I. — Obsession et impulsion morbides a l'homicide
' De même que l'onomatomane obsédé par le mot grossier qui veut s'échapper, s'efforce anxieusement d'arrêter la décharge, de même l'obsédé homicide, épouvanté par l'idée terrible qui le pousse à tuer, et souvent même la personne la plus chère, résiste, lutte en désespéré, et arrive à un tel degré d'angoisse douloureuse que l'acte, quelque horrible qu'il soit, est accompli avec une indomptable énergie et est suivi d'une bienfaisante détenté.
Dans quelques circonstances, la décharge du centre moteur d'articulation se produit brusquement chez l'ono-
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matomane, sans qu'il ait eu à lutter ni à résister; de mdme chez quelques d^nérés honûoides, la décharge psychomotrice est subite, presque automatique, sans que le sujet ait le temps de réfléchir ou de lutter.
Une héréditaire dégénérée, ches laquelle j'ai eu à rdever de nombreux syndromes et ime déséquilibration cérébro* spinale des plus étendues, était poussée brusquement, sam nul motif, à porter un coup violent à la personne qui était près d'elle; très émue, et sachant que toute résistance était vaine, elle courait s*enfermer dans une chambre et n'apparaissait au milieu des siens qu'après la disparition de* l'impulsion.
Chez une autre héréditaire d^nérée, G.... Berihe, âgée de 88 ans, entrée à Tasile Sainte-Ânne le 17 juin 1886, l'impulsion à briser et à frapper était encore plus brusque ^ plus irrésistible. Tout à coup, au milieu du cahne le jdns complet, elle projetait à terre ou sur son entourage les dgetk qui se trouvaient à portée de sa main; un jour elle lance une bouteille à la tète d'une dame qui ne lui avait fait que du bien et pour laquelle elle éprouvait elle-môme la plus vive afTection; Tacte accompli, elle pleure, se lamente et supplie qu'on lui pardonne. Une autre fois, se promenant dans les champs, elle jette brusquement à terre sa filles âgée de 14 mois, qu'elle tenait dans ses bras; Tenfant tombe sur un peu de foin et n'est point blessée. Elle ne sait pourquoi elle agit ainsi, elle en est désolée et déplore ce quelle a fait; elle ne s'explique pas, dit-eUe, comment elle cherche à faire du mal aux personnes qu*elle aime. Parfois, la décharge n'est pas aussi soudaine et la malade peut réfléchir quelques instants, mais si elle essaie dans ces circonstances de résister, elle pâlit, elle éprouve un très grand malaise, des palpitations, un serrement à l'estomac; une fois le coup porté, elle s*en attriste, mais néanmoins elle se sent soulagée.
Ces cas d'impulsion homicide brusques, subits, sans nnlk
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délibération, sont rares (en dehors de Tépilepsie qui, d'ailleurs, n'est pas ici en cause). Le plus souvent, en pleine conscience^ l'obsédé homicide surpris, déconcerté, résiste de toute ses forces et, restant son propre confident, se rend parfois seul maître de son obsession ; d'autres fois, sa volonté n'est pas suffisante et il a recours aux conseils, à l'appui d'un parent, d'un ami, d'un étranger; enfin, parfois, une lutte intervient, plus ou moins longue, mais progressivement plus pénible, et l'impulsion n'est que le résultat de la douloureuse angoisse qui se produit et qui, coûte que coûte, aboutit à la décharge psycho-motrice.
Le siget, talonné par cette angoisse, met, dans quelques circonstances, à l'accomplissement du meurtre, toutes les ressources de son esprit, une ruse, une adresse qui, en dehors d'une préméditation évidente, donnent au crime les allures d'un acte volontaire. Tel est le cas, relaté par Marc, d*Henriette Cornier, travaillant d'abord à capter la confiance des parents de l'enfant qu'elle emmène ensuite chez elle pour lui trancher la tète.
Les obsédés qui résistent, luttent et préviennent leur entourage, sont assez nombreux. Tout le monde connaît le fait de la bonne de la famille de Humboldt, qui se jette aux pieds de sa maîtresse et la supplie de ne plus la laisser seule avec l'enfant qu'elle se sent poussée à éventrer dès qu'elle voit en la déshabillant, la blancheur de sa peau.
Morel rapporte le cas d'un homme de 40 ans qui, en rougissant et avec l'accent du désespoir, vint lui déclarer que « depuis deux nuits, il était obsédé de l'idée d'étrangler sa femme qui dormait à côté de lui ; il se relevait cent fois pour ne pas succomber à cette « tentation infernale », comme il l'appelait.
Un fabricant de moulures. P..., Gélestin, âgé de 38 ans, qui, dans un accès mélancolique, avait été placé à l'Asile Sainte-Ânne, avait, depuis huit ans, des idées d'homicide; tantôt il se sentait poussé à couper le cou d'un de ses ouvriers.
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d^àutres fois il était poussé à tuer ses enfants ; la vue d'un instrument tranchant suffisait à réveiller ces obsessions dont il ne pouvait se rendre maître. Parfois encore, parlant à quelqu'un, il avait Tidée de l'étrangler et s'empressait de baisser les yeux. Quelque temps avant l'accès mélanoo- Uque, l'impulsion homicide était devenue tellement pressante que pour ne pas succomber, après avoir remis à sa inère tons ses outils, tous ses instruments tranchants, fl s*enfuit, pour ne rencontrer personne, en pleine campagne, dans les lieux les plus solitaires, mangeant du pain et du fromage pour ne pas avoir besoin de couteau et ne buvant que de l'eau pour éviter toute nouvelle cause d'^excitation. Enfin, il avait fini par se faire attacher. Il avait, en outre, ce qui est fréquent chez de tels malades, des idées de suicide.
Un garçon de 12 ans, Jean B..., traité à l'Asile Sainte- Anne, avait, par moments, sans nul motif, l'idée obsédante de frapper ses camarades ; quand il parvenait à se retenir, il était forcé de s'éloigner et il frappait alors contre un mur ou contre un meuble, ou bien il adoptait un mode assez singulier de décharge : il marchait à quatre pattes et se sentait soulagé.
Désiré F..., âgé de 42 ans, entre à l'Asile Sainte-Anne après une tentative de suicide. Sa femme raconte que, depuis plusieurs années, brusquement, sans motifs, il casse des assiettes ou des verres ; il exprime aussitôt ses excuses en disant : t C'est la maladie; je ne puis pas éviter cela. » D'autres fois l'impulsion est plus dangereuse : il s'empare d'un couteau ou d'un bâton et s'élance vers sa fille aînée qui, très vigoureuse et très alerte, est parvenue jusqii'icià échapper à ses coups. Il aime beaucoup sa fille, se désole, et c'est sous le coup de ses regrets qu'il attente à sa vie.
Une dame était poussée à jeter par la fenêtre un de ses enfants qu'elle allaitait. Plus tard, poursuivie par l'idée obsédante de crever avec des ciseaux les yeux de ses enfants, elle frappait ou appelait quelqu'un lorsque, étant seule avec
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ses enfants, elle apercevait des ciseaux. Elle était poussée aussi à se jeter par la fenêtre, c Si Je le faisais, disait-elle, pour savoir comment ça ferait pouf? »
F..., femme R..., âgée de 23 ans, est, depuis cinq ans, poussée, à la vue d'un couteau, à frapper quelqu'un, et depuis quelques mois elle est, de temps à autre, obsédée par ridée de tuer une de ses voisines qu'elle aime beaucoup. Dans ses paroxysmes, elle lutte, résiste, s'angoisse; son visage s'injecte, sa physionomie s'altère, et un jour, sa voisine, prise de peur, s'enfuit sans même se douter du danger qu'elle courait. F... reste enfermée quarante- huit heures dans sa chambre pour ne pas succomber à l'impulsion; elle brûle ses couteaux, brise d'autres instruments tranchants, va se confesser et finit par faire une tentative de suicide pour échapper à l'obsession homicide. Elle est également parfois poussée à mordre; elle quitte un jour un omnibus pour ne pas mordre une femme placée à côté d'elle; arrivée à la maison, le besoin de décharge est tellement puissant qu'elle se mord profondément le bras et reconquiert aussitôt le calme.
Une femme de 30 ans, longtemps en proie à la crainte de la rage et à la crainte d'être assassinée, est vivement émue par le crime de Pranzini et, depuis lors, est poursuivie par ridée des trois cadavres à la gorge ouverte. Cette image vient à chaque instant à son esprit, et, peu à peu, elle est obsédée par l'idée de couper le cou à son mari et à son fils. Elle se débat, dit-elle, elle se raidit, s'insurge contre celte horreur qui devient bientôt plus pressante. Elle est prise alors d'une angoisse inexprimable, elle suffoque, son cou est serré comme par une main de fer, ses yeux se troublent, son cœur bat avec violence. Elle résiste encore, mais sa main qui parfois saisit, malgré elle, le couteau^ s'abat avec force et le brise sur un meuble. Il y a alors un soulagement, une détente.
Cm quelques exemples suffisent à donner une idée de
L'OBSSSSIOH
f obsession moii>ide homicide. Tous œs malades sont des héréditaires dégénérés à antécédents pour la plupart tris chargés; presque tous présentent également plusienn syndroiùes épisodiques, tantôt simultanément, tantAt saccessivementy mais on retrouve constanmient les mtaes caractères généraux. Ils ont conscienoe de Fobsession qd les pousse irrésistiblement à Timpulsion, et ce travail pathologique qui enlève aux centres supérieurs leur pouvoir modérateur s'accompagne d'une souffrance et d'one angoisse qui expliquent le sentiment de soulagement doot est suivi l'acte.