S68 LES IMPULSIONS ET LES ACTES
Parmi les travaux récents sur certaines variétés de délire considérées comme des espèces morbides, nous ne pouvons passer sous silence un mémoire dû à la plume de M. Laségue (Union médicale ^ mai 1877). Le savant professeur, avec son remarquable talent d'exposition, décrit une classe d'individus qui font montre de leurs organes génitaux, et que pour ce fait il désigne sous le nom d'exhibitionnistes. Dans les huit observations du mémoire, sont mises en relief les circonstances qui accompagnent cet étalage génital et qui fournissent des caractères suffisants pour constituer une sorte d'affection intermittente avec impulsions par accès. Mais en lisant avec soin ces différents faits, on ne tarde pas à se convaincre que ce n'est là qu'un épisode de maladies différentes. Parmi ces malades dont l'histoire est malheureusement très écourtée, on découvre des déments séniles, un paralytique général, peut-être aussi un épileptique. L'exhibition d'ailleurs, se ressent du fonds maladif lui-même, car tandis que l'un de ces individus, comme un aliéné impulsif ordinaire, choisit l'église pour théâtre et une religieuse en prière pour spectateur, l'autre, en véritable dément, se déboutonne tantôt en pleine rue, tantôt aux Champs-Elysées à l'entrée d'un urinoir.
Les exemples tirés du suicide, que nous pourrions trouver tout aussi concluants pour les autres formes de monomanie, nous font déjà pressentir que c'est en torturant les faits, en les plaçant sur un lit de Procuste, qu'on parvient à les grouper pour en faire des maladies distinctes. D'ailleurs ce que l'on désigne sous le nom de monomanie n est qu'une phase, qu'une étape d'une maladie mentale plus générale. Le monomane, qui ne paraît délirer que sur un point, qui souvent, aux yeux du monde, ne passe pas pour fou mais bien pour un homme original, un homme singulier, est cependant en réalité un véritable aliéné et mémo un aliéné souvent incurable, car il a déjà franchi la première étape de la folie, il en est arrivé à la systématisation.
Quand le délire syslématisé existe, quelque limité que paraisse le trouble intellectuel, la folie est soIidciDcnt établie. C'est, permettez- moi la comparaison, le tronc d'un arbre bien développé : ce qui est apparent dans l'arbre, c'est le tronc, ce qui est apparent aussi, chez le prétendu monomane, c'est le délire partiel, mais personne n'ignore que ce tronc vigoureux a été d'abord une tige, qui, par ses nombreuses racines, a puisé dans un sol favorable les éléments nécessaires à son développement; il en a été de même du délire partiel, il a trouvé ses éléments de vie dans un trouble général de l'inteUigonce, lequel, pendant une période plus ou moins longue d'incubation, a préparé une sorte de milieu intérieur, un terrain propre à l'éclosion el au développement de l'idée délirante. Que ces racines et ce tronc se trouvent dans des conditions données de milieu, de chaleur el d'humidilé, on verra, grâce au travail intérieur, se développer des branches, des feuilles et des Heurs; il en est de même du délire partiel, sous l'influence de causes accidentelles : vives émotions, chagrins, privations ou excès, etc.; il se produira une sorte do floraison délirante reposant sur le fonds môme de la maladie, qui viendra pour un temps recouvrir et masquer le délire préexistant. Mais plus tard, le calme renaissant, nous verrons se déga-
r successivement le délire partiel, de mémo qu'à la chute
s fleurs et des feuilles, nous retrouverons l'arbre primitif.
J'ai tenu, messieurs, à faire comprendre cpae le délire le ( circonscrit, limité à ce qu'on appelle dans le langage iflgaire l'idée fixe, loin d'être un trouble mental léger n'est Itae la marque d'une phase évolutive de la folie et de sa tendance à la chronicité. D'ailleurs, exisle-t-il vraiment des fiénés avec une idée fixe, avec l'unité du délire; des alié-
s monomanes, en un mol? La doctrine de la monomanie lilonglemps régné en souveraine sous l'égide protectrice de jPÎDel, d'Ësquirol, de Georgel, de Marc; basée entièrement nr la théorie psychologique de la séparation |des facultés