PAR BLESSURE DU CŒUR S
îp^'à autre, mais elle parvient toujours à les dominer.
Peu de temps après, elle est assaillie par une obsession encore plus pénible, elle se sent poussée à tuer ses enfants; elle n'ose plus approcher d'eux, elle craint d'aller les chercher à l'école. L'impulsion devient surtout pressante ii la vue d'une hache et d'un couperet dépo&és dans la cuisine.
Un dimanche matin, ses enfants jouaient près d'elle, lorsque l'impulsion homicide envahit son esprit; inquiète, toute tremblante, elle prend la hache et le couperet et va en courant les jeter dans le soupirail d'une cave. Débarrassée de <ies instruments, l'angoisse diminue ; elle se sent, dit-elle, délivrée d'un grand poids et elle peut, sans crainte, regarder ses enfants, s'approcher d'eux et les caresser.
Toutefois, ces idées obsédantes reviennent encore de temps A autre et l'attristent profondément. EUo éprouve, en outre, un malaise cérébral extrême ; il lui semble, dit-elle, que le Crâne se fend. Pour échapper à ses craintes incessantes, elle demande elle-même à être placée dans un asile où elle aura plus de repos.
Elle entre à Sainte-Anne (Bureau d'admission), le 6 mars 1890, Les premiers jours se passent sans incident; elle est plus calme, moins obsédée, puis elle s'assombrit, se plaint de la tête, ne peut se lever le matin; vers la fin de mars, elle s'excite, prétend qu'on lit dans sa pensée; inquiète, anxieuse, elle ne peut rester en place, s'échappe de la salle dès que la porte s'ouvre et rôde dans les couloirs.
Quelques jours après, le 3 avril, l'agitation augmente, la naïade est constamment en mouvement, elle gesticule, parle de la Vierge, de Jésus-Chrisl. do la fin du monde. Les disicours n'ont pas de suite. On la place dans le pavillon des malades agitées où la surveillance est plus continue.
Le 6 avril, elle veut sauver le monde, dit-elle, elle doit se jêacrifier, elle se frappe la télé contre le sol, elle se mord i-Vexlrémité des doigts, frotte violemment le devant de la
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Elle revient ecEaplUement à die, mai» ette te^te agitée, marmottant des prières et répétant q[a*dle doit mourir pour sauver le monde.
Au bout d*un quart d*heure, elle pâlit de nouveau, les lèvres sont bleuâtres, la respiration est très embarrassée, la malade est sans connaissance, le pouls devient petit, presque insensible, puis le cœur cesse de battre.
La respiration artificielle, les excitations cutanées, Télectrisation restent sans résultat.
Quelle était la cause de la mort ?
On pouvait supposer tout d*abord des phénomènes réflexes, une syncope chez une femme éminemment nerveuse; Texiguïté de Tépingle, ses petites dimensions rendaient peu problable la blessure d*un vaisseau assez important pour fournir dans la cavité péricardique un volume de sang capable d'arrêter le cœur. La pointe du cœur, en effet, vient au contact de la paroi thoracique, mais le reste de F organe où les vaisseaux deviennent plus volumineux parait situé trop
PAR BLESSURE DU CŒUR «Ta
profondément pour être atteint par une épingle de 3 centimèlres tlonl la tête est encore visible à la peau.
Il n'y a pas eu, en effet, do gros vaisseaux lésés, mais la pointe du cœur a reçu plusieurs piqûres qui ont provoqué une hémorragie de 280 grammes.
Voici le résultai de l'autopsie : on aperçoit, au niveau du sixième espace intercostal au-dessous du sein, un petit orifice analogue à celui que peut produire une épingle. Après la dissection de la peau, nous trouvons, un peu en amére de la soudure chondro-coslale et à 5 millimètres au-dessous du bord inférieur de la sixième côte, un petit perluîs correspondant à l'orifice cutané (fig. 1, a).
La paroi thoraciquo soulevée nous montre l'orifice interne
1 ^jet au milieu d'une tache ecchymotique Plus profondément, en dedans et en haut, on aperçoit à l'extrémité inférieure du péricarde et a sa jonction avec le diaphragme, une ecchymose de l'étendue d'une pièce de un franc (Cg. 1, b). En disséquant le péricarde au niveau de son
insertion sur le diaphragme, on voit, infiltrés desangnën
cellulaire et quelques fibres musculnires superficielles.
Celle disposition se montre encore sur le cœur et le diaphragme, et se trouve bien représentée sur cette figure dessinée peu après l'autopsie (fig. 2, c, d).
En ouvrant le péricarde, on le trouve rempli d'un sang liquide noirâtre ; après avoir laissé écouler ce sang, on aperçoit te cœur logé dans une enveloppe cruorique molle noirâtre (jus de groseille) d'une épaisseur de plus d'un centimètre en arrière, un peu plus mince en avant et en haut. Le sac enlevé avec précaution nous laisse voir le cœur, entouré encore d'une gaine cruorique, Rbrineuse, rosée, plus dense, plus résistante, et qui tapisse l'organe dans toute son étendue. Le poids total du sang liquide et des deux enveloppes formées par le sang coagulé est de 280 grammes.
La pointe du ventricule gauche du cœur, d'un rouge brun,