‹ Recherches sur les centres nerveuxChapitre 49 sur 93 · PAR BLESSURE DU CŒUR · texte numérisé non relu

PAR BLESSURE DU CŒUR

présente distinctement sept petits perluis qui semblent résulter d'autant de piqûres d'épingle (fig. 3, e, f). Le ventri;

Fie. 3. — «, pointe du ranlricnla giDcb* «cchymoid avec im Mpt pertiii;

f (perioia) piqOrst d'tplagle.

cule fendu montre que la paroi cardiaque n'a pas été traversée en totalité par f'épingle.

Il est probable que ces piqûres ont été faites & des moments différents, mais très rapprochés, ce qui expliquerait ta première couche sanguine fibrineuse rosée, qui paraissait indépendante de la seconde enveloppe qui était noire, plus épaisse et plus molle.

D'autre part, la position de ta malade accroupie sur le sol, la poitrine légèrement inclinée en avant, permet de se rendre compte de la blessure à la pointe du cœur par une épingle de 3 centimètres seulement introduite dans le sixième espace intercostal.

Un mot sur l'état des autres organes :

Cerveau : Les méninges minces, légèrement injectées par place, s'enlèvent partout avec facilité.

L'hémisphère droit pèse 455 grammes.

L'hémisphère gauche 460 >

La protubérance, le bulbe et le cervelet. 145 »

Poids total 1,060grammes.

te SUICIDE PAR BLESSURE DU CXBUR

La Btur&oe des hémisphères est lisse et la oonformatioQ des circonvolutions est normale.

Les coupes successives pratiquées sur les hémisphères ne font découvrir aucune lésion.

Poumon gauche : légères adhérences au sommet; noyau tuberculeux crétacé du volume d*une petite noisette et infiltration granuleuse autour de ce noyau ; léger emphysème marginal sur le bord postérieur du lobe inférieur et sur le bord inférieur du lobe supérieur.

Poumon droit : léger emphysème sur les bords postérieur et inférieur du lobe supérieur.

Le foie pèse 1,920. grammes; il est normal; pas de calculs dans la vésicule biliaire.

Rate : poids 210 grammes; normale; crépite sous le doigt.

Reins : normaux ; les substances corticale et médullaire ont leur coloration normale et se distinguent facilement.

Utérus : normal ; la face interne est recouverte d*une mince couche de sang.

Sous le nom d'aliénés persécuteurs nous ne voulons point comprendre tous ceux que le hasard do leur délire peut pousser, un jour ou l'autre, à se venger de leurs ennemis imaginaires : tels sont, par exemple, les délirants chroniques à évolution systématique qui, arrivés à la période de persécution, réagissent violemment contre ceux que leurs hallucinations leur désignent; tels sont encore les dégénérés à délires systématisés de persécution ou de grandeur, hallucinés ou non, qui, plus ou moins rapidement, se transforment en persécuteurs et poursuivent ceux dont ils croient avoir à se plaindre. Nous entendons au contraire décrire un groupe clinique que ses allures spéciales, toujours semblables à elles-mêmes, isolent d'une façon bien nette. Les sujets auxquels nous faisons allusion et que l'on désigne habituellement BOUS le nom de persêculés-perséculvurs , de pc-rsécuteurs-raisonnants, ne persécutent point d'une façon secondaire, épisodique pour ainsi dire, comme les malades précédents : le besoin de poursuivre leurs ennemis, d'obtenir justice de loris imaginaires ou d'une condamnation soi-disant injuste, est au contraire chez eux la note dominante, l'élément fondamental de leur délire ; leurs actes, plua

881 8UR LB8 ALIÉNÉS PERSACCmmiS

encore qae leurs concepUons sont de nature Ches eux point de désordre dans les idées^ ni de délire bruyant et extravagant, ni de Subies haUudimtrâres; prâit de ces conceptions ambitieuses ou de ces idées de per»6cation dont rincohérence ou Fabsurdité édatœt aux yeux ûb tous ; rien en un mot de ce^oi :mt caract^istique, pour le public, de Taliénation mentale, Invite-t*-on ces si4ets k exposer leurs doléances, à rédiger leur histoire, on constate que les £uts sont racontés avee précision, que la mémoire est intacte, que les facultés syUogistiques p^rsnrtent. Quelle est donc, dira-t-on, la folie d'aliénés que Ton dépeint si lacides ? Pour mettre bien en lumière la réalité des trouUes psychiques de ces persécuteurs, û fimt Mre d'abord leur Ustoire naturdlè, et toici ce que nom&am^pMlA dbiiqne :

Le persécuté-pm^séc^itrar appartient à la grande lunSle des d^nérés. On sait que les états de dégtoérasoenee, q» reconnaissent le plus souvMt pour cause les tares psycfao** patMques ou les intoxications des asceiMtolits, «mt caraelé^ risés par des anomalies du développement tant physique que psychique. Le persécuteur, habituellement issu d'une famille tarée au point de vue cérébral, est fréquemment porteur des stigmates physiques de la dégénérescence (malformations crâniennes, asymétrie faciale, anomalies des organes génitaux, etc.) ; il présente en outre Fétat mental propre aux dégénérés : c'est-ànlire que chez lui la déséquilibration des diverses facultés est la règle. Grâce à ses lacunes morales et intellectuelles peuvent se montrer des idées obsédantes, des impulsions, des préoccupations hypochondria* ques, des troubles émotifs, des idées de suicide, des manifestations anormales de Tinstinct sexuel, des accès maniaques. Dès Tenfance du sujet se révèlent des tendances aux idées de persécution et à la chicane; plus tard son caractère détestable, son besoin de dispute mettent partout la discorde : son orgueil démesuré, son habitude de se poser en victime, ses dénonciations calomnieuses en font un véritable fléau.

Étant données ces prédispositions, qu'un accident survienne (procès perdu, etc.), et le dégénéré se révèle par la nature de ses réactions : l'équilibre meatiil très instable est dès lors détruit; l'idée fixe d'obtenir justice s'installe d'une façon irrévocable. Le ressentiment des échecs que le sujet a subis et qui ne sont imputables qu'à ses imperfections psychiques se transforme ainsi en une véritable idée obsédante qui est seule désormais à diriger une activité dévoyée. Accumulant les interprétations fausses, stimulé par les insuccès qui sont pour lui autant de dénis de justice, le déséquilibré poursuit avec un acharnement aveugle ses prétendus ennemis et se transforme ainsi en persécuteur.

Les anomahes du développement psychique de ces aliénés n'excluent pas d'ailleurs chez quelques-uns la prédominance de certaines aptitudes (r/é^énérés supérieurs). Rusés et menteurs, d'une patience et d'une activité infatigables, ils mettent leur mémoire, leur imagination, leurs facultés syllogistiques, leur facilité d'éloeution, parfois très développées, au service de leurs sentiments maladifs, de leur haine profonde. Condamnés une première fois à la suite d'actes extravagants, ou déboulés de demandes non fondées, ils prétendent obtenir des indemnités et faire proclamer l'erreur judiciaire dont ils ont été victimes, L'idée obsédante qui les tourmente ne leur laisse plus désormais un instant de repos : ils veulent redresser les torts, llélrir les dénis de justice, obtenir des réparations pour les prétendus dommages portés h leur considération. Si, au début, leurs discours et leurs démarches semblent ne tenir que de la passion, à mesure qu'ils s'exaltent, leur désir de faire triompher leur cause n'a plus de fi^in et les subjugue complètement : le caractère maladif devient évident. 11 s'agit là, non pas, comme pourraient le croire ceux qui ne sont pas familiarisés avec les réactions de ces aliénés, d'un état passionnel, non pas d'une revendication légitime de droits injustement lésés, mais bien d'une obsession de jour en jour plus tyrannique et pour la satis-

fictiiMt de bniiiéUe le n^^diè^caiêffiigmA ^^pnÊBÊmm^ sans sood de Tki^i^ et de ms iPéntaUes intMMi^ lii« eitifier à «r adf de ^migeence, nliântepftB A liifçriBerr J» Jm^^ fimuDe^ jHi liberté mtaie. ^ f

Ce qui ctractàrisè enoore les penéeirten»^ ^çleil le teili idée qu'Us oflA ttolenr pwMiinalité:dfAliifii|[Mil. vattitéincoimpensnraMes, ilse'inagiiiratqoele wnBâB^BséSm à les jreox sur eax, qu'ils smit a^eléeâ jàpw «leMe itt^» fiant. « Le moule qui me fit se brise lyfès bm y^wWHiw, écrit run d'eux. Il n'y a qu'on Diêtt^ sifl f ieii^un:^eeqm est douteux^ mais.il n'y fi qu'ua: moi» et eeaoiimit ai» la peine qu'on s'en ooeujpe. » (Aie £m itrt^nééf jils af éhwmt que leur arrestatsmi n^alt point fanséjpluaji*én^^ qa^iais révolution n'aiipoinl éoiaiéw ps rertei^lfffi»^^ &'(d>tiennent pcHAllenr ^littié,. e'é^l qM^ba.^^ ptalâiqiies s'y opposent^ qw les ministrsa sa pféoeoupest ds leùiçs iMts et gestes» rtc.':.:' , :>' * .

i; Un autre trait bira typiqpie dé esaaUMoés estla préseiwe delàeunes morales plus où moins prdîmdes; dénués soweat de toute notion du bien et du mal, ils commettent des indélicatesses, des abus de confiance, mais ont toujours à la bouche les mots de conscience et l'honneur. Us ne craignent pas de porter contre des personnes honorables les accusations les plus injustes : tous les fonctionnaires à qui ils ont eu affaire ont trahi leur cause, sont vendus à leurs ennemis ou veulent tirer vengeance des révélations qu'ils ont faites : « C'est une comédie indigne de la justice », disent-ils.

Ces persécuteurs partent parfois d*un fait vrai mais démesurément amplifié, et, insensibles à toute considération, avides de scandales, ils entreprennent une campagne acha^ née, montrant dans leurs revendications une ténacité infatigable. Ils cherchent par tous les moyens possibles à attirer rattention sur leur affaire : Tun s'affuble d'un costume étrange, l'autre tire un coup de revolver en l'air au passage dii chef de l'État; quelques-uns posent leur candidature aux

élections. Très prolixes, très loquaces, ils accumulent leurs prétendues preuves avec une logique apparente, s'appuient sur des arguments tirés de la lecture du Code, sur des faits vrais auxquels ils ajoulent des compléments imaginaires, ou qu'ils interprètent d'une façon erronée; ils en imposent parfois ainsi et rendent difficile la distinction du vrai et du faux. Souvent, dans ces périodes d'excitation intellectuelle, le persécuteur offre Taspect clinique décrit sous le nom de manie raisonnante : l'exaltation psychique est à son summum, mais la lucidité persiste, bien que le malade n'ait pas conscience de son état de surexcitation. Dévoré par un besoin d'activité jamais satisfait, il se multiplie de tous côtés, aborde mille entreprises, écrit aux personnages en vue, consulte des avocats, demande des audiences, passe ses nuits à rédiger de volumineux mémoires, réclame à des médecins des certificats constatant qu'il jouit de la plénitude de ses facultés, dépose des plaintes, cherche à gagner à sa cause la presse, fait parvenir des pétitions au parlement, aux autorités, etc.. Dans leurs écrits interminables ces sujets affectent une grande précision, font suivre chacune de leurs allégations des mots : dont témoignages... preuves... etc. L'aspect de ces factums est parfois à lui seul caractéristique : la plupart des phrases sont soulignées 2, 3 et 4 fois; certains mots sont écrits en caractères spéciaux, ou avec une encre de couleur diflFérente, etc. Dans le long récit de leur existence ils opposent leur désintéressement, leur dévouement à la vénalité de leurs juges, aux trahisons de leurs avocats, au manque de conscience de leurs médecins : « Leur vie n'est qu'un martyre... on les tue à coups d'épingles, à coups de poings, à coups de cœur » ; ils apostrophent leurs ennemis et les adjurent, € si la mèche de la conscience et de l'honneur fume encore en eux, » de cesser leurs iniquités. Parfois ils prennent des allures de prophète : « Prenez garde ! s'écrient-ils, il y a un Dieu vengeur de l'innocent! i Une persécutrice observée par nous, qui signe ses lettres :F... quiatruple vie-

miR LE& iiJÉNâa noRatamnias.

tiûm^ adressait à divers perscmiiages des tÊqéâÊeà briitidées c Appel aux âmes justes et aux oœurs aoUespoifif imequiii' traple victime. »

Les éthecs répétés que subissent ces malades, loûd de les déorarager, sont pour eux autant d*ittiquités nopvdles, autant de stimulants venant aiguillonna leur Mlivilè maladive dans une lutte qui est devenue déMMtnais leur seul bat. Leur «Kdtation intellectuelle s'accroissant, ils veuknl bieniftt se faire arrêter, espérant compandtre devant un trilNtnal, 6ile^ chent à s'introduire auprès du Président dto la R^mUiqiie; ils en viennent ensuite aux injureSt aux émts et aux pbr eards diffamatoires ; ils imprûnent efux-'Qiflmes des affldies pour demander « la nullité de jugem^da^entadiés de doit rendus contre eux en secret et enidbasdelm » ; as fontdistfî- Imer sur la voie publique des miémoires jostiflcatifs. Enfin ik ^en arrivent aux tentatives de chantage» fiux nuances et aux notes de violence, et parfms, s'érigeant en|ustidenr, ils n'hésitent pas à frapper mortellement celui iqu'^ls 4ml loondamné.

Ce qui les distingue nettement des délirants chroniques, des persécutés, c'est Tabsence de troubles hallucinatoires; . les hallucinations ne se montrent chez les dégénérés persécuteurs qu*à titre d'exception. Celles de l'ouïe, quand elles existent, n'offrent pas cette marche si curieuse qui du mol isolé, du monologue, conduit au dialogue et à l'écho de la pensée (le patient écoutant deux interlocuteurs imaginaires discuter ensemble, ou entendant répéter chacune de ses pensées). Cependant, il est des circonstances où le diagnostic peut être malaisé au début : il arrive parfois qu'un persécuteur raisonnant présente des hallucinations passagères qui, en Tabsence de renseignements, peuvent embarrasser pendant quelque temps le médecin. D'autre part un délirant chronique chez lequel la psychose n'est pas ancienne, qui dissimule ses hallucinations, et qui, dans son mode de réagir, emprunte les procédés des persécuteurs, peut également faire hésiter le diagnostic.

Une autre distinction importante, c'est l'absence chez les aliénés que nous étudions d'une évolution méthodique, d'une métamorphose des idées de persécution en délire de grandeur comme dans le délire chronique. Il y a dans l'existence du délirant chronique deux parts bien tranchées : une première, souvent longue, sans manifestation morbide; une seconde, avec des symptômes et une marche caractéristiques. Chez les persécutés-persécuteurs il n'en est plus de même; faire l'histoire de la maladie, c'est faire celle du malade. Il se montre dès le début orgueilleux et persécuté; il est aujourd'hui ce qu'il était hier, ce qu'il sera toujours. L'étude des antécédents héréditaires de ces sujets fait déjà pressentir un prédisposé qui se révèle souvent par l'existence de stigmates physiques de dégénérescence ; celle de ses antécédents personnels le montre avec sa déséquilibration psychique, avec les lacunes d'une intelligence brillant parfois par certains côtés, avec les anomalies de ses instincts et les contradictions de son caractère. Tandis que chez le délirant chronique l'affection mentale contrastait avec le passé cérébral du sujet, pour le persécuteur au contraire elle n'est que l'exagération du caractère antérieur chez un individu toujours mal équilibré.

Si la psychose du persécuteur raisonnant ne procède pas par des étapes bien délimitées, si elle ne subit pas une transformation totale comme le délire chronique, ce n'est pas à dire qu'elle reste stéréotypée à jamais : elle n'évolue pas sans doute, mais elle prend une extension toujours envahissante. Au début, en effet, les réclamations de ces aliénés portent sur un fait personnel : ils exigent une part d'héritage dont ils prétendent avoir été frustrés, ils veulent obtenir une indemnité pour une condamnation injuste; plus tard ils se découvrent de nouveaux ennemis, accumulent de nouveaux sujets de plaintes ; le cercle de leurs accusations s'agrandit, mais leurs intérêts propres sont alors seuls en jeu. Avec les années ils finissent presque par oublier le point de départ

de leurs réactions maladives : ce n'est plus leur cause à eux qu'ils défendent, mais celle des opprimés, celle de la vérité et de la justice. Ce rôle désintéressé qu'ils s'attribuent leur donne une idée toujours plus haute de leur personnalité; ils en arrivent à se croire les instruments de la Providence : l'un se proclame « le martyr de la vérité », l'autre « la victime et le bouc d'Israël » ; ils se comparent à Jésus-Christ; comme lui, ils ont été vendus : t Si Dieu, écrit l'un d'eux, fait le miracle incessant de me conserver la vie, il me force par là de continuer mes réclamations : c'est une volonté spéciale d'en haut pour l'accomplissement de vues particulières. . . Mon triomphe sera celui de la gloire de Dieu et du bien-être général ». Comme on le voit, si les idées d'orgueil atteignent avec le temps à un degré extrême, jamais cependant elles n'aboutissent à de véritables conceptions délirantes, à la mégalomanie. Enfin, si chez les persécuteurs raisonnants les troubles psychiques peuvent être précoces, ils peuvent en outre se prolonger indéfiniment sans s'effacer dans la démence comme dans le délire chronique. Quelquefois surviennent des accidents apoplectiques déterminés par des foyers d'hémorrhagie cérébrale, comme chez Sandon; mais ces complications sont moins fréquentes qu'on ne l'avait pensé.

Les aliénés atteints de délire systématisé font parfois, on le sait, partager leurs idées délirantes à ceux qui vivent avec eux dans un contact journalier (folie à deux, folie communiquée); le persécuteur raisonnant peut encore bien plus facilement communiquer à autrui ses convictions erronées. Il s'était fait le combattant du Droit, il a souffert et lutté seul contre les tribunaux, les médecins, les autorités; son attitude d'opprimé que l'adversité n'a pas abattu lui conquiert des sympathies; ses infortunes émeuvent bien de? gens, en même temps que son activité intellectuelle, la dialectique avec laquelle il soutient ses revendications, l'absence de trouble sensoriel, entraînent la conviction de certains.

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■ invii-iinn d'un crime qui, . ..■fiilion, ne fut pas

entièrement perpétré par suile de circonstances indépendantes de In volonté de leurs auteurs ». Il accable un médecin de lettres injurieuses, exige un certificat de sortie, fait suivre sa signature de Litres fantaisistes tels que : « Attaché de ministère — Citoyen de la République Française », ou encore de lettres rangées en carré : H. W. D, R. Il adresse des pétitions aux Chambres « en réparation d'un préjudice indaroent causé », envoie des lettres de protestation aux journaux qui publient son histoire sous le titre de ■ Crime sans nom ». convoque les médecins à des réunions publiques dans lesquelles il expose sa séquestration, réclame l'assistance judiciaire pour « suivre contre le médecin et le personnel du service une action en justice », et obtenir des dommages-inlérôts.

D'autres, d'un naturel plus violent et qui ont parfois déji subi de nombreuses condamnations pour injures, menaces et coups, se lassent bientôt de recourir inutilement aux voies légales : ils se montrent agressifs et menaçants : • J'ai déjà employé tuus Ifs moyens concilianls et juridiques possibles, écrit l'un d'eux ; les moyens extrêmes me sont permis maintenant devant Dieu et devant les hommes. • Après avoir employé la diffamation par certes postales et par voie d'affiches manuscrites placardées dans les rues, ils poursuivent sans répit celui auquel leui* baine s'est attachée : ils se postent â sa porte durant des heures entières, le suivent dans la rue, l'interpellent, l'outragent, provoquent un attroupement : ( Je suis attaché à la porte de votre ministère comme le hibou à la ported'une écurie, » écrivait l'un d'eux à un ministre. EnQn ils n'hésitent pas à se faire justice euxmêmes par des voies de fait et même par un meurtre. {Persécuteurs homicides.)

Nous avons observé à Saint-Anne un persécuteur qui a fait de nombreux séjours à la fois dans les prisons et dans les asiles d'aliénés. Fils d'un père ivrogne, s'excilant luimérae facilement sous l'intluence d'excès alcooliques, il pré-

sentait une conformation vicieuse du crâne et une prononciation défectueuse, A son retour des colonies, où il avait été cassé de son grade de caporal, il exerça successivement diverses professions. En 1879, se croyant frustré dans une succession, il fait écrire à des parents des lettres de menaces et se livre à des voies défait sur son oncle, délit pour lequel il est condamné à six mois de prison. Deux ans après, nouveaux actes de violence suivis de trois mois de prison. Plus tard, ils se figure que M. X..., le maire, fait courir le bruit que sa condamnation lui enlève ses droits électoraux : il étudie alors le Gode, écrit au procureur de la République, enfin invective M. X..., qui, d'après lui, le persécute de toutes façons. Arrêté en 1885, il est, après un mois d'emprisonnement, transféré dans un asile d'aliénés. En 1886 nouvelle condamnation pour injures à l'adjoint du maire : à peine sorti de prison il est de nouveau arrêté et condamné pour des faits identiques. Aussitôt en liberté, il se décide à faire connaître son histoire par voie d'affiches manuscrites qu'il colle dans sa commune, sur les principaux monuments de Paris et à la porte du Crédit Foncier (dont le Conseil d'administration compte M. X... parmi ses membres.) Il placarde ainsi 150 affiches de grand format qui ne lui demandent pas moins de 3 heures de travail chacune. En outre il continue à diffamer M. X... et il est condamné de nouveau pour avoir frappé le garde champêtre. Il se fait arrêter au moment où il collait son immense affiche à l'entrée du Palais-Bourbon. Il veut € lancer son affaire », dit-il, et compte sur l'appui d'avocats célèbres pour défendre sa cause. En 1888, il entre à Sainte- Anne pour la troisième fois. Il avait fait le pari de toucher la main de M. X... : il s'introduit chez ce dernier, lui prend la main et se retire. Quelque temps après il affiche un placard injurieux à la porte du Crédit P'oncier : il est assigné en police correctionnelle. Enfin on l'arrête couché sur la voie publique, porteur d'un revolver. Il parle avec volubilité, récite par cœur son affiche et des pages en-

tières du Code; il protesto hautement contre son internement. Ajoutons qu'ayant reçu une somme de 5,800 francs qui lui revenait de Théritage paternel, il reste convaincu, malgré Taffirmation de sa mère, que cet argent lui a été remis de la part de M. X... comme indemnité.

Dans certains cas ce n'est pas seulement, comme chez les persécuteurs précédents, le souvenir obsédant d'une injustice subie qui poursuit le malade et qui arme son bras contre ceux dont il croit avoir à se plaindre : c'est l'intérêt d'un parti politique, d'une classe sociale, le salut de la Patrie qui le pousse au meurtre. Une fois l'idée installée qu'il peut par la mort d'un homme sauver tous ces grands intérêts, il n'y a plus dans sa vie place pour autre chose; il va à son but avec une ténacité aveugle, faisant bon marché de son existence pour accomplir la mission dont il s'est chargé. Certains régicides nous offrent des exemples de cet état de déséquilibration mentale. Chez eux également une idée obsédante envahit la conscience absorbant à son profit toute l'activité psychique du sujet : Lamartine dans le portrait qu'il trace de Louvel, l'assassin du duc de Berry, nous montre un de ces fanatiques t roulant dans une tête étroite une pensée mal comprise et souffrant jusquà ce que sa main fatale Paît déchargé par un crime du poids et du martyre de son idée, »

Nous avons eu occasion d'examiner à Sainte-Anne un de ces sujets qui avait fait une tentative d'assassinat sur un haut personnage politique. Intelligent et actif, mais instable et mal pondéré, il a fait des dupes, a vécu d'expédients, s'est lancé dans les entreprises les plus diverses, a pris une quarantaine de brevets d'invention.

Il a travaillé également à la solution de questions sociales, a rédigé un dictionnaire de synonymes, composé des poésies, des pamphlets, etc. Malgré cette suractivité intellectuelle que son manque d'équilibre psychique rend inféconde, il mène une vie misérable ; à la suite d'une condamnation à un mois de prison qu'il estime illégale, il s'écrie:

« On entendra parler de moi », et réagissant, comme il avait vécu, en déséquilibré, il profère des menaces de mort contre ses juges, et se prépare à faire un exemple retentissant. Il entend rendre responsables ceux qui sont à la tête du Gouvernement d'échecs qui ne sont imputables qu'à lui-même; tous ceux dont il croit avoir à se plaindre, ou que ses convictions lui désignent comme nuisibles au bien du pays doivent être punis. Pesant les responsabilités de chacun, il fait quatre catégories de victimes ; 19 ont été choisies: 3 sont condamnées à mort ; 2 victimes politiques et une personnelle : 4 recevront des blessures très graves, 7 des blessures plus ou moins graves, 5 des blessures légères; et comme une seule victime doit payer pour toutes, il fait une loterie dans laquelle il donne à chacun un nombre de numéros en rapport avec le degré de culpabilité qu'il lui attribue. Il prépare ainsi '132bulletins ; Tun en a 18, l'autre 4; un juge d'instruction 6, le général F... 6, etc.. « Je condamne le misérable D..., écrit-il, le faux témoin, le voleur, le faussaire, à avoir les deux pattes cassées aux genoux, et le V... receleur et calomniateur ingrat, à subir la même peine avec 8 numéros au chapeau pour D... et 6 numéros pour V... » Pour légitimer ces jugements sommaires, il fait la biographie de chacune de ses victimes, et la termine par la condamnation dont il frappe le coupable : c Encore un qui ira dans mon chapeau avec 10 numéros ; il paiera son iniquité par une patte cassée au genou, ce sera sa récompense, i Magistrats, avocats, avoués, notaires, députés, ministres, tous comparaissent à son tribunal : il pèse, juge et condamne ; il n'y a cpie lui d'honnête et de juste. Il explique avec complaisance les avantages de ce qu'il appelle « sa justice sommaire 1 : « Et vous ne trouvez pas que cette loterie ainsi combinée ne soit cent fois plus salutaire, plus morale et plus réconfortante, plus juste et autrement expéditive que la justice, si souvent boiteuse et injuste. Comparez et soyez certains qu'avant peu, au lieu de la faire passer pour folle, tous les

gens Rimant la vraie justice la trouveront sensée et morale ». • J'ai tiré aujourd'hui ma loterie, écrit-il uilleurs, c'est X... qui a gafîné... Et dire qu'il va falloir que ce soit moi, le pauvre inventeui" ridiculisé, moi tant de fois conspué, pillé, calomnié, diffamé, failli, ruiné, condamné à la prison pour chantage, moi, Pygmée, dire que c'est à moi que vieot d'échouer la noble tâche de supprimer X... le fléau, d'en délivrer la France ! J'ai sorti son numéro de mon chajicuu, c'est vraiment trop de chance après tant de gros malheurs immérités, et ma vie peut bien payer une telle récompense.» Au moment de l'élection présidentielle, son exaltation va en grandissant : enfin il réussit à pénétrer au Palais-Bourbon et tire sur M. X... deux coups de revolver. Au cours de l'interrogation, ce malade fut pris au Dépôt d'un accès délirant qui dura cinq jour.«. — A Sainle-Anne il se montrait préoccupé avant tout par les travaux importantsqu'il avait en tête: solution do la question politique et humanitaire, étude de l'éducation desgartjons, de celle des filles, etc. « Si un jury imbécile m'ai^ijiiitlait, écrivait-il, je recommencerais ; je ne cache pas ma manière de voir, j'ai agi avec préméditation. • L'activité intellectuelle de ce sujet, sa lucidité, l'habileté avec laquelle il a accompli sa tentative d'homicide auraient pu en imposer pour un état passionnel ; mais en dehors de l'accès délirant passager qu'il a présenté, t'examen approfondi de cette existence dont tous les actes révèlent un déséquilibré, ses oppositions et ses contraditions incessantes, cette obsession de vengeance qui le poursuit, cette liste de victimes qu'il dresse en mettant le nom d'un homme d'Etat à côtéde l'expert en écriture qui l'a déclaré insolvable, de l'avocat qui a plaidé contre lui, du magistrat qui l'a reconnu coupable, de l'ouvrier typographe qui l'a poursuivi, de sa belle-mère dont il prétend avoir à se plaindre ; ces verdicts qu'il rend, cette échelle de peines, cette loterie, ce choix de la victime laissé au hasard, dénotent bien les troubles profonds de son intelligence et le caractère maladif de ses actes.

On peut distinguer encore les persécuteurs hypochondriaques qui, convaincus d'avoir été mal soignés par un médecin, le poursuivent de leur haine, en veulent à tous les médecins qu'ils rencontrent dans le cours de leur vie et mettent à les persécuter un acharnement qui ne recule pas toujours devant les actes de violence. Signalons aussi les persécuteurs filiaux s'imaginant avoir retrouvé un père qu'ils poursuivent de leurs tendresses et de leurs revendications ; les persécuteurs amoureux dont Teulat, l'amoureux de la princesse de Br..., était un magnifique exemple. Si le but des persécutions de ces derniers sujets est bien différent de celui des processifs, leurs allures, leurs actes sont de tout point identiques : ce sont bien, au point de vue clinique, les mêmes malades. Habituellement il s'agit d'amoureux chez lesquels la sphère génitale tient peu de place ; ils aiment d'un amour purement psychique (Érotomanes). Ils suivent leur victime dans les églises, au théâtre, en voyage et cela pendant des années ; la nuit même, ils sont sous les fenêtres de celle qu'ils aiment. Nous avons eu à Sain te- Anne une persécutricéxie ce genre : il s'agissait d'une jeune fille, femme de chambre chez une dame de 50 ans ; elle s'était prise pour sa maîtresse d'une affection très vive, qui, bien que dégagée de toute préoccupation charnelle, n'était pas exempte de jalousie. Renvoyée par sa maîtresse à la suite de scènes violentes, notre malade, obsédée par sa passion, ne peut se résigner à vivre loin de celle qu'elle aime, et alors commence une série de persécutions. Elle attend dans la rue, pour la frapper, la personne qui l'a remplacée, se poste devant la porte durant de longues heures, parfois une journée entière malgré les intempéries, les yeux dirigés vers la fenêtre de la pièce où se tenait sa maîtresse. Celle-ci change de domicile pour se soustraire à cette surveillance ; peine inutile : notre déséquilibrée la suit dans la rue, les magasins, les églises : f Reprenez-moi i, gémissait-elle. Parfois pendant la nuit, escaladant la grille « elle venait sonner un glas funèbre à la

grosse cloche. Elle fut, pour des excentricités de ce genre, conduite au commissariat de police une vingtaine de fois. Chaque jour elle écrivait à sa maîtresse en termes tantôt suppliants, tantôt menaçants ; elle lui a adressé ainsi plus de 500 lettres, c II faut que Tune de nous deux disparaisse», disait-elle chez les voisins. Mise en liberté après un premier internement, elle recommence ses persécutions, dépose des plaintes contre le commissaire de police, fait comparaître sa maîtresse devant le juge de paix, lui réclame des dommagesintérêts, porte des accusations contre les médecins ; enfin ses excentricités nouvelles la font interner pour la deuxième fois ; elle montre à ce moment des tendances plus agressives et parle de se venger un revolver à la main.

Si de graves questions médico-légales peuvent parfois se présenter à propos de l'appréciation de la responsabilité des persécutés hallucinés, des délirants chroniques, les difficultés se montrent bien plus délicates à résoudre, quand il s*agit de persécutés-persécuteurs. De tous les aliénés ce sont ceux qui donnent lieu aux controverses les plus longues, parfois même aux plus vives polémiques : ce sont eux aussi qui fournissent prétexte aux diatribes virulentes de la Presse, aux articles à sensation sur les « séquestrations arbitraires » et les « Bastilles modernes ». La chose peut s'expliquer jusqu'à un certain point par les allures raisonnantes, la physionomie si particulière de ces malades : à un examen superficiel on pourrait croire à de simples états passionnels, à une surexcitation intellectuelle entretenue par une longue série d'injustices. Tandis que chez le délirant chronique le phénomène morbide capital, rhallucinalion, ne peut, par son évidence, laisser planer aucun doute sur la nature des actes du sujet, il n'en est plus toujours de même chez le persécuté-persécuteur dont la maladie ne fait qu'exagérer les tendances natives.

Ce qui fait en outre la difticulté réelle de ces expertises médico-légales, c'est, ainsi que nous l'avons vu, la nature

particulière des conceptions de ces aliénés. Ils savent ne point verser dans l'invraisemblable; ils savent échafauder leur romans sur des faits en partie exacts. Au début ils n'émettent que des réclamations dont quelques-unes peuvent être justifiées, tandis que d'autres, mal fondées, restent encore modérées. Ce n'est qu'insensiblement que des réclamations nouvelles viennent se greffer sur les anciennes, et, chose curieuse qui montre bien alors le caractère maladif, le per-sécuteur oublie pour ainsi dire le fait réel qui a servi de base à son délire pour s'attacher à des réclamations imaginaires, mais qui le rehaussent à ses propres yeux. L'adversité fait au persécuteur un piédestal ; il perd la notion exacte de sa situation sociale, du rôle qu'il peut jouer. Parfois il réussit à arracher un secours à des fonctionnaires imprudents : c'est pour lui une preuve de plus qu'on le craint, qu'il est dans son droit, et il poursuit sa campagne. Pour arriver, malgré la persistance chez ces aliénés de certaines facultés, mémoire, logique, activité intellectuelle, à démontrer la nature délirante des sentiments qui les animent et le caractère pathologique des actes auxquels ils sont conduits, il faut reconstituer l'histoire entière du sujet qui révèle d'ordinaire un état psychopathique congénital et montre dans sa conduite les réactions maladives d'un cerveau profondément déséquiUbré. Bien qu'empruntant quelques traits aux foux moraux et aux maniaques raisonnants, le persécuté-persécuteur s'en distingue cependant par des différences très tranchées qui le font classer, dans le groupe si homogène que nous étudions. L'examen des faits qu'il invoque, faits dont quelques-uns peuvent être exacts, mais dont le plus grand nombre sont complètement dénaturés ou de pure invention, les réactions complètement hors de proportion que ceux-ci ont provoquées, l'opiniâtreté aveugle avec laquelle il poursuit ses revendications sans qu'aucune considération, même celle de son intérêt personnel, puisse l'arrêter, les arguments qu'il emploie à les justifier et qui portent la marque d'une logique subtile,

mais faussée, le earacttee obsédant de eoncepâsas dont le cercle va toiyours s*éteiidaiit, ses menaces, ses caiomnies, réservées d'abord à ceux dont il se dit la iriu^timet pois s'adre^sant à tous ceux qui ne partagent point son délire, enjSnies actes d*extréme violence devant lesquds il ne recule pa^yfKmt autant d'actions i^i^ant d*un.état de déséquilibration inentale sans cesse grandissante, et de jour en jour plus diMigereuse. Si la société a le drjtnt.et le devoir de se garantir ides actes, violents ou nuisibles de ces perséciiteurs-raisonnantfi,,il n^ici faut pas moins se jMiuy0nir.qu'|l a'agit de véritaUes malades dont la place est non jpoint dana une piisouy mais dans un asile d'aliénés. :

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