‹ Recherches sur les centres nerveuxChapitre 41 sur 93 · II. — Obsession morbide du vol ; klbptomanib ; klbptophobii · texte numérisé non relu

II. — Obsession morbide du vol ; klbptomanib ; klbptophobii

La vraie kleptomanie, c'est«A-dire Tobsession poussant îrrâsistiblement au vol avec la résistance, la lutte et rangoisse, et la détente consécutive à l'acte est un gyndrow peu fréquent.

~ Je rappellerai l'observation intéressante du jeune dégénéré C..., Albert, que nous avons eu roccasion d'examiner au précédent Congrès, lors de la discussion, à l'Asile Sainte- Anne, sur l'enfance des criminels. (Actes du deuxième Congrès international d'anthropologie criminelle. Paris, août 1889; p. 304.)

c Tout jeune, il s'est senti poussé à voler, il essayait de résister, mais il éprouvait de la tristesse et^ au contraire, de la satisfaction quand il avait saisi l'objet qu'il convoitait. Plus tard, vers 14 ans, l'impulsion devient irrésistible; iH conscience de ses vols, il lutte pour ne pas succomber, mais dès qu'il aperçoit des pièces de monnaie, l'idée de les prendre s'empare de son esprit, l'obsède, il ne peut plus penser à autre chose. Si la présence d'un témoin, si un obstacle quelconque l'empêche de réaliser le vol, il devient inquiet, anxieux, angoissé, il cesse tout travail, sa tête s'alourdit, il ne répond pas quand on lui parle et se retire

CRIMINELLE MORBIDE S4â

3hez lui. Lorsqu'au contraire il peut entrer en possession ie l'argent» qu'il l'a dans la main, il éprouve un grand ^oulagelnent. Bientôt après survient le remords. Il ne garde pas cô qu'il a plris, il ne collectionne pas, contrairement à i'autres kleptomanes, les objets qu'il a volés; il s'en dessaisit assez rapidement, il achète des futilités qu'il distribue i ses camarades; parfois, honteux et attristé de son vol, il remet en place l'argent qu'il a volé. La kleptomanie n'est [)as le seul syndrome épisodique présenté par ce dégénéré, [a susceptibilité morbide de certains centres donne lieu à ies manifestations non moins intéressantes ».

Parfois l'obsession se spécialise, en quelque sorte, et le sujet s'empare d'objets déterminés : c'est, en effet, un médecin qui, pendant ses visites, ne peut s^empécher de soustraire la montre du client pendue au chevet du lit ou placée sur la table de nuit. C'est un ma^strat qui s'approprie les couverts soit du restaurant, soit de la maison où il est invité. La famille le surveille et, dès qu'il rentre, ses poches sont fouillées et l'objet dérobé est aussitôt restitué.

Chez quelques héréditaires dégénérées, la grossesse, Taccouchement, Tallaitement peuvent rompre l'équilibre et provoquer des appétits morbides, des envies^ qui poussent irrésistiblement au vol.

Une héréditaire dégénérée de 30 ans, pendant une grossesse, aperçoit chez des amis un plat d'écrevisses ; on lui en offre, elle refusé; au moment de sortir, elle saisit en cachette un de ces crustacés, y donne un coup de dent et le cache dans sa poche. Quelques jours après, elle entre chez un épicier et, pendant que celui-ci se retourne, elle saisit un hareng, le mord et le cache dans son panier. Elle ne voulait pas voler, dit-elle, mais si elle n'avait pas pu le prendre, elle eût été très malheureuse.

Une autre dégénérée, âgée de 28 ans, pendant une grossesse, passe devant un marchand de fleurs et aperçoit dans un petit vase un fraisier qui attire vivement son attention ;

elle y pense toute la nuit; le lendemain elle passe encore devant la boutique, le fraisier est là, elle ne peut pas résister, elle s'avance et le saisit; le marchand intervient, elle a la présence d'esprit, dit-elle, de dire qu'elle voulait Tacheter; elle paye et, à peine sortie, elle dévore la plante, les feuilles, les fleurs, les fruits et même les racines.

Parfois c*est à la suite de fatigues, de maladies chez les héréditaires dégénérés que se présente passagèrement l'obsession morbide du vol.

En dehors de ces kleptomanes à obsessions et impulsions irrésistibles que l'on n'observe guère que parmi les dégénérés supérieurs, les déséquilibrés, le médecin légiste est fréquemment appelé à donner son avis sur des vols commis par des débiles, des faibles d'esprit, des individus atteints de lésions circonscrites ou de lésions diffuses du cerveau. L'examen de ces différents cas, où les centres supérieurs affaiblis perdent, à des degrés divers, leur action modératrice et leur contrôle, nous donne toute la gamme de la résistance morale, depuis la lutte la plus active des premiers, jusqu'au naïf abandon que, dans sa souveraine imprévoyance, le paralytique général met à raccomplissement de l'acte.

Ces faits sont tellement nombreux, il en a été si souvent question, notamment à propos des vo7s à fùtalago, qu'il ne parait pas nécessaire d'y insister dans ce rapport.

Comme pour la plupart des syndromes épisodiques de la folie héréditaire des dégénérés, le désir obsédant du vol a, comme contre-partie, la crainte obsédante de voler ou d'avoir volé. De même, en effet, que les kleptomanes, les kleptophobes sont obsédés et impulsifs, mais obsédés par la crainte d'avoir volé et poussés irrésistiblement à s'assurer avec la plus grande minutie, et parfois même avec une inquiétude angoissante, qu'ils n'ont point sur eux l'objet supposé dérobé; ils renversent les poches, décousent les ourlets, ôtent successivement tous les vêtements, se frottent

mains, exarainenl toutes les parties du corps, etc.

Une dégénérée de 29 ans présentait, entre autres syn-

I drames, la crainte d'avoir volé. « Si, dans la rue, elle

I remarque un bijou soit à un étalage, soit sur un passant,

I çlle s'imagine l'avoir dérobé, elle croit même lavoir placé

" dans sa poche; elle se fouille, le cherche et se désole de ce

vol imaginaire. Il en est de raèrne quand elle sort d'un

apparlemenl après avoir regai'dé un objet, elle croit qu'elle

1 va le voler, ou bien elle craint de l'avoir volé (1). » Elle a

, conscience du caractère maladif de ces craintes, elle sait

r bien, au fond, dit-elle, qu'elle n'a pas volé, mais elle ne peut

[pas échapper k cette crainte.

fin.

- Obsession morbide du t-Ka; pyromanie; pvrophodib.

La pyromanie, l'idée obsédante du feu, suivie de l'impul-

I ^on à t'incendie avec la lutte et l'angoisse, et lo soulagement

consécutif à l'acte est, comme la kleptomanie, un syndrome

ez rare; mais j'ai eu toutefois, pour ma part, l'occasion f â'en observer quelques cas.

Un dégénéré de 55 ans, qui avait déjà été en proie à di- [ verses obsessions (vol, suicide, homicide), avait été égale- I ment obsédé par l'idée de mettre le feu. Un jour, sans nul I motif, il saisit lo chandelier et, malgré tous ses efforls pour I résister, il approche la llamme de plusieurs pièces de linge I suspendues dans la chambre et provoque ainsi un commen- [ cernent d'incendie. La vue des flammes amène une détente I et aussitôt il s'empresse d'aider à éleindre le feu.

Une femme de 44 ans, ayant eu l'idée de suicide, se sent I parfois poussée à mettre le feu chez elle; elle résiste avec I ôeine à cette impulsion, et elle i^st obligée de fuir la maison I {>our se débarrasser de l'obsession.

Un gapron de 12 ans met, sans nul motif, le feu ii la cave

(1) Maohan, Étude cliniquo sur les ÎRipulaions el les actes des aliénËa. F LvçoD r«ito è. l'Asile Sainte-Anae {Tribune mAHeale, mars 1881.)

OÙ se trouvent du bois et des cartons ; il avait, dit-il, longtemps résisté, mais c'était plus fort que lui ; il ne comprend pas, dit-il, pourquoi il a fait cette bêtise.

Le plus souvent les incendies sont allumés par des débiles ou des semi-imbéciles qui obéissent, sans grande lutte, à des perversions instinctives ou à des sentiments de haine ou de vengeance qu'éveillent les causes les plus futiles.

Un garçon de 7 ans avait placé du papier sous un lit et avait déjà enflammé les rideaux pour faire brûler sa mère qui Tavait grondé.

Une flUe de 9 ans, dont la mère était blanchisseuse, brûle le linge des clients parce que, dit-elle, sa mère lui faisait des misères.

J*ai connu un imbécile de 28 ans qui, à la suite de discussions sans importance, avait mis le feu à trois établissements hospitaliers où il avait été successivement placé.

Comme contraste, le pyrophobe est obsédé anxieusement par la crainte du feu.

Un magistrat avait, avec beaucoup d'autres syndromes, une véritable terreur du feu ; il passait des nuits sans sommeil errant dans sa maison d'un étage à l'autre, pour surveiller les cheminées où l'on avait fait du feu et les lieux où il avait jeté un bout de cigarette ou une allumette qu'il avait, d'ailleurs, bien soin d'éteindre longuement et minutieusement.

Un employé des finances avait une telle peur du feu qu'il passait ses hivers sans allumer une seule fois du feu, et, malgré cette précaution, il n'était pas rassuré et se relevait la nuit pour inspecter son appartement.

Une femme de 52 ans qui avait eu, à diverses reprises, des impulsions homicide et suicide, n'allumait jamais de feu à la cheminée et restait chez elle presque constamment dans l'obscurité par crainte d'incendie.

Page 1