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IV. — Obsessions morbides sexuelles

Les anomalies, les aberrations et les perversions sexuelles donnent lieu à des obsessions et des impulsions qui parfois se traduisent par des actes délictueux ou criminels. Nous allons, pour plus de facilité, les suivre dans chaque groupe d'anormaux sexuels (1).

l"" Les spinauxj réduits au réflexe simple, ont leur domaine limité à la moelle, au centre génito-spinal de Bûdge. Ce premier groupe ne fournit pas matière à la médecine légale ; qu'il s'agisse, en effet, de priapisme, d'orgasme génital ou, au contraire, de phénomènes inhibitoires, ces troubles se produisent en dehors de toute intervention cérébrale; le déséquilibré en a pleine conscience, il en souffre, mais ne se livre à aucun acte déraisonnable. Quant à Tidiot tout a fait inconscient, s'adonnant publiquement à l'onanismOy il exige simplement une surveillance plus active.

2* Chez les spinaux cérébro-postérieurs, le réflexe part de l'écorce cérébrale postérieure et aboutit à la moelle. La vue seule, l'image d'un sujet de sexe différent, quelles que soient ses qualités, qu'il soit beau ou laid, jeune ou vieux, provoque l'orgasme vénérien. C'est l'acte instinctif purement brutal.

€ Il suffit à M"* H... de voir un homme, jeune ou vieux, beau ou laid, élégant ou mal vêtu, peu importe, pour être prise d'un violent orgasme génital ; elle court aussitôt s'enfermer dans sa chambre, tire les rideaux de sa fenêtre et se tient blottie dans un coin, anxieuse, haletante, redoutant d'entendre le pas ou la voix d'un homme, qui suffiraient à augmenter son malaise. Elle ne dort pas la nuit, l'appétit est presque nul et elle devient insupportable et même dan-

(1) Magnan, Des anomalies, des aberrations et des perversions sexuelles. Communication faits à T Académie de médecine, le 13 janvier 1885 (Progrèê médical^ n«* 3, 4 et 5, janvier 1885.)

9fB. L'OBSESSION

gereuse pour son entourage. Sur les conseils d'une matrone bien intentionnée, elle a essayé d*une cure ab homine^ elle s'est livrée pendant un an à un individu pour qui elle n'éprouvait aucune affection, mais dont elle recherchait, dit^elle, les approches comme une médication utile. CSe mode de traitement n'a pas eu de meilleurs résultats que l'onanisme ; i'appétit sexuel est resté insatiable ; la vue de l'homme la mettait dans un état d'agitation extrême et finalement on a dû la faire entrer à Saint-Anne. »

. Le cas suivant, qui a donné lieu à de douloureuses sm^ prises, avait provoqué tout d'abord une instance en divorce, mais le mari, mieux avisé, a eu recours au médecin et ncm au magistrat.

Il s'agit d'une dame (héréditaire d^nérée) de 33 ans, mère de cinq enfants. Depuis dix ans, elle éprouve des besoins sexuels tellement impérieux par moments qu'elle cherche à les satisfaire avec le premier venu. Elle ose déclarer à sa mère et à ses frères qu'il lui faut des hommes, et qu'elle voudrait s'emparer de ceux qui passent près d'elle, t Ma nature de feu, dit-elle, me pousse à tout et m'a fait commettre bien des fautes. » Très attristée de cet état maladif, elle a fait plusieurs tentatives de suicide, mais dans l'intervalle, elle n'en cherche pas moins, dès qu'elle voit un homme, la satisfaction de ses appétits. Placée dans une maison de santé, elle est devenue plus calme, mais elle redoute de sortir.

A côté de ces déséquilibrés, nous trouvons encore de nombreux exemples d*imbéciles des deux sexes qui, sans le moindre dicernement, sans la moindre lutte intérieure, se livrent à la satisfaction de leurs appétits génitaux et réclament une intervention médico-légale.

3" Les spinaux cérébraux-antérieurs. Dans ce troisième groupe, le point du réflexe est dans Técorce cérébrale antérieure; c'est une influence psychique, comme dans l'état normal, qui intervient la première ; on retrouvé donc chez

ces dégénérés le mécanisme physiologique des fonctions sexuelles, mais avec des éléments faussés ou pervertis. A l'état normal, en effet, une idée, un sentiment, un penchant exercent, en dernière analyse, leur action sur la moelle, et amènent l'acte physiologique, indispensable à la conservation de Tespèce. Dans Tétai maladif, cette influence supérieure, ridée, le sentiment, le penchant sont pervertis, mais n'en mettent pas moins en jeu le centre génito^spinal, qui obéit aux aberrations les plus étranges.

Une femme de 29 ans, dont nous avons longuement rapporté l'histoire {Tribune médicale y mars 1891) avait pour un enfant de deux ans un penchant qui lui rendait, par moments, la vie insupportable, t Depuis huit ans, elle éprouve un besoin irrésistible de cohabiter avec un de ses neveux. Elle a cinq neveux dont l'aîné est âgé de 13 ans. C'est lui qui a été l'objet de ses premiers désirs ; sa vue la mettait dans un état d'excitation extrême, elle éprouvait des sensations voluptueuses qu'elle était impuissante à réprimer, qui s'accompagnaient de soupirs, d'inclinaisons de tète, de déviation des yeux, de rougeur de la face, quelquefois de spasmes et de sécrétions vaginales; elle se sentait poussée à le saisir et à l'approcher d'elle. Plus tard, quand il a grandi et à la naissance d'un second frère, c'est ce dernier qui est devenu l'objet de ses convoitises maladives, puis enfin le troisième, le quatrième et, actuellement, c'est le dernier venu âgé de trois ans dont son esprit est préoccupé. Elle se sent poussée à l'attirer près d'elle. »

Le sentiment peut, dans quelques circonstances, se rattacher à une profonde anomalie et avoir pour objectif le même sexe. C'est ce que Westphal appelle sens sexuel contraire et ce qu'avec M. Charcot nous avons désigné du nom cT inversion du sens génital.

Dans tous ces faits actuellement bien connus, ce qui domine, c'est ridée obsédante de l'homme pour l'homme, de la femme pour la femme; le point de départ est d'origine essen-

tiellement cérébrale ; c'est en quelque sorte le cerveau d'une femme dans le corps d'un homme et le cerveau d'un homme dans le corps d'une femme.

Mais la clinique nous ménage des anomalies encore plus étranges, puisque l'instinct sexuel peut prendre pour objectif le tablier blanc, la chemise blanche, le mouchoir de femme, les clous d'une semelle de soulier de femme, uûe natte de cheveux, etc. Tous ces objets deviennent pour le patient une amante adorée, et il faut absolument qu'il s'en empare.

Les magistrats, appréciant aujourd'hui à leur juste valeur les faits de ce genre, n'hésiteront plus à confier à un examen médical ces voleurs singuliers de mouchoirs, de chemises ou de tabliers blancs, les coupeurs de nattes, et aussi les exhibitionnistes. (Lasègue, Les exhibitionnistes (Union médicale, mai 1887). — Magnan, Ann. dliygiène^ 3* série, t. XXIV, 1890. — Motet, Les coupeurs de nattes (Ann. d'hygiène, t. XXIII, 1890).

Récemment nous avons eu l'occasion, M. Garnier et moi, de voir un garçon de 21 ans, qui se fit arrêter sur un banc, pendant que d'un coup de ciseaux, il détachait de son bras gauche un large fragment de peau. Interrogé sur les motifs de cette mutilation, il déclara que depuis plusieurs heures il était à la poursuite d'une jeune fille à la peau blanche el fine, avec Tardent désir de lui tailler au cou un lambeau de peau et de le manger. Dès l'Age de 6 ans, la vue d'une jeune fille ou d'un jeune garçon, à la peau fine et délicate, provoquait chez lui une certaine excitation génitale et le désir demordre et de manger un morceau de leur peau.

Il a toujours résisté à cette idée obsédante, et jamais iln» mordu la peau d'une jeune fille ; mais il a dû beaucoup lutte* et, pour ne pas succomber, il n'a pas hésité, dit-il, depuis huit mois, à tourner sa rage sur lui-même et à se couper Is peau; c'est au moment où il allait sauter sur une jeune fille qu'il a eu assez d'énergie pour interrompre sa poursuit

s'asseoir sur le banc où il a été arrêté et tourner les ciseaux contre lui-même. Un autre jour, son patron l'envoie faire une commission avec une ouvrière qu'il trouvait fort jolie, mais pour ne pas se livrer à un acte de mutilation sur cette jeune fille, il a répandu, au moment de sortir, de l'essence de térébenthine sur une plaie encore vive qu'il s'était faite au bras, espérant être détourné de sa terrible tentation par cette douleur aiguë.

L'idée d'accouplement monstrueux avec les animaux, qui n'est pas très rare dans les campagnes, chez les imbéciles, se montre exceptionnellement chez les déséquilibrés.

Il est entré à l'Asile Saint-Anne, le 27 décembre 1891^ un homme âgé de 36 ans, qui, à 9 ans, s'était servi d'une poule, à 13 ans d'une génisse ; il se marie à 25 ans, et à 29 ans, quoique cohabitant avec sa femme, il s'est accouplé avec une chèvre. Il conduisait la béte au bouc dans un tombereau; il s'est senti poussé irrésistiblement à l'acte; il se tenait cramponné au bord du tombereau pour ne pas succomber; il éprouvait des battements de cœur : c Ça lui serrait, dit-il, dans la poitrine » ; il tremblait et il lui semblait qu'il était tout pâle; il était en érection ; il finit par s'étendre au fond du tombereau en entraînant la chèvre. 11 est honteux de ce qu'il a fait, mais il lui a été impossible, affirme-t-il, de se retenir.

Une fille de 22 ans, instruite, bien élevée, appartenant à une famille honorable, est, à certains moments, prise, à la vue d'un chien, du désir de s'accoupler avec lui. Cette d^^ûtante idée l'impressionne vivement, dit-elle, la met hors d'elle-même et l'obsède malgré tous ses efforts ; toutefois, à plusieurs reprises, elle parvient à chasser l'idée en r^^ardant un autre animal, un bœuf, un cheval. Celte image se superpose à la première et l'obsession disparait.

Tous ces faits méritent d'être relevés, et c'est grâce à leur étude plus complète que le médecin légiste se trouve mieux anné pour en faire ressortir le caractère éminemment maladif.

ta L*OBSBSSION

i* Les cérébraux antérieurs ou psychiques. — Dans ce groupe on ne connaît plus les instincts inférieurs» on devient môme'indifférent à Tinstinct de la génération; la moelle, le cèirveau postérieur restent silencieux; on est installé en pleine région frontale, dans le domaine de Tidéation. C'est râmour scuis désirs vénériens, en dehors de toute préoccupation charnelle. Ce sont dès platoniques, des extatiques, des érotomanes, en donnant à ce mot la signification précise que iiîi avait assignée Esquirol.

• Si, lorsque ces érotomanes, poursuivant de leurs élans amoureux Myrto réfugiée dans une étoile, ne soulèvent aueune plainte, il n'en est pas de même quand Tobjet de leurs obsessions est moins mythologique; les victimes de leurs ihcessanles poursuites sont obligées de demander à la police uiiè protection qui aboutit souvent à leur séquestration.

C'est ainsi queTamoureux de M'** Van Zandt, de TOpéra- Gômique, finit par se faire arrêter à la porte de Tactrice où il i9e postait le soir; après le théâtre, pour se lancer àu-devant d'elle dès' qu'elle descendait de voiture. A l'Asile Saint- Anne, où il avait été placé, il affirmait qu'il n* avait jamais eu d'idées charnelles à son endroit; il avait lu, disait-il, Paul et Virginie, et cet amour chaste et élevé a^ail pour lui le plus grand charme.

Malgré les limites assignées à notre rapport, il nous a paru nécessaire pour ce sujet, avant tout clinique, de multiplier les exemples, et si les observations nouvelles n'ont pas trouvé ici le développement qu'elles comportent, les faits déjà publiés permettent de se faire une idée exacte des rapports étroits qui unissent tous ces syndromes épisodiques, très variés sans doute, mais émanant tous, malgré des coloris si différents, d'un même fond, la dégénérescence mentale. Cette notion bien établie est la base la plus solide, pensons-nous, pour l'étude médico-légale des obsessions criminelles morbides.

DDE CLINIQDE SDR LES IMPDISIONS ET LES ACTES DES ALIÉNÉS (1)

L'aliéné se présente à nous sous deux aspects différenls : '(antôt renfermé en lui-même, il ne dépasse pas la sphère jpurement psychique de ses conceptions délirantes; ce travail, tout intérieur, le laisse étranger aux choses du dehors ; 'ou bien il reste observateur passif au milieu d'influences ■diverses qu'il subit en silence. Mais malheureusement, il 'en est pas toujours ainsi, et sans compter les actes qui mettent en suspicion sa capacité civile, l'aliéné réagit parfois avec une brusquerie et une violence extrêmes; et, dans ces conditions nouvelles, il nous oblige à intervenir au point ^de vue de la détermination de sa responsabilité criminelle, lus quelles influences l'aliéné réagit-il? Comment passe-t-il jâe cet état de subjectivité tranquille à l'activité objective parpis si dangereuset Tantôt c'est sous l'empire d'une concep- [on délirante, tantôt il obéît à une illusion ou a une hallucination; d'autres fois, il est entraîné par une impulsion.

L'impulsion est un mode d'activité cérébrale qui pousse à des actes que la volonté est parfois impuissante à empêcher, trouble élémentaire se montre dans les formes mentales

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