatigue.

Parfois encore, M. M... adopte une aorte de formule cabalistique composée du mol btèi'et linceul, tombeav, expressions auxquolleB, noua l'avonn vu, les autres midndes attribuent habiluellcment une influence maléfique, mais qui, pour lui, au contraire, devient un moyen de défense, de prolection ou de préservation pour conjurer les divers malheurs. Il prononce ces mots tout bas, au fond du gosier, il contracte on même temps le frontal et l'occipilnl et tend fortement le cuir chevelu. Cette contraction énergique fréquemment répétée n'est pas, â son tour, sans douleur. Toutefois quand l'angoisse est trop violenle, cette formule même avec les contractions devient une délivrance.

^ Ce malade dont l'un de nous a déjà eu l'occasion de H||pccuper à propos de rinllticnce mhibitoire de la formule

m DR L'ONOMATOMANIB

ï}im treize dur les fonctions sexuelles, est fort inteUigent et se rend entièrement compte des phénomènes étranges qu'il éprouve-

' Il a pu obtenir une longue rémission à la suite de Féloignëment dé le^ famille et d'un traitement hydrothérapique; il a pu reprendre ses études de peinture pour lesquelles il a beaucoup de dispositions. •

Obsbuvatiox XXIX. — Dégéaéreseênce meniale. Aoeè6 mélêneoltqae; " Onomatomâaie ; obseasion du mot groaaier; néceaaiîé de aaper^ '- poser à Une image et à aa mot inquiétants^ une image eê uamot • protecteurs.

Uoe^ dégénérée do vingt-neaf ans, Marie D..., entrée à Tasile Sainte-Anne :1e 16 juillet 1889, à la enile d'an aoeès mélaneolique avec tendancea au suicide, présentait depnia plusieurs années î'ob- BeasioQ du mot grossier et riropulsion à le répéter. Pendant aat prière8,']deB injures adressées a Dieu survenaient brusquement dans son esprit et s'échappaient, malgré elle, de ses lèvres. Plus tarJ, Is préoccnpalion. du mot prend un autre caractère» - Un jour, voyant pnsser un chien, le désir de copulation avec cet animal s^mpare de son esprit; honteuse, trèsémne, elle se reproche vivement de pareilles pensées, mais i*idée venue persiste et ne disparaît que lorsqu^ello a pu voir un autre animal, un cheval, dont rimege superposée à la première semble refTacer. A partir de ce moment, si, dans ses lectures, se trouve le mot chien, elle est prise d'angoisse jusqu'à ce qu'elle ait pu lire le nom d'un auti*e animal, bœaft cheval, mouton, etc.; elle a, du reste, la précaution de tenir près d'elle un dictionnaire qui lui permet de trouver promptement le mot qui la préserve de son idée extravagante. Quand elle a pu superposer celte seconde image graphique (cheval ou mouton) à la première {chien), elle se sent soulagée et se calme immédiatement.

Observation XXX. — Dégénérescence mentale. Accès mélancolique. Onomatomanie : mots employés comme moyen mnémotechnique > Doute.

Chez une dégénérée syndromique de trente-deux ans, W..., femnie ^f..., entrée le SI mars 1890 à l'asile Sainte-Anne, avec de la dépression m<'lancolique, ronomatomanie s'était traduite d'abord par li recherche angoissante du mot, puis nous avons vu le mot intervenir comme constatation concluante à\m acte accompli. Cette femme, ménagère laborieuse, éprouvait le besoin d'ôlre rassurée sur l'acconiplisSement de sa tâche. Dès qu'elle avait achevé de fairo le lit, elle

DE L'ONOMATOMANIÈ 827

prononçait un mot, 1c mot serpent par exemple ; cette formalité remplie, elle se sentait tranquille, parce qu'elle était sûre que Touvrage était fait. La vaisselle lavée, elle disait ours et ainsi de suite pour chaque espèce de travail. Elle exigeait que sa Bile fût présente au moment où elle prononçait le tnot, pour témoigner d*abord que tout était fait et aussi pour pouvoir lui rappeler le mot dans le cas où eelui-ci viendrait pendant la journée à s'éfTacer de sa mémoire. Lorsqu'elle essaye de ne pas sceller ainsi chficiin de ses actes par un mot, ce qu'elle trouve elle-même fort ridicule, elle devient inquiète, s^imagine que le travail est mal fait, elle épi*ouve des palpitations, ne péiit pas se mettre à table pour prendre son repas, et, si c*est le soir, il lai est impossible de se coucher, sans être assurée, par un mot, de la iionne exécution de chaque détail du ménage; le mot prononcé, le calme revient, et elle se met au lit répétant avec la plus vive satifaction le mot qui la rassure.

Page 1